Shekinah : Les dessous des Juives hassidiques

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Hannah-Boukhobza-Shekinah

Pour son documentaire Shekinah, la vie intime des femmes hassidiques, Neidik a obtenu un accès privilégié à plusieurs endroits montréalais fréquentés par les hassidiques, ainsi qu’à un séminaire pour jeunes filles, lui situé à Ste Agathe des Monts.

Fréquenté par les jeunes filles en âge de se marier (c’est-à-dire après que ces dernières ont habituellement terminé leurs études secondaires) l’endroit est tout simplement fascinant. Obéissant à une série de règles toutes plus strictes les unes que les autres (il faut entendre Chanie, la directrice, leur spécifier que fréquenter un endroit comme « un café non juif » est passible de renvoi) les jeunes filles suivent le Séminaire de la même façon que d’autres vont au Cégep. Il n’y a que les cours qui diffèrent, puisque dans un séminaire juif orthodoxe, les étudiantes y parfont leur apprentissages religieux, certes, mais y apprennent aussi à remplir leur éventuel rôle d’épouse… et celui de mère. « À ceux qui disent que c’est un lavage de cerveau, je leur répond : qu’y a-t-il de mal à avoir un cerveau propre? », dit Chanie.

On nous présente Mushki, une jeune femme de 19 ans et d’une beauté à couper le souffle, qui ne rêve que d’une chose, soit se marier et mettre au monde 13 enfants. « Dieu m’a donné un utérus, c'est pour que je m'en serve », dit-elle avec un large sourire.

Un peu plus loin dans le film, on fait également la connaissance d’un entremetteur, c’est-à-dire un « rabbin de l’amour », qui opère un site de rencontres pour juifs hassidiques à Montréal. (www.jmontreal.com) Certainement l’un des Rabbins les plus avenants de la planète, l’homme a la mission de trouver l’âme sœur des célibataires juifs orthodoxes de Montréal. On le voit bavarder avec Bracha, une jeune juive hassidique drôle, allumée et légèrement exaspérée. « Je suis la plus vieille du voisinage » dit-elle entre deux blagues.

Outre les inquiétudes qu’elle confie au Rabbin de l’amour (non, les juives hassidiques n’échappent pas aux standards de beauté!) Bracha nous offre l’un des moments les plus savoureux du documentaire. Lorsqu’elle discute avec une bonne amie qui elle, vient tout juste de se marier aux suites de deux mois et demi de fréquentation, la question de la nuit de noce survient. « (…) Le mari se doit de faire plaisir à sa femme », assure la nouvelle mariée avec un sourire entendu, entre deux interrogations. Le garçon doit-il penser au Rabbin au moment extatique?

La réponse du rabbin du documentaire pendant la séance de questions ayant a suivi la première du film au Théâtre Outremont, la semaine dernière : « L’homme doit avoir une pensée pure, au cas où surviendrait la conception… », a-t-il dit, avant d’ajouter que la charge érotique du premier toucher entre les deux époux, au moment où ils se retrouvent seuls dans leur chambre, était indescriptible.

Bien qu’il ait le mérite de nous montrer (et faire valoir) le côté lumineux, festif et spirituel des Hassidiques, le film a un ton beaucoup trop complaisant. On aurait apprécié un regard un peu plus critique et dubitatif. Le jupon de l’affection envers la culture et les traditions juives commence à dépasser dès les premières scènes du film, dans lesquelles Neidik nous présente sa grand-mère d’origine russe dont il a indirectement hérité quelques philosophies.

J’enseigne dans une école juive orthodoxe depuis quelques années. Les jeunes filles présentées dans le documentaire sont le fidèle reflet des femmes que je côtoie chaque jour. J’ai eu une assistante qui, à l’âge de 26 ans, est déjà vieille fille et vit les affres de la frustration et de la pression parentale. J’ai eu des élèves de secondaire II brillantes et adorables qui lisaient Twilight en cachette, à même le fond de leur sac d’école.

Lorsque j’ai entendu le rabbin du film dire que les Hassidiques étaient féministes, mon cœur a sauté un battement et mes sourcils se sont relevés de quelques centimètres. Quand j’ai entendu l’une des superviseures du Séminaire de Ste Agathe des Monts déclarer que « plus on le couvre, plus on sait que le diamant a de la valeur et que s’il est sur le marché, on sait qu’il ne vaut rien », j’ai carrément sursauté.  

Le film est utile, donc, dans la mesure où il est permis d’en espérer  un qui osera aborder le cas des (fort peu nombreux) divorces au sein des couples juifs hassidiques, des femmes de l’une ou l’autre des communautés montréalaises qui ne peuvent concevoir (que leur arrive-t-il??!!) ou de la violence conjugale, ou de tout autre problème fréquents, humain et universel. Lesquels problèmes nécessitent un minimum d’ouverture d’esprit et qu’à défaut d’être enrayés, soient entendus et considérés.

Anecdote représentative s’il en est une, lors de la projection du film, certains rabbins montréalais avaient posé quelques conditions à leur présence au Théâtre Outremont. L’une d’elle, nous a-t-on dit, était qu’aucun vin ou spiritueux ne soient offert au bar mis à part la bière. La liberté des uns commence bien là où celle des autres s’arrêtent.

Shekinah, la vie intime des femmes hassidiques est à l’affiche au Cinéma du Parc jusqu’au 14 novembre.

Pour visionner un extrait du film: www.cinemaduparc.com/affiche.php?id=shekinah#top

Pour lire la chronique d’un divorce non accordé :
www.nypost.com/2013/11/04/orthodox-jewish-womans-plea-for-a-divorce