"Tout ça m'assassine" pour mieux me ressusciter

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Tout ça m’assassine est une pièce mise en scène par Dominic Champagne. Elle revient à l’affiche à la cinquième salle de la Place des arts après son succès retentissant au Théâtre Outremont l’hiver dernier. Coup d’œil sur une œuvre qui nous ouvre les yeux sur nous-même, portrait d’un peuple, portrait de notre histoire, bref un auto-portrait.

Hier soir, c’était la deuxième fois que je voyais cette pièce provenant de trois courtes pièces : « Confessions d’un cassé » de Pierre Lefebvre, « La déroute » de Dominic Champagne, ainsi que des poèmes de Patrice Desbiens. La première fois était au Théatre Outremont. La salle étant plus grande lors des premières représentations, il faisait bon de pouvoir sentir toute la dynamique des personnages et des interactions grâce à la proximité que permet la cinquième salle de la Place des arts.

Les textes sont ludiques, criant de vérité, accrocheurs et se veulent le reflet de notre société passée, le miroir de nos interrogations présentes et un regard sur notre futur qui ne finit plus d’être futuriste. On nous représente la société québécoise et son évolution à travers divers personnages qui nous font un condensé historique des évènements majeurs qui ont fait ce que nous sommes aujourd’hui….quelque chose comme un grand peuple.

Plusieurs clins d’œil à René Lévesque étaient présents tout au long de la présentation. À l’entrée, il y avait même une affiche qui nous informait que René Lévesque est décédé il y a de cela 25 ans déjà. Il y avait des moments où sa voix retentissante vibrait dans la salle. Elle vibrait en nous comme si cette dernière tentait de nous ranimer, de nous ramener à la vie. Le concept de vie fut d’ailleurs très bien imagé lors de la toute dernière scène avec Normand d’Amour et Mario Saint-Amand. Leur complicité était palpable et nous garda captifs de leurs propos et leurs agissements.

La métaphore où le personnage de Mario St-Amand devient le chevreuil que l’on vient de frapper et que celui de Normand d’Amour s’apprête à achever est magnifique, mais surtout prenante émotionnellement. Pour bien nous rendre le degré d’intensité de cet extrait, il fallait des acteurs expérimentés, sensibles et en pleine possession de leurs moyens. Il va sans dire qu’ Alexis Martin, Sylvain Marcel, ainsi que Julie Castonguay étaient eux aussi de calibre. Ils portaient la pièce avec souci du détail et énormément d’amour.

Le capitalisme et l’individualisme furent des thèmes dénoncés à travers les lignes récitées avec fougue et rigueur. Après la Révolution Tranquille, les québécois eurent un sacré lendemain de veille et depuis, la solidarité a décidé de foutre le camp. On est un peuple qui n’arrête pas de mourir et qui n’arrête pas de renaître. Nous sommes « René ».

Dans la pièce, on rend hommage à notre passé avec des phrases débutant par « Je me souviens » et s’articulant autour d’une mémoire collective. Ces propos étaient réfutés par le personnage de Mario St-Amand qui était épuisé de toute cette soif d’avenir qui venait de se suicider au dernier référendum. Plusieurs contrastes étaient présents tout au long de la présentation et ces derniers permettaient d’augmenter la cadence ou de la ralentir jusqu'à ce que la salle sombre dans le silence qui parlait de lui-même.

Tout ça m’assassine est une pièce qui agit comme des électrochocs, elle nous saisit et tente de ranimer l'inconscient collectif, ce partage du monde commun individualisé, cette solidarité oubliée, ces projets de société enterrés, cette fierté cachée…Elle se veut la voix et le reflet d’un peuple qui, peut-être, a tendance à s’oublier. Après nous avoir fait frissonner durant l’heure et demie que dure ce voyage au centre de nous-même en tant que collectivité, elle nous laisse sur cette note qui anime notre pensée. : « Vous n’êtes pas écœurés de mourir bande de caves? (…) On a un passé qui n’arrive pas à mourir et un avenir qui n’arrive pas à naître. Droit devant, il y a un labyrinthe ».

On en ressort ébranlés, éveillés, animés, tristes, colériques, optimistes, mais on en ressort vivants.

"Tout ça m'assassine" est présenté à la cinquième salle de la Place des Arts jusqu'au 20 octobre. Pour plus d'informations, cliquez ici: http://www.laplacedesarts.com/pda-famille/1825/tout-ca-m-assassine.fr.h…