Yannick Nézet-Séguin a su conquérir le public berlinois

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BERLIN - 19h45, jeudi, 21 octobre 2010, un vent de canard souffle aux abords de la Philharmonie. Les gens se précipitent à l'intérieur du bâtiment afin d'éviter le pire. Ça et là on entend l'accent québécois ou reconnaît des représentants des médias ou du milieu diplomatique qui se prépare à assister à une première.

Car deux ans après un passage remarqué par les médias spécialisés allemands à ce même endroit dans lequel il a dirigé la Deutsches Symphonie Orchester, le chef Yannick Nézet-Séguin (YNS) entame ce soir un nouveau programme à la Philharmonie, cette fois-ci avec pour la première fois la formation reconnue pour être la numéro un au monde, l'Orchestre philharmonique de Berlin.

D'abord, à noter qu'à l'image du public jeune et décontracté de la capitale allemande, YNS était vêtu d'un veston et d'un T-shirt noir, une rareté pour la grande orchestre. Cela n'a rien à voir avec les grandes capitales musicales européennes.

La première des trois parties du programme, Les offrandes oubliées d'Olivier Messiaen, est une oeuvre assez accessible en regard d'autres pièces de ce compositeur majeur du XXe siècle. Nézet-Séguin a su casser la glace avant tout par une maîtrise de son art, voire de son don à diriger, mais aussi par sa passion contagieuse pour la direction d'orchestres. Ceux qui ont la chance de profiter de cet endroit unique qu'est la Philharmonie pour être assis à l'arrière de l'orchestre - donc en face du chef - on pu facilement remarquer le faciès expressif du jeune chef, beaucoup près du style de Leonard Bernstein.

Le deuxième partie, qui était un concerto pour piano de Sergei Prokofiev, a été le moment de la soirée où - et ce qui est tout à son honneur - YNS a laissé toute la place qui lui revenait au pianiste d'origine Yefim Bronfman. Ce fut une vraie découverte que ce virtuose du clavier, qui a été chaudement applaudi et qui a fait un rappel avec une pièce de Mozart. Il s'agissait en quelque sorte d'un répit pour l'orchestre que cet oeuvre du compositeur russe, puisque de longs moments étaient uniquement destinés pour le piano.

Ce cas de figure est courant, mais ce n'était pas le cas à titre d'exemple le 8 octobre dernier lors du passage à la Komische Oper de Berlin du pianiste québécois Alain Lefèvre. Il avait alors interprété le Concerto pour piano numéro 4 d'André Mathieu, pièce non seulement exigeante pour le pianiste, mais aussi pour l'orchestre même. Les musiciens de cet ensemble ont tellement été interpellé par cet oeuve qu'ils ont décidé de cesser leur grève qui avait cours à ce moment, le temps d'un soir, pour jouer le concerto. Comme quoi, André Mathieu et Alain Lefèvre méritent d'être mieux connus ici.

Le dernier opus de la soirée n'était rien de moins que la Symphonie fantastique d'Hector Berlioz. On pouvait sentir tout au long de l'exécution de cette pièce l'osmose entre le chef, qui dirigeait sans partition, et ses musiciens. Divisé en cinq parties, ce « classique » a été interprété avec une grande sensibilité. Les différentes sections de l'orchestre, dont une flute jouée à partir de la salle de repos en dessous des gradins, de même qu'un carillon situé au fond à l'arrière de la salle (si arrière il y a dans ce lieu particulier...), ont interprété magistralement l'oeuvre du compositeur français. À voir le sourire qu'affichait Nézet-Séguin entre chaque section de cette symphonie, le résultat était à la hauteur de ses attentes.

Avec les applaudissements chaleureux, les salves de bravos et la centaine de personnes qui se sont levés pour féliciter le jeune chef québécois à l'issue du programme, on peut affirmer que YNS a conquis le public berlinois. L'avenir nous le dira, mais avec ce passage, Nézet-Séguin se positionne déjà pour prendre à long terme les commandes de ce prestigieux orchestre.

Willencurtis, Berlin, le 21 octobre 2010

PS : pour ceux qui le désirent, le concert du samedi 23 octobre sera retransmis en direct par l'entremise du site Internet de la formation : www.berliner-philharmoniker.de