Témoignage sur la vie de John White

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Chers parents et amis de John. Il serait difficile de faire sur John un témoignage aussi complet que celui que nous a livré son fils, Patrick.

Néanmoins, permettez-moi de vous faire part de quelques-unes de mes réflexions sur ce grand ami que j’ai d’abord connu grâce à notre présence assidue à l’intérieur d’un même bureau de professeur pendant plus de 20 ans.

C’est à mes yeux un honneur d’avoir l’occasion de le faire, même si je me sens incapable d’en dire tout le bien qu’on devrait en dire.

Mes remarques porteront sur trois aspects : John en tant personne, en tant qu’enseignant et amateur de philosophie, et John en tant que croyant.

Sur le plan personnel, John était une personne exceptionnelle. Il était ce que ses anciens éducateurs appelaient une « bonne nature », comme s’il était né sous une bonne étoile. La beauté de son être tenait au fait qu’il avait acquis de grandes qualités, que vous-mêmes avez sans doute observées aussi bien que moi.

- Pour en nommer quelques-unes parmi tant, d’autres, n’avons-nous pas eu la chance de constater régulièrement la grande modestie de John et sa profonde humilité, malgré toutes les raisons qu’il aurait eu de s’enorgueillir, dont entre autres s’enorgueillir de sa belle famille, de la qualité de son amour avec Claire, de sa réussite professionnelle, de son talent dans les sports et ainsi de suite ! John n’était pas du genre à se vanter.

-N’avons-nous pas eu souvent l’occasion de bénéficier aussi de sa grande capacité d’écoute, qui l’amenait à passer sous silence ce qui le concernait, pour permettre aux gens de son entourage de faire part de leurs préoccupations et de leurs états d’âme !

-N’avons-nous pas aussi ressenti fréquemment sa grande douceur qui l’amenait à fermer les yeux sur nos erreurs et petits ou grands défauts, au point de nous dire, en exagérant la plupart du temps, qu’il lui arrivait de faire pire, pour nous rassurer et nous éviter la réprobation. Cette douceur, toute naturelles, se traduisait spontanément dans le timbre de sa voix. C’est la même intention de mettre les gens à l’aise qui l’amenait à faire à amorcer ses contacts avec les gens en faisant une blague ou en adressant un compliment

Au chapitre de ces qualités personnelles, je sais que tous ensemble nous pourrions en compléter la liste pendant de longs moments.

J’aimerais tout de même ajouter un effet de la présence chez John de toutes ses qualités, un effet qui peut paraître anodin, mais qui est à mon avis assez révélateur. On sait que la personnalité d’une personne se révèle souvent à l’extérieur de sa personne. Le philosophe Aristote en donnait comme exemple le fait que la personne orgueilleuse regarde les choses et les personnes de haut et qu’elle a le regard hautain et le nez qui pointe vers le haut.
Eh bien, chez John, toutes les qualités qui faisaient la noblesse de sa personne imprégnaient tellement tout son être qu’elles se dégageaient spontanément de son apparence extérieure, de sa démarche ou de son maintien. J’ai souvent eu l’occasion de constater que John inspirait tout naturellement confiance, et qu’il s’attirait spontanément le respect d’autrui, même de la part de personnes qui n’avaient avec lui qu’un contact passager, comme les commis de magasins ou les serveurs de restaurant.

D ‘ailleurs la photo annonçant son décès le confirme quelque peu : les yeux étant le miroir de l’âme, elle fait bien ressortir la qualité du regard et la sympathie du visage.

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Sur le plan professionnel, à tout le bien que John a fait autour de lui et auprès de ses proches, s’ajoute le fait que John a exercé de façon admirable pendant plus de 35 ans cet important métier qu’est le métier d’enseignant, de fin éducateur, d’habile pédagogue. Comme me l’écrivait ces derniers jours Charles, un autre ami de l’enseignement, à plusieurs égards, John nous a servi de modèle.

Quant aux plusieurs centaines d’étudiants qui ont eu la chance d’avoir John comme professeur de philosophie, ils avaient coutume de dire, dans le langage qui est le leur, que John était un prof, cool.
-John était en effet très sensible au fait qu’il est à la fois emballant et difficile d’être un jeune de nos jours.
John était animé du vif désir d’aider les étudiants à situer les préoccupations de leur âge dans une perspective humaniste et porteuse d’avenir prometteur et épanouissant.
-Il n’est donc pas étonnant que, lors des évaluations de ses cours par les étudiants, il était fréquent d’entendre des témoignages qui revenaient à dire et à écrire : « J’avais toujours hâte de me rendre aux cours de John et d’éprouver le plaisir d’en sortir meilleur que je l’étais en arrivant ! »

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Mais John n’avait pas besoin d’être en classe et d’être rémunéré pour philosopher. Je dirais qu’il transpirait la philosophie comme il transpirait de bonté. Même s’il était capable, selon les circonstances, de parler sans plus que de choses et d’autres, il était passionné par le fait de chercher à comprendre les réalités de la vie et, quand cela convenait, de nous en faire part en replaçant divers événements, simplement mais profondément, dans une perspective qui le plus souvent nous avait échappée.

John philosophait comme il respirait. C’est ce qui fait qu’à partir de sa retraite en 2005, il se mit à écrire davantage. C’est ce qui fournit aux lecteurs du Journal de Québec et du journal Le Soleil de lire de temps à autres certaines de ses réflexions sur les faits de l’actualité.

De façon plus soutenue ces derniers mois, John s’est appliqué à écrire un livre qui sera bientôt publié, probablement au printemps. On peut dire qu’il s’agit en quelque sorte d’une partie de son testament philosophique, dans la mesure où il expose une conception de la vie et de l’être humain qui, tout en étant réaliste, traduit l’esprit positif qui animait l’ensemble de la réflexion de John. Je vous souhaite d’avoir l’occasion de lire cet ouvrage, accessible à tous, qui vous permettra de mieux connaître la pensée qui l’animait

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Entre autres sujets dont il traite dans ce livre, il en est un qui nous concerne de façon plus immédiate aujourd’hui. Il s’agit d’un sujet que l’on a tendance de nos jours à taire ou à cacher, soit celui de la mort. Étonnamment, il y fait ressortir les nombreux avantages de réfléchir à la mort.

Si John peut aborder avec optimisme cette réalité qui nous attend tous, c’est en raison de sa foi profonde en la vie après la mort.

J’ai souvent été quelque peu ébahi de la sérénité avec laquelle John avait le don d’accueillir la mort, même celle des êtres qui lui étaient chers. Et ce fut le cas de sa propre mort depuis qu’il a appris qu’il était atteint d’un cancer au cerveau. Au point que certains lui ont même demandé sa recette.

C’est que son long parcours de croyant faisait en sorte que John était imprégné de l’esprit du Livre de la Sagesse dont Michel, un autre ami de l’enseignement, me rapportait un extrait, en apprenant le décès de John , et que Marianne nous a lu lors de la liturgie de la parole. Il vaut la peine d’en répéter l’extrait pour le commenter brièvement. Ce Livre sacré dit ceci :

« La vie des justes est dans la main de Dieu, aucun tourment n’a prise sur eux. Celui qui ne réfléchit pas s’est imaginé que ces justes étaient morts; leur départ de ce monde a passé pour un malheur; quand ils nous ont quitté, on les croyait anéantis, alors qu’ils sont dans la paix. »

Si notre ami,John, pouvait nous parler directement ce matin, il est certain qu’il nous conseillerait fortement de ne pas croire qu’il est « anéanti ».

Gilbert Bécaud disait : qu’elle est lourde à porter l’absence de l’ami ! Cela est tout à fait vrai. Et pourtant, John nous prierait de ne pas nous laisser assaillir par la tristesse de son départ, en gardant à l’esprit qu’il est entre les mains accueillantes de Dieu le Père et de son Fils qu’il a tant aimés ici-bas.

Puissions-nous, malgré notre peine bien légitime, réussir à suivre son conseil !

À John, qui nous réunit aujourd’hui, nous disons ceci : notre vœu le plus cher, c’est que le moment venu, même si c’est le plus tard possible, nous puissions être ensemble à nouveau à tes côtés, dans l’amour et l’amitié, pour l ‘éternité !

En toute amitié,

Gérard Lévesque
professeur retraité du département de philosophie au Cégep de Sainte-Foy