« Rossini et ses muses, le grand dîner » : excellent service musical

Catégories

Image

C’est toujours avec plaisir que l’on se rend au Monument-National pour découvrir l’une des créations proposées par l’École nationale de théâtre du Canada avec l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. Après huit années consécutives de collaboration, l’équipe propose cette fois-ci de découvrir une création originale de Marie-Nathalie Lacoursière, artiste polyvalente, chorégraphe et metteure en scène depuis une quinzaine d’années.

Dans « Rossini et ses muses, le grand dîner », Madame Lacoursière revient sur l’histoire de Rossini, grand compositeur italien qui s’est éteint en 1868 et dont « Le Barbier de Séville », « L'Italienne à Alger », et « Cendrillon » n’ont plus de secret pour les amateurs d’opéra. Rossini avait un plaisir mignon : la cuisine. Difficile d’ailleurs de résister aux célèbres Tournedos Rossini, préparés à l’aide de filets de bœuf, de foie gras, de truffes et apprêtés sur des tranches de pain…

Dans cette création originale, Rossini est vu sous deux angles bien distincts. Dans le premier acte, on retrouve Rossini, à l’aube de sa mort en novembre 1868, dans sa maison de campagne à Passy en France. Face à la fenêtre du salon et suite à un grand festin, il laisse libre court à son imagination et se remémore les personnages de ses principaux opéras avant son arrivée à Paris en 1823. Dans le second acte, c’est à l’Auberge du Veau-qui-tête que l’on se retrouve. Antonin Carême, chef de l’établissement en vogue, a invité Rossini qui tarde à venir étant donné les conditions climatiques désastreuses. Au lieu, de cela, c’est un groupe de jeunes chanteurs d’Europe qui fait son apparition à l’auberge et qui accepte de prendre un repas en compagnie du maitre d’hôtes et de sa fille. Au menu, plusieurs plats ayant chacun une relation étroite avec une œuvre du maestro!

Sur scène, il y a cette talentueuse pianiste invitée par la mise en scène pour accompagner la voix des chanteurs, Tina T.Y. Chang. Il y a ensuite les cinq stagiaires de l’atelier, les deux sopranos Karine Boucher et Frédérique Drolet, la mezzo-soprano Emma Parkinson, le ténor Isaiah Bell, le baryton Jean-Michel Richer ainsi que le chanteur invité Tomislav Lavoie (basse). Tous ont du talent à revendre et malgré leur jeunesse, certains se distinguent très facilement du lot.

Emma Parkinson reste juste et émouvante du début à la fin. Frédérique Drolet signe une performance qui s’améliore constamment au fil de la pièce, avec un deuxième acte qui lui colle davantage à la peau. Les hommes font eux aussi un très beau travail, surtout lorsqu’il s’agit de duos ou de chants groupés. En effet, difficile d’oublier les duos Isaiah Bell/ Emma Parkinson, empreint d’amour, de générosité et d’écoute qui rythment les deux parties de ce spectacle.

Quelques regrets tout de même, avec les excellentes performances de Karine Boucher qui sont, à mon avis, trop peu nombreuses par rapport au reste du groupe. Déception aussi lorsque l’on parle de la prestation d’Isaiah Bell lors du deuxième acte, alors que celui-ci avait commencé sur les chapeaux de roues.

Mention spéciale aussi aux costumes (Laurence Gagnon) et au décor (Diana Uribe). Pour ce qui est des habits, on voyage en compagnie des acteurs sur scène grâce à ce travail d’époque, ces bustiers, ces robes fignolées jusqu’au dernier détail et ces vestes cintrées aux larges épaulettes. En ce qui concerne les décors, celui de la première partie reconstitue un salon où l’on retrouve un piano, une table et le fauteuil d’où Rossini, regarde au loin à travers la baie vitrée surplombée d’autres fenêtres-balcons. Dans la deuxième, c’est une salle à manger décorée pour le grand repas. L’arrière-plan, caché par une baie vitrée, se transforme en cuisine, tandis que le piano reste à la même place au premier plan de la scène.

Ce soir, c’est la dernière représentation de « Rossini et ses muses, le grand dîner ». Vous aurez donc la chance de voir les chanteurs au meilleur! C’est aussi la chance de ne pas manquer une création qui aura certainement la possibilité de faire son bout de chemin à l’extérieur de la métropole…

Une création à ne pas manquer si vous êtes amateurs d’airs italiens d’opéra!

http://www.operademontreal.com/fr/atelier-lyrique/rossini-3.html