«Pax æterna», les univers de Goran Hamsic

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Goran Hamsic est un grand gaillard. Mais à travers la douce lumière blanche qui s’infiltre sur les murs de son exposition Pax æterna, l’artiste montréalais semble alors plus petit que ses toiles. Parce qu’elles en imposent par leur présence et leur évocation, ses peintures semblent grandir à vue d’œil comme une véritable force d’attraction.

Pax æterna est installé au sixième étage d’une bâtisse désaffectée de la rue Gaspé à Montréal. Les artistes du Mile-End ont investi les lieux redonnant à l’endroit son dynamisme et son énergie perdue depuis que les entreprises de textile avaient mis la clé sous la porte. Maintenant, Goran est là, debout au milieu de ses peintures installées en ordre chronologique, les premières créations, jusqu’aux plus récentes.

«L’exposition est la réunion de mes œuvres sur les deux dernières années, déclare-t-il en entrevue. Il y a plein de choses différentes. J’ai choisi les toiles qui symbolisent tout ce qui m’inspire, du cinéma au sport, en passant par les séries télévisées.»

Le travail de l’artiste de 41 ans vous marque dès le premier regard. La diversité des toiles attire l’attention. On sent les nombreuses influences, passant de l’impressionnisme au cinéma noir. «Mes œuvres sont avant tout expérimentales. Je veux savoir comment la peinture craque, comment elle sèche. Pour cela, j’utilise beaucoup de force. Je casse et je brûle. C’est comme si je travaillais sur du cuir plus que sur des toiles», explique-t-il.

Les plus anciennes peintures telles des plaies ouvertes sont brutes d’agressivité. Teintes sombres et rouge criard se superposent sur des figures humaines muettes d’où émane une certaine noirceur. «J’ai vécu la guerre», lance-t-il.

On parle ici de la guerre de Bosnie survenue en 1992. Avant d’arriver au Québec, sa jeunesse il l’aura passé à Sarajevo, dans sa ville natale. D’origine croato-bosniaque, Goran se souvient des massacres. Les images des morts sur la place du marché le hantent encore. Catharsis sur les traumatismes d’un conflit qui continue de marquer ses souvenirs, l’exposition s’en libère pourtant. Les toiles deviennent alors figuratives…

«Ma peinture avance constamment. Je provoque d’abord la recherche artistique, car je ne veux pas me répéter. Comme je ne suis jamais satisfait, je travaille toujours sur quelque chose de différent. Chaque pièce est unique», dit-il.

Goran, l’artiste magicien

Les œuvres qui suivent ont l’air de suinter. Elles ont perdu de leur brutalité pour gagner en subtilité. «J’aime que le liquide rentre littéralement dans la toile. Je veux qu’elle s’en imprègne. Pour y parvenir, je ne travaille pas avec les brosses, mais avec des outils maison.»

On n’en saura pas plus. Pareil à un magicien qui n’aime pas révéler ses tours, le peintre ne dévoilera pas ses secrets. Retour aux toiles. Les figures humaines, presque fantomatiques se muent en métaphore. La nuit a laissé place à la verdure. Forêt, lacs et ruisseaux constituent les nouveaux décors. «Je me focalise sur la nature. Les taches de couleurs se sont aussi densifiées. Il n’y a plus de figure, seulement des ombres dont on n’est pas certain si elles sont là ou pas», décrit Goran.

D’ailleurs, sur la toile nommée Pax æterna, l’effet est saisissant. «J’ai repris la forme du personnage que l’on retrouve sur l’affiche du film d’horreur L’Exorciste de William Fredkin. Je le mets ainsi dans un autre contexte. Il ne s’en va plus dans l’horreur. Il se trouve cette fois devant une rivière, la rivière de la vie. L’environnement est devenu plus sage. La peinture change les perceptions. Malgré tout, la mienne donne de l’espoir.», conclut-il.

Exposition Pax æterna de Goran Hamsic

5445, de Gaspé, Montréal – 6e étage

Samedi et dimanche 12-17 h
Lundi à vendredi 14-19 h

www.goranhamsic.com