Patrick Senécal et Tristan Demers lancent la BD déjantée Sale canal

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Lorsqu'il était adolescent, Patrick Senécal s'amusait parfois à dessiner des histoires. Plus grand, il s'est tourné vers le roman et en a fait une solide carrière. Il n'était sans doute qu'une question de temps avant que son grand ami bédéiste, Tristan Demers, tombe par hasard sur l'une de ces oeuvres oubliées… et que les deux comparses se lancent dans une aventure illustrée à leur image: déjantée, loufoque et diablement audacieuse.

Pas si différents au fond

«Un jour, Tristan a découvert une des vieilles BD que j'avais réalisée quand j'avais quatorze ans – je faisais de la BD pour le fun, je ne suis pas un grand dessinateur, mais ce que je dessinais était tout de même compréhensible – il a regardé cela et il a dit: Ben voyons, tu sais comment ça marche le langage et la narration BD! De la part d'un bédéiste, j'ai été flatté. Il m'a alors demandé si je voulais en créer une avec lui; il ferait les dessins et moi les textes», se rappelle Patrick Senécal.

«Pour réaliser ce projet, on a plutôt travaillé à relais qu'en grande fusion de création, ajoute Tristan Demers. Patrick a imaginé les textes et l'histoire et moi, j'ai mis tout cela en images.»

S'il n'ont pas hésité à se lancer dans ce projet en duo, c'est qu'ils se connaissent bien, du haut de leur douzaine d'années d'amitié.

«On est devenu chums malgré nos univers si différents. On s'est rencontré dans un salon du livre et on s'est rendu compte qu'on avait le même humour: on est tous les deux excessifs, gamins à l'occasion et fervents de l'humour un peu trash.»

«Je lui envoyais mes textes et, en général, il acceptait à peu près tout, ajoute l'auteur du Vide. Il y a eu quelques modifications, mais vraiment pas beaucoup.»

C'est ainsi qu'est née l'histoire d'un poste de télévision pas banal («qui a d'ailleurs fait fuir le premier gars qui devait réaliser le lettrage, parce que nous l'avions, semble-t-il, heurté dans ses valeurs profondes...») où presque tout est permis.

«Un poste de télévision, c'était parfait pour ne pas avoir de personnages récurrents, ni être pris dans une longue histoire. C'est exactement ce que nous voulions éviter. On voulait vraiment s'amuser et déconner, et ce format-là – une, deux, trois ou quatre planches maximum par histoire - s'y prêtait très bien», explique l'un.

«En fait, c'est comme si on suivait la programmation d'une journée d'un sale canal; un réseau de télé déjanté. On a l'émission du matin, l'émission de recettes, le film de l'après-midi, le téléroman… Ce sont vraiment des univers différents qui se succèdent», ajoute l'autre.

«Les dessins de Tristan allaient même parfois plus hard que ce que je m'étais imaginé. Je lui ai dit: «Hey boy, tu n'as pas peur d'y aller! C'est ce qui était le fun!», renchérit Patrick.

«Moi, j'ai un côté trash quand vient le temps, et Patrick a son côté cartoon à l'occasion, ce qui fait qu'on se rejoint entre les deux. Personnellement, je sortais de ma zone de confort au niveau du dessin ou plutôt du médium que j'utilisais, tandis que Patrick devait aller moins loin au niveau du propos.»

«Je ne voulais pas faire une BD aussi trash que mes romans et je voulais faire de l'humour. L'idée ce n'était pas de découper une fille en riant, ce n'était pas ça le but du tout. Oui, c'est un peu baveux, oui il y a un peu de sexe, un peu de sang, mais moins qu'il y en a d'habitude dans mes romans.»

Une BD pour les grands enfants

Le public cible de la BD Sale canal? «Je dirais les adolescents à partir de 14 ou 15 ans, puis les jeunes adultes. Bien sûr, les adultes peuvent aussi lire Sale canal !», répond Patrick

Ludiques, critiques, parfois dénonciatrices, les histoires de Sale canal! devaient au départ nourrir les temps libres des deux créateurs. Cela n'a pas fonctionné. «Nous avions besoin d'une pression créative, expliquent-ils. Si tu attends d'avoir la muse ou le feu sacré pour créer, tu ne vas créer que quelques jours par année. Ça prend de la pression, des dates de tombée et un calendrier. C'est ce que notre éditeur nous a donné.»

Sale canal! fut aussi un exercice libérateur pour Tristan Demers, le père de Gargouille qui a accumulé une trentaine d'années d'expérience dans le monde de la BD jeunesse.

«Pour ce projet, j'ai fait le choix, sur le plan graphique, de ne travailler qu'avec le noir et le blanc, sans gris, sans trame. J'avais envie de quelque chose de coupé au couteau et je suis très content du résultat.»

De la fébrilité dans l'air

«En ce moment, je ressens une fébrilité que je n'ai pas ressentie depuis plusieurs années avec les livres jeunesse, en ce sens où je connais bien la machine qui suivra la sortie d'une BD pour les jeunes. Par contre, là je ne sais pas du tout ce qui va arriver.»

«Moi aussi j'ai cette fébrilité-là, ajoute humblement Patrick Senécal. La peur que les gens disent: «Bon ! Senécal, t'as fait du cinéma, de l'humour, du roman, tu as réalisé. Là, tu fais de la BD? C'est quoi la prochaine affaire, tu vas lancer un livre de recettes?» Je ne veux pas avoir l'air du gars qui pense qu'il est bon dans tout, donc je suis un peu fébrile. En même temps, on n'a pas la prétention de révolutionner la BD, ce n'est pas du roman graphique, on sait très bien que tout cela, c'est pour le plaisir.»

-La BD Sale Canal de Tristan Demers et Patrick Senécal, publiée chez VLB éditeur, est en vente dès maintenant.