«Nous méritons mieux» de Marie-France Bazzo - Les médias doivent changer, tout doit changer

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Marie-France Bazzo

En parcourant l’essai Nous méritons mieux | Repenser les médias au Québec de Marie-France Bazzo, j’ai aussitôt constaté l’ampleur des dégâts causés par les médias ce qui m’a ouvert les yeux sur les raisons de ma propre appréhension envers eux.

Productrice et animatrice, Marie-France Bazzo côtoie les médias depuis le début de sa carrière professionnelle et les a toujours considérés comme étant son « terrain de jeux [1] ». Dans son essai, elle nous révèle son point de vue – une opinion sincère à propos des rouages mêmes des médias et de l’image qu’ils renvoient aux Québécois et Québécoises. Précisant les moindres angles importants à souligner, Bazzo martèle haut et fort l’enjeu premier sur lequel tous les problèmes se sont construits :

« Il y a mésinformation, désinformation, guerre des tranchées, abondance de babillage et raréfaction du travail de fond […] Une liberté de dire s’est perdue. Celle de réfléchir, de critiquer, de parler vrai, n’en déplaise à certains commentateurs qui confondent le parler-fort et le parler-vrai [2] ».

Niveler vers le bas, donner en premier

Donner l’information en première place est maintenant ce qui pousse les médias à partir à la chasse aux nouveautés afin de rédiger un article ou préparer un épisode radio qu’on publiera ou mettra en ondes le plus rapidement possible – sans étudier réellement en profondeur le sujet en question.

Plus besoin de se préparer pour parler d’un sujet. À présent, les médias « veulent séduire le public […], mais en baissant imperceptiblement la barre, en croyant que tout convient à tous, ce qui de toute évidence ne fonctionne pas. Le public est tout sauf con. Il se rend bien compte qu’on le remplit de gros n’importe quoi […] On aimerait qu’on s’adresse à nous dans une langue et avec des idées claires. Qu’on nous explique les choses, qu’on prenne le temps d’en discuter. Qu’on nous émerveille, nous sorte de nos sentiers battus. Qu’on s’intéresse à l’autre, pas qu’à son nombril […] Il y a une crainte, une frayeur de l’élévation, de l’idée de faire société, en ce moment, dans nos médias, et particulièrement à la télévision[3] ».

Réseaux sociaux et likes

Avec l’arrivée des réseaux sociaux, une part capitale du devoir médiatique s’est envolée soit celle de la vérification des faits – de remettre en question l’information à laquelle on a droit sur le net. À présent, tout est vrai et les grands débatteurs ne sont plus les spécialistes de ce monde, mais bien les « opinionneurs » comme le sermonne Marie-France Bazzo.

« Plus que jamais, nous avons besoin de balises, de profondeur de champ, de temps de digestion des événements, et on nous donne à la place du bruit et de la fureur. L’opinion est un maladroit remède à un mal qui nous frappe tous [4] ».

Tout un chacun pense avoir raison, clame la vérité en écrivant des pavés sur les réseaux, ou pire, des messages haineux en guise d’arguments. Les réseaux sociaux ont pris une ampleur démesurée dans nos vies à un point tel que même les médias se sont inscrits dans le mouvement social. Autrement dit, tout un chacun souhaite trouver l’information la plus prometteuse, la publier en premier afin d’obtenir le plus de likes que possible.

Besoin de temps pour formuler une thèse, argumenter en son sens et démontrer ses bienfaits ou méfaits? « Oh, attendez! Nous allons plutôt miser sur les tweets qui encourageront plusieurs à nous suivre. C’est ce qui compte après tout, les likes! »

Les réseaux sociaux sont devenus un vrai fléau dans le milieu médiatique. Un vrai cancer de la désinformation, du je-m’en-foutisme qui a non seulement teinté à jamais notre société, mais également les médias qui, à la base, avaient pour but de nous informer correctement pour notre bien, non pour la manipulation ni la popularité sur Tweeter ou Facebook.

Vedettes au menu… encore

Inviter des célébrités lors d’une émission (à la télé ou à la radio) fait maintenant partie prenante de la roue médiatique québécoise. On veut tout savoir : le parcours professionnel de X, la vie personnelle de Y ou l’opinion politique de Z. Ce n’est pas compliqué : interviewer des célébrités, ça fidélise l’audience et donc, augmente les cotes d’écoute.

« Ce vaste bassin est formé de comédiens, de chanteurs, de sportifs professionnels, de certains ex-politiciens, d’humoristes adulés – on remarquera que l’auteur, le scientifique et le cinéaste sont moins populaires, et que le poète et l’architecte sont absents de la liste des A. On a l’enthousiasme sélectif… [5] »

Les A, ce sont ceux et celles qui sont populaires – en gros, les personnalités connues, aimées, idolâtrées et qui, à de multiples reprises, sont invitées à telle émission, à telle poste de radio, puis à une autre émission du même style que la première... Pour faire court, au Québec, on invite les mêmes têtes encore et encore. Ça fait parler, ça fait des likes, point.

Nous méritons mieux de Marie-France Bazzo

Changer sans avoir peur

Pour guérir les médias, du moins leur redonner l’éclat qu’ils avaient autrefois et leur faire confiance de nouveau, il faut d’abord qu’ils revoient leurs priorités. Il faut changer de direction, ne pas avoir peur des représailles et c’est ce que prône Marie-France Bazzo :

« Nous pourrions faire preuve d’élévation en divertissant. Avoir davantage de contenus joyeux et plaisants qui élèvent le niveau, beaucoup plus de rendez-vous surprenants qui décrassent les clichés, des rendez-vous rassembleurs qui rendent individuellement et collectivement meilleurs, envoyer en périphérie certains contenus aux calories vides, qui sont trop souvent au cœur des programmations [6] ».

Mon point de vue

Pour ma part, ma confiance envers les médias est brisée depuis longtemps. J’essaye de lire régulièrement les nouvelles pour savoir ce qui se passe dans le monde. Pour me renseigner, j’ai pris l’habitude de survoler ma page Facebook à la recherche d’articles pertinents ou de critiques intéressantes.

Je parcours quelques lignes, lis en diagonale pour me faire ma propre opinion. Des fois, je participe à des débats (avec des personnes qui sont parfois dignes de mention, mais c’est rare) et je le fais uniquement si c’est vraiment nécessaire.

En général, je pratique le mutisme. C’est mieux ainsi. Pourquoi encourager les mécanismes des réseaux sociaux et la fougue provoquée par les journaux ou la télé? Trop d’ondes négatives. Autant mettre mon énergie ailleurs dans les bonnes nouvelles (même si elles arrivent au compte-gouttes).

Enfin, un discours raisonnable qui connecte

En lisant Nous méritons mieux | Repenser les médias au Québec de Marie-France Bazzo, j’ai réalisé d’où provenait mon appréhension envers les médias. J’ai compris le pourquoi du comment – pour le dire ainsi – et ça m’a permis d’être un peu plus en paix avec cette idée tout en souhaitant un changement sincère au sein des rouages médiatiques.

Tel que le dit Bazzo, il faut que ça change, qu’on s’informe mieux en laissant une place dominante aux spécialistes, mais aussi à ceux et celles qui méritent la parole. Il faut déterrer les coins de la société dont on ne parle pas afin de leur donner une voix.

Les célébrités, pourquoi pas, mais avec parcimonie et surtout, diversifier les milieux desquels ils proviennent.

Aussi, arrêter de donner une importance démesurée aux réseaux sociaux – et puisque c’est évidemment impossible à l’ère d’aujourd’hui – tout faire pour mieux les gérer et enterrer la haine qui sévit constamment sur la toile.

À tous et à toutes, je vous recommande l’essai de Marie-France Bazzo. Que vous partagiez ou non ses propos, il va de soi que vous en apprendrez beaucoup et prendrez conscience de la panoplie d’angles dans notre société qui sont oubliés et qu’elle surligne au gros marqueur rouge afin de démontrer incontestablement que nous méritons mieux et qu’on doit repenser nos médias au Québec.

Pour en savoir plus sur Marie-France Bazzo, cliquez ici : http://productionsbazzobazzo.tv/fr/equipe/.
Pour vous procurer un exemplaire, cliquez ici : https://www.leslibraires.ca/livres/nous-meritons-mieux-repenser-les-med….

Toutes les citations sont tirés du livre de Marie-France Bazzo Nous méritons mieux | Repenser les médias au Québec.

[1] P. 13.
[2] P. 13-14.
[3] P. 57 à 59.
[4] P. 96.
[5] P. 127.
[6] P. 207.

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