Tom na Fazenda à l'Usine C: Époustouflant! Magnifique!

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Tom na fazenda

Je manque tout simplement de superlatifs pour décrire cette pièce de théâtre hors de l'ordinaire. Très connue du dramaturge québécois Michel-Marc Bouchard, « Tom na Fazenda » (« Tom à la ferme », en français), est présentement jouée à l'Usine C, du 3 au 8 mars et les 11-12 mars, en portugais, avec surtitres français et anglais. Courez-y!

Les Québécois ont presque tous vu le film éponyme ainsi que la pièce elle-même, jouée au Théâtre d'Aujourd'hui en 2011. Cette production brésilienne, traduite en portugais par Armando Babaioff, mise en scène par Rodrigo Portella et jouée par quatre comédiens brésiliens, n'a rien à voir avec ce que l'on a vu jusqu'ici! Le jeu des comédiens est d'une telle vérité, d'une telle fougue et justesse que les spectateurs reçoivent le tout comme une véritable bourrasque en pleine figure. Vissés sur leur siège, retenant leur souffle, ils peinent à ne pas en perdre une miette- tellement c'est intense - durant les quelque deux heures et demie que dure la pièce.

On assiste ici à la représentation d'un véritable diamant brut. Le texte est ciselé au laminoir, travaillé jusqu'à en garder essentiellement la fibre et le suc. Les dialogues, les réparties, qui étaient dilués au cinéma par l'image, apparaissent ici dans toute leur vérité – j'allais dire dans toute leur cruauté... Michel-Marc Bouchard ne fait pas dans la dentelle. Il ne polit pas ses mots pour en arrondir les coins, avant de nous les envoyer au visage. Ses phrases sont directes, hachées et vont droit au but. Vous voulez du rose, du « politically correct »? Allez voir ailleurs. Ici, vous n'aurez que la vérité; la violence de la vie ne nous est pas épargnée.

Sur la scène : aucun décor. De toute façon, il serait inutile. L'imagination devra pourvoir. Seule une immense toile, où l'eau et la boue peuvent exister et se faire la part belle... Un terrain de jeu brut, où l'on n'a pas peur de se salir, dans tous les sens du terme... L'eau et la boue, le terrain préféré de nos jeux d'enfant... L'eau et la boue, matières brutes où seule la vérité des âmes et des corps peut se dire, sans tabous. Ce seul décor annonce déjà les couleurs du texte... Pas de faux-fuyants, pas d'interdits, juste du brut, juste la vérité brute, quelle qu'elle soit! Les corps et les âmes s'entrechoquent, pour en faire émerger la vérité, extraite dans la violence, la nécessité et l'urgence.

Je n'avais jamais été en contact avec des comédiens et un metteur en scène brésiliens. J'en ai été vraiment secouée, agréablement surprise. Le jeu de ces comédiens, Armando Babaioff, Soraya Ravenle, Gustavo Vaz et Camila Nhary est puissant, viscéral et profondément juste. Il n'est pas poli et « ajusté  à l'atmosphère sociale présente », comme on a l'habitude de le voir au Québec. Leur jeu en est un de feu, brut et viscéral, sans compromis. Ils jouent avec leurs tripes; ils ne sont pas dans la demi-mesure ni dans la « représentation ». Ils ne jouent pas pour être reconnus, ni adulés; ils jouent avec leur âme et leur cœur, parce qu'ils ont un message à livrer... un message qui leur tient particulièrement à cœur. Ils nous en ont dit quelques mots à la fin de la représentation.

Au Brésil, la censure sévit très fortement depuis la fin de la période dictatoriale (1965-85). En 2019, trois pièces de théâtre furent censurées, sans aucune justification. L'homosexualité y est punie par la mort. Il y a davantage d'homosexuels tués au Brésil que dans l'ensemble des 13 pays du Moyen-Orient et de l'Afrique! Un homosexuel y est tué toutes les 16 heures. Le pays, dirigé par un gouvernement d'extrême-droite, ne lésine pas à faire taire ou interdire toute représentation d'oeuvres à portée symbolique. C'est pourquoi ces artistes se sont donné le mandat de dénoncer ce qui se passe.

La pièce « Tom na Fazenda » est actuellement très populaire au Brésil, car elle représente en elle-même ce qui se passe au pays. C'est une chance extraordinaire, pour nous, Québécois, d'avoir cette troupe ici et de pouvoir connaître leur réalité, à travers leur jeu dramatique.

 Ébahie, sonnée, la salle s'est levée d'un bloc, mardi dernier, pour leur faire une chaleureuse ovation debout d'environ 10 minutes! De plus, ce soir-là, l'auteur Michel-Marc Bouchard était dans la salle. Ce fut un grand moment d'émotion.

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