Six représentations supplémentaires du Projet Andersen, du 6 au 10 novembre 2007, au TNM

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Le Projet Andersen de Robert Lepage, avec Yves Jacques, une production d’Ex Machina, est présentée pour une deuxième fois au TNM, dès le 25 octobre, pour une série de 16 représentations.

De plus, veuillez noter que la soirée bénéfice du Théâtre du Nouveau Monde, saison 2007-2008, aura lieu le mercredi 24 octobre, lors d’une avant-première exceptionnelle de la pièce.

Pour plus d’information : http://tnm.qc.ca/don-tnm/soirees-benefices.html

Je vous rappelle, par la même occasion, que le TNM tient deux représentations supplémentaires de L’Iliade, les 10 et 11 octobre prochains.

du 25 octobre au 3 novembre 2007
conception et mise en scène robert lepage
avec Yves Jacques une production ex machina
une présentation

SUPPLéMENTAIRES DU 6 AU 10 NOVEMBRE
à VOIR ET à REVOIR

Créé pour souligner le bicentenaire de la naissance de l’auteur de La Petite Sirène et de La Petite Fille aux allumettes, Le Projet Andersen remportait un succès proprement phénoménal lors de sa présentation sur la scène du tnM au printemps 2006. acclamée depuis d’un continent à l’autre, l’œuvre de robert Lepage, époustouflante d’invention, nous revient cet automne, toujours aussi séduisante et magique. Capable de prouesses narratives autant que technologiques, le magicien qu’est robert Lepage met au point un mécano poétique et fascinant. il jongle une fois de plus avec les rails et les écrans, avec les drames humains et les blessures intérieures, avec les déplacements, les quêtes et les désirs d’un homme qui, à l’exemple de tant de ses personnages, doit passer par l’ailleurs pour parvenir à la création.

YVES JACQUES ET SON DOUBLE
Le Projet Andersen est porté cette fois par le comédien Yves Jacques, devenu au fil des ans un véritable alter ego de Lepage. ainsi, après avoir arpenté la planète de 2001 à 2005 avec la face cachée de la lune, qu’il a jouée tant en anglais qu’en français, Yves Jacques, qui déjà, en 1989, brûlait les planches du tnM dans La Vie de Galilée de Brecht sous la direction de Lepage, endosse maintenant le haut-de-forme de Hans Christian et donne vie à la déroute de ce Québécois à paris. une déroute tout à l’opposé du succès exceptionnel qu’y remporte le comédien du Déclin de l’empire américain et des Invasions barbares, lui qui a joué Molière et oscar Wilde sur la scène du théâtre national de Chaillot, et développé une complicité avec des réalisateurs français dont Claude Miller, avec qui il a déjà tourné six films. Comme robert Lepage, Yves Jacques est bien ancré au Québec, mais le théâtre et le cinéma l’entraînent partout où son cœur le porte.

LE MONDE LUI APPARTIENT !
et pendant que Le Projet Andersen fait à nouveau escale à Montréal, robert
Lepage continue d’amasser les honneurs et de filer à toute allure sur les rails du succès. Choisi le printemps dernier parmi les vingt-cinq personnalités les plus influentes de la scène culturelle québécoise par le journal La Presse, Lepage percute les spectateurs partout dans le monde : il met en scène The Rake’s Progress d’igor stravinski à Bruxelles et l’opéra part ensuite pour Lyon, san Francisco, Londres et Madrid ; il présente Lipsynch, sa dernière création de plus de cinq heures, à newcastle, tenerife et Montréal lors du Festival transamériques ; il continue à séduire les visiteurs de Las Vegas avec KÀ et à enchanter les publics de toutes langues avec ses solos portés par des ambassadeurs inspirés. pour toutes ces raisons, il recevait plus
tôt cette année le prix europe 2007 pour le théâtre, la plus prestigieuse
reconnaissance européenne accordée au travail d’artistes, de compagnies ou
d’institutions théâtrales qui ont « contribué à la réalisation d’événements

culturels déterminants pour la compréhension entre les peuples ».
C’est avec un immense bonheur que Lorraine pintal et l’équipe du théâtre
du nouveau Monde retrouvent ce grand créateur qu’est robert Lepage, qui
fait rayonner le Québec partout sur la planète. Depuis Le Songe d’une nuit
d’été de shakespeare il y a déjà vingt ans, l’artiste revient régulièrement au tnM, pour nous emporter dans ses rêves les plus fous. avec la reprise de ce fabuleux Projet Andersen, l’occasion nous est donnée de voir ou de revoir l’intarissable imaginaire de ce funambule de la scène se déployer avec grâce et enchantement.

Concepteurs peDer BJurMan / Marie GiGnaC / Jean Le BourDais /
niCoLas Marois / Jean-séBastien Côté / CatHerine HiGGins /
Marie-FranCe LariVière assistance à la mise en scène FéLix DaGenais
régie natHaLie GoDBout

AU THéâTRE DU NOUVEAU MONDE
DU 25 OCTOBRE AU 3 NOVEMBRE 2007

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Lepage, l’homme miroir

On ne sait trop dans quel bain brillant Robert Lepage a été projeté dès son enfance mais toujours est-il qu’une légende s’est créée autour de lui. Son air d’éternel adolescent ravi et surpris par la vie, son esprit d’avant-garde, sa nature de conteur nous renvoient à nos propres désirs de dépassement. Trois reflets se disputent son image : celui du créateur du texte dramatique, celui qui invente le terrain de jeu et, enfin, celui du comédien qui se dédouble au sein de son œuvre prismatique restituée avec une qualité hallucinatoire.

À l’aube de présenter son magnifique Projet Andersen, qui a battu des records d’assistance au cours de notre saison 2005-2006, j’écrivais dans le programme de soirée : « Pour Robert Lepage, une mise en scène ne s’arrête jamais. Elle se transforme selon le territoire qu’elle occupe, elle se synthétise avec le temps, elle se fond à la ville qu’elle visite et devient donc au bout du compte, la mise en scène de l’histoire du monde. » Depuis la création du Projet Andersen sur la scène du Trident en 2005, il est indéniable que l’imagination de Robert Lepage ne s’est jamais tarie, que les nombreux pays visités ont contribué à la métamorphose du spectacle et que cette pièce tout en contraste, romantique et mordante, s’inscrit désormais dans les spectacles au long cours de la compagnie Ex Machina, qui célèbre cette année ses dix ans d’existence.

Robert Lepage, homme miroir, ne se contente pas de réfléchir les multiples facettes de sa personnalité, il permet aussi à des destins de se tresser et de s’unir sous l’éclairage magnifique et sublimé d’Andersen et de ses contes plus lubriques que ludiques. Le destin d’Yves Jacques a rencontré celui de Robert Lepage. Nous avons affaire ici à une histoire de jumeaux artistiques, de frères de l’art, de complices de création et d’amis unis dans cette passion qui est la leur : l’art théâtral. C’est pour que la rencontre d’un texte et d’un personnage avec un comédien de grandeur hors nature ait lieu que l’idée de reprendre Le Projet Andersen s’est imposée. Yves Jacques a déjà pris le relais dans le mémorable spectacle la face cachée de la lune présenté il y a quelques saisons sur la scène du TNM. Ce deuxième rendez-vous s’impose donc comme étant aussi incontournable que le premier.

C’est donc avec fierté que l’équipe du TNM accueille celle d’Ex Machina qui revient entre autres de Moscou où Robert Lepage et Yves Jacques ont provoqué un véritable raz-de-marée artistique au sein du public russe. Offrez donc votre propre miroir au Projet Andersen en tentant d’attraper au vol les miroitements de l’étoile Yves Jacques et vous serez sans doute surpris de trouver au fond de la glace l’image de Robert Lepage métamorphosée.

Au nom de l’équipe du Théâtre du Nouveau Monde, je vous remercie de votre fidélité car vous avez été nombreux à renouveler votre abonnement ou à vous abonner pour la première fois chez nous. Nous espérons vous réfléchir avec brillance et plaisir tout au long de la saison 2007-2008.

Lorraine Pintal
Directrice artistique et générale.

MOT DU METTEUR EN SCÈNE
ROBERT LEPAGE
Au départ, ce nouveau spectacle solo était une commande du royaume du Danemark qui célébrait en grande pompe, en 2005, le 200e anniversaire de naissance de Hans Christian Andersen en invitant des artistes de partout dans le monde à produire des oeuvres s’inspirant de ses contes pour enfants et de ses romans. Dans mon cas, je devais m’intéresser à lui personnellement. L’idée n’était pas d’en faire une autre biographie mais de trouver comment la vie et l’oeuvre de ce grand écrivain scandinave pouvaient trouver écho dans un monde moderne qui a perdu son romantisme et son regard d’enfant. Je savais déjà, grâce à mes solos précédents, que je ne pouvais pas simplement m’intéresser à Andersen mais que je devais plutôt m’identifier à lui. Chose difficile a priori, ne sachant rien de lui ni de son époque, la lecture de longues biographies souvent très ardues et contradictoires ne simplifiant pas non plus la tâche. Ce sont finalement quelques révélations candides glanées ici et là dans son journal personnel qui m’ont fait comprendre que nous nous ressemblions beaucoup plus que je ne l’aurais voulu. De manière évidente à certains égards; parfois de façon plus… indirecte. Mais il y avait surtout ce sentiment depuis la plus tendre enfance d’être différent des autres, un sentiment qui fait souffrir et qui isole mais qui peut avoir l’avantage de nous faire réaliser que chacun de nous est unique. Il est clair qu’au moment où Andersen écrit Le Vilain Petit Canard, il a compris qu’il dépend de nous de savoir transformer les obstacles que la vie nous réserve en possibilités de se réaliser. De plus, la nature même d’un spectacle solo évoque, qu’on le veuille ou non, l’idée de la solitude et en fait un des thèmes principaux; celle du protagoniste, celle de l’acteur qui l’interprète et, dans le cas qui nous intéresse, celle de Hans Christian Andersen. Après l’avoir côtoyé un peu le temps d’une création, j’aurai au moins compris que mon désir de raconter ne me permet pas seulement de dégorger mon imagination mais me donne l’occasion, comme lui, de sortir un moment de mon isolement et tenter de me faire accepter par le reste du monde.
Robert Lepage

HANS CHRISTIAN ANDERSEN
LE CONTE DE SA VIE
Qui n’a jamais entendu parler de La Petite Sirène ou de La Petite Fille aux allumettes n’a jamais eu d’enfance. Plus loin dans les souvenirs, rappelez-vous Le Vilain Petit Canard, Les Habits neufs de l’empereur, Le Rossignol (et son Empereur de Chine), Le Petit Soldat de plomb… Ça ne vous dit rien ? C’est que vous n’êtes pas de ce monde. Les contes d’Andersen, cent cinquante-six au total, ont été traduits dans toutes les langues de la terre, de l’islandais au bengali. Leur succès foudroyant, qui débute dès leur publication en 1848, n’a pas cessé depuis. Andersen est l’une des grandes figures de la littérature mondiale, le conteur par excellence, celui qui, sans doute plus encore que Charles Perrault et les frères Grimm, a donné les lettres de noblesse au genre littéraire dans lequel il excellait : le conte.

LA MISÈRE DU VILAIN PETIT CANARD
Hans Christian Andersen est né à Odense, au Danemark, le 2 avril 1805. Son père est considéré comme le plus pauvre des pauvres cordonniers de cette capitale de province, sa mère est une servante, son grand-père est fou. Le petit Hans se réfugie donc dans la lecture, plongeant dans les rares livres de son père afin de fuir la réalité sordide de son environnement. Parmi ces livres, entre une Bible et des comédies de Holberg, un gros ouvrage mystérieux et attirant, intitulé… Les Contes des mille et une nuits. Puis une autre échappatoire se présente au fils du
cordonnier : le théâtre. Par l’entremise d’une tournée provinciale du Théâtre Royal de Copenhague, Hans entre en contact avec ce milieu qui va nourrir ses rêves pendant de longues années. Il prend son baluchon et treize rixalers (sept dollars environ), puis part pour la grande ville, Copenhague, afin de tenter sa chance au Théâtre Royal. Le directeur le refuse à l’audition : belle voix, mais maigre. On lui donnera bien quelques rôles secondaires, mais rien de majeur. Encouragé par certains professeurs de chant, Andersen tente sa chance à l’Académie de chant. Pas de veine, sa voix mue et ses tentatives se soldent encore par des échecs. Mais il en faut plus pour décourager ce petit provincial habitué
aux dures conditions de la vie. Il envoie donc au Théâtre Royal une pièce de théâtre, Les Bandits de Vissemberg, refusée pour « inculture de l’auteur », puis une tragédie un peu trop inspirée de Shakespeare. Refus là encore, mais intérêt marqué de la part d’un membre du Conseil du Théâtre Royal, Jonas Collin, riche bourgeois de Copenhague. Celui-ci devient le protecteur d’Andersen, et le fait entrer au collège afin qu’il termine ses études classiques.

L’APPRENTISSAGE TARDIF
À dix-sept ans, le vilain petit canard habitant le quartier des prostituées de la ville se retrouve sur les bancs de l’école en compagnie d’élèves de douze ans… Bête noire des élèves et des professeurs, il souffre considérablement pendant cette période. Il sort enfin du collège deux ans plus tard, obtient une bourse pour l’université de Copenhague puis termine ses études en 1829. Andersen a 24 ans; il a récupéré son retard et se sent apte à se vouer entièrement aux belles-lettres. Il fait paraître un récit humoristique qui lui vaut un certain succès, fait jouer un vaudeville accueilli favorablement par le public, publie son premier recueil de poésie. Au cours d’un voyage, il rencontre Riborg Voigt, une jeune cantatrice suédoise pour laquelle il se prend d’une grande passion, mais ils n’auront aucune liaison. Toute sa vie, Andersen entretiendra de fougueuses passions avec des hommes et des femmes, sans jamais avoir de quelconque rapport avec eux.

LA PASSION DU VOYAGE
Ses poèmes parus lui valent une pension du roi, grâce à laquelle il entreprend ses premiers voyages à l’étranger parcourant l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la France et l’Italie. Une nouvelle passion est née, celle des voyages. Elle le mènera sur les chemins du monde et le fera vivre neuf ans en dehors de son pays natal. Andersen revient de ces déplacements avec des poèmes, des pièces de théâtre et des romans dont L’Improvisateur, publié en 1835, qui lui assure un succès désormais durable. Dans la foulée de ses multiples publications, il fait paraître un premier recueil de contes pour enfants, à titre de divertissement. Il n’y attache pas d’importance ; son éditeur lui assure l’immortalité. Il avait visé juste.

DANS LA COUR DES GRANDS
Continuant d’écrire des contes, il parcourt la Scandinavie, puis reçoit en 1838 une pension royale qui le met définitivement à l’abri du besoin. C’est, pour le fils du cordonnier qui a toujours craint, et pour cause, de manquer d’argent, la date la plus importante de sa vie. Plusieurs de ses pièces jouent désormais sur les planches danoises, dont Le Mulâtre, qui eut beaucoup de succès. Ses contes sont traduits en plusieurs langues, les rois le reçoivent dans leurs châteaux, il rencontre Hugo, Dumas, Balzac, Dickens, Liszt… Passionné par les nouvelles techniques et les machines, il se rend à Paris lors de l’Exposition universelle de 1867; ce séjour lui inspire le conte La Dryade. Puis il tombe malade (pour la première fois de sa vie) en 1872; alors qu’il est alité, le roi du Danemark lui rend visite. Il meurt d’un cancer le 4 août 1875. Sur lui, une petite bourse de cuir contenant une lettre de Riborg Voigt, la première femme qu’il a aimée.

AUTOUR DU PROJET ANDERSEN…
Au printemps 2006, Le Projet Andersen, alors interprété par Robert Lepage, remportait un succès proprement phénoménal lors de sa présentation sur la scène du TNM. Acclamée depuis d’un continent à l’autre, l’œuvre époustouflante d’invention, nous revient, toujours aussi séduisante et magique, portée cette fois par le comédien Yves Jacques, devenu au fil des ans un véritable alter ego de Lepage.

Avec la reprise de ce fabuleux Projet Andersen, l’occasion vous est donnée de voir ou de revoir l’intarissable imaginaire de ce funambule de la scène se déployer avec grâce et enchantement.

À L’ORIGINE
La Fondation Hans Christian Andersen, qui célèbre en 2005 le bicentenaire de la naissance du célèbre conteur danois, propose à Robert Lepage de créer un spectacle solo. S’inspirant à la fois du séjour de l’écrivain à Paris pendant l’Exposition universelle de 1867, et du conte La Dryade écrit à la suite de ce séjour, Lepage s’intéresse à un Andersen auréolé de gloire mais vieillissant, exposé aux démons de la laideur, de la sexualité à son crépuscule, de la mort, et confronté à la modernité naissante qui trouve une formidable illustration dans le verre et l’acier des pavillons de l’Exposition universelle déjà annonciateurs de la Tour Eiffel. Des exploits techniques préfigurant un monde qui sera aux antipodes de l’univers poétique d’Andersen.

L’HISTOIRE
1867
Hans Christian Andersen, 62 ans, est à Paris pour l’Exposition universelle. Vieillissant, il contemple les nouvelles constructions modernes exposées dans les pavillons. Un monde meurt — le sien, celui de l’imaginaire fantastique, des fées et des sirènes — un autre naît. Il écrit La Dryade, qui raconte l’histoire d’une nymphe des bois qui vit heureuse dans son arbre, mais qui rêve cependant de découvrir Paris et de connaître la vraie vie. Elle pourra le faire à condition que la durée de sa vie soit réduite à celle d’un éphémère; elle accepte, visite Paris intensément… et meurt.
2005
Un Québécois est à Paris pour répondre à une commande de l’Opéra Garnier. Il doit écrire le livret d’un opéra pour enfants tiré de La Dryade d’Andersen. Mais il se rend compte que le sujet n’est pas tant pour les enfants que pour les adultes… Pris entre sa commande et sa découverte du vrai monde d’Andersen, il entame un voyage imaginaire qui l’amène à rencontrer un jeune concierge maghrébin passionné de graffitis, un voisin américain aux goûts inhabituels, un administrateur d’opéra qui se découvre des intérêts insoupçonnés… et le personnage d’Andersen lui-même.

+++ Ce que l’on retrouve dans Le Projet Andersen? Une alternance entre des scènes dialoguées (ou plutôt monologuées) et des tableaux muets et chorégraphiés, des projections d’images, des projections vidéo, des lignes temporelles brisées, des jeux de perspectives… Et un univers hautement onirique, à la fois cru, violent et romantique.

ROMANTISME ET MODERNITÉ
L’Exposition universelle de 1867 préfigure, en quelque sorte, le monde moderne. Plusieurs caractéristiques distinguent la modernité des âges anciens, parmi celles-ci l’urbanité. L’exode rural devient en effet massif; les cités se muent en mégapoles; les larges avenues traversent désormais les anciens faubourgs insalubres. À l’idéal romantique de la sensibilité et de la passion dévorante, écho de la conception d’un ordre divin, se substitue le règne de la raison, de l’ordre et du refus de toute spiritualité. Andersen observe cette transformation radicale de la société occidentale, relève l’opposition entre le romantisme et le modernisme dont l’Exposition universelle de 1867 est une véritable métaphore.

SEXUALITÉ TROUBLE
S’inspirant librement de deux contes d’Andersen, La Dryade et L’Ombre, et de quelques épisodes de la vie du célèbre auteur danois, Robert Lepage s’attarde d’abord, dans Le Projet Andersen, à certains thèmes qu’il a déjà fouillés dans d’autres spectacles : l’opposition entre le romantisme et le modernisme, entre l’art officiel et l’art underground, entre le passé et le présent. Mais dans ce solo, le metteur en scène explore aussi les territoires plus troubles de l’identité sexuelle, des fantasmes inassouvis, de la soif de reconnaissance qui se dessinent en filigrane dans la vie et l’oeuvre d’Andersen. Et comme toujours chez Lepage, c’est par le voyage, le mouvement vers l’Autre — vers l’étranger — qu’un Québécois tente de découvrir ce qui le touche et l’anime.

DES THÈMES RÉCURRENTS
Tous les spectacles solos créés par Robert Lepage impliquent la rencontre de deux univers : d’une part, des personnages historiques (Vinci, Jean Cocteau, Miles Davis, le cosmonaute Leonov, etc.) et, de l’autre, des personnages contemporains, parfois alter ego du metteur en scène. Il s’agit souvent de Québécois — perdus en eux-mêmes ou à l’étranger — qui se mesurent à des réalités qui d’abord les dépassent, puis les éclairent et les transforment.

Olivier Kemeid
Ce texte est tiré du programme du Théâtre du Trident rédigé au moment de la présentation du Projet Andersen en février 2005. Rédaction.

HOMME DE THÉÂTRE TOTAL
ROBERT LEPAGE

On lui doit La Trilogie des dragons, Les Aiguilles et l’opium, Les Sept Branches de la rivière Ôta, la face cachée de la lune… Ses spectacles ont traversé toutes les frontières. Il a été le premier Nord-Américain à monter Shakespeare au Royal National Theatre de Londres; il a mis en scène des opéras en Grande-Bretagne, au Japon, en France et aux États-Unis; a été choisi par Peter Gabriel pour assurer la direction artistique de ses tournées mondiales; a réalisé des films qui se retrouvent à Cannes; s’est vu confier par le Cirque du Soleil un des grands navires scéniques des temps modernes, KÀ dont le budget avoisine les 260 millions de dollars. Du trophée Pierre Curzi de la Ligue nationale d’improvisation à la Légion d’Honneur, son oeuvre fut couronnée par une multitude de prix internationaux dont, tout récemment, le prix Europe 2007 pour le théâtre, la plus prestigieuse reconnaissance européenne accordée au travail d’artistes, de compagnies ou d’institutions théâtrales qui ont « contribué à la réalisation d’événements culturels déterminants pour la compréhension entre les peuples ».

Le CV de Robert Lepage (31 pages) est à lui seul un catalogue des principaux festivals de théâtre dans le monde. Il rend compte d’un artiste au talent démesuré, nourri par les arts visuels, la littérature, l’architecture, le cinéma, les nouvelles technologies, la géographie, l’histoire contemporaine… Homme de théâtre total, il passe habilement de la mise en scène à l’écriture, du jeu à la réalisation. Saluée par l’ensemble de la critique internationale, son oeuvre est considérée déjà comme une charnière dans l’histoire du théâtre moderne, bouleversant les codes traditionnels, réinventant la scène et plus généralement l’espace théâtral. À mi-chemin du spectacle et de la performance, les pièces de Robert Lepage constituent des événements en soi, qui ont influencé et influenceront de nombreux artistes.

Né à Québec en 1957, il est attiré très rapidement par de nombreuses formes d’art, qui l’amènent à entrer au Conservatoire d’art dramatique de Québec à l’âge de 17 ans. Après un stage auprès d’Alain Knapp à Paris en 1978, il participe à plusieurs créations, joint le Théâtre Repère, crée Circulations en 1984 — le premier de ses spectacles collectifs à prendre la route. L’année suivante, La Trilogie des dragons amorce le cycle des festivals internationaux. Ce sera le début d’une longue carrière…

En lui décernant le Prix Hans Christian Andersen en 2004, la Fondation de l’illustre conteur tenait à souligner l’oeuvre d’un artiste dont le rayonnement pourrait contribuer à rendre hommage à Andersen. Et à y regarder de plus près, on peut remarquer de nombreuses similitudes entre les deux hommes… Tous deux ont en commun la passion (ou la nécessité?) des voyages, tous deux ont voulu très tôt faire du théâtre — l’un a cependant connu des débuts plus heureux que l’autre... Lepage et Andersen éprouvent une fascination pour les technologies et les machines; ils accordent une grande importance à l’imaginaire, au merveilleux; connaissent un succès international et vont jusqu’à partager certains lieux ! C’est le cas d’Elseneur, à la fois lieu où Andersen a étudié et titre d’un spectacle solo de Robert Lepage

YVES JACQUES
LE GÉNIE ET LE MAGICIEN

Depuis plus de 25 ans, Yves Jacques distille son art sur toutes les plateformes, ici comme ailleurs, sur scène, au cinéma, à la télé ou en musique. De Slick and the Outlags à Lydie-Anne de Rozier dans Les Feluettes, en passant par Claude, l’homosexuel du Déclin de l’empire américain aux numéros de variétés des Bye-Bye, il laisse toujours son empreinte, faite d’élégance et d’audace, tout en flamboyance et en sensibilité. Aussi à l’aise sous la direction de Jérôme Savary, Denise Filiatrault ou André Brassard, au théâtre, il a tourné au cinéma avec les Denys Arcand, Patrice Leconte, Charles Binamé, Claude Miller, Yves Simoneau, Scorsese, avec un égal bonheur. En parcourant le monde avec la face cachée de la lune, et en reprenant Le Projet Andersen, Yves Jacques n’a pas remplacé Robert Lepage, il est bel et bien devenu son alter ego théâtral, au sens où l’entendait Balzac : « un autre soi-même, un ami inséparable ».

Comme en écho
Cet « autre soi-même », Yves Jacques l’a instinctivement reconnu lorsqu’il a assisté au travail de Lepage il y a 20 ans. « Dès Vinci, j’ai été obnubilé par son travail, je souhaitais être à sa place. Je retrouvais dans ses spectacles l’essence de ce que j’étais dans mes spectacles rock & roll. Si j’avais créé un spectacle solo, c’est exactement ce que j’aurais aimé faire.» Lorsque l’homme de théâtre lui offre de reprendre La face cachée de la lune, c’est tout un monde qui s’ouvre. De possibilités à explorer… et de défis à relever ! « Entrer dans l’univers de Robert, c’est avoir en main son Stradivarius. T’es aussi bien de savoir comment jouer… et de ne pas le laisser tomber ! »

Travail de fond
La préparation demande un énorme travail en solitaire. Lepage, on le sait, est très occupé, souvent ailleurs. Yves Jacques s’attelle donc à la tâche de reconstruire les personnages. En plus d'avoir assisté à toutes les représentations données à l’Usine C lors de la création, il travaille pendant trois mois, seul, avec la cassette du spectacle. « La façon dont j’ai abordé mon interprétation se rapproche beaucoup de mon travail d’imitation. » Patiemment, il observe, décortique, analyse de l’intérieur, s’imbibe, s’immerge. « Après trois mois de cette préparation, j’ai eu trois avant-midi de répétitions et… trois après-midi d’enchaînements techniques en salle. Quand on travaille avec Robert, on est mieux d’être préparé d’avance ! »

L’art du raconteur
La magie de Lepage reste cependant bien tangible pour l’acteur. L’effet technique, simple et ingénieux, qui laisse le spectateur ébahi devant tant de créativité, nécessite un investissement supplémentaire. « J’ai dû apprendre à "faire des affaires", jouer avec les installations, manier, utiliser, patenter… Certaines manipulations m’ont donné du mal, comme avec le mannequin, par exemple. Le terrain de jeu de Robert est tellement dense, son univers tellement intense, qu’on ne peut tout saisir d’un seul coup. » Mais quand, du travail en solitaire il est passé en pleine lumière, devant son premier public, tout est devenu limpide. « Elle est là, la magie de Robert. Devant le public. Il crée pour et avec lui. En représentation, tout devient clair et prend son sens. C’est une grâce et une bénédiction. C’est un raconteur d’histoire extraordinaire ! »

Reprendre le flambeau
Dans ce contexte de reprise, le travail de Yves Jacques se définit davantage comme un travail de réécriture, de réinterprétation, de réappropriation. Sa façon d’être acteur est aussi une façon d’écrire : comme dans une course à relais, il reprend les personnages là où Robert les avait laissés et les porte plus loin : « C’est sûr que quand Robert joue, sa vision d’auteur et de metteur en scène est également sollicitée. En même temps qu’il interprète, il remarque un détail, se demande s’il ne pourrait pas pousser telle chose ou faire autrement. Quand c’est moi qui suis sur scène, je suis engagé uniquement dans ma dimension d’acteur, ce qui fait que j’amène peut-être l’interprétation un peu plus loin. » Après la tournée de la face cachée de la lune, Lepage a repris le spectacle en gardant les trouvailles et l’énergie que Yves y avait insufflées. Comme enfiler un vêtement imprégné du parfum de l’autre, qui témoigne de sa présence...

Zone d’influence
Quelle est la part de Robert et quelle est la part de Yves dans tout ça ? « C’est sûr que mon jeu est teinté : une partie de moi s’inspire du jeu de Robert. Dans les personnages qui sont plus près de lui, comme Philippe et Frédéric, il y a une dimension de non-jeu dans son interprétation qui correspond à ce que je fais quand je joue pour la caméra. Ça tient de l’intimité partagée : je respire les personnages comme Robert, jusque dans ses silences. Par contre, dans les personnages de composition, je me rapproche de ma nature, ils ont des couleurs personnelles plus marquées. » Ce qu’ils ont aussi en commun, c’est qu’avec le temps s’installe un certain travail d’adaptation, d’épuration, d’influence. Comme la partie hachurée du diagramme de Venn, il y une zone commune où la part de l’un et de l’autre se rencontrent et s’assemblent, où le spectacle se prolonge à deux têtes et quatre mains. Merveilleuse créature hybride !

Sous l’emprise des magiciens
En plus de partager la même identité sur scène, Yves Jacques et Robert Lepage exercent tous deux à leur façon la même fascination qui nous séduit et nous gouverne. À l’instar des enfants du village de Hamelin envoûtés par le joueur de flûte, nous devenons, le temps d’un spectacle, ensorcelés, sous leur emprise. Ces deux-là savent murmurer à nos âmes captives et nous entraîner, enchantés et consentants, vers la grotte aux merveilles, d’où l’on revient éblouis, émus. Si les spectacles de Lepage sont ciselés tels des trésors d’orfèvrerie, c’est comme tel qu’Yves Jacques les fignole à son tour : avec infiniment de patience, de minutie, de générosité et un tel talent que la pierre précieuse, laissée entre ses mains par le maître artisan, irise de tous ses feux.

« ROBERT EST TOUJOURS AVEC MOI. JE JOUE AVEC LUI QUAND IL N’EST PAS LÀ. JE JOUE POUR LUI QUAND IL EST LÀ. »
Anne-Marie Desbiens

LE PROJET ANDERSEN
CONCEPTION, MISE EN SCÈNE
Robert Lepage
Avec Yves Jacques
UNE PRODUCTION EX MACHINA
UNE PRÉSENTATION DE LOGO BANQUE LAURENTIENNE

COLLABORATEURS À L’ÉCRITURE PEDER BJURMAN ET MARIE GIGNAC
ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE FÉLIX DAGENAIS
COLLABORATEUR À LA CONCEPTION SCÉNOGRAPHIQUE JEAN LE BOURDAIS
COLLABORATEUR À LA CONCEPTION DES ÉCLAIRAGES NICOLAS MAROIS
CONCEPTION SONORE JEAN-SÉBASTIEN CÔTÉ
CONCEPTION DES COSTUMES CATHERINE HIGGINS
ACCESSOIRES MARIE-FRANCE LARIVIÈRE
MANIPULATIONS NORMAND POIRIER
RÉALISATIONS DES IMAGES JACQUES COLLIN, VÉRONIQUE COUTURIER, DAVID LECLERC
MAÎTRE PERRUQUIER RICHARD HANSEN
RÉGIE GÉNÉRALE Nathalie Godbout

ÉQUIPE EX MACHINA

Agente du metteur en scène
Lynda Beaulieu

Direction de production et de tournée
Louise Roussel

Adjointe à la production
Marie-Pierre Gagné

Direction de tournée
Isabelle Lapointe

Direction technique
Serge Côté

Direction technique (tournée)
Éric Gautron

Régie des éclairages
Félix Bernier Guimond

Régie son
Caroline Turcot

Régie vidéo
Nicolas Dostie

Régie des costumes et accessoires
Isabel Poulin

Chef machiniste
Simon Cloutier

Consultant technique
Tobie Horswill

Participation aux improvisations et à l’exploration
Normand Poirier

Maquillages
Nathalie Gagné

Coupeuse
Nicole Fortin

Aide aux costumes
Jennifer Tremblay

Couturière
Hélène Ruel

Musiques
Una Furtiva Lagrima de Gaetano Donizetti, interprétée par Vincenzo La Scola, utilisée avec la permission de Naxos of America

Sonate pour violon et piano en Fa majeur d’Edvard Grieg, interprétée
par Olivier Charlier et Brigitte Engerer, utilisée avec la permission d’Harmonia Mundi

Sweet Surrender (DJ Tiësto Remix) de Sarah McLachlan utilisée avec la permission de Tyde Music & Nettwerk Productions

Pas de deux (tiré du ballet Le Papillon) de Jacques Offenbach, interprétée par John Georgiadis, utilisée avec la permission de Universal

Constructions des décors
Les Conceptions visuelles Jean-Marc Cyr

Réalisation de la charrette tirée par un cheval
Martin Beausoleil

Réalisation de la reproduction Femme piquée par un serpent
Patrick Binette

Stagiaire à l’éclairage (création)
Jennifer Jimenez (Theatre Ontario’s Professional Theatre Training Program)

Voix de l’audioguide
Martine Ravn

Producteur délégué, Europe, Japon
Richard Castelli

Producteur délégué, Royaume-Uni
Michael Morris

Producteur délégué, Amériques, Asie (sauf Japon), Océanie
Menno Plukker

Producteur pour Ex Machina
Michel Bernatchez

REMERCIEMENTS
Ex Machina remercie Le-Maillon, Théâtre de Strasbourg, Odense City Museums

Ex Machina est subventionnée par le Conseil des Arts du Canada, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, le Conseil des Arts et des Lettres du Québec, le ministère de la Culture et des Communications du Québec, et la Ville de Québec.

SUPPLéMENTAIRES DU 6 AU 10 NOVEMBRE
Du marDi au venDreDi à 20 h H Les sameDis à 15 h et 21 h
RéSERVATIONS 514.866.8668 H www.TNM.QC.CA
ATTACHé DE PRESSE LOUI MAUffETTE H H H H H
téLéphone 514.878.7896 H CourrieL OLIVIERC@TNM.QC.CA

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