Québec ou Sibérie? Partie 2 - D'un pont à l'autre

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Le Tracel de Cap-Rouge – Photo : Pierre-Etienne Paradis

Texte et photo principale : Pierre-Etienne Paradis

Le concours Follow Up Siberia invite le grand public à trouver des éléments faisant penser à «la Sibérie près de chez soi» afin de pouvoir éventuellement le comparer à la Sibérie réelle. Dans cette deuxième partie de la série Québec ou Sibérie, et pour faire suite aux Temples du hockey, il sera question du mythique Transsibérien et de ses principaux ponts.

Avec ses 9285 kilomètres reliant Moscou à Vladivostok, le Transsibérien a été principalement été construit entre 1891 et 1904, alors que le chemin de fer du Canadien Pacifique a été complété en 1885. Dans le même esprit de nation building, l'on ne saurait oublier l'important chemin de fer Intercolonial, construit de 1872 à 1876 pour relier l'Ontario aux provinces Maritimes. Dans tous ces cas, il a fallu franchir des obstacles naturels importants, et les chantiers ont été coûteux en termes d'argent et de vies humaines.

Les ponts ferroviaires de Québec

La ville de Québec est située sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, tandis que le chemin de fer Intercolonial et le Grand Tronc étaient situés sur la rive sud. Il a donc fallu rivaliser d'ingéniosité pour relier la capitale québécoise au reste du pays. Le Tracel de Cap-Rouge (photo ci-haut), complété en 1908, ainsi que le légendaire pont de Québec inauguré en 1917 sont les deux principaux témoins de cette ambition.

Je n'ai pas trouvé d'équivalent russe du pont à chevalets (pont à tréteaux) comme celui de Cap-Rouge. En revanche, la travée centrale du pont de Québec m'a fait penser à deux ponts extrêmement importants sur le parcours du Transsibérien.


La travée centrale du pont de Québec – Photo: Luc Blain sous licence CC BY-NC-SA 2.0

En premier lieu, le pont sur le fleuve Ienisseï a longtemps été l'un des principaux symboles patrimoniaux de la ville de Krasnoïarsk. Complété en 1899 et démoli en 2002, il a servi de toile de fond à ce curieux portrait d'un enfant que l'on présume être la fille du photographe. La construction de ce pont est très bien documentée par d'autres photos d'archives spectaculaires.


Pont sur le fleuve Ienisseï – Photo: Musée régional de Krasnoïarsk

En second lieu, le pont de Khabarovsk, qui franchit le fleuve Amour sur 2,6 kilomètres, a été le plus long de Russie impériale et d'URSS durant plusieurs décennies. (Notez toutefois que la ville de Khabarovsk est officiellement située dans l'Extrême-Orient russe, bien qu'elle soit historiquement associée à la Sibérie.)

Le pont de Khabarovsk été complété le 18 octobre 1916 (calendrier grégorien), soit un peu plus d'un mois après l'effondrement de la travée centrale du pont de Québec. Cette tragédie survenue le 11 septembre a coûté la vie à 12 ouvriers et retardé d'un an l'échéancier du projet. Dans le même ordre d'idées, l'une des travées du pont de Khabarovsk a elle aussi été détruite, bien que volontairement, lors de la guerre civile de 1920.


Le pont sur le fleuve Amour à Khabarovsk, partiellement détruit en 1920 – Photo: auteur inconnu

Bien entendu, le pont de Québec est de type cantilever, alors que les ouvrages mentionnés ci-haut sont des ponts-treillis reposant sur plusieurs piliers. La mécanique de la portion en demi-lune reste cependant la même. Le démantèlement du pont de Krasnoïarsk préfigure peut-être ce qui attend le pont de Québec si le Canadien National continue de négliger son entretien.


Effondrement de la travée centrale du pont de Québec le 11 septembre 1916 – Photo: Chesterfield & McLaren / Musée McCord

Au rayon des curiosités, le pont à treillis inversé ci-dessous était situé sur la rivière Ushakaïa, dans l'oblast de Tomsk. Il a été construit par l'ingénieur russo-allemand Eugen Karl von Knorre vers 1899, et semble avoir été remplacé par un pont beaucoup plus conventionnel.


Pont sur la rivière Ushakaïa – Photo: Иван Робертович Томашкевич / domaine public

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