Sarkozy s’attaque à la presse et à l’AFP

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Les syndicats français de journalistes s'alarment des attaques de Nicolas Sarkozy contre des médias qu'il a accusés d'être partisans et trop cléments avec son ancienne rivale socialiste à l'élection présidentielle.

Selon plusieurs députés, le chef de l'Etat a critiqué mercredi plusieurs publications ainsi que l'Agence France Presse qui n'auraient pas, selon lui, suffisamment relayé la récente condamnation de Ségolène Royal dans une affaire de salaires impayés.

Le Parti socialiste et l'UMP se sont en parallèle livrés à des échanges de communiqués sur cette situation, qui a culminé avec l'annonce par l'avocat de Ségolène Royal qu'elle allait porter plainte contre l'ancien Premier ministre UMP Jean-Pierre Raffarin qui a parlé à son propos de "délinquance sociale".

"Les syndicats de journalistes expriment leur inquiétude, ayant appris que le président de la République a invité les députés UMP à s'en prendre à une liste de médias, qu'il soupçonne de lui être défavorable", écrivent vendredi les syndicats CFDT et CFTC des journalistes dans un communiqué.

"Les syndicats de journalistes appellent les Français de toutes les sensibilités, y compris les concitoyens élus, militants ou sympathisants de l'UMP, à renforcer les garanties législatives assurant l'indépendance des rédactions, et à condamner les dénonciations infondées contre les médias", poursuivent-ils.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) avait jugé jeudi "consternant" que Nicolas Sarkozy s'en prenne à la presse.

BOUCS EMISSAIRES

"Il est singulièrement 'abracadabrantesque' de constater que Nicolas Sarkozy attaque ainsi les journalistes en privé, alors que le bilan tiré par le SNJ de sa première année de présidence est particulièrement accablant pour la liberté de la presse", écrit-il dans un communiqué.

"Au lieu de continuer à vouloir faire des journalistes les boucs émissaires de ses déboires dans les sondages, le président de la République serait mieux inspiré d'écouter les inquiétudes grandissantes d'une profession en crise", poursuit le SNJ.

Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, qui avait déjà critiqué l'AFP dans cette affaire, est revenu à la charge vendredi.

"En annonçant qu'elle se pourvoit en cassation, Ségolène Royal répond à la question que l'UMP lui pose depuis le 1er mai, mais que l'AFP jugeait comme une question qui ne se pose pas", déclare-t-il dans un communiqué.

"Il est regrettable que Mme Royal considère que le débat politique, au lieu de se nourrir d'arguments et d'idées, se limite à des procédures judiciaires", ajoute-t-il, jugeant "normal" que Jean-Pierre Raffarin ait demandé la démission de la présidente de la Région Poitou-Charentes.

Selon la député socialiste des Deux-Sèvres, Delphine Batho, "alors que la droite est en grande difficulté, le porte-parole de l'UMP tente une fois de plus de faire diversion".

"Mais plutôt que de s'en prendre à Ségolène Royal deux fois par jour et à l'AFP deux fois par semaine, on attend toujours les commentaires de M. Lefebvre sur le récent dérapage du chef de l'Etat concernant les médias ou encore ses explications sur la décision de financer le RSA par la suppression de la prime pour l'emploi", ajoute-t-elle.

Source: www.reuters.fr

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La réaction de l'AFP:

L'AFP n'a pas vocation à être "une machine à diffuser des communiqués" (PDG)

PARIS, 9 mai 2008 (AFP) - Le PDG de l'Agence France-Presse Pierre Louette a déclaré vendredi que l'AFP n'avait pas vocation à "devenir une machine à diffuser des communiqués", en réponse à l'UMP (droite, au pouvoir) qui lui reproche de ne pas avoir rapporté certains communiqués sur la socialiste Ségolène Royal.

"La rédaction a des règles de fonctionnement qui reposent sur la notion de choix faits en permanence parmi la multiplicité des faits, des évènements, des déclarations", a déclaré M. Louette.

"Même si nous nous devons de distribuer une information la plus complète, nous ne prétendons pas à l'exhaustivité ni en France, ni à l'étranger", poursuit-il.

L'UMP, qui accuse l'AFP de "censure", lui reproche de ne pas avoir traité deux de ses communiqués relatifs à une récente condamnation en appel de Mme Royal pour non-respect du droit du travail envers deux collaboratrices.

Mercredi, lors d'une réception à huis clos des députés UMP, le président Nicolas Sarkozy s'en est pris à plusieurs médias, accusés de "s'attribuer la fonction d'opposition", selon des participants. Selon eux, le président a notamment accusé le quotidien Le Parisien, l'hebdomadaire L'Express, et l'AFP de ne pas avoir suffisamment traité la condamnation de Mme Royal.

Vendredi matin, Frédéric Lefebvre, l'un des trois porte-parole de l'UMP, a réaffirmé sur la radio France Inter que si "les journaux, les radios sont libres" (...) il ne "reconnaît pas à une agence de presse une ligne éditoriale quand il s'agit de traiter un communiqué d'un parti politique".

Dans une note interne diffusée jeudi, Pierre Louette avait estimé que "la vigueur des attaques venues de la gauche, hier, avec Mme Royal, ou de la droite aujourd'hui, sont le meilleur indicateur externe de notre neutralité et absence de parti pris".

Par ailleurs, la Société des journalistes du Journal du Dimanche "s'indigne" dans un communiqué publié vendredi des "déclarations infondées" de M. Sarkozy sur "la fonction d'opposition" que s'attribuerait la presse.

La SDJ affirme "qu'elle a toujours fait et continuera de faire son métier librement, en toute impartialité et sans subir de pressions, d'où qu'elles viennent".

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