Paolo Almario fait de l'art son arme pour défendre son père innocent

Catégories:

Lundi 9 février au matin s'est ouvert le procès de Luis Fernando Almario, politicien colombien, en détention préventive, de manière injustifiée, depuis 32 mois. Son fils, Paolo Almario, artiste colombien, et chargé de cours à l'UQAC (Université du Québec à Chicoutimi) à Chicoutimi, enquête et dénonce à travers son art la situation « injuste » de sa famille. Il exposera cinq portraits artistiques de faux témoins montés contre son père du 14 au 28 mars prochain au centre Oboro à Montréal. Rencontre.

Paolo Almario, 26 ans, habitant au Québec depuis 2011 utilise son art pour dénoncer l'injustice dont est victime son père et plus largement sa famille. Son père n'est autre que Luis Fernando Almario Rojas, homme politique colombien, élu représentant à la Chambre du Congrès pour le département du Caquetá (dans le sud de la Colombie) en 1991 jusqu’en 2008.
Depuis lundi dernier se déroule le procès de Luis Fernando Almario Rojas, près 32 mois de détention préventive pour « collaboration avec des Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie (FARC) alors que ses faux témoins se trouvaient en prison ». Les charges retenues ne sont pas claires. Pour Paolo, des personnes conspirent à mettre son père en prison. Mais pourquoi ? « Car mon père est arrivé en politique sans faire de grandes écoles. C'est un berger qui s'est lancé dans la politique simplement. Qui a été élu par le peuple et qui ne connaissait pas les codes de corruption et qui n'a jamais voulu rentrer dans ce système » . En effet, d'après ce chargé de cours à l’UQAC, la corruption règne en maître en Colombie. « Que ce soit avec les FARC, les narcotrafiquants ou les groupes paramilitaires » , souligne celui qui est en attente d'un statut canadien de réfugié politique depuis deux ans et demi.
Luis Fernando Almario a donc été victime de son choix d'être un politicien libre et juste.

Attentat et injustice judiciaire

Victime ? Le mot est faible. La famille Almario est une famille de survivant. Depuis 14 ans, ils subissent des attaques et des tentatives d'assassinats. La première est la plus violente. « C'était en 2001, notre maison, à Florencia, dans le sud de la Colombie a été bombardée à l'aide de roquettes. L'attaque était si brutale que l'armée a dû repousser les rebelles avec des tanks. Deux personnes ont péri durant cet attentat, dont un policier qui assurait la sécurité de mon père. Mon père, ma tante et ma cousine, se sont cachés dans les ruines durant l'attaque et ont ainsi échappé au magnicide» , raconte Paolo, qui n'était pas sur les lieux ce jour là. Alors sous la protection d'un policier, qui a laissé sa vie lors de cet attentat, la famille de Paolo a fait appel aux forces de l'ordre pour avoir une protection policière plus importante. 50 agents de sécurité sont mobilisés, trois véhicules blindés sont mis à disposition et chaque membre de la famille ont deux policiers chacun pour assurer la sécurité de la famille Almario.

Mais cela n'a pas découragé leurs assaillants. En 2004, ils choisissent de vivre à Bogota, la capitale. Au 17ème étage d'un immeuble. Histoire de se fondre dans la masse. Des guérillas urbaines ont visé leur appartement avec des roquettes et une bombe a été retrouvée dans un attaché caisse qui était destiné au père de Paolo. En 2007, des explosifs ont été retrouvés dans les locaux politiques de la ville où travaillait Luis Fernando. Les médias et la justice ont alors soupçonné le père de Paolo de faire alliance avec des « guérilleros ». C'était une attaque démantelée par la police. Mais les médias colombiens ont fait croire que le père de Paolo avait des alliances avec les guérillas. Pour la troisième fois, le patriarche est incarcéré en juillet 2012. « Toujours basée sur de faux témoignages car lors de mes enquêtes, j'ai réussi à connaître l'identité du témoin qui aurait vu mon père discuter avec des FARC, alors que ce témoin se trouvait en prison le soit-disant jour et au soit-disant lieu de la rencontre » . Complexe donc de prouver quoi que ce soit ni même la justice colombienne ne fait pas son travail correctement. C'est pourquoi Paolo est allé enquêter lui-même en Colombie automne 2012. Il demande « à la justice de mon pays d'être juste et transparente » i . Surtout lorsque Paolo sait «qu'un procureur judiciaire colombien a offert des bénéfices à un paramilitaire pour une fausse déclaration contre papa » i . Preuve à l'appuie avec un enregistrement que l'enquêteur en herbe a réussi à trouver: https://vimeo.com/65478904].

De l'art pour rendre justice

Face à «toute une industrie » qui conspire contre son père, Paolo est seul contre tous pour enquêter et dénoncer l'injustice dont est victime son père. Pour se faire, il a décidé d'utiliser l'art. « Car l'art peut devenir un véhicule. Lorsque le spectateur voit, ça l'inspire et ça lui donne envie d'agir. Ca lui donne envie de voir un changement dans la réalité », explique Paolo depuis son appartement de Chicoutimi. Autonome 2012, Paolo retourne sur les ruines de sa maison, il photographie ce qu'il en reste. Avec ces 4 800 clichés, il les assemble méticuleusement pour réaliser le portrait de ceux qui sont à l'origine de l'incarcération illégitime de son père. Le premiers portraits réalisés à partir de ces mini-photos sont ceux des magistrats de la Cour Suprême colombienne, qui ont signé l'ordre d'arrestation contre son père en utilisant de faux témoins. Cette exposition a été présentée en 2013 à la Galerie L'oeuvre de l'autre à Chicoutimi. Le seconde portrait est celui du chef de l'unité FARC qui a attaqué la maison familiale Almario en 2001. Ce portrait fait la page de couverture de l'agenda 2014-2015 de l'UQAC. Dans la troisième exposition, Paolo fait le portrait des paramilitaires qui ont lancé de fausses accusations contre son père.

Ces portraits, l'artiste colombien a pu les réaliser grâce à ces propres recherches. Il a ainsi pu identifier plusieurs faux témoins, issus d'un groupe de plusieurs groupes paramilitaires, et a donc réalisé chacun de leur portrait. « Je ne juge pas, je n'accuse pas, je me base toujours sur des documents que j'ai réussi à obtenir et sur leurs déclarations. Je dis conclus que ce sont des faux témoignages. Et je laisse durant mes expositions les documents en libre accès pour que les gens puissent se faire leur propre opinion » , souligne l'artiste amaigri par cette situation qui le ronge et l'angoisse. Ces installations artistiques, ont déjà été exposées à Chicoutimi et à Québec. Pendant le temps de l'exposition, l'artiste détruit ces portraits à l'aide d'une machine qui déclipse toutes les petites photos «cette destruction des portraits reflète le rapport avec l'espace qui peut construire ou détruire l'individu » . Un peu comme le fait que sa maison ait été détruite et la construction de sa propre personne ? Son combat et son art ne sont pas encore assez connus. « En Colombie, aucun média ne relate notre histoire. Du coup, les médias internationaux ne sont pas au courant de tout ce qui se passe. Nous allons essayer de contacter Amnéstie International et Human Right Watch aussi ».

Pour soutenir le mouvement, Paolo a créé un site web : http://free.almario.ca ou les résultats de ses recherches sont publiés de manière périodique. Paolo fait appel à l'aide des organismes humanitaires.

Une petite avancée s'est produite ce lundi 9 février. L'Association Canadienne pour le Droit et la Vérité s'est prononcé en déclarant : « que des éléments graves de violations ont été commis par les autorités colombiennes et des indices clairs tendent à étayer la thèse selon laquelle les accusations contre Almario Rojas ont été fabriquées » .
Mais en attendant une forte prise de conscience des médias et institutions internationales, Paolo exposera ses travaux artistiques du 14 au 28 mars au centre Oboro à Montréal. « Car ma famille et moi-même vivons dans une atmosphère de peur, de crainte et d'angoisse. Nous ne savons plus vers qui nous tourner et en qui avoir confiance » , avoue l'artiste qui vient de perdre encore deux tailles de ceinture.

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Google icon