Un événement Pop Montréal très réussi: Ronnie Spector présentait «Beyond the Beehive» au Rialto

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Hier soir, Ronnie Spector a conquis le cœur du public montréalais en présentant son spectacle multimédia «Beyond the Beehive», une rétrospective autobiographique narrée, chantée et documentée retraçant les faits marquants d’un destin exceptionnel.

À 20h45 tapantes, la grande dame a fait son entrée sur scène en entonnant « Walking In The Rain». C’est un premier régal pour les oreilles des admirateurs, mais aussi l’occasion de mentionner d’emblée que son ex-mari, Phil Spector, ne lui accorde pas la permission de jouer certaines chansons des Ronettes dont il détient les droits. Une entrée en matière directe et piquante : une photo de Phil arme au poing est projetée, allusion directe à ses déboires judiciaires. Il ne l’aura pas volé.

Arborant une chevelure qui en ferait pâlir de jalousie plus d’une, la septuagénaire s’est ensuite installée sur son tabouret de conteuse pour se lancer dans une série d’évocations de son enfance à New York, dans le quartier Spanish Harlem. Au fil des photographies en noir et blanc et d’un titre de Frankie Lymon and the Teenagers, Ronnie a remonté le temps jusqu’à ses débuts improbables à l’Apollo et la création fortuite des Ronettes le jour où elle, sa sœur et sa cousine ont été introduites au Peppermint Lounge car leurs tenues coordonnées leur donnaient un look de danseuses. C’est là qu’elles ont fait la connaissance De Murray The K, un DJ new-yorkais très influent. Ce dernier leur fera enregistrer leur premier album, mais ce n’est qu’après la rencontre avec Spector, véritable machine à succès de l’époque, que le groupe prendra son envol. Un coup de foudre amoureux et musical.

Charismatique et posée, Ronnie entreprend donc le récit de l’ascension des Ronettes, non sans oublier de mentionner la difficulté d’être une artiste féminine dans l’industrie musicale du milieu des années 60 dominée par les hommes. Elle raconte alors comment ces trois toutes jeunes anonymes se sont retrouvées propulsées en avant de la scène, extraits radiophoniques et vidéos inédits à l’appui. Pleine d’humour, Ronnie narre ensuite sa rencontre « royale » avec les Beatles au cours de leur première visite en Angleterre. Une tournée, d’ailleurs, lors de laquelle un jeune groupe en devenir assure leur première partie : les Rolling Stones. Occasion parfaite que saisit Ronnie pour interpréter « Time Is On My Side ». Mais déjà, le spectre de Phil réapparaît. Possessif à l’extrême, il vit difficilement les nouvelles amitiés de sa « précieuse petite boîte à musique » et lui refuse toute opportunité de voler de ses propres ailes. La diva nous offre alors sa version de « Don’t Worry Baby », titre que Brian Wilson avait écrit en hommage aux Ronettes, mais que Ronnie se vit interdire d’enregistrer à l’époque ainsi que « Try Some, Buy Some », écrit par George Harrison. Prends ça dans les dents, Phil.

Bien plus que d’avoir assis un total contrôle sur la carrière de Ronnie, Phil Spector l’a isolée du monde. Il l’appelle maintenant Veronica, l’épouse, celle qui erre nus-pieds dans une grande maison vide ceinte d’un infranchissable grillage et qui sombre dans l’alcoolisme, faute de pouvoir officier en tant que Ronette. Les cures de désintoxication se succèdent, autant d’opportunités d’entrer en contact avec le monde extérieur, jusqu’au jour où elle s’enfuit avec pour seul trésor en poche le nom d’un avocat spécialisé en divorces. Pour marquer le coup, Ronnie entonne « Goodbye Hollywood ». Malheureusement, les années qui succédèrent furent aussi difficiles à gérer : harcelée par son ex et dépendante à l’alcool, Ronnie a du mal à se reconstruire. Mais de vieux amis (John Lennon) et de nouvelles rencontres (Bruce Springsteen, Joey Ramone) lui ont permis de reconnecter avec son amour de jeunesse : le rock. Un autre amour entra dans sa vie et de lui naquirent deux beaux garçons.

Dans l’épilogue radieux d’une histoire presque incroyable, la survivante remercie la justice d’avoir finalement pris le parti des Ronettes dans la bataille juridique qui les opposait à Spector. Ce dernier a du débourser 2.6 millions de dollars. Elle a clos son récit par un clin d’œil à ses anciennes compagnes de scène avec quelques images de leur réunion lors de leur intronisation au Rock’n’Roll Hall Of Fame (après 13 années merci, Phil!). Sur ces mots, la belle dame s’est retirée sous des tonnes d’applaudissements… pour revenir quelques minutes plus tard et offrir un merveilleux cadeau d’adieu aux Montréalais : « Baby, I Love You », « Back To Black » en hommage à Amy Winehouse et « Be My Baby ».

« Beyond the Beehive » est incontestablement un spectacle réussi : entourée de musiciens talentueux, Ronnie Spector a tenu son public en haleine avec panache pendant près de 2 heures tandis que son équipe technique dévouée lui a assuré un son impeccable et des projections de grande qualité.