Robert Lepage au MET : un beau succès pour La Walkyrie de Wagner

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NEW YORK – Je ne suis pas un critique d’opéra et encore moins un critique de musique classique du XIXe siècle mais je peux vous confirmer que La Walkyrie mise en scène par Robert Lepage vendredi soir au Metropolitan Opera de New York est un beau succès. Beau comme dans esthétisme.

Le concert d’une durée de 5 heures, avec deux entractes, a ravi le public sélect new-yorkais qui avait déjà acheté tous les billets il y a un an. Même des revendeurs étaient sur place! La foule a crié des bravo, applaudi très fort et fait trois ovations debout à cette œuvre de Wagner jouée au MET pour la première fois en 1885. Pour une fois, pas de huées pour Robert Lepage, La Walkyrie est donc le 2e cycle de la Tétralogie Le Ring de Richard Wagner.

On parle ici d’une production du MET et d’Ex Machina de 16 millions $, d’une structure de 45 tonnes sur scène et du retour de James Levine à la barre de l’orchestre du MET. Levine a d’ailleurs brillé vendredi soir malgré la maladie, avec une aisance et une assurance qui ont inspiré ses musiciens. Il a été chaleureusement applaudi par la foule. Une foule de puristes en grande majorité, qui a souvent estimé que Lepage privilégie les gadgets au jeu des acteurs.

Cette fois-ci, répondant aux critiques, la mise en scène de Lepage a laissé assez de place aux six chanteurs principaux et les effets techniques ont été mieux intégrés au spectacle. La machine se fond à la musique et à l’histoire, et jamais elle ne diminue le jeu des acteurs. Cette machine, ce sont plus de 20 pales géantes amovibles où sont projetées des images et des vidéos : on y voit une forêt, un toit de maison, de la lave brûlante, des chevaux, etc Les chanteurs peuvent même y monter (sauf Deborah Voigt qui y a glissé).
Un hic cependant hier soir : la chanteuse Eva-Maria Westbroek qui a été malade et a dû être remplacée au 3e acte par Margaret Jane Wray, de pied levé. Mais les deux ont assuré malgré tout.

L’histoire de La Walkyrie est fort complexe, inspirée de mythologie nordique, et ne se résume pas comme tel. Mais elle raconte l’amour de deux jumeaux maudits, Siegmund (Jonas Kaufman) et Sieglinde (Eva-Maria Westbroek), séparés lors de leur enfance et défiant les conventions sociales. Leur projet se heurte à un mur d’incompréhension de la part du père de la jeune Brunnhilde (Deborah Voigt), Wotan (Bryn Terfel), de sa femme Fricka (Stephanie Blyte) et du méchant Hunding (Hans-Peter Konig). Au plan vocal, les sept chanteurs (j’inclus Margaret Jane Wray ont été impeccables, majestueux et élégants. Très humains aussi dans la mesure où ont les sentait proches du public.

La finale du concert, où la scène est à 90 degrés au moment du sacrifice de Brunnhilde par Wotan est absolument extraordinaire : puissante, émouvante, voire historique.

Le génie de Lepage donc dans cette mise en scène est de faire oublier toute la machine technique derrière le spectacle, on parle quasiment d’une salle de contrôle spatiale. Et en ce sens le défi a été relevé. La machine de Carl Filion est mieux rodée, contrôlée, apprivoisée.

Oui, on a entendu des craquements hier soir quand les pales géantes tournent autour de l’axe pour changer les décors, mais c’était mineur. Vraiment.

Il y a des moments vendredi soir où je me perdais dans mes pensées et me pinçait de ma savoir en vie, ému par tant de beauté.

Ému aussi de voir presque tous les spectacles de Robert Lepage depuis 1986 (au Théâtre Périscope) et de constater tout le travail accompli depuis. Le Robert Lepage de vendredi soir semblait très zen sur scène, satisfait et heureux. Il s’agissait de son troisième spectacle au MET Opera de New York depuis le début des années 2000, et il reste déjà les deux derniers cycles du Ring de Wagner d’ici le printemps 2012 plus un autre opéra prévu pour plus tard.

Somme toute : une première réussie pour le MET, Ex Machina, James Levine, Robert Lepage, les chanteurs, Carl Fillion (décor et technique) ainsi que François St-Aubin pour les costumes délirants (surtout pour les huit vierges guerrière de Walkyrie!!).

Le génie de Robert Lepage a permis de mieux mettre en valeur le talent de toute cette équipe. Six ans d’effort quand même!

Vous pourrez voir ce concert dans les Cineplex Odeon au Québec et dans le reste du Canada le 14 mai à midi (en HD). Il reste sept autres représentations au MET de New York.

Un texte de Patrick White, à New York