Pier Courville nous livre une entrevue sur son premier livre «Petits Géants»

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Pier Courville

Petits Géants est le premier roman de Pier Courville. Quelle entrée en scène.

Un mot me vient en tête lorsque je repense au périple littéraire que j’ai vécu en parcourant ces pages. Bouleversant.

Puis, d’autres mots me reviennent parce qu’un seul n’est pas suffisant : émouvant, transcendant, étonnant… Un monument qui s’érige sous nos yeux et, comme tout bon début de roman, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Va-t-il nous plaire? Est-ce que ce livre changera notre perception de la vie? La réponse est oui.

Le temps de notre lecture, on suit Pier la douce mère inquiète qui, à la première personne, raconte son histoire en s’adressant à ses enfants. « Dès que j’ai commencé au “je”, je savais que c’est comme ça qu’il fallait que je raconte […] J’ai su que j’avais trouvé ma voie pour cette histoire-là. »

Raconter l’hôpital – Faire preuve de résilience

En nous plongeant dans cet univers où l’hôpital et l’amour s’entremêlent, on comprend à quel point la vie est précaire, surtout pour les grands prématurés. C’est comme si on y était – qu’on vivait le même combat que celui des parents Pier et David et de leurs fils jumeaux Lou et Noam. Les tubes rattachés aux petits corps, les sons des machines, le va-et-vient des infirmiers et infirmières… Autant de détails sur l’univers médical qui nous arrachent de notre quotidien pour nous faire admirer la vie – celle qui se bat pour survivre malgré les hauts et les bas.

« Je pense que ça peut aider les gens qui ont vécu ça, peut-être plus par après. Ce n’est pas juste pour les parents, c’est aussi pour tous les enfants hospitalisés qui vivent à l’hôpital – je pense que c’est une ode à tous ces enfants-là et à ce qu’ils vivent, aux souffrances qu’ils vivent. C’est très marquant. Ce n’est pas des choses dont on parle après. On s’en tient souvent à dire que nos enfants sont miraculés, qu’on est chanceux, mais au présent, il y a des choses très dures qui se passent et ça me tentait de parler de ça, d’écrire là-dessus. »

À travers le combat des petits Lou et Noam de 27 semaines de prématurité, chaque décision est importante ce qui provoque parfois des conflits entre les parents et le corps médical.

« Ça a été très difficile pour nous. Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui vivent ça, qui ont des histoires – soit leur père qui a été hospitalisé ou leur grand-mère – et qui ont eu beaucoup de conflits. Je pense que c’est la différence entre lâcher prise ou vouloir s’impliquer, tout savoir. Si on lâche prise, il n’y en a pas tant de conflits, mais si on est plus exigeant, on agace. C’est sûr qu’on agace parce qu’on questionne. C’est un peu plus le rôle qu’on a eu et ça a fait beaucoup de flammèches même si on a eu de super belles relations aussi. Il y a toujours la peur des représailles. On ne veut pas être en conflit avec les gens qui s’occupent de nos enfants, mais des fois, c’était malgré nous. Le stress nous faisait réagir comme ça pis ça dérangeait. »

Petits Géants a fait jaillir beaucoup de pensées en mon esprit : des questionnements, des commentaires, des moments de stupeur ou de bonheur… Une question est ressortie du lot : comment se sent-on lorsqu’on écrit notre propre histoire sur un sujet aussi sensible, délicat et précieux que la naissance de nos enfants, dans un tel contexte?

« Je pense que ça m’a fait plus de bien que de mal. À chaque fois que je ressortais un souvenir, que je le déconstruisais, que je replongeais pour le reconstruire au présent et arriver à l’écrire avec un feeling de présent, j’ai essayé de mettre toutes mes tripes dedans pour que le lecteur le vive autant. Au fur et à mesure que je faisais ça, je laissais aller ces souvenirs-là. […] C’est sûr que c’était thérapeutique en même temps. Ça a fait du bien pour passer à autre chose. Je ne voulais pas oublier mes souvenirs donc en les mettant sur papier, j’immortalisais un peu cette naissance-là. »

Un suspense captivant

Après avoir lu une œuvre aussi intime et personnelle, j’ai aussitôt été charmée par l’écriture sensible et honnête de Pier Courville. Elle transporte son lecteur et sa lectrice avec elle, de la première à la dernière page, pour lui faire vivre cette histoire qui nous concerne tous d’une façon ou d’une autre.

« Je pense qu’une fois qu’on commence le livre, c’est difficile de s’arrêter. On me dit souvent que c’est un page-turner ou que des fois c’est tellement dur à lire. C’est difficile parce qu’on sent l’hôpital. On la sent, les odeurs, les sons, les bébés... Plus on avance dans le livre, plus je parle des autres bébés aussi qui sont là autour, mais je pense que ça peut être un baume, surtout que l’histoire finalement est belle et il y a beaucoup d’amour dans cette histoire-là. »

Petits Géants de Pier Courville

Le temps file… Nos enfants aussi

Dès les premières pages du livre, on aperçoit la dédicace de l’auteure : « Pour Noam, Pour Lou /Pour Lou, Pour Noam ». On saisit très vite que cette histoire défilant sous nos yeux avec tous ces moments à la fois de stress et de tendresse est tirée de faits réels, de la vie même de Pier Courville qui nous livre son hommage à ses fils, ses petits géants.

« Ultimement, je l’ai écrit pour eux. Ensuite, quand il a été question de le publier, j’ai coupé des bouts que je ne me sentais pas à l’aise de partager, mais j’ai laissé aussi des bouts que je trouvais délicats quand même. Mais c’est des extraits que j’ai lus avec eux pour qu’on puisse en parler, puis partager avec eux avant que le public puisse lire ces extraits-là. […] Quand j’ai retravaillé, j’ai aussi écrit pour les lecteurs, lectrices pour que ce soit accessible, pour qu’on puisse suivre pis comprendre – parce que je pense que j’ai rendu la terminologie hospitalière assez accessible. »

À présent, le temps a filé et on se demande : où sont rendus Lou et Noam, que pensent-ils de l’ouvrage de leur mère?

« Mes jumeaux, ils ont 13 ans. Ils vont bien. […] On est même en train de le lire. J’ai presque fini. On le lit ensemble. Ça mène à beaucoup de discussions, de questionnements et de rires aussi. On rit ensemble puis, des fois, ils ne sont pas intéressés du tout, mais c’est des ados! […] Ils vont pouvoir le lire plus tard et même leurs enfants vont pouvoir lire ça aussi. »

L’écriture et les projets en famille

Ce livre, cet hommage, il faut prendre le temps pour le visualiser, le formuler… Pour l’écrire. Avoir des enfants, c’est un bonheur qui occupe notre horaire entier et un petit projet – ne serait-ce que changer une serrure – est une prouesse au quotidien. Comment s’est déroulée l’écriture de Petits Géants en compagnie de ces petits géants?

« Quand on est rentrés de l’hôpital, je suis restée à la maison avec eux. J’ai perdu pas mal tous mes clients en traduction. Quand ils sont allés à la garderie vers 2 ans et demi, j’avais le choix entre chercher d’autres clients ou faire de la recherche, mais j’ai préféré écrire cette histoire-là. Ensuite, j’ai partagé mon temps entre un peu de traduction, un troisième enfant et la finition, le peaufinement de Petits Géants. »

Finalement, publier un livre, est-ce que c’était un de vos rêves?

« J’écris depuis toujours, mais je n’ai jamais essayé de rien publier. Mais c’est sûr que là, ça me donne envie de continuer. J’avoue que là j’ai le goût d’écrire autre chose, de ressortir des projets que j’avais sur la tablette. Comme celui-là, il a passé du temps sur la tablette. Je l’ai sorti, je l’ai remis, je l’ai retravaillé, mais j’en ai d’autres aussi que je veux retravailler. »

Et parlant d’écrits sur la tablette, avez-vous d’autres projets littéraires ou artistiques?

« Oui, des projets d’écriture. Surtout ça parce que j’aime beaucoup travailler seule. J’aime la solitude de l’écriture. Il y en a un dont je ne parle pas, puis l’autre, ça me dérange moins. Ça va être plus une autofiction. Parler des gens que je connais, j’ai trouvé ça difficile pis ça, je voudrais pas recommencer. Donc je préfère tricoter pour que ce soit plus fictif de ce côté-là. Moi je suis franco-ontarienne et j’ai commencé à écrire sur cette année-là. Je suis partie d’un milieu anglophone et je suis arrivée dans le milieu francophone en tant que francophone. J’ai des souvenirs très clairs de cette année-là pis à chaque fois que mes enfants en entendent parler, ils trouvent ça tellement intéressant. Ils demandent de raconter des histoires de cette année-là. Donc j’ai commencé ça, mais je ne sais pas où ça va mener. Là je me laisse le temps. Je suis très distraite par la publication pis je me laisse le temps de voir ce que je vais travailler. »

Raconter, surmonter et vivre avec le passé

Chaque jour qui passe dans le roman, on a l’impression de vivre une journée à l’hôpital comme si nos propres enfants étaient entre les mains du corps médical. On souhaite que Pier et David réussissent à sortir de là avec Lou et Noam en bonne santé. Qu’est-ce qu’on retient d’une telle épreuve? Qu’est-ce que les parents ou futurs parents peuvent retenir sur la prématurité?

« Après, c’est une vie d’amour. Ces enfants-là, on les a et c’est un petit temps, mais qui paraît éternel quand ça arrive. […] Mais c’est sûr que ces trois mois-là sont très marquants. On ne peut pas les oublier. Ça fait partie de leur genèse. C’est pour ça que je voulais les écrire parce que, eux n’ont pas de souvenirs, mais ça laisse des traces en eux et ça va les aider à comprendre. Pas juste eux, tous les enfants prématurés qui ont été hospitalisés dès leur naissance : ça peut aider à comprendre certaines choses – je pense – certaines réactions ou comportements parce que ça laisse des traces, c’est sûr. »

Petits Géants de Pier Courville a été pour moi un page-turner qui m’a transportée à travers une foule d’émotions. Le roman nous porte à réfléchir sur les épreuves difficiles de la vie qui semblent parfois insurmontables tout en nous partageant un foisonnement d’amour incommensurable.

Pour se procurer un exemplaire, cliquez ici : https://www.leslibraires.ca/livres/petits-geants-pier-courville-9782925087014.html.

Pour plus de renseignements, rendez-vous ici : https://www.hamac.qc.ca/collection-hamac/petits-geants-956.html.

Crédit photo : Page Facebook de Pier Courville