Un deuxième disque pour Aline de Lima

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Açai – à prononcer aça-i, avec l’accent tonique sur le i final, c’est fondamental - désigne le fruit d’un palmier amazonien, l’Euterpe oleracea, que les Portugais colonisateurs avaient baptisé açal. Le i détaché en fin de mot est un produit purement créole, brésilien, indigène. D’où son importance.

Açai, titre de l’album, est une déclaration sur l’honneur et une profession de foi : « Moi, Aline, fruit du Maranhao (Etat du Nord du Brésil, au bord du bassin amazonien), serait toujours Aline enracinée dans la terre rouge et ocre du pays de braise, même chantant en français ou en suédois, même transportée par l’internet, le téléphone, les tournées… ».

Profondément sourcées, ces compositions originales d’une jeune femme née en 1978 dans l’Etat brésilien du Maranhao ont su garder une fraîcheur, un goût de fruits cueillis à l’arbre que seule l’enfance préserve. « Obra-prima do tempo/Seu beijo maduro eu colhi » (J’ai cueilli ton baiser mûr, chef d’œuvre du temps), écrit Aline de Lima en guise de préface à ce voyage au cœur de la sensibilité en douze titres.

Pour dessiner les plans de cette architecture organique, Aline de Lima s’est rapprochée d’un fameux Japonais, Jun Miyake, qui co-produit l’album. Trompettiste, compositeur et arrangeur, il est aussi l’un des compagnons de route d’Arto Lindsay, le brillant guitariste et rénovateur de la MPB (Musique populaire brésilienne) par ses productions aux côtés de Caetano Veloso ou Marisa Monte.

Tout ce beau monde se retrouve à New-York, et forme une quasi-école de la subtilité avant-gardiste, où figure également le guitariste Marc Ribot et Vinicius Cantuaria, qui a réalisé Arrebol, le premier disque d’Aline de Lima.
Voici donc notre belle maranhense englobée dans une tribu à l’extrême musicalité. Englobée, mais non engloutie. Parce qu’elle a du caractère, Aline. Un côté frêle, un côté têtue, déterminée, et une passion : les chansons. En écrire, leur offrir des mélodies, en reprendre, de celles qui ont marqué dès l’enfance, comme ce refrain de Mulher Rendera, une chanson composée par Zé do Norte en hommage au bandit de grand chemin défenseur des pauvres, Lampião : « Olê muié rendera/Olê muié rendá/Tu me ensina a fazê renda/Que eu te ensino a namorá », tu m’apprends à broder, je t’apprends à flirter. Joan Baez, égérie des mouvements protestataires américains, avait repris la chanson nordestine (dans Joan Baez 5, 1964).

Au Studio Tex Avril de Paris, Jun Miyake a posé des guitares, du piano, du vibraphone, de la kora (Quem Sou) parce que le Brésil et Aline, c’est aussi cette délicate africanité. Il y a Marin-Pêcheur, écrite en français puisque la chanteuse habite Paris depuis l’an 2000, après deux ans passés en Suède (un suédois parfait, Som Om Ingenting Har Hänt, parole de Johan Schütz). « Qu’est-ce que je fais ?/Mon cœur de sirène a plongé/Dans l’illusion/De te ramener dans l’eau salée de ma passion ». C’est limpide. La jeune femme sait écrire, elle sait fabriquer des mélodies qui vont avec.

Bien sûr, dans cet univers, il y a des figures tutélaires : ici donc, Gilberto Gil, chanteur et ministre de la culture du gouvernement Lula, dont Aline de Lima reprend Ladeira da Preguiça (la rue de la paresse). Car voilà bien l’affaire : travailler plus pour gagner en aisance, être fainéant d’apparence et bosser ses classiques des jours durant. C’est ainsi qu’un autre nordestin, Joao Gilberto, inventa le son de la bossa nova, ce balancement si complexe… Et c’est ainsi qu’Aline de Lima finit un deuxième album où la voix a gardé sa fraîcheur et conquis de nouveaux territoires, verts, amazoniens, humains.

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