Rusalka, tragédie d’une nymphe

Catégories

Début de l'événement

Image

1901 – Antonin Dvorak, compositeur et chef d’orchestre tchèque, se lance dans l’écriture d’un conte à la rencontre de l’opéra et de la symphonie. Après plusieurs essais infructueux dans le domaine, il parvient à trouver l’idée du siècle, une fusion entre le conte européen Undine de Motte-Fouqué et de La petite sirène d’Andersen.

Le résultat : un conte en trois actes d’une durée d’environs 2 h 50, chanté en tchèque et mettant en scène une dizaine de personnages avec une prédominance féminine. Rusalka, c’est l’histoire d’une nymphe des eaux qui tombe amoureuse d’un humain. Pour réaliser son rêve, soit rencontrer le Prince de ses pensées, elle parle à son père Vodnik qui lui conseille à reculons de demander de l’aide à la sorcière Ježibaba. Afin d’être changée en humaine, Rusalka renonce à sa voix et prend le risque d’être damnée avec le Prince si l’amour n’est pas au rendez-vous. Et c’est malheureusement ce qui causera la perte de cette jeune nymphe…

Pour la mise en scène, l’Opéra de Montréal a fait appel à Bill Murray (États-Unis), docteur en musique qui avait déjà travaillé sur la même œuvre avec Eric Simonson à Minneapolis, Denver et Boston. Grâce à cette collaboration, le décor d’Erhard Rom varie entre un espace marin, une forêt et l’intérieur d’un château moderne. Dans le premier et le dernier acte, les personnages, vêtus de tuniques bleues ou vertes, déambulent entre le royaume des eaux et la forêt environnant le château du Prince à l'aide de plateformes rocheuses inclinées et de projections de paysages sur les murs. Dans le deuxième acte, l’espace se transforme en intérieur de château entièrement gris, surplombé par une terrasse qui rejoint la partie centrale de la scène grâce à un escalier massif. Cette fois-ci, les personnages revêtent des tenues de gala allant des costumes pour les hommes jusqu’aux robes simples et élégantes pour les femmes. Rusalka, porte tour à tour sa tenue de nymphe dans des tons beiges-orangés (premier et dernier acte), pour se changer par la suite en femme de soirée avec une longue robe rouge et des gants noirs (second acte).

D’un point de vue vocal, Bill Murray a fait appel à des artistes des États-Unis, du Canada, de Russie, de Roumanie et même de Pologne. La soprano Kelly Caduce joue le rôle de Rusalka, tandis que le ténor Khachatur Badalyan interprète le prince. S’en suivent Robert Pomakov (basse – Vodnik), Liliana Nikiteanu (mezzo-soprano- Ježibaba) et Ewa Biegas (soprano - princesse étrangère) dans les personnages principaux.

Trois artistes se démarquent véritablement dans cette composition d’Antonin Dvorak. Il y a tout d’abord Kelly Caduce, juste, émouvante, dont le soprano évolue avec passion au fil du conte et dont la voix résonne encore à travers la « Romance à la lune ». Liliana Nikiteanu tire aussi son épingle du jeu, autant pour son interprétation fidèle de la sorcière que pour ces solos et duos dont les intonations reflètent la voix d’une femme sans pitié. Enfin, Robert Pomakov, le père, le protecteur, dont les débuts font résonner de colère les fonds marins, marque les esprits dans ce rôle déchiré entre le bonheur de sa fille et le devoir d’un maitre, avec une basse puissante et salvatrice. Notons aussi les moments de légèreté apportés par les trois Canadiennes Chantale Nurse (soprano), Aidan Ferguson (mezzo-soprano) et Emma Parkinson (mezzo-soprano).

Pas convaincu par contre de la performance d’Ewa Biegas, dont le soprano ressemble davantage à celui d’un cri nasillard et strident. Pour ce qui est de Khachatur Badalyan, la voix est juste et les variations sont au rendez-vous. Malheureusement, il manque la puissance qui lui permettrait de passer au-delà de l’écran de sons créé par l’orchestre sous la direction de John Keenan. Dommage.

Au final, malgré de nombreuses longueurs et quelques voix décevantes, Rusalka porte bel et bien l’âme de cette petite sirène à la finalité tragique. Un très beau conte offert par l’Opéra de Montréal et présenté jusqu’au 19 novembre à la Salle Wilfrid Pelletier de la Place des Arts.

Plus de renseignements : http://www.operademontreal.com/fr/programmation/rusalka.html

Extrait vidéo avec un aperçu des décors :

http://www.operademontreal.com/fr/popup_fr.html?id=1198&indexGroup=4

Crédit photo : Yves Renaud

Rusalka : Kelly Kaduce, soprano
Le Prince : Khachatur Badalyan, ténor
Vodnik : Robert Pomakov, basse
Jezibaba : Liliana Nikiteanu, mezzo
La princesse étrangère : Ewa Biegas, soprano
Le chasseur : Pierre Rancourt, baryton
Première nymphe : Chantale Nurse, soprano
Deuxième nymphe : Aidan Ferguson, soprano
Troisième nymphe : Emma Parkinson, mezzo
Chef d’orchestre : John Keenan
Metteur en scène : Eric Simonson (remonté par Bill Murray)
Décors : Erhard Rom
Costumes : Kärin Kopischke
Vidéos : Wendall K. Harrington
Éclairages : Anne-Catherine Simard-Deraspe
Chorégraphie: Aimée Simard, Noelle-Émilie Desbiens (d’après l’original de Mathew Janczewski)