Résultats olympiques et richesses économiques

Un billet de Claude Bélanger, Ph. D. (géographie)

Les Jeux Olympiques de Beijing sont bel et bien terminés, et toutes les analyses ont été faites sur les performances des pays, l’évolution des forces depuis Athènes et les espoirs pour Londres.

Un aspect qu’il est toujours intéressant de considérer dans ce genre d’analyse, c’est le rapport entre les performances olympiques et la richesse économique des pays. Il est légitime de se demander, en effet, si une médaille gagnée par un pays du Tiers Monde n’a pas plus de valeur que celle d’un pays industrialisé, étant donné les coûts d’infrastructures que nécessitent les préparations. À la lumière des résultats de Beijing, que peut-on dire sur la corrélation entre la richesse d’un pays et son classement olympique?

Considérons d’abord le cas du Canada qui se situe vers le 10e rang mondial en terme de PIB par habitant. En atteignant, avec ses 16 médailles, le 15e rang du classement olympique, le Canada est probablement légèrement en dessous de son potentiel. Par comparaison, la Corée du sud obtient 31 médailles alors qu’elle a un PIB à peu près équivalent à celui du Canada. Et l’Australie recueille 46 médailles alors que sa population et son PIB sont d’environ les 2/3 de ceux du Canada. Par contre le Mexique n’obtient que 3 médailles avec un PIB du même ordre que le Canada et un bassin de population qui lui est 3 fois supérieur.

Un des cas les plus intéressants est celui de Cuba qui, avec ses 24 médailles, devance plusieurs pays parmi les plus riches. Un autre exemple est celui de l’Éthiopie, l’un des pays les plus pauvres de la planète, qui obtient 7 médailles, autant que le Danemark. D’autres faits saillants sont la Jamaïque qui obtient 11 médailles avec un bassin de seulement 2,8 millions d’habitants et un PIB 60 fois inférieur à celui du Canada, et le Zimbabwe qui obtient 4 médailles avec un PIB parmi les plus faibles, et une population de seulement 13 millions d’habitants.

Le facteur démographique est important, ce qui défavorise évidemment le Canada. C’est pourquoi il apparaîtra toujours normal que la Chine occupe le sommet, avec une population de plus de 1,3 milliards d’habitants. Mais comment expliquer par ailleurs que l’Inde n’ait récolté que 3 médailles, avec un bassin dépassant le milliard d’habitants et une force économique reconnue comme une des plus prometteuses.

On le voit, la richesse économique et l’importance du bassin de population ne sont pas suffisants pour obtenir les meilleurs résultats olympiques. Des facteurs comme l’histoire, la culture et surtout la volonté politique sont prédominants. Même si l’olympisme veut toucher tous les pays, on peut penser que le rapport au sport et surtout à la compétition varie selon les régions du monde, et que tous les pays n’ont pas le même appétit pour une place au panthéon olympique.

Dans les prochaines années, quelle évolution peut-on envisager dans le duel qui oppose la Chine aux États-Unis? Si on considère que la Chine possède un bassin de population quatre fois supérieur à celui des États-Unis, et que son PIB par habitant est encore plusieurs fois inférieur à ce dernier, on peut affirmer que la Chine conservera un potentiel d’évolution beaucoup plus important que les États-Unis. Donc si la Chine poursuit ses efforts, elle sera plus à même encore que les États-Unis d’augmenter son taux de réussite olympique.

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