Une soirée avec une légende du Jazz... Sonny Rollins

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Il y avait foule dimanche soir à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Les photographes et caméramans ont même sérieusement dû jouer des coudes pour se faire leur place aux abords de la scène. Avec 15 minutes de retard sur l'horaire prévu, André Ménard, directeur artistique et cofondateur du Festival International de Jazz de Montréal montait sur le plateau avec un trophée dans les mains. Cette statuette longiligne, le Prix Miles-Davis (designée selon les croquis du maître lui-même), allait être remis en mains propres, quelques secondes plus tard, au monstre sacré du saxophone jazz, Sonny Rollins, le tout bien entendu sous une «standing ovation» générale de l'audience.

Trêve de cérémonie, le grand Sonny, pantalon noir, camisole rouge et chevelure hirsute remerciait rapidement le public et empoignait son sax pour se lancer dans un premier quart d'heures d'envolée. Solidement accompagné par un drummer hyper-actif, un bassiste efficace, un percussionniste subtil et un guitariste lyrique, Rollins montrait la marche à suivre à ses comparses en battant le rythme de la main droite tout en continuant ses solos de la main gauche. Voilà peut-être une technique à conseiller à tout débutant.

Blague à part, à l'âge vénérable de 80 ans, Sonny Rollins n'a rien perdu de sa maestria et ne semble pas prêt de vouloir s'arrêter de s'amuser sur scène. Petits pas de côté chaloupés, interventions facétieuses au microphone, Rollins termine aussi une impro fleuve sur l'air d'Alouette, gentille alouette. De quoi ravir les spectateurs et spectatrices dont l'une d'entre-elles n'hésite pas à lancer au ''Colosse'' un gros ''I love you Sonny!'' entre deux morceaux.

Yes, we love you Sonny. On aime la liberté musicale des mélodies qui flirtent parfois avec la dissonance, l'ambiance caribéenne relaxe des morceaux à tendance calypso et le flux puissant et ininterrompu du jazz fusion.

On en oubliait la montre, lorsque 1h30 plus tard, Sonny Rollins saluait le public pour une dernière fois avant de quitter pour les coulisses. Ovation debout encore, mais pas de rappel pour les spectateurs. On n'en voudra certainement pas au ''Colosse'' au repos bien mérité.

Sonny Rollins est le 17e récipiendaire du Prix Miles-Davis, prix qui a vu le jour en 1994, lors du 15e anniversaire du Festival, dans le but de rendre hommage à un artiste de jazz de renommée internationale, à son œuvre ainsi qu’à sa contribution au renouvellement du genre. Sonny Rollins succède ainsi à Ornette Coleman (2009), McCoy Tyner (2008), Mike Stern (2007), Brad Mehldau (2006), Dave Holland (2005), Keith Jarrett (2004), Joe Zawinul (2003), Chick Corea (2002), Michael Brecker (2001), Charlie Haden (2000), Cassandra Wilson (1999), John Scofield (1998), Herbie Hancock (1997), Wayne Shorter (1996), Pat Metheny (1995) et John McLaughlin (1994), les précédents lauréats du Prix Miles-Davis.

Texte : Bertrand Breuque.

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