Queyras et Tharaud : un accord piano et violoncelle presque parfait

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C’est un concert dédié aux arrangements pour violoncelle et piano que nous proposaient, mercredi, le violoncelliste Jean-Guihen Queyras et le pianiste Alexandre Tharaud, de passage au Palais Montcalm pour leur premier et unique concert présenté au Québec.

Tharaud et Queyras sont deux concertistes de premier plan sur la scène internationale. Ils se sont manifestés dans les lieux les plus prestigieux d’Europe, du Japon et des États-Unis. En 2008, le duo se voyait décerner le Diapason d’or pour son «Arpeggione», une série d’enregistrements des œuvres pour violoncelle et piano de compositeurs viennois, suivi d’un disque autour de Debussy et de Poulenc. Ils ont également été mis en nomination aux Victoires de la musique en 2009.

Le programme a débuté avec la «Sonate n° 3 pour violoncelle et piano en sol mineur» de Jean-Sébastien Bach. Pour les amateurs des «Suites» pour violoncelle de Bach, l’entrée en matière se savourait comme du bonbon. Tharaud donne le ton à cette soirée, tout en retenue, avec une présence scénique effacée, laissant le piano parler doucement au côté d’un Queyras plus expressif au violoncelle. Malgré quelques fausses notes chez Queyras, passées presque inaperçues, le public semble conquis par le duo français au style classique.

Nous avons ensuite eu droit à «3 lieder» et la «Sonate pour arpeggione et piano en la mineur» de Franz Schubert. Les lieder – le lied est poème allemand dont le compositeur autrichien est le maître avéré –, nous ont été livré avec délicatesse, sans artifice. Les trois petits mouvements du morceau aux accents dansants et à l’esprit léger, firent le bonheur d’une audience silencieuse et rêvasse, se laissant bercer par la mélodie exécutée piane-piane par un Tharaud méditatif. D’ailleurs, le duo français a poursuivi avec la Sonate pour arpeggione sans que le public s’en aperçoive ou presque; trop occupé, peut-être, par le tableau pastoral où le champêtre faisait oublier la neige et l’hiver au-dehors…

«La plus que lente» de Claude Debussy ouvrait la deuxième moitié de ce programme. Cette esquisse de Debussy, un pastiche du genre de la valse lente, délibérément ironique, replongeait l’auditoire dans l’œuvre du compositeur français inclassable. La «Sonate n° 1 pour violoncelle et piano en ré mineur» de Debussy suivra, Queyras s’y illustrera notamment, le violoncelle y détenant la partie la plus importante du morceau. Dans cette Sonate, Tharaud campe le rôle d’accompagnateur, il s’efforce à contenir le jeu masculin du piano, qui semble gronder en sourdine le phrasé lénifiant du violoncelle, le jeu de ce dernier adoucissant l’ensemble, pour l’équilibre et l’harmonie de la mélodie.

Ce concert sera mené à bon terme avec la «Sonate pour violoncelle et piano» de Francis Poulenc. Ce morceau à quatre mouvements, caractérisé par des sections lyriques aux inclinaisons romantiques, a été exécuté dans un art dont seul le duo d’interprètes a la recette. C’est d’ailleurs ce que l’on retient de cette soirée de méditation : la justesse des interprétations chez Queyras et Tharaud est si exemplaire, leur présence sur scène si sobre et solennelle, que le souvenir du concert s’efface au profit de la musique, qui elle, demeure bien gravée dans nos mémoires.

Pour ceux et celles qui auraient manqué cette soirée mémorable, le concert, enregistré par Espace musique, la radio musicale de Radio-Canada (95,3 FM à Québec et 100,7 FM à Montréal), sera diffusé le lundi 29 mars 2010 d’un bout à l’autre du pays dans le cadre des «Soirées classiques», animées par Michel Keable.

Michaël Lachance, collaborateur pour patwhite.com à Québec (lachance.michael@videotron.ca)

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