Peter Hook & The Light: New Hoaxder

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Élizabeth Curry

Comme dans toute séparation, les amis du couple qui se sépare choisissent parfois leur camp: les amis de monsieur, et les amis de madame. Tel est le cas, dans une certaine mesure, avec la séparation (les séparations!) de Peter Hook et New Order.

Nul besoin ici de revenir sur les détails, mais nombreux sont les fans qui croient que New Order sans Peter Hook n'est pas New Order et, de son côté, Hook prétend, à juste titre, que le corpus musical du légendaire groupe lui appartient tout autant.

Ainsi, depuis quelques années, il a entrepris — pour renflouer ses coffres, on peut le présumer — de présenter en tournée des concerts où il interprète avec son groupe The Light l'intégrale des albums de Joy Division et New Order.

De passage lundi au Club Soda, il présentait un spectacle où c'était au tour des albums Low Life (1985) et Brotherhood (1986) de subir ce traitement (de canal?). Low Life est sans doute leur album le plus populaire, tandis que Brotherhood contient le deuxième plus gros hit du groupe après Blue Monday, Bizarre Love Triangle, quoique pris dans son ensemble, ce n'est certes pas le plus aimé des fans.

Mais voilà: comme dans toute séparation, les gens sont partagés. Est-ce que New Order sans Hooky c'est New Order, et est-ce que la musique de New Order demeure la musique de New Order sans la voix de Bernard Sumner?

En d'autres mots, qu'est-ce qui constitue le plus le «son» de New Order: la basse ou la voix?

«Indissociable» peut-on penser d'emblée. Or, non, et Peter Hook s'acharne à nous le prouver année après année avec ses tournées.

Oh! bien entendu, sa technique à la basse est unique et définit largement ce «son» New Order, mais sans la voix de Sumner — ou plutôt avec sa voix à lui à la place — la sauce ne prend tout simplement pas, d'autant plus que la fameuse basse qui l'a rendu célèbre, il ne la touche pratiquement pas du spectacle sauf pour de très brefs solos tout au plus une fois par pièce, se contentant de se tenir derrière le micro, une main sur son instrument et l'autre tendue dans les airs comme une vraie «rock star», rugissant maladroitement les paroles là où Ian Curtis ou Sumner mettaient de l'émotion.

Le rendu des pièces est dénué de passion, les musiciens n'ont même pas l'air d'aimer jouer ensemble et il est désolant de constater à quel point Hook touche peu à sa basse (un autre bassiste est sur scène et s'acquitte de cette tâche), nous forçant à nous poser une question dont la réponse nous fait craindre le pire: est-ce parce qu'il n'est pas assez talentueux pour jouer et chanter en même temps?

Quant à la voix, elle dérange moins lorsque le band interprète du Joy Division, son registre étant plus près du baryton de Curtis que du ténor de Sumner. Mais malgré cela, son accent de paysan et son manque total de talent d'interprète, enlève toute émotion aux paroles très sombres et intérieures de son défunt collègue.

Le bât blesse encore plus lorsque toutefois il s'attaque ou matériel de New Order: son registre est tellement limité que c'est son guitariste (et parfois le claviériste avec le truchement d'un vocoder) qui prenne la relève pour combler ses lacunes évidentes.

Lundi soir au Club Soda, il a enchaîné 6 pièces de Joy Division pour ensuite jouer l'intégrale de Brotherhood, gardant Low Life pour la fin. Fin renard, car s'il avait massacré Perfect Kiss comme il l'a fait, mais dès le début du spectacle, nous serions restés moins longtemps. J’étais entièrement disposé à lui donner plus d’une chance, mais pièce après pièce, il a démoli mon indulgence.

Car le constat est malheureux, mais inévitable: Peter Hook & The Light n'est rien d'autre qu'un «cover band», que le bassiste ait ou non défini le «son» New Order avec sa contribution musicale.

Heureusement pour nous, c'est sans doute la fin de ses tournées nostalgie, à moins qu'il ait vraiment les cojones de présenter une tournée où il jouera Technique, Republic et Get Ready...

Je frissonne de terreur à l'idée...

Sébastien Chicoine