Paris 1900 : Collections du Petit Palais, Paris au MNBAQ

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Une exposition qui retrace avec virtuosité la vie sociale à Paris vers 1900. Présentée en exclusivité nord-américaine au Musée national des beaux-arts du Québec. Du 4 octobre 2007 au 6 janvier 2008

Les collections du Petit Palais sont de remarquables témoins du Paris des années 1880 à 1920 et de l’atmosphère qui régnait alors dans la Ville Lumière. Organisée de façon thématique, l’exposition rend hommage à la Belle Époque en dressant un portrait fidèle du Paris mondain – avec ses artistes en vogue qui traduisent la somptuosité et le luxe de la vie bourgeoise – et du Paris populaire – avec ses faubourgs industrieux et souvent miséreux qui deviennent source d’inspiration pour des artistes à la fibre plus sociale. Les visiteurs pourront y admirer quelque 140 œuvres, dont des tableaux, des sculptures, des aquarelles, des gravures, des photographies et des objets d’art décoratif appartenant aux prestigieuses collections du Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Raffiné et stylisé, le design de l’exposition ne manquera pas de vous séduire par son évocation de la vie parisienne au tournant du siècle dernier.

Présentée par la Financière Sun Life, l’exposition marque le début d’une collaboration fructueuse entre Québec et Paris, à l’aube des festivités entourant le 400e anniversaire de la ville de Québec.

Paris mondain
Le Paris mondain peut se définir comme un courant artistique qui s’efforce d’adoucir les brutalités du monde afin d’embellir la vie. Ainsi, l’académisme élégant de Joseph-Marius Avy ou de Charles Giron et l’impressionnisme assagi d’Auguste Renoir s’efforcent de flatter l’aimable apparence des gentes dames et demoiselles des beaux quartiers. Les styles picturaux plus francs de Jacques-Émile Blanche ou de Léon-François Comerre concourent au même résultat. Quant à l’invention des artistes décorateurs, elle n’a de cesse de se renouveler pour rendre aussi délicieux que possible les cadres de vie et ses accessoires. Les sources créatrices vont des arts raffinés du xviiie siècle à la merveilleuse diversité de la nature en passant par l’esthétique japonaise. Ainsi, en cette exposition, les vases de Sèvres voisinent avec l’Art nouveau d’Hector Guimard ou d’Émile Gallé et les japonismes de Félix Bracquemond ou de Sormani qui l’ont précédé. L’art de la joaillerie, trop méconnu, participe souverainement de ces dynamismes, allant même, grâce à Charles Jacqueau, jusqu’à accompagner la naissance aussi bien du fauvisme que du cubisme, se situant ainsi aux prémices de l’Art déco.

La Parisienne
Paris connait dans la deuxième moitié du xixe siècle un fort développement, et la Parisienne en est la figure emblématique. Les portraitistes nous la montrent sous divers temps : femmes du monde, demi-mondaines et actrices en quête de célébrité. Roll campe la comédienne Jane Hading dans un décor luxuriant, Renoir, redevenu portraitiste, fixe les traits de l’épouse d’un mécène, Marie Bashkirsteff donne sa version populaire de la Parisienne, Berthe Morisot célèbre la jeunesse sous les traits d’une modèle, Antonio de La Gandara, en véritable peintre mondain, est au service de la haute société.

Lorsqu’on évoque la Parisienne, la mode n’est jamais loin : tout est enveloppé dans « cette brume de mousseline », dira Jean Cocteau. Le vêtement acquiert valeur de symbole. Sur le point de retirer ses gants, on devine chez La Parisienne de Charles Giron une propension au mouvement qui annonce la modernité. Les jeunes filles de Blanche et de Comerre montent à cheval ou roulent à bicyclette. Mais bientôt, les sirènes de la modernité s’apprêtent à bouleverser les règles de la représentation…

Les Arts décoratifs en 1900 : tradition et modernité
À la fin du xixe siècle, les frontières entre les arts mineurs et les arts majeurs s’effacent à la faveur d’une réhabilitation des premiers face aux méfaits de l’industrialisation. Progressivement, les céramistes, verriers, émailleurs et autres artisans d’art exposent leurs œuvres dans les mêmes salons que les peintres et les sculpteurs. La référence au passé est une des constantes des arts décoratifs pendant la deuxième moitié du xixe siècle. Cette persistance des styles historiques n’a pas que des aspects négatifs puisqu’elle a encouragé la redécouverte de techniques anciennes. À la fin du siècle, sous l’influence de la Chine et du Japon, les artisans d’art cessent de regarder vers le passé pour trouver dans la nature un répertoire de formes et de motifs. L’Art nouveau invente une ligne souple et fluide et cherche à définir une difficile synthèse des arts. L’objet d’art s’intègre dans un ensemble décoratif et fait partie d’un tout. Les planches publiées en 1901 par Georges Rémon proposent une forme assagie de ces ensembles où les intérieurs sont conçus comme des œuvres d’art totales.

Poètes de la parure parisienne
Autour de 1900, les plus grands joailliers de Paris ont pignon sur rue à la place Vendôme et sur la rue de la Paix. Ainsi, René Lalique s’installe au no 24 de la place en 1905, alors que quelques années auparavant, Louis Cartier avait ouvert sa boutique au n° 13 de la rue de la Paix. Chez ces joailliers, des dessinateurs de talent contribuent à leur célébrité. Georges Deraisme chez Lalique dessine d’abord des bijoux dans la veine historisante avec chimères, dragons, angelots, putti, etc. Puis apparaissent les courbes de l’Art nouveau et ses motifs naturalistes. Son maître, René Lalique, s’impose en brisant la hiérarchie gemmologique et en associant divers procédés techniques. Chez Cartier, Charles Jacqueau s’en tient d’abord lui aussi aux styles historisants, puisant son inspiration dans les recueils anciens. Il fait également des épingles à chapeau un véritable « laboratoire d’idées », concevant des architectures audacieuses, des combinaisons colorées étonnantes, des associations et des tailles nouvelles. Peu avant la Grande Guerre, faisant preuve encore davantage d’invention, il s’inspire des civilisations d’Orient et du Moyen-Orient.

Paris populaire
Le courant artistique du Paris populaire s’enracine dans le siècle des Lumières, sa foi dans la raison, son souci d’intelligence du monde matériel et son espoir de progrès social. Il se développe pendant tout le xixe siècle dans l’industrialisme de Saint-Simon, le positivisme d’Auguste Comte, le réalisme de Gustave Courbet, le naturalisme de Flaubert et Zola… Sa préoccupation essentielle est la maîtrise des apparences de la réalité visible considérée comme seule donnée existentielle véritable. Il a pour une large part volonté de souligner les difficiles conditions existentielles des milieux populaires et de manifester la grandeur de leur humanité au-delà de l’apparence misérable. Ainsi Dalou en sculpture, Pelez et Gill en peinture, Baffier en arts décoratifs, Chahine et Steinlein en gravure, par exemple, dressent face à nous d’humbles anonymes remplis de dignité! Les habitants des faubourgs et les travailleurs des rues ou des bords de Seine deviennent les héros des labeurs, des joies et des drames de la ville moderne.

Sarah Bernhardt : inépuisable et immortelle
Issue du milieu populaire, Henriette Rosine Bernard – de son vrai nom – a réussi à force de talent et de volonté à se hisser au sommet de l’échelle sociale. Considérée comme la plus grande actrice du xixe siècle, elle sera immortalisée par de nombreux artistes. En avance sur son temps, elle aura compris l’importance de la médiatisation de son image. Les artistes ont été captivés par son inépuisable énergie et par son physique bien singulier. Une silhouette svelte, contraire aux canons plutôt opulents des années 1870-1890, qu’elle soulignait par d’audacieux choix vestimentaires : col étiré allongeant le cou, corsage ajusté, jupe entravée aux jambes et s’épanouissant au sol en une traîne en spirale.

Le plus beau portrait jamais peint d’elle, celui de Clairin, en constitue un éloquent témoignage. Dans cette œuvre de 1876, bien des caractères de l’Art nouveau sont déjà présents : lignes sinueuses, correspondances entre être humain, étoffes, plantes et animal, irisation des tons, magnétisme de la présence féminine à la fois séductrice et inquiétante. Une peinture monumentale qui dégage néanmoins une certaine nonchalance.

Graveurs et photographes de la rue
À la fin du xixe siècle, l’estampe originale d’artiste a trouvé son public d’amateurs et de collectionneurs. Les artistes « modernes » refusent la hiérarchie traditionnelle. Regroupés dans la Société des peintres-graveurs, ils exposent eaux-fortes, gravures sur bois et lithographies aux côtés d’huiles et d’aquarelles. Ils considèrent la gravure comme un moyen d’expression plus libre, plus personnel. Félix Buhot, Théodore Steinlen et Edgar Chahine excellèrent surtout dans l’art de l’estampe. Parisiens d’adoption, tous trois vécurent dans le bas-Montmartre, où abondaient les ateliers d’artistes. Ils ont dressé, chacun à leur manière, le portrait d’un Paris à la fois moderne et populaire. Parallèlement, les progrès de la photographie rendent celle-ci accessible à plusieurs. Certains amateurs éclairés, comme Charles Jacquin, se l’approprient mais imposent une vision esthétique. Lors d’un Salon tenu en 1904 au Petit Palais, Jacquin choisit de présenter des images poétiques des berges de la Seine. Les cadrages, les points de vue étudiés, l’utilisation de techniques élaborées et les retouches donnent à ses images un effet pictural qui les rattache au mouvement pictorialiste en photographie.

Grimaces et misère : peintures de Fernand Pelez
La vie et l’œuvre de Pelez sont indissociables du Paris populaire de la deuxième moitié du xixe siècle. Le peintre, qui doit son nom à de lointaines origines espagnoles, ne quittera jamais le quartier de Pigalle et participera à la vie montmartroise. À compter de 1880, il adopte le ton grave de la peinture d’histoire et focalise son attention sur les laissés-pour-compte de l’urbanisation, tel son Sans asile, véritable pietà laïque, ou son Martyr, marchand de violettes. Avec le monumental Grimaces et misère, le peintre évoque l’envers de la fête, la fatigue des jeunes équilibristes, les grimaces maintes fois répétées du clown enfariné, l’indifférence résignée des musiciens. La Vachalcade – une fête populaire qui se déroulait dans les rues de Montmartre au moment du Carême – fait appel au même type de composition frontale et dégage une énergie empreinte de tristesse. Après 1900, la peinture de Pelez prend une nouvelle couleur. Pour Les Petites figurantes, l’artiste choisit l’univers des loges éclairées par les lampes à gaz où les corps graciles des jeunes figurantes s’exposent dans une intimité ambiguë.

Les décors publics : la percée naturaliste
Les grands chantiers de construction de la fin du xixe siècle permettent aux artistes d’exercer leur talent sur les façades et les murs des palais de la République : mairies, écoles, universités, musées et théâtres. À Paris, la construction des vingt mairies d’arrondissement permet la mise en place d’un vaste programme de décorations dont l’Hôtel de Ville est le centre névralgique. Les locaux qui reçoivent ces décors sont principalement l’escalier d’honneur, la salle des mariages et la salle des fêtes. On y retrouve des représentations du mariage, de la famille, du suffrage universel, de la défense de la patrie et surtout du travail où s’affirme le triomphe du progrès en marche pour une vie meilleure.

En contrepoint de cette célébration du travail, des représentations des bords de Seine qui illustrent les loisirs citadins et la fête, surtout celle du 14 juillet. Instaurée par une loi de 1880, elle évoque la prise de la Bastille, renversement du pouvoir monarchique, et la fête de la Fédération de 1790, symbole de l’unité nationale librement consentie.

Le catalogue de l’exposition
En guise de souvenir ou en complément d’information, procurez-vous le magnifique livre d’art qui accompagne la grande exposition internationale Paris 1900. Collections du Petit Palais, Paris. Édité par le Musée national des beaux-arts du Québec, l’ouvrage permet d’en apprendre davantage sur l’histoire du Petit Palais et sur ses collections qui témoignent à merveille du Paris populaire et mondain des années 1880 à 1920. On y retrouve, entre autres, des préfaces de Bertrand Delanoë, maire de Paris, d’Andrée Boucher, regrettée mairesse de Québec, de Gilles Chazal, directeur du Petit Palais, et de John R. Porter, directeur général du MNBAQ, de même que des textes pour chacune des thématiques de l’exposition. Abondamment illustré (152 pages et 150 illustrations), le livre d’art est disponible à la Boutique du Musée au coût de 49,95 $ et dans de nombreuses librairies (Publications du Québec).

AUTOUR DE L’EXPOSITION

Visites guidées
Visites guidées de l’exposition Paris 1900. Collections du Petit Palais, Paris
Les mercredis, samedis et dimanches, du 10 octobre 2007 au 6 janvier 2008, à 13 h 30 et 15 h
Gratuit avec le billet d’entrée à l’exposition

Visite commentée
Visite commentée de l’exposition avec Paul Bourassa, commissaire de l’exposition et conservateur au MNBAQ. Le mercredi 10 octobre, à 19 h 30. Gratuit avec le billet d’entrée à l’exposition

Conférence
Paris et la Belle Époque
Par Pascale Mathé, historienne de l’art et chargée de cours à l’Université Laval.
Le mercredi 14 novembre, à 19 h 30. Gratuit

Ateliers pour adultes
Paris 1900 et l’art décoratif
Une série de sept ateliers permettant d’approfondir les diverses techniques artistiques présentes dans l’exposition Paris 1900. Les ateliers sont dirigés par un artiste professionnel et se déroulent en salle d’exposition et en atelier. Série : 160 $ (Abonnés-Amis : 140 $). Taxes et matériel inclus

Les mercredis, du 7 novembre au 19 décembre, de 18 h 30 à 21 h
Les jeudis, du 8 novembre au 20 décembre, de 18 h 30 à 21 h

Ateliers pour la famille
Petits joailliers, à vos parures!
Réalisez une parure de costume inspirée du style Art nouveau et des joailliers célèbres de l’époque.
Les samedis et dimanches, du 6 au 21 octobre, à 13 h, 14 h 15 et 15 h 30. Gratuit

Faïence façon 1900
Inspirez-vous des motifs floraux et lyriques des somptueux objets d’art décoratif présentés dans l’exposition Paris 1900 pour réaliser un décor de style Art nouveau peint sur faïence.
Les samedis et dimanches, du 3 au 25 novembre, à 13 h, 14 h 15 et 15 h 30. Gratuit

Démonstrations
La technique de la joaillerie
Découvrez les techniques de la joaillerie en compagnie d’un artisan.
Les samedis et dimanches, du 6 octobre 2007 au 6 janvier 2008, en continu de 13 h 30 à 16 h. Gratuit

LES CRÉDITS

L’exposition est organisée par le Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, en collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec. Une présentation de la Financière Sun Life, partenaire de l’automne 2007. L’exposition bénéficie également du soutien du Bureau de la Capitale-Nationale. Les partenaires médias sont la Société Radio-Canada et Le Soleil.

Commissariat général
Gilles Chazal, conservateur général du patrimoine et directeur du Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris / John R. Porter, directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec

Commissariat
Maryline Assante di Panzillo, conservateur du patrimoine, Estampes, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris / Isabelle Collet, conservateur en chef du patrimoine, Peintures modernes, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris / Dominique Morel, conservateur en chef du patrimoine, Objets d’art, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris / Amélie Simier, conservateur du patrimoine, Sculptures, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.

Direction du projet
Line Ouellet, directrice des expositions et des publications scientifiques, Musée national des beaux-arts du Québec.

Coordination
Paul Bourassa, conservateur aux expositions, Musée national des beaux-arts du Québec.

Coordination technique
André Sylvain, coordonnateur aux opérations, Musée national des beaux-arts du Québec.

Design
Denis Allison, designer, Musée national des beaux-arts du Québec.

Graphisme
Klaxon

Heures d’ouverture
Du mardi au dimanche, de 10 h à 17 h, et le mercredi jusqu’à 21 h

Droits d’entrée
(Nouvelle tarification à compter du 4 octobre 2007)
Adultes : 15 $
Aînés : 12 $
Membres CAA : 13 $
Étudiants : 7 $ (moins de 30 ans, avec carte d’étudiant)
Jeunes de 12 à 16 ans : 4 $
Abonnés-Amis et jeunes de moins de 12 ans : gratuit

Renseignements (grand public)
Musée national des beaux-arts du Québec
Parc des Champs-de-Bataille
Québec (Québec) G1R 5H3 CANADA
418 643-2150 ou 1 866 220-2150
www.mnba.qc.ca

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