RSF s'inquiète des projets du gouvernement français sur l'AFP

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L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a manifesté lundi son inquiétude après la proposition de Christine Albanel de demander à l'Agence France-Presse de créer un service publiant exclusivement les communiqués officiels des partis politiques et des syndicats.

Cette proposition, formulée dans le "Journal du dimanche" (JDD) par la ministre de la Culture, fait suite à des propos virulents contre la presse prêtés au chef de l'Etat, qui se serait notamment plaint de voir l'AFP négliger un communiqué sur un litige du travail opposant Ségolène Royal à des anciennes collaboratrices.

Christine Albanel entend débattre de sa proposition avec la direction de l'AFP cette semaine. Le projet pourrait être inclus dans un projet de loi sur la protection des sources.

Le P-DG de l'AFP Pierre Louette a salué une "volonté louable de sortir par le haut de la polémique" et déclaré au Point.fr qu'il n'excluait pas de mettre en oeuvre la mesure, à condition que la responsabilité juridique de l'agence soit dégagée sur les communiqués, qu'ils ne soient pas intégrés dans le "fil" d'informations et qu'une sélection soit faite.

"La liste ne peut s'étendre à l'infini. Si les grandes villes veulent à leur tour poster leurs communiqués, on n'en sortira plus", dit-il.

La discussion intervient alors que l'AFP, qui compte des représentants de l'Etat à son conseil d'administration et qui tire 40% de son chiffre d'affaires d'abonnements publics, négocie un plan de développement avec l'Etat, avec à la clef d'éventuelles subventions.

"INQUIÉTANT"

"Cette proposition est inquiétante et ressemble à un déni du journalisme dans la mesure où les médias ne seraient plus que des tableaux d'affichage pour le gouvernement, les partis politiques ou encore les syndicats", déclare RSF dans un communiqué.

"C'est également une défiance par rapport aux journalistes que le gouvernement et la majorité parlementaire ne pensent pas capables de juger de l'intérêt d'une information. Dans un pays démocratique, un communiqué officiel ne tient pas lieu d'information", ajoute-t-elle.

RSF rappelle par ailleurs que les partis politiques français et les syndicats disposent de sites internet où ils publient librement leurs communiqués.

Après la proposition de Christine Albanel, la Société des rédacteurs de l'AFP a parlé d'une idée "un peu curieuse et pas très pratique." Le Parti socialiste a accusé la droite de chercher à intimider les journalistes.

Durant le week-end, Catherine Pégard, ancienne journaliste devenue conseillère politique à l'Elysée, est venue sur Canal+ expliquer que le chef de l'Etat acceptait d'être critiqué mais pas d'être "caricaturé", ce qui selon elle est le cas actuellement.

Les opposants de Nicolas Sarkozy estiment de leur côté que le président fait plutôt l'objet depuis le début de sa course pour l'Elysée d'un traitement de faveur des médias.

Ils rappellent fréquemment que l'un des témoins de son deuxième mariage et le parrain de son plus jeune fils, Louis, est Martin Bouygues, P-DG de TF1, première chaîne européenne, que l'un de ses meilleurs amis est Arnaud Lagardère, patron du plus puissant groupe de presse et d'édition d'Europe, propriétaire du JDD et d'Europe 1.

Ils soulignent aussi que son second témoin de mariage de 1996, Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, vient de prendre le contrôle du premier quotidien économique français, les Echos et que Vincent Bolloré, qui a en partie financé ses vacances l'été dernier, monte un groupe de presse.

Sur France inter, François Bayrou a condamné dimanche les critiques du chef de l'Etat contre l'AFP. "Je trouve ça dérisoire (...) Ce n'est pas le rôle d'un président de la République que de vouloir faire porter un procès son adversaire et exploiter un conflit social. Le rôle du président de la République, ce n'est pas d'être un diviseur, mais un rassembleur", a-t-il dit.

Source: www.reuters.fr

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