Rachat d'Associated Press en France par l'ex-patron de l'AFP

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Bientôt, Vincent Bolloré contrôlera la chaîne médiatique de bout en bout. Avec déjà une télé sur la TNT, Direct 8, deux quotidiens gratuits, Direct Soir et Matin Plus, le géant de la pub Havas, dont il est le premier actionnaire, ne manquait qu’une agence de presse pour alimenter télé et journaux. Ce sera rapidement chose faite avec l’acquisition du service français d’Associated Press, la fameuse agence américaine.

Indépendance. Le projet de rachat a été officialisé ce samedi. En apparence, Vincent Bolloré n’est pas le maître d’œuvre de l’opération : la société qui veut racheter le service français d’AP sera détenue à 60 % par Bertrand Eveno, l’ancien PDG de l’Agence France-Presse, et à 40 % seulement par l’homme d’affaires. Mais c’est le nom, la personnalité et les fidèles amitiés sarkozystes de Bolloré qui affolent les journalistes d’AP. «J’ai peur que Bolloré ne soit en train de se payer une agence de presse en sous-main pour créer une "Sarkonews"», confie une rédactrice.

Le groupe Bolloré n’a pas donné suite à la demande d’interview de Libération. Bertrand Eveno, de son côté, préfère réserver la primeur de ses réponses aux journalistes d’AP. Mais à Libération, il a assuré que les craintes étaient infondées : «C’est un faux sujet, AP France a comme clients l’Humanité et la Croix, et je compte bien que ça continue. L’indépendance éditoriale sera maintenue, on ne va pas se transformer en agence de presse syrienne.»

Même discours à la direction d’AP France, qui affirme qu’Eveno assurera «la continuité et l’indépendance éditoriales et sociales» de la rédaction. Quant à Eveno, il dit sa motivation : «Il y a une double excitation : je veux créer une entreprise de petite taille dont je suis actionnaire et je trouve qu’il se passe des choses ultra passionnantes dans le monde des médias.»

Débat. Avant d’en arriver là, Eveno et Bolloré doivent signer l’acte d’achat, et ce n’est pas encore fait. Vendredi s’est tenu chez AP un comité d’entreprise fleuve : sept heures de débat «tendu voire houleux», selon un témoin. Pierre-Yves Glass, directeur d’AP France, a présenté l’épais (85 pages) dossier de rachat. L’idée est de rassembler la petite trentaine de journalistes de la rédaction française d’AP dans une nouvelle filiale, baptisée NewCo, afin de la vendre à Eveno et Bolloré. Les services photo et vidéo ainsi que la rédaction internationale resteront propriétés d’AP, qui est une coopérative détenue par 1 500 quotidiens américains. Toutefois, la nouvelle entité créée par Eveno et Bolloré serait le «distributeur commercial exclusif pour la France des contenus en anglais et des photos de l’agence internationale».

Déficit. Aujourd’hui, une quarantaine de médias - dont Direct Soir et Matin Plus - sont, dans l’Hexagone, abonnés au service français d’AP et à peu près autant à l’étranger. Ce sont environ 200 dépêches par jour (2 000 pour l’AFP) sur l’actualité française. Or explique la direction de l’agence, «AP n’a pas vocation à développer des services locaux, nous sommes avant tout une agence internationale». Selon la direction, la rédaction française affiche un déficit de 1,4 million d’euros, un chiffre que conteste l’intersyndicale. La reprise pourrait ne pas coûter plus que quelques fifrelins à Eveno et Bolloré : selon les syndicats, la direction d’AP a indiqué que la vente se ferait pour un euro symbolique.

Mais les syndicats n’entendent pas se laisser faire : dans un communiqué, ils déclarent refuser de «signer un chèque en blanc» à Eveno et Bolloré. Dans une motion adoptée vendredi soir à l’unanimité, les journalistes réclament qu’Eveno produise son business plan ainsi que son projet éditorial avant toute rencontre avec la rédaction. «On n’a aucun élément, explique un journaliste. Eveno a-t-il vraiment de l’argent ? A ura-t-on une charte déontologique ? Est-ce qu’on sera protégés de l’influence Bolloré.

Source: www.Liberation.com

La version de l'AFP:

Projet de reprise de AP France avec la participation de Bolloré

(AFP) - L'ancien PDG de l'Agence France-Presse (AFP), Bertrand Eveno, a indiqué mardi s'être associé avec l'homme d'affaires Vincent Bolloré pour présenter une offre de reprise du service français de l'agence de presse américaine Associated Press.
"Tout cela n'est qu'un projet car nous devons consulter le personnel de l'entreprise" lors d'un comité d'entreprise vendredi, a déclaré M. Eveno à l'AFP, confirmant des informations du Canard Enchaîné à paraître mercredi.
Selon ce projet, AP France serait repris par une société nouvellement créée, détenue à 60% par Bertrand Eveno et à 40% par Vincent Bolloré.
"Il n'y aurait pas d'autre partenaire, sauf une ou deux personnes physiques" parmi les proches de M. Eveno, a ajouté ce dernier.
Bertrand Eveno a été PDG de l'AFP de 2000 à 2005.
Le groupe Bolloré, qui pèse près de 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, regroupe de multiples activités industrielles, mais s'est résolument tourné vers les médias depuis plusieurs années.
M. Bolloré est propriétaire notamment, via son groupe, du quotidien gratuit DirectSoir, de la chaîne de la TNT Direct8 et dispose d'une participation majoritaire dans un autre quotidien gratuit MatinPlus.

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