Peintres juifs de Montréal, au Musée national des beaux-arts du Québec

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Dans la foulée de la présentation de l’exposition Peintres juifs et modernité à la galerie d’art du Centre Saidye-Bronfman en 1987, le Musée national des beaux-arts du Québec a enrichi sa collection de plus de 200 œuvres réalisées par des artistes de la communauté juive montréalaise. Aujourd’hui, l’intérêt du Musée envers la représentation de ces figures majeures de la scène artistique montréalaise des années 30 est toujours aussi manifeste. Intitulée Peintres juifs de Montréal.

Témoins de leur époque, 1930-1948, l’exposition qui leur est cette fois consacrée est conçue par la commissaire invitée Esther Trépanier et presque exclusivement élaborée à partir des œuvres de la collection du Musée. Organisée autour de quatre thèmes (La ville, L’homme dans la ville, La guerre, Le milieu artistique), la présentation rassemble une cinquantaine de peintures, de dessins, d’estampes et d’affiches qui rappellent avec éloquence l’atmosphère qui régnait dans la ville de Montréal entre 1930 et 1948, évoquant de manière émouvante l’histoire d’une métropole au temps de la crise économique et de la guerre. Méconnues du public, les œuvres de Bercovitch, de Beder, de Neumann, de Muhlstock et de leurs confrères – des artistes reconnus pour leur savoir-faire – ont pourtant intégré avec brio les grands réseaux artistiques de l’époque. Nul doute que les visiteurs sauront apprécier le talent de ce groupe d’artistes professionnels qui s’est fait discret, mais dont la contribution au milieu artistique local et à l’évolution de l’art canadien est indéniable.

L’exposition est présentée avec la collaboration de Rio Tinto Alcan, partenaire associé de la programmation 2008.

Les artistes de la communauté juive de Montréal

La majorité de ces artistes ont émigré au Canada dans les années 1910-1920, lorsqu’un grand nombre de Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est fuient vers le Nouveau Monde l’antisémitisme croissant de leurs contrées d’origine. Dès le début des années 1930, certains d’entre eux commencent à se faire remarquer par les critiques des journaux montréalais qui les associent à cette nouvelle génération de créateurs engagés dans le développement d’un art moderne plus ancré dans « son temps », moins centré sur le paysage, les représentations du terroir et la recherche identitaire. Un des principaux apports de ces peintres de la communauté juive durant les décennies de 1930 et 1940 tient au fait qu’ils ont été des témoins uniques de leur époque. Ils ont dépeint la ville dans laquelle ils vivaient, la vie des classes populaires, la misère que la crise économique avait engendrée. Plusieurs ont aussi représenté de diverses manières les conflits qui ont déchiré le monde avec la montée du fascisme et la Seconde Guerre mondiale.

Les thèmes abordés dans l’exposition

La ville ► Dans l’entre-deux-guerres, l’expression de la modernité artistique à Montréal se manifeste pour de nombreux peintres et graveurs de la communauté juive par un vif intérêt pour la représentation urbaine. Peindre les rues de son quartier, les toits des maisons avoisinantes, le port ou les chantiers, les arrière-cours vues depuis la fenêtre de l’atelier, c’est s’approprier visuellement son espace de vie.

L’homme dans la ville ► Cette période, marquée par la crise économique et la montée du fascisme, est favorable à l’expression des idéaux de gauche. Plusieurs artistes juifs partagent une vision progressiste qui réclame plus de justice sociale. Certaines de leurs œuvres, portraits de chômeurs, de malades et de miséreux, attestent de leur empathie à l’égard des moins favorisés.

La guerre ► La Seconde Guerre mondiale, synonyme de lutte contre le fascisme, a amené plusieurs artistes de la communauté juive à s’engager activement dans le combat. Certains se retrouveront au sein des forces armées et deviendront « artistes de guerre », tandis que d’autres choisiront plutôt d’illustrer l’effort des ouvriers et ouvrières des usines d’armement, les sacrifices des femmes et des résistants.

Le milieu artistique ► L’intimité de l’atelier, l’autoportrait, les portraits de parents et d’amis sont aussi des sujets qui permettent une grande expressivité et participent de cette volonté qu’avaient leurs créateurs de réaliser un art vivant.

Le livre d’art

Rédigé par Esther Trépanier, professeure au Département d’histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal et commissaire de l’exposition, Peintres juifs de Montréal. Témoins de leur époque, 1930-1948 est publié par Les Éditions de l’Homme en coédition avec le Musée national des beaux-arts du Québec. Substantiellement enrichi depuis sa première publication en 1987 dans le cadre de l’exposition présentée à Montréal, l’ouvrage compte maintenant 288 pages et plus de 200 illustrations, dont plus d’une soixantaine représentent des œuvres tirées de la collection du Musée national des beaux-arts du Québec. Publié en versions française et anglaise (Jewish Painters of Montreal: Witnesses of Their Time, 1930-1948), le livre est disponible à la Boutique du Musée ainsi que dans la plupart des librairies au coût de 49,95 $.

Témoins de leur époque, 1930-1948

Découvrez l’importante contribution des peintres juifs à la vie artistique québécoise
Au Musée national des beaux-arts du Québec, du 5 février au 20 avril

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