Retour sur le concert de Prince le 24 juin au Métropolis : It's only good music baby !

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Connaissez-vous beaucoup de pop stars qui s'invitent à la dernière minute dans l'un des plus grands festivals de Jazz au monde pour présenter deux shows surprises intimistes à une poignée de leurs fans ? Connaissez-vous beaucoup de pop stars qui offrent à leur public pas moins de six rappels et quatre heures de spectacle survoltées dans une salle de concert de seulement 2000 places ? Et bien, bienvenue dans l'univers de Prince mesdames et messieurs. Le kid de Minneapolis a offert hier soir une prestation à la hauteur de son aura dans un Métropolis tout aussi électrisé que bondé. Retour sur un concert marathon.

À l'arrivée sur la rue Sainte-Catherine, on sent déjà la fébrilité ambiante. Pour certains, il s'agit d'immortaliser la marquise de la salle sur photo histoire d'être bien sûr qu'on ne rêve pas : l'ex Love Symbol, ex TAFKAP, (The Artist Formerly Known As Prince) joue bien au Métropolis ce soir. Pour d'autres, vendeurs à la sauvette entre autres, il s'agit de tenter son dernier va-tout afin de maximiser le profit de la revente éventuelle d'une place régulière vendue à 155$. On imagine d'ici le prix final et la plus-value générée.

Bref, une fois entré dans le saint des saints billet en main, on confirme tout de suite que la soirée va effectivement être folle. Quelques têtes connues ici et là, des gens souriants et manifestement très excités d'être ici, conscients bien évidemment du caractère privilégié de ce spectacle. On a d'ailleurs sûrement tous fantasmé ce show-là mais la réalité nous rattrape vite. À 23 heure 31 minutes précises, le groupe de la star fait son entrée sur scène.

Première surprise : on s'attendait à une introduction à rallonge dans la grande tradition du Funk, et bien non. Prince ne se fait pas attendre comme on pourrait le croire, ne joue même pas à la diva et entame d'emblée un premier groove de guitare aussi saignant que mastoc. La foule est aux anges. Le moindre refrain sonne déjà comme de la brique ; le moindre solo de guitare et on croirait assister à une prestation d'Hendrix lui-même. Son ombre planera d'ailleurs tout au long du spectacle. Puis tout s'enchaîne. Dès le deuxième morceau, on découvre que, non seulement les musiciens qui accompagnent Prince sont extrêmement talentueux, mais qu'ils sont également poly-instrumentistes pour certains, comme leur leader. Ce dernier s'attaque maintenant aux choeurs et à une première chorégraphie sur un coin de la scène alors que sa guitariste -à la coupe afro improbable- entame une chanson au micro.

Puis c'est la deuxième surprise de taille de la soirée. Au saxophone, un homme d'un certain âge dans la pénombre -grande classe avec son costume- n'est nul autre que Maceo Parker, un des maîtres du P funk (pour la petite histoire ex accompagnateur de James Brown). Je vous le disais, il y a du beau monde ici ce soir. Le saxophoniste ponctuera bons nombres de titres de sa signature légendaire.

Quant à Prince, on est finalement surpris par sa décontraction et sa quasi-sobriété sur scène. Star oui, outrancier non. L'artiste aura d'ailleurs le sourire aux lèvres du début à la fin du spectacle, apparemment très content d'être de retour à Montréal dix ans après sa dernière apparition. Il ne manquera d'ailleurs pas de galvaniser la foule par de nombreux ''Montreal, you're so hot !'' On apprécie cette générosité que l'on n'attendait pas nécessairement de la part d'une vedette de ce calibre. Et pourtant, tout va continuer dans cet esprit. Une escalade de morceaux de bravoures ou de tubes à gogo, sans compter une ribambelles de rappels qu'aucun artiste n'oserait se permettre au FIJM tant l'horaire est souvent chose sacrée pour la bande d'André Ménard.

Que rajouter de plus ? Grooves parfois ultras lents et ciselés de bout en bout, reprises de classiques tels que Wild Thing, Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) et même un surprenant Don't stop 'til you get enough, sans oublier les classiques (Raspberry Beret, Purple Rain, Cream mais à l'exception de Kiss), cette soirée aura réellement tout eu pour rester mémorable. On se pinçait presque quand, au 6ème rappel, à 3h30 du matin, soit 3h et 59 min après le début du spectacle Prince Rogers Nelson saluait une dernière fois le public du Métropolis.

Définitivement un des gros coups du Festival de Jazz cette année, et la fête ne fait que commencer.

Prince est en spectacle une autre fois ce soir, samedi 25 juin, dès 23h30.

(Texte : Bertrand Breuque, 25 juin 2011)

Photo : Victor Diaz Lamich (Spectra, Festival de jazz de Montréal) @ Copyright 2011