Une Planète Métisse au Musée du Quai Branly (Paris)

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Fidèle à sa vocation de mise en valeur des arts premiers et des civilisations non occidentales, le Musée du Quai Branly présente cette année une exposition sur un thème incontournable du XXIe siècle : le métissage.

Planète Métisse : To mix or not to mix? explore les influences et inspirations croisées des individus, cultures et civilisations du XVe siècle à nos jours. L’exposition offre une analyse multiculturelle de la création, l’art, la politique, la religion et la culture au sens large.

La frontière entre les temps et les conceptions du monde est abordée par des thèmes aussi variés que la science fiction, la confession vaudou, la mode et la musique afro-brésilienne. La réflexion sur l’amalgame des identités est incarnée par des artéfacts tel le Codex Borbonicus mexicain, un calendrier divinatoire des cérémonies religieuses préhispanique, présenté en langue espagnole avec un cartésianisme bien occidental.

L’exposition place la colonisation américaine et africaine à la base d’une réflexion sur le processus de métissage du pouvoir, notamment les stratégies européennes d’alliance avec les élites autochtones, pour fins de contrôle territorial. Ce métissage dit politique n’est pas sans influencer à son tour la création et l’iconographie indigène. Le Musée expose par exemple une statue africaine de la Reine Victoria, œuvre d’un artiste yoruba inspiré par les photographies royales dispersées dans les terres soumises à l’aube du médium photographique (début XIXe).

Sujet incontournable de l’amalgame culturel, le métissage musical est symbolisé par un arbre généalogique et numérique qui exprime les origines de la musique afro-brésilienne. (voir photo). L’œuvre est une véritable ode aux rythmes africains qui jalonnent l’Amérique au temps de l’esclavagisme. Au Brésil, cette mixité artistique se traduit par les courants de lundu, bossa nova, afro samba, samba-rock des années 1970, et rock brésilien des années 1980.

Michel de Montaigne écrivait : «un honnête homme, c’est un homme mêlé», une assertion qui s’applique au dernier volet de la Planète métisse : l’art cinématographique. L’exposition présente de façon originale les processus d’influence au cinéma par la juxtaposition de scènes marquantes du 7e art. Lorsque présentés en simultanéité, l’imaginaire western américain et le combat anthologique des Cendres du Temps de Wong Kar-wai, présentent une similitude déconcertante.

Dès les années 1950, des genres aussi populaires que le film d’action américain et le western italien puisèrent largement dans les films de samouraïs nippons et les arts du Kung Fu importés de Hong Kong. Plus tard, le cinéma asiatique est inspiré à son tour par l’imaginaire des Amériques. «Wong Kar-wai observe et recrée l’Argentine depuis la Chine de Hong-Kong (Happy Together, 1997) et Ang Lee explore les États-Unis depuis la Chine de Taïwan (Le Garçon d’honneur, 1993 et Broke Back Mountain, 2005), affirme Serge Gruzinski, Commissaire de l’exposition.

Si Planète Métisse : To mix or not to mix? met intelligemment en scène sa toponymie du métissage, son analyse du phénomène demeure par contre superficielle et somme toute prudente, tombant parfois dans les clichés du relativisme culturel tel : « une robe autochtone est-elle folklorique ou classique? ». À éviter, donc, pour l’anthropologue ou l’historien averti, mais à voir chez les férus d’amalgames culturels.

L’exposition a tout de même le grand mérite de placer les conceptions et objets métis au-delà des thèses qui étayent le « choc des civilisations ». On apprend qu’en Europe, les premières œuvres étrangères furent réunies au sein de cabinets de curiosité - considérés comme les premiers musées du continent. Or, Planète Métis démontre rapidement que le métissage n’est pas unilatéral et dépasse la seule appropriation par l’«indigène» des influences européenne. L’inspiration devient multilatérale et les échanges, réciproques.

La problématique est tout à fait contemporaine, devant la montée fulgurante de la Chine et de l’Inde, qui ne montrent aucun signe de ralentissement. Reste à voir le degré d’ouverture dont l’Occident fera preuve dans un avenir culturel teinté de toutes ces créations asiatiques.

Planète Métisse : To mix or not to mix? - 8,50 €
18 mars 2008 au 19 juillet 2009

Musée du Quai Branly
Galerie suspendue Ouest
37 Quai Branly, 218 rue de l’Université
75007 Paris
www.quaibranly.fr
+33 (0)1.56.61.70.00

Par Étienne Langlois
Paris, 01/04/08

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