Soirée Stravinsky des Grands Ballets Canadiens de Montréal – la déception est de mise

Catégories

Image

Il y a de cela quelques semaines, le Ballet national d’Ukraine était à Montréal pour envouter le public de la métropole avec « Le Lac des Cygnes ». Mercredi dernier, Crystal Pite était de retour à l’Agora de la Danse pour présenter sa création « The You Show », pièce saluée par les critiques lors du FTA 2011. Et enfin, depuis novembre dernier, Pina Bausch était à l’honneur dans le film éponyme « Pina », retraçant son parcours et ses collaborations grandioses.

Trois exemples, trois visages de la danse qui montrent qu’à Montréal, le niveau peut parfois atteindre des sommets quand il est question de danse classique et contemporaine. Malheureusement, les Grands Ballets Canadiens de Montréal ont déçu le public venu en grand nombre au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts pour la représentation de vendredi 23 mars de la Soirée Stravinsky. Que ce soit à travers la qualité et la précision de la danse ou même l’interprétation de certaines œuvres de Stravinsky retranscrites par le chorégraphe Stijn Celis, le faux pas est de taille. La preuve? La majeure partie du public n’a pas daigné se lever lors de l’applaudissement final, ce qui, à ma connaissance, n’était pas arrivé depuis bien longtemps avec les GBCM.

Pourtant, le programme s’annonçait alléchant. Les GBCM nous proposaient une soirée en trois parties. La première, Anima, est un pas de trois de Stijn Celis créé sur mesure pour la troupe montréalaise, dansée au son de la Nocturne No13 de Frédéric Chopin et sur une Sonate de Domenico Scarletti. Les deux autres créations ne sont rien d’autre que « Les Noces », inspirée de la chorégraphie de Bronislava Nijinski (1923) et remise au goût du jour par monsieur Celis, ou encore « Le Sacre du Printemps » en version orchestrale spécialement conçue pour les GBCM.

Dans le trio Anima, les danseurs ne sont pas au point. Un porté manqué par ci, une absence totale de coordination et de synchronisation par là, le trio principal a du mal à faire vivre cette création contemporaine et à insuffler la passion qui devait sûrement animer son créateur. L’espace sur scène parait vide, tout comme l’expression et la danse des artistes sur scène. Et le moins bon reste pourtant à venir…

Dans « Le Sacre du Printemps », les GBCM, mettant en scène douze danseurs et douze danseuses, exècrent à donner vie à une création portant sur les mœurs et rituels païens. Le choix est pourtant simple : soit on laisse les danseurs vivre leurs propres émotions et exprimer le tout de manière dansée, mettant en emphase l’originalité des protagonistes; soit on joue sur l’homogénéité et la beauté de l’unicité. Dans cette représentation, on a l’impression que les danseurs ont le « cul entre deux chaises ». D’un côté, on sent que la chorégraphie les gêne parfois, qu’ils se perdent dans les rythment, qu’ils ont peu de repères. De l’autre, on voit ce semblant de personnalité s’affirmer chez certains. Dans les deux cas, la chute d’une danseuse, les portés manqués ou encore le manque de synchronisation sont encore de mises… Certains se rappelleront pourtant le pari remporté par le GBCM dans Cantata (http://patwhite.com/node/12335), construit dans cette même dynamique de groupe. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas!

Finalement, « Les Noces » est sûrement la partie la plus réussie de cet ensemble. Dans cette critique de l’institution du mariage, Stijn Celis épouse les formes des GBCM et propose une chorégraphie contemporaine à souhait. L’originalité des costumes (douze danseuses au visage cadavérique face à douze hommes en costume) et de la mise en scène ainsi que l’aisance des danseurs nous conforte dans cette soirée qui avait mal commencé. Dans des tons de noir et de blanc, avec des voix russes en fond sonore, les artistes sont enfin dans leur élément.

Un point vient tout de même contrebalancer les aspects négatifs des deux premières parties : la musique de Stravinsky. Vous me direz, c’est normal, elle est enregistrée…

On tourne la page et on attend désormais avec impatience le Alvin Ailey American Dance Theater qui sera à Montréal à partir du 19 avril.

Soirée Stravinsky : présenté jusqu’au 31 mars au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts

Plus de renseignements sur : http://www.grandsballets.com/fr/spectacle.php?spectacle=29

Crédit photo : Damian Siqueiros