Le village CNN - Le livre de Patrick White sur l'information internationale et les agences de presse (version de 2005)

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© copyright, Patrick White, 2008

RÉSUMÉ

Ce livre s'intéresse à l'origine des agences de presse internationales Agence France-Presse (AFP), United Press International (UPI), Reuters et Associated Press (AP) depuis l'arrivée de la chaîne CNN en 1980 et d'Al Jazira en 1996. L'essai vise aussi à étudier l'émergence des grandes agences de presse financières, comme Bloomberg, Reuters et Dow Jones. Par ailleurs, la concurrence entre Fox News et CNN de même que celle entre Al Jazira et CNN est expliquée en détail.

L'auteur place d'abord les agences dans le contexte historique depuis le milieu du 19e siècle. Il explique la domination des agences de presse au sein du circuit de l'information internationale jusqu'à la fin des années 1970.

Le livre s'attarde à analyser de l'intérieur même chacune des agences mondiales (structures, type de propriété, finances, historique, développement récent). Il place ensuite les agences dans le contexte du système international des médias (montée de l’audio-visuel en tant que source d’information: CNN, Al Jazira et BBC World, le développement des agences de presse régionales DPA, EFE et ANSA). Finalement, il met en perspective les agences dans l'environnement économique et géopolitique mondial qui est en mutation. On y aborde la globalisation économique, la nouvelle donne géopolitique et l'impact du développement d'Internet sur les agences.

REMERCIEMENTS

L’idée d’un livre sur les agences de presse a germé en moi au cours de l’hiver 1992. J’ai d’ailleurs toujours été passionné par l'information internationale. Une première édition a été publiée aux Presses de l'Université de Montréal en 1997.

Je tiens à remercier du fond du coeur ceux et celles qui m’ont soutenu tout au long de la recherche et de la rédaction de ce livre. Je pense à mes parents, Claire et John White et à mes deux soeurs Caroline et Marianne. Je pense aussi à ma conjointe Nadine Pleau, qui m’ont encouragé depuis le tout début et qui ont toujours trouvé le temps pour m’écouter et me lire. Je pense également à Florian Sauvageau, professeur de journalisme à l'Université Laval. Sa disponibilité et ses conseils m’ont rendu la tâche plus facile pour la rédaction de ce livre. Je ne veux pas oublier les spécialistes des agences de presse dans le monde, qui ont alimenté ma réflexion: Oliver Boyd Barrett, Michael Palmer, Terhi Rantanen, Michel Mathien et Catherine Conso.

Enfin, un gros merci à mon ancien directeur de thèse à l'Université Laval, Jean Crête, et à mes amis Patrick Pierra, Luc Dupont, Pierre Moisan et Ianik Marcil. Un dernier mot pour Maurice Boulé, ex-professeur de français au Mont Saint-Sacrement à Québec, qui m'a donné, dès l'adolescence, le goût d'écrire, de lire et d'aimer cette belle langue qu'est le français.

TABLE DES MATIERES

Introduction......................................................................................................................1

Chapitre I: Les causes de la crise des agences de presse?.........................5

Chapitre II: Les agences avant 1980..............................................................13

Chapitre III: Associated Press...............................................................................23

Chapitre IV: L'Agence France-Presse: à la croisée des chemins............................................................................................................................40

Chapitre V: United Press International: une fin bien triste.......73

Chapitre VI: Reuters: un géant aux pieds d'argile...............................96

Chapitre VII: Les agences financières en émergence: Bloomberg, Reuters et Dow Jones...........................................................................................105

Chapitre VIII: La fin du village CNN.................................................................................121

Chapitre IX: Le phénomène Al Jazira 135

Chapitre X: Le déclin des agences de presse et l'apparition d'un nouvel environnement en information............................................................144

Chapitre XI: L'avenir passe par Internet....................................................154

Quelques médias branchés....................................................................................169

Bibliographie...............................................................................................................172

ABSTRACT

The focus of this book is the current situation of the four major international news agencies Agence France-Presse (AFP), United Press International (UPI), Reuters and The Associated Press (AP) since the arrival of CNN in 1980 and of Al Jazeera in 1996.

This book puts the agencies into a historical perspective since their creation in the midth of the 19th century. It does explain the domination of the international agencies on the world news system until the 1970s and the beginning of the end for the so-called New World and Information Order.

The book does analyse the world news agencies from the inside. It studies how the structure, the type of ownership, the finances and the history of each news agency has had an impact on the development or collapse of those four information wholesalers. Secondly, it does explain the crisis of the four agencies in the light of several new developments in the international media system: rise of the news channels CNN, Al Jazeera and BBC World and of regional news agencies such as DPA, ANSA and EFE. The essay also studies the rise of Fox News and Al Jazeera, as major competitors of CNN. It also takes a thorough look at the world's top financial news agencies: Bloomberg, Dow Jones and Reuters.

Finally, it puts the four global news agencies into the perspective of a new global environment dominated by the globalization of the markets, the new world geopolitics. It concludes that the development the Internet is a tremendous asset for wire services.

"Le monde des agences de presse"

Introduction

Elles étaient considérées, dans les années 70, comme le symbole de la domination occidentale sur le marché mondial de l'information. Mais aujourd'hui, le changement de climat est total : deux des quatre agences mondiales, l'AFP et UPI connaissent des difficultés majeures. En France, la question de la vocation mondiale de l'Agence France-Presse est posée. Aux États-Unis, la question posée est différente : y a-t-il de la place pour deux agences mondiales d'origine américaine, AP et UPI? Par ailleurs, peut-on encore considérer Reuters comme une agence de presse quant on sait que ce groupe tire 93 % de ses revenus de ses services d'informations économiques et financières en direction des entreprises et des banques? Jean-Louis Missika

(AP) (AFP) (UPI) (Reuters) (Bloomberg) (Dow Jones). Des sigles que l’on voit partout, ceux des plus grandes agences de presse au monde. Pourquoi s’y intéresser? Parce que ce sont elles qui fournissent 90 % de l’information internationale lue tous les matins dans les journaux et sur Internet, entendue à la radio et vue à la télévision. Elles ont de l’influence sur nos perceptions, elles sont au coeur de la politique internationale et c'est à travers elles que s'établissent dans une large mesure les relations internationales.

Chaque déclaration majeure d'un chef d'État ou d'un homme politique important se retrouve sur le fil de presse des agences. Les 900 000 journalistes de la planète s'y alimentent. Les agences sont aussi des intermédiaires et des acteurs qui participent pleinement à la vie politique internationale. "L'information d'agence sert en effet de moyen d'échange entre les pays et entre gouvernements à l'échelle du monde. Une partie de l'information diplomatique est diffusée par les services des agences mondiales ." D'autres décideurs s'y réfèrent constamment, cherchant à savoir ce qui se dit sur eux et sur leur voisin. Tout gouvernement, bureau de premier ministre, consulat, grand ministère ou ambassade est abonné à l'une des quatre agences internationales et est souvent une source d'information pour ces dernières. Le fait qu'une agence ouvre un bureau dans un pays constitue toujours un motif de fierté pour le gouvernement en place. D'ailleurs, plusieurs pays demandent aux agences de leur envoyer des correspondants. À l’inverse, la fermeture d'un bureau est souvent considérée comme inadmissible et les États privés d'agence protestent auprès du ministère des Affaires étrangères du pays dont relève l'agence.

Jeremy Tunstall, de la City University de Londres, soutient que les agences sont de véritables acteurs indispensables au bon fonctionnement des affaires internationales :

Les quatre agences de presse occidentales sont ainsi des intermédiaires pour les journaux du monde, pour les agences de presse nationales, les banques, et pour les gouvernements. Les ministères des Relations internationales ont leur propre diplomates et ambassades sur qui se fier. Mais pour les diplomates, les agences internationales fournissent les nouvelles rapidement, et comme fournisseurs uniques d'information rapide ils ont en commun de jouer inévitablement un grand rôle, celui de réviser et dicter l'ordre du jour diplomatique dans le monde. En plus, ces agences ont fait cela depuis plus de cent ans. .

Comme le rappelle un document interne de l'AFP, "la question politique des agences n'est pas nouvelle, mais elle est aujourd'hui plus compliquée que jamais par les querelles idéologiques et les ambitions des impérialismes. Interlocuteur fréquent des pouvoirs politiques et truchement naturel entre eux et les autres médias et l'opinion publique, l'agence de presse engendre fatalement des convoitises ou, au minimum, des tentations d'influences ."

Or, ces agences sont en crise depuis la fin des années 1970 et elles doivent se redéfinir. Le groupe Reuters ne tire plus qu’une infime partie de ses revenus de son service de nouvelles et il se consacre presque exclusivement à la transmission de données financières. Les médias américains, de leur côté, sont arrivés à la conclusion que l’agence UPI était de trop sur le marché. Celle-ci a d'ailleurs été sous la protection de loi sur la faillite en 1992 et n'a pas réussi encore à trouver la formule magique pour se renflouer. Malgré cela, le service de nouvelles des grands journaux nationaux fait une dure concurrence au monopole de l’Associated Press. Enfin, l’Agence France-Presse se demande toujours si elle a véritablement les moyens de demeurer présente sur tous les continents, compte tenu des coûts astronomiques à gérer une agence mondiale .

Nous tenterons, dans cet ouvrage de raconter l'histoire récente des agences de presse et d'expliquer la structure de chacune d'entre elles. La situation financière de ce club sélect sera aussi étudiée, tout comme les facteurs qui expliquent la crise que connaissent les grandes agences depuis 25 ans. Le livre parlera aussi du quasi-démantèlement de l'agence UPI et de l'effet de cette crise sur le système médiatique international En plus de présenter les perspectives d'avenir des agences de presse, l'essai explique le succès l'agence Bloomberg, et celui de CNN, Fox News, BBC et Al Jazira. La question de l'avenir des agences de presse en regard de l'Internet sera aussi débattue, ainsi que celui de l'émergence du groupe financier Thomson versus le déclin de Reuters.

Il est toujours surprenant de voir à quel point les agences travaillent dans l'ombre. Ce sont des organisations méconnues du public. Pourtant, ces entreprises forment un club fermé qui confère à chacune d'entre elles une puissance politique exceptionnelle. Le présent ouvrage jette un peu de lumière sur les problèmes qu'elles ont dû affronter depuis 1980.

Chapitre I

Les causes de la crise

En 1980, la chaîne de nouvelles Cable News Network (CNN) arrive sur le marché de l'information internationale. C'est aussi une année décisive dans le débat politique sur le Nouvel Ordre de l'Information et de la Communication (NOMIC) qui fait rage à l'UNESCO. Le NOMIC a donné lieu à de grands débats politiques dans les années 1970 et 1980, et ceux-ci ont principalement porté sur une perception partagée par les pays en voie de développement : les agences AP, AFP, UPI et Reuters possédaient le monopole de l'information, déformaient la réalité des pays du tiers monde et étaient dirigées par des intérêts capitalistes et colonialistes. Dans les années 1980, l’UNESCO se donne des objectifs plus modestes et appaise ses critiques ses agences internationales.

De la crise

Cette crise des agences a amené des changements majeurs dans l'environnement grandes agences de presse internationales, soit AP, AFP, UPI et Reuters. Du côté des agences de presse financières, on parle de Bloomberg, Reuters et Dow Jones. La plupart de ces entreprises, au départ des agences de presse traditionnelles, sont rapidement devenues en agences d’information de dimension internationale. Leur nature et leur rôle ont été profondément transformés depuis 1980. Les changements en question ne sont pas survenus brusquement. Le processus de transformation a commencé quelque part au début des années 1980. Cette crise a été provoquée par des perturbations au sein des agences, dans le système international des médias et dans l'environnement géopolitique et économique du monde.

L'idée d'une "crise des agences de presse" n'est pas nouvelle. Utilisée depuis le début des années 1980, l'expression se réfère entre autres à deux manifestations fort importantes. D'une part, le débat sur le NOMIC, tenu à l'UNESCO dans les années 1970 et 1980, où les pays du Sud accusaient Associated Press, United Press International, Reuters et Agence France-Presse de déformer l'information circulant entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement. D'autre part, cette crise est liée aux graves déséquilibres budgétaires qu'ont connus les agences à la suite de la transformation rapide des forces du marché international de l'information. Selon Catherine Conso, "cette crise d'identité (le NOMIC) a précédé une crise financière particulièrement grave pour deux agences (UPI et AFP), qui a ravivé bon nombre de questions sur le rôle des agences de presse, leur devenir et la transformation de leurs activités ."

Voyons maintenant les divers aspects de cet état de crise. D'abord et avant tout, celui-ci s'explique par les conditions de gestion interne des agences aux prises avec des problèmes financiers. Liée au développement technologique et aux perturbations économiques et géopolitiques, la crise est surtout une crise d'influence. Les agences sont moins influentes qu'elles ne l’étaient avant 1980. D'avantage à la remorque des chaînes de nouvelles continues telles que CNN, Al Jazira, Fox News et BBC World, elles voient leur rôle diminuer. "Le village CNN" se profile-t-il à l'horizon?

AP, AFP, UPI et Reuters vivent depuis le début des années 1980 dans un état de transition. En fait, ces entreprises ont toutes eu des difficultés de rentabilité dans leurs activités de fournisseurs d’informations générales aux médias de masse traditionnels. Bon gré mal gré, elles ont dû se diversifier pour sortir de l'impasse. Afin de prospérer, elles ont été obligées d'offrir des services d’information à d'autres clients que les médias et de mettre sur pied des services spécialisés pour les clients traditionnels (journaux, radios, télés). Une rupture a eu lieu : de généralistes qu’elles étaient dans le passé, elles ont été amenées progressivement, par la force des choses, à se spécialiser. Reuters, par exemple, a choisi la diffusion de données financières et UPI focalise sur l'Internet.

Amorcée quelques années après le choc pétrolier de 1973, la crise a ébranlé les agences de presse internationales. UPI a présenté son bilan de faillite en 1985; AFP a été tout près de s'effondrer après une douloureuse restructuration interne en 1986; AP perdit de son influence à l'extérieur des États-Unis suite à son repli sur le marché américain et enfin, l'agence de presse Reuters fournissait en 2004 moins de 5% du chiffre d'affaires de la compagnie-mère, Reuters Group.

Cette crise est fort complexe. Il existe plusieurs niveaux d'explication, à l'interne comme à l'externe et il faut bien tenir compte de la structure, du statut, de la gestion et de l'histoire de chacune des entreprises.

La remise en question des agences résulte de plusieurs causes :

- Des problèmes financiers majeurs ont mis un frein à
l'expansion dans le monde des agences. Leur situation
financière s'est détériorée depuis 25 ans.

- Les agences ont longtemps dépendu des nouvelles générales
et se sont orientées plus ou moins rapidement vers la
diffusion d’informations au sens large, réagissant à la
concurrence et à l'évolution du marché.

- Le coût de collecte et de transmission des nouvelles
augmente plus rapidement que les revenus. Les médias abonnés ne sont pas prêts à payer des tarifs plus élevés;

- Les clients ont commencé à exiger un service de
plus en plus rapide et sur mesure. Les investissements
en matériel et en personnel qualifié représentent
une somme colossale;

- Les agences, à l’exception de Reuters, ont plus ou moins
pressenti dans les années 1960 et 1970 les grands changements à venir du marché des nouvelles internationales. Elles ont tardé à s'adapter;

- Pour cette raison, leur marché est en faible croissance sur le plan commercial;

- Pendant longtemps, les quatre grandes agences ont été
presque les seules sur le marché et ont vécu dans un équilibre
où toutes trouvaient leur place. Mais depuis 1980,
les grandes comme les petites sont entrées dans une phase de
concurrence féroce .

Les difficultés des agences ont aussi été provoquées par des facteurs d’ordre plus général :

- L'essor de l'audiovisuel en tant que source d'information
internationale (le phénomène CNN, BBC World, Fox News, Al Jazira);

- La concurrence des agences de presse régionales EFE (Espagne),
ANSA (Italie), Interfax (Russie), Chine Nouvelle (Chine) et DPA (Allemagne) dans des marchés traditionnellement contrôlés par AP, AFP, UPI et Reuters;

- Le développement de services de nouvelles à coûts modiques
(New York Times News Service, The Washington Post Service, The Los Angeles Times Service, The Guardian, The Observer, The Economist, etc.) qui s'approprient des parts du marché, particulièrement aux États-Unis et au Canada;

- Le désordre général du système médiatique international;

- Les progrès technologiques extrêment rapides: Internet;

- La nouvelle donne géopolitique : les agences américaines AP et Bloomberg dominent tout comme les Etats-Unis sur le plan mondial alors que Reuters et l'AFP se replient à la suite d'une perte par l'Union européenne de son hégémonie économique;

- La globalisation économique a obligé les médias traditionnels
à obtenir plus rapidement les nouvelles.

Qu'est ce qu'une agence de presse internationale?

L'agence de presse est née en France au début du XIXe siècle, à l'époque de l'avènement de la société industrielle dans ce pays. Dès le début, les élites économiques et politiques sentent le besoin d'être informées rapidement sur les événements importants.

Dans le classique The International News Services,, Jonathan Fenby, le spécialiste américain des médias et ancien journaliste de Reuters, affirme que "les quatre agences de presse existent pour servir des marchés. Leurs opérations internationales se déroulent sur une base commerciale bien que, paradoxalement, elles fonctionnent souvent de façon non calculée pour maximiser les profits. Leur raison d'être est de rapporter et de vendre leurs nouvelles partout où elles peuvent . ” Les abonnés sont répartis dans des marchés aussi divers que ceux de l'Afrique, l'Asie, l'Amérique ou l'Europe, toute considération politique étant mise à part.

Certains auteurs, comme le Français Jean-Louis Missika, ainsi que de nombreux observateurs du monde des communications se demandent cependant si le concept même d'agence de presse n'est pas dépassé. Puisque les agences vendent maintenant leurs services (nouvelles, données financières, photos, vidéos, feed XML sur Internet) à tous venants (sites Web, consommateurs, entreprises, universités, industries spécialisées, marchés boursiers, radio, télé, presse, gouvernements, ambassades, etc.), les agences de presse se sont devenues des grossistes, comme les marchés d'alimentation.

Il est intéressant de noter que l'agence de presse n'a jamais été définie en droit international. Ainsi, le terme agence de presse est relatif assez vague. Bien que défini sommairement en droit français, la plus précise définition est fournie par l'UNESCO dans un document publié en 1953 sous le titre Les agences télégraphiques d'information :

Une agence d'information est une entreprise qui a prin¬cipalement pour objet, quelle que soit sa forme juridique, de rechercher des nouvelles et d'une façon générale des documents d'actualité ayant exclusivement pour objet l'expression ou la représentation des faits et de les distribuer à un ensemble d'entreprises d'information, exceptionnellement, à des particuliers en vue de leur assurer, contre paiement d'une redevance, et des conditions conformes aux lois et usages du commerce, un service d'information aussi complet et impartial que possible .

Le rôle des agences de presse est donc de collecter et de traiter des informations, sous forme de textes, d'images télé, de graphiques et de sons pour le compte des médias, des sites Web d'information, des entreprises, des administrations publiques et de toutes catégories d'organismes et d'associations. Elles agissent comme grossistes par rapport aux médias, ceux-ci n'ayant pas les moyens d'envoyer des correspondants dans les coins les plus reculés de la planète. "Le résultat est que les agences sont mal équipées pour couvrir en profondeur le monde entier ." Un bel exemple cocasse de cela est l'histoire du célèbre reporter américain Peter Arnett, un ex de CNN, qui a été à une certaine période au Laos dans les années 1970 le correspondant à la fois de AP, UPI, Reuters et AFP! Or, afin de ne pas se faire prendre par ses quatre employeurs, il rédigait des textes différents à partir du bureau télégraphique local, ajoutant un détail pour l'un et la rapidité pour l'autre. La légende urbaine veut aussi qu'un autre reporter d'agence aurait usé de ce petit jeu à Katmandou au Népal dans les années 1980, comme il était seul en ville à un moment.

Selon le chercheur français Philippe Baudelot, il faut faire une distinction entre agences de presse internationales et agences de presse mondiales. Les agences de presse internationales sont, selon lui, des "agences nationales qui ont étendu leurs services à l'international en disposant de correspondants permanents ou d'envoyés spéciaux dans les points les plus importants du monde et en complétant leurs services par l'achat d'informations aux agences mondiales. Leur clientèle est le plus souvent nationale mais également internationale ."

Il établit donc une autre catégorie, celle de l'agence de presse mondiale :

Les agences de presse mondiales sont quatre : AFP, AP, UPI et Reuters (cinq si on compte comme certains, l'agence TASS comme agence de presse à part entière) auxquelles on peut ajouter trois agences TV, Visnews (filiale de Reuters, aujourd'hui: Reuters TV), Worldwide Television News (WTN, ex filiale d'UPI, aujourd'hui filiale d'AP) et CBS News. Elles sont toutes régies par un statut proche d'une coopérative. Elles disposent d'un réseau de correspondants dans le monde entier, leur clientèle est internationale et elles fournissent des services en plusieurs langues. Comme on l'a vu, ces agences ont pris de plein fouet la crise des quinze dernières années. Toutefois, ce sont elles qui manifestent les plus grandes capacités d'évolution, soit pour l'usage de nouvelles technologies de transmission, soit par la création de nouveaux services qui les font parfois ressembler à des pools d'agences spécialisées .

Le présent ouvrage traite presque uniquement des agences AP, AFP, UPI, Reuters, Bloomberg et Dow Jones. Deutsche Press Agentur (DPA, Allemagne) EFE (Espagne), Agenzia Nationale Stampa Associata (ANSA, Italie) sont des agences nationales ayant à l'étranger un réseau de correspondants et quelques centaines d'abonnés. Leur étendue est trop limitée et elles ne diffusent pas sur tous les continents. De plus, d'autres agences de presse internationales sont contrôlées par l'État et donc plus politisées (ITAR-TASS, Agence Chine-Nouvelle). Elles ne satisfont donc pas à nos critères et leur diffusion est limitée. L'ex-agence soviétique TASS par exemple, qui s'appelle ITAR-TASS depuis janvier 1992, a pour objectif d'être "l'agence centrale d'information de la Fédération de Russie. ." Elle n'est donc pas apolitique et elle diffuse presque uniquement en Russie et dans les ex-républiques soviétiques. Certains observateurs, comme Mark Alleyne de l'Université de Chicago affirment cependant que ITAR-TASS doit aujourd'hui être considéré comme une agence de presse mondiale au même titre que Reuters, AFP, AP et UPI. Et que dire de l'agence Chine Nouvelle? Deviendra-t-elle un jour une agence mondiale?

Eloge de lenteur. Chose sûre, le sujet peut sembler drabe, mais les agences ont toujours su apporter leur lot de faits cocasses. N'est-ce pas l'AFP qui a annoncé dans une dépêche laconique la mort du président yougoslave Titi, se rétractant ensuite pour "Toto est mort". La troisième dépêche était la bonne: "Tito est mort". Reuters n'a-t-elle pas renommé le leader chinois Xian Jemin, "Jiango Ximen", en raison de la mauvaise utilisation d'un correcteur linguistique intégré? D'autres exemples: UPI a annoncé la fin de la Deuxième Guerre Mondiale deux jours trop tôt, alors que AP écrivait "La reine Elizabeth accouche d'un lardon". Il aurait fallu lire: La reine accouche d'un garçon.

Chapitre II

Les agences avant 1980

Les années glorieuses (1945-1975)

Les agences de presse AP, AFP, UPI et Reuters diffusaient à elles quatre 80 % de l'information internationale entre 1945 et 1980, selon les chiffres de l'UNESCO. Ce quasi-monopole de l'information mondiale a été maintes fois dénoncé par l'ONU et les pays en voie de développement, qui ont mis les agences au banc des accusés, les considérant comme les leaders incontestés en matière de diffusion des nouvelles internationales.

Jusqu'en 1934, les agences AP, Reuters, Wolff (allemande, aujourd'hui disparue), Havas (aujourd'hui AFP) se partageaient chacune la planète en zone d'influence. On parlait alors du cartel des agences de presse. Fondées au milieu du XIXe siècle, durant la Révolution industrielle, les agences Reuters, Havas et Wolff avaient signé en 1859 un pacte qui délimitait les territoires de chacune des agences.

- la britannique Reuters desservait les colonies ainsi que l'Égypte,
la Turquie, la Chine et le Japon;

- la Française Havas couvrait l'Amérique latine,
l'Empire français, la Suisse, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la
Belgique;

- l'Allemande Wolff diffusait dans le Reich, en Scandinavie, dans
les pays slaves (y compris la Russie), en Hollande et en
Autriche-Hongrie ;

- Associated Press s'est jointe au cartel en 1875 et elle
desservait uniquement le marché américain.

United Press (UP), fondée en 1907, est venue changer les règles du jeu aux Etats-Unis. Désireuse de conquérir des marchés et de devenir une puissance mondiale dans le domaine, UP a commencé dès 1917 à ouvrir des bureaux à l'étranger afin de concurrencer AP aux États-Unis et de gagner de nouveaux clients en Amérique latine et en Europe. Le désir d'United Press et d'Associated Press de décloisonner le système international des communications, a entraîné la rupture du pacte. En 1934 le pacte est rompu et les quatre agences ont pu dès lors se disputer la clientèle dans n'importe quelle partie du monde. C'était la fin du monopole européen des agences. L'ordre colonial étais désormais chose du passé.

Philippe Baudelot, résume bien la situation qui régnait à cette époque :

Jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, même en relative concurrence, les quatre agences entretinrent des rapports assez étroits et ne cherchaient pas à se battre. Ces grandes agences jouirent d'un quasi monopole qui répondait grosso modo à l'ensemble des besoins de leur clientèle, au partage économique du monde et aux types de relations internationales alors en vigueur. Elles traitaient quasiment toute l'information nécessaire pour une presse relativement florissante en l'absence de télévision ."

La Seconde Guerre mondiale n'a fait qu'accroître la concurrence, et, dès la fin des hostilités, Havas a cessé d'être un instrument de propagande militaire du gouvernement pour devenir l'Agence France-Presse en 1944. Au lendemain de la guerre, l'Associated Press conservait son statut de coopérative de journaux américains et Reuters demeurait une coopérative contrôlée par les quotidiens d'Angleterre et les agences de presse nationales de Nouvelle-Zélande et d'Australie. United Press a poursuivi sa lancée et s'est associé à International News Service en 1958 pour devenir United Press International (UPI).

Les observateurs considèrent que de 1945 jusqu'à la fin des années 1970, le système de circulation de l'information internationale a été assez stable malgré l'arrivée de la télévision en 1952 et l'avènement au début des années 1960 de nouvelles technologies, dans le domaine des télécommunications et de l’informatique. Le système d'information internationale était donc encore monopolisé par l'Occidental à la fin des années 1970 (AP, AFP, UPI, Reuters). Cependant, les agences américaines AP et UPI dominaient. Avant la Seconde Guerre mondiale, c'était avant tout d'un monopole européen (Reuters, Havas, Wolff) d'ordre colonial.

Pendant la période 1945-1975, les agences de presse connaissent une grande effervescence. Au cours de ces trente années, les agences de photos, les agences de films et les stations de télévision prennent tranquillement leur place :

De la même manière que la fin de la Seconde Guerre Mondiale marque un nouveau type de relations internationales sur les plans politiques et économiques, elle marque le début d'une nouvelle ère pour les agences de presse. Ainsi, la domination actuelle du monde par quatre agences, deux américaines, une britannique et une française, excluant l'Allemagne et le Japon du marché, correspond bien aux partages politiques que l'on pouvait s'attendre de la victoire des alliés. Les agences de presse nationales se multiplièrent, la presse quotidienne explosa à côté des agences de presse mondiales qui conservaient plus que jamais leur vitalité : AFP, Reuters, AP et UPI. Les agences photos et les agences films (puis télévisions liées en général assez étroitement à des chaînes) se placèrent dès le départ sur une ligne médiane pour partir en raison du manque de rapidité de transmission des images jusqu'à l'arrivée de la vidéo et des satellites de télécommunications à la fin des années soixante. Pendant, les "trente années glorieuses" de l'expansion d'après guerre (1945-1975), les agences de presse ont pu se développer régulièrement et sans à-coups .

Les chiffres témoignent d'ailleurs du dynamisme des agences et de leur situation de quasi-monopole. En 1978, si l'on se fie aux chiffres de l'UNESCO dans Le monde des agences de presse, le portrait est le suivant :

TABLEAU 1: LES AGENCES DE PRESSE A LA FIN DES ANNÉES 1970
Nom de l'agence Mots par jour Nombre Nombre
d'employés d'abonnés

ASSOCIATED PRESS 17 000 000 2 600 5 720
REUTERS 1 500 000 3 600 5 000
AFP 3 350 000 1 990 1 729
UNITED PRESS INTERNATIONAL 11 000 000 1 825 9 300
DEUTSCHE PRESS AGENTUR 115 000 800 n.d.
ANSA 300 000 570 1 600
EFE 500 000 545 1 730
NYTNS 100 000 n.d. 500
TASS 100 000 560 13 525
TANJUG 100 000 895 n.d.
INTER PRESS SERVICE 100 000 390 420
KYODO NEWS SERVICE 100 000 1900 215

On s'aperçoit immédiatement que les quatre grandes agences n'ont pas vraiment de véritables concurrents à la fin des années 1970. Même une agence “internationale” comme TASS ne réussit pas à diffuser plus de 100 000 mots par jour.

Les agences au banc des accusés

AP, AFP, UPI et Reuters sont sur la sellete lors du débat politique à propos du Nouvel Ordre Mondial de l'Information et de la Communication qui fait rage à l'UNESCO de la fin des années 1960 jusqu'à la fin des années 1980. Ce débat, auquel participaient les dirigeants des quatre agences, portait en partie sur le fait que ces quatre agences extrêmement puissantes avaient contribué à déséquilibrer l'échange d'information entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement. Au dire de Henri Pigeat, président de l'AFP de 1979 à 1986, "le débat est ainsi très vite devenu une attaque en règle contre les agences mondiales, accusées tout à la fois d'empêcher le développement des agences locales et de nuire aux pays en voie de développement ."

Ce débat politique, il est important de le mentionner, a des origines assez lointaines. Lors de sa création en novembre 1946, l'ONU a défini le principe de la libre circulation de l'information dans l’article 19 de la Déclaration universelle des droits : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit."

Dès 1953, des voix s’élèvent à l'UNESCO contre la circulation à sens unique de l'information du Nord au Sud et conséquemment contre la mainmise des agences, qu'on appelait communément les "quatre soeurs", terme d'ailleurs utilisé jusqu'à récemment pour désigner les quatre grandes agences de presse internationales.

Dans les années 1960 plusieurs pays accèdent correspondent à l'indépendance, surtout en Afrique et en Asie et demandent l'admission à l'ONU afin de trouver un forum pour faire connaître leur désir politique de s'affranchir des modes de pensée occidentaux. C'était aussi l'époque de la hausse de la tension dans la guerre froide et de l'apparition du mouvement des pays non alignés. Trois conceptions qui se sont alors affrontées sur le rôle de la presse :

- la liberté de la presse;
- la presse au service de l'État (conception socialiste);
- la presse au service du développement.

C'est à réunion de l'UNESCO à Montréal en 1969 que le terme Nouvel Ordre Mondial de l'Information et de la Communication est apparu. Lors de cette réunion, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine réclamèrent l'instauration d'un nouvel ordre parce que l’information circulait à sens unique du Nord vers le Sud et que trois menaces pesaient sur eux :

- la puissance des agences de presse AP, AFP, Reuters et UPI;
- les séries télévisées américaines;
- les satellites de télédiffusion.

Au cours des débats du NOMIC, la question du rôle des agences de presse a donc l'élément important mais non pas central.

À Nairobi en 1976, on a demandé au directeur de l'UNESCO de préparer un rapport qui devait servir à "renforcer les médias du tiers monde, à contrebalancer dans ces pays l'action des médias occidentaux et à proposer des moyens pour parvenir à un meilleur équilibre et à une meilleure réciprocité de l'information ." Le mandat est confié à Sean MacBride, ancien ministre irlandais et prix Nobel de la paix. L'UNESCO s'est attachée à faire adopter une déclaration sur les moyens de communication de masse (votée en 1978) qui impliquait (selon l’avis des médias américains) le contrôle de médias par les États des pays en voie de développement. Soucieux de faire prévaloir la logique de la Guerre Froide, les Occidentaux s'y sont opposés. La déclaration finale reconnaisait plutôt qu'il y avait un besoin pour une diffusion plus équilibrée de l'information. Mais l'élément moteur a été le dépôt en 1980 du rapport MacBride sur l'état de la communication dans le monde moderne qui concluait que l'inégalité des échanges en matière d'information était le fait des quatre agences de presse occidentales AP, AFP, UPI et Reuters. Ce rapport fort volumineux concluait “qu’au niveau international, l’information circule presque exclusivement des grands pays qui détiennent les moyens techniques vers ceux qui en sont privés ." Il se prononçait donc en faveur d'un meilleur équilibre des échanges de nouvelles entre le Nord et le Sud et permettait aux États de définir ce que devait être une couverture “responsable” et “équilibrée” des événements. “ Les agences de presse y sont mises en accusation. Les auteurs du rapport MacBride ont recherché un consensus, mais le document comprend nombre de réserves qui contredisent souvent ses affirmations ."Ce rapport, entériné par l'URSS, déplut aux Américains, qui affirmaient qu'il énonçait la position officielle de l'UNESCO.

L'UNESCO soutenait que les agences créaient un déséquilibre quantitatif et qualitatif de l'information. La majorité (65 %) des nouvelles traitaient des pays industrialisés en raison de l'existence du système de marché basé sur l'offre et la demande. Par exemple, 75 % du marché d'Associated Press en 1980 se situait aux États-Unis. Les agences cherchaient donc à satisfaire les clients, à savoir les journaux, lesquels étaient répartis inégalement dans le monde :

TABLEAU 2 : RÉPARTITION DES JOURNAUX DANS LE MONDE
CONTINENT POPULATION POURCENTAGE DES QUOTIDIENS

AFRIQUE : 863 millions 1 %
OCÉANIE : 32 millions 2 %
AM. LATINE : 528 millions 8 %
AM. DU NORD : 322 millions 14 %
ASIE : 3,83 milliards 24 %
EUROPE : 727 millions 51%

Source: ONU, 2004

Pour les agences, le marché du tiers monde n'est donc pas important sur le plan quantitatif . L'UNESCO parlait par ailleurs d'un déséquilibre qualitatif parce que les nouvelles des quatre grandes agences présentaient une image négative du tiers monde, insistant trop sur les coups d'État et pas assez sur les transformations en cours dans ces pays. Les critiques du tiers monde furent bien résumées par l’ancien ministre tunisien de l'Information et ambassadeur à l’UNESCO, Mustapha Masmoudi :

Le flot vertical d'information globale est contrôlé par les agences occidentales transnationales AP, UPI, Reuters, Agence France-Presse et TASS. Environ 80 % des nouvelles mondiales émanent de ces agences. Elles monopolisent entre elles l'essentiel des nouvelles mondiales. Cela forme une sorte de colonialisme politique, économique et culturelle, qui est réflété dans l'interprétation souvent tendancieuse des nouvelles sur les pays en développement .

Les agences de presse occidentales sont encore fort puissantes et influentes à la fin des années 1970. Même des spécialistes américains de la question s'accordent sur ce point avec Masmoudi :

Les quatre agences de presse transnationales dominates et les deux agences d'images, Visnews et Worldwide Television News (WTN), sont immensément puissantes et influentes, et cela va bien au delà de leurs budgets d'exploitation. Ces agences sont influentes non seulement par la transmission de nouvelles autour du globe mais aussi, plus subtilement, par l'encadrement des valeurs et des styles journalistiques. L'information sur une bonne partie du Tiers Monde est basée sur des perceptions occidentales, des valeurs et des pratiques, surtout en ce qui concerne le style d'écriture des agences .

Dans Contra-Flow in Global News : International and Regional News Exchange Mechanisms, Oliver Boyd-Barrett de Ponoma University à Los Angeles et Daya Kishan Thussu montrent que les agences de presse en particulier et l'information sont perçues comme d'importants instruments de domination des temps modernes. Ils font observer par ailleurs que la thèse des pays du Sud concernant l’impérialisme des quatre soeurs est encore aujourd'hui fort contestée : "Cette thèse sur la théorie de l'impérialisme des médias est cependant fortement contestée par les agences transnationales. La preuve empirique n'appuie pas du tout la thèse de l'impérialisme médiatique (des agences). Dans certains cas, le fardeau de la preuve est dans le camp des élites mêmes du Tiers Monde ."

Selon les analystes, le débat sur le Nouvel Ordre Mondial de l'Information aurait été à l'origine de la décision des États-Unis de quitter l'UNESCO. Les attaques du tiers monde contre les États-Unis et les agences AP et UPI ont été prises très au sérieux par Washington. L'administration américaine a quitté l'UNESCO en décembre 1984, alors qu'elle contribuait à 25 % du budget de 535 millions de dollars US de l'organisme. Les Etats-Unis ne sont revenus qu'en 2003. La Grande-Bretagne a quitté pour les mêmes raisons en décembre 1985 laissant un manque à gagner de 5 % dans le budget de l'UNESCO (mais a réintégré l'organisation en 1997). Comme tous les autres pays industrialisés, ces deux pays ont souvent accusé l'UNESCO et son directeur général, Amadou Mahtar M'Bow, d'être anti-américains et anti-occidentaux.

Avec le départ des États-Unis, les compressions budgétaires de l'UNESCO ont été considérables et la stabilité de l'organisme s'en est trouvé menacée. Puis, le débat du NOMIC s'est transformé en un débat essentiellement technique sans grande portée à l’arrivée de Frederico Mayor à la tête de l’UNESCO (1989-1999). À tel point que l'UNESCO a enterré la charte originale du Nouvel Ordre Mondial de l'Information le 10 novembre 1989, malgré l'opposition vigoureuse de certains pays du tiers monde. "Le nouveau texte maintient l'exigence d'une charte initiale en faveur d'une information équilibrée sans aucun obstacle à la liberté d'expression. Les pays du tiers-monde, majoritaires au sein de l'UNESCO, voulaient promouvoir avec la charte originale un rééquilibrage des moyens d'informations à leur profit ." Ainsi le débat politique et idéologique entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest, le socialisme et le capitalisme prenait fin.

En résumé, la crise des agences de presse internationales a commencé avec le débat intense autour du Nouvel Ordre Mondial de l'Information et de la Communication. Ce débat, qui a connu son apogée à la fin des années 1970 et au début des années 1980, a ébranlé fortement les fondations des agences, remis en cause leur crédibilité et les a amenées à se tenir sur la défensive. En effet, les défenseurs du NOMIC en sont venus à demander le boycottage des quatre agences de presse internationales afin de décoloniser l'information. Pour Michael Palmer, enseignant à l'Université de Paris-III, "le Nouvel Ordre de l'Information représentait véritablement un danger pour les agences ."

Chapitre III

Associated Press

"Il y a uniquement deux forces qui peuvent éclairer tous les coins du globe : le soleil et l'Associated Press." Mark Twain

Bref historique

Fondée en 1848, Associated Press est une agence de presse issue de l'union de six journaux de New York qui voulaient réduire leurs frais de production et obtenir des nouvelles en provenance de Washington et de l'Europe. À l'origine, l'agence desservait uniquement le marché des États-Unis. C'était l'époque de "la télégraphie sans fil, qui mit fin aux pigeons voyageurs et les news boats" . En 1849, AP ouvrit son premier bureau étranger à Halifax, le principal port d'entrée de l'Amérique du Nord. Les nouvelles arrivaient par bateau et étaient télégraphiées à New York. En 1861, AP est censuré lors de la couverture de la Guerre civile américaine, et ses journalistes ne peuvent signer leurs papiers que sous le titre d'"agent de l'Associated Press". Dès 1871, elle se joignit au cartel des agences de presse européennes (Havas, Reuters, Wolff) et établit son premier fil terrestre destiné uniquement à la transmission de nouvelles. Par ailleurs, en 1899, AP devint la première agence de nouvelles à se servir du système sans fil de Marconi pour envoyer des dépêches lors de l'America's Cup de yacht . Par la suite, les événements se sont succédé avec rapidité, avec l'introduction du téléscripteur en 1914. Le service photo fut inauguré en 1927.

AP commenca à s'intéreser aux marchés étrangers dans les années 20, bien après Havas (AFP) et Reuters. De 1848 à 1934, l'agence a distribué les nouvelles en provenance des États-Unis par le truchement des agences nationales, puisque le cartel l’empêchait de les vendre directement. AP avait alors des rapports étroits avec le gouvernement américain, et dès 1919, le Congrès "soutenait directement les efforts de Kent Cooper, président d'AP, visant à briser le cartel des agences européennes et à étendre les marchés internationaux de l'Associated Press ".

Soutenue financièrement par le gouvernement américain et bénéficiant de tarifs réduits de transmission, AP consolida sa position par rapport à United Press (fondée en 1907) et continua à distribuer les dépêches internationales de Reuters, Havas et Wolff aux États-Unis. Mécontent de voir qu'elle ne pouvait vendre ses nouvelles sur les marchés étrangers alors que les agences du cartel avaient toute liberté pour utiliser ses nouvelles, Associated Press brisa le joug associatif en 1934 et assuma seule désormais la distribution des nouvelles.

Kent Cooper, toujours président de l'AP et habile lobbyiste, se donna pour tâche dans les années 40 d'amener le gouvernement américain et la Société des Nations (l’ONU à partir de 1945) à défendre l'idée de la liberté de la presse et de la circulation mondiale de l'information hors de tout contrôle gouvernemental. Il fit reconnaître ce principe grâce au président Harry Truman en 1945 et aux Nations Unies en 1948. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui consacra le déclin des agences européennes Wolff, Havas et Reuters, AP se lança à la conquête du monde. "Durant l'année 1946, l'Associated Press servait des clients dans vingt pays. En 1948, l'agence ouvrait des bureaux dans quarante-quatre pays ." Aidée financièrement et politiquement par le Congrès américain et la Maison-Blanche, AP profita des circonstances pour élaborer une stratégie commerciale plus dynamique. Pour AP, "le principe du libre échange de l'information sans intervention gouvernementale n'était pas une fin en soi mais le moyen approprié en vue d'attaquer les marchés internationaux ."

Un accord signé avec Dow Jones en avril 1967 lui permit de mettre sur pied un service de nouvelles financières. Cet accord a été renouvelé en 1997 jusqu'en 2004. Le service appelé "Dow Jones Newswires" compte 700 reporters à 250 000 abonnés, dont 150 journaux américains, et concurrence directement celui de Reuters et Bloomberg dans plus de 50 pays. Par ailleurs, à la demande même de Reuters, AP cessa en 1967 de fournir les nouvelles américaines car Reuters lançait son propre service indépendant de nouvelles en Amérique du Nord.

Ainsi, depuis la Seconde Guerre mondiale, AP n'a cessé de consolider son réseau international de correspondants et d'étendre ses tentacules dans le monde. Elle couvre tout: du college football dans les petites villes américaines aux coups d'Etat en Afrique.

AP est aujourd’hui une agence de presse mondiale détenant un statut de coopérative. Les médias américains (journaux, stations de radio et de télévision) en sont les propriétaires. AP fait payer à ses membres uniquement pour les dépenses la collecte et la distribution des informations. Cette société est entièrement privée. Ses frais d'exploitation sont amortis à 80-90 % sur le marché américain, et les services sont offerts à des coûts plus modiques dans le reste du monde. Les journaux américains paient en fonction de leur tirage, ce qui fait qu'un grand quotidien d'une ville importante aux Etats-Unis paie environ 1 million $ US par année pour être abonné à AP. Au Canada par ailleurs, les quotidiens, sites Web, radios et télévisions reçoivent les nouvelles d'AP par l'intermédiaire de l'agence Presse Canadienne (PC) et The Canadian Press (CP).

En 2008, Associated Press comptait plus de 15 000 abonnés dans le monde entier, dont environ 1550 quotidiens américains et près de 5000 stations de radio et de télévision aux États-Unis. On peut compter aussi 150 hebdomadaires et journaux étudiants américains. Seuls 32 quotidiens américains ne sont pas abonnés à AP. L'agence sert près de 8500 abonnés à l'extérieur des États-Unis. AP compte aujourd'hui 4100 employés à temps plein dont 2600 aux États-Unis et donne du travail à plusieurs milliers de pigistes. 3000 de ces employés sont journalistes. L'agence est dirigée depuis 2003 par Tom Curley, membre fondateur et ex-éditeur du quotidien à succès USA Today depuis 1991. Louis Boccardi, un vétéran journaliste, le précédait à la direction d'AP depuis 1985.

AP possède au total 242 bureaux: dont 146 bureaux aux États-Unis. Les bureaux étrangers sont répartis dans environ 80 autres pays. Ses dépêches sont diffusées dans 121 pays, par le canal des agences de presse nationales. Le chiffre d'affaires annuel était 559 millions de dollars américains en 2003, et les prévision étaient de 570 millions $ US en 2004. Environ 25% du chiffre d'affaires provient des secteurs non-traditionnels (services commerciaux et Internet). Comme l'agence a un statut de coopérative, elle ne peut pas faire de profit. Les éventuels déficits sont absorbés par les membres de la coopérative. En règle générale, Associated Press fait de légers profits qui sont aussitôt réinvestis dans l'équipement, le développement commercial ou l'ouverture de nouveaux bureaux.

En termes de structure, AP tient une assemblée générale avec ses journaux-membres une fois par année, afin de nommer un conseil d'administration et faire le point sur l'année. Les 22 directeurs de l'agence se réunissent trois fois l'an, et la plupart représentent les grands groupes de presse, mais au moins trois membres doivent provenir de villes de moins de 50 000 habitants.

Gagnant de 47 prix Pulitzer, AP est le coeur du système médiatique américain, avec des bureaux dans tous les états du pays, et dans toutes les législatures des états.

AP offre les services suivants :

- nouvelles générales internationales (AP wire, 1848)
- information économique et financière (AP-Dow Jones, 1967)
- service photo (AP Wide World Photo, 1927, 28 Prix Pullitzer)
- service radio (AP Broadcast, 1974, AP News Ticker)
- service télévisé (APTN, 1994)
- service infographique (AP Graphics, 1990)
- service magazine (AP Magazine, 1990)
- banque de données avec Dow Jones (années 80)
- service de transactions financières avec Dow Jones (1988)
- service de nouvelles sportives (AP Sports)
- service de nouvelles radio (AP Network News, 750 abonnés)
- système informatique pour salles de nouvelles télévisées (AP
News Center, 1993)
- service de nouvelles en ligne (AP Digital, 2004)
- AP adSEND (publicités transmises numériquement aux
quotidiens par le réseau d'AP, 1994)
- AP All News Radio (service de syndication radio, 1995)
-THE WIRE (nouvelles sur Internet pour les sites Web des journaux américains, 1996)
-AP New Media Services ( produits multimédias, 1995)
-StockExpress (résumés boursiers quotidiens)
-AP Photo Archive (accès "en ligne" à 350 000 images)
-AP Financial News (fil de presse financier, 2004)

La croissance des revenus en ligne d'AP, depuis le milieu des années 1990, a permis l'embauche de 50 journalistes aux Etats-Unis. AP possède ainsi un quasi-monopole sur les sites Web d'information aux Etats-Unis. L'agence distribue aussi désormais ses informations par satellite et ses photographes n'utilisent que des caméras numériques.

Bien entendu, l'agence est ouverte jour et nuit. Dans une journée normale, elle reçoit 900 nouvelles à son siège social de New York, diffuse 1000 photos et transmet 20 millions de mots et fournit de l'information à un milliard de lecteurs, téléspectateurs et auditeurs. Les informations sont diffusées en anglais, français, espagnol, allemand, italien et néerlandais. AP pense à l'arabe et au mandarin pour compléter ses services. Le service d'AP aux États-Unis diffère totalement de ce qui est offert ailleurs dans le monde. Le Canada, l'Asie, l'Europe, le Moyen-Orient, l'Afrique, l'Inde et l'Amérique latine bénéficient de services spéciaux . Des services nationaux existent par ailleurs en France, en Suisse et en Allemagne.

Depuis novembre 2003, AP a créé une entité distincte appelée AP International (dirigée par Ian Ritchie), et celle-ci chapeaute les activités internationales de l'agence de presse américaine, en plus de représenter le tiers des revenus de l'agence. AP cherche ainsi à s'affranchir de l'étiquette américaine. AP cherche en fait à régionaliser et décentraliser ses services afin d'être plus globale et moins américaine, tout en concurrençant Reuters, son principal rival.

AP International a comme objectifs de poursuivre la régionalisation de ses activités, renforcer la couverture de l'actualité internationale et multiplier ses ressources technologiques et commerciales (dont plusieurs dizaines de millions de dollars en 2003 et 2004 pour les moyens de distribution de ses services). Avec une stratégie de développement plus agressive que dans le passé, AP veut aussi se rapprocher de ses clients et renforcer les équipes chargées de la vente et du marketing. Un nouveau directeur commercial, Daisy Veerasingham, a par exemple été nommé à l'été 2004 et un de ses buts sera d'adapter le contenu d'AP aux différents marchés dans le monde.

Avec un marché américain de plus en plus saturé, AP se situe dans une perspective de croissance à l'international. Elle compte se tourner davantage vers l'Asie et le Proche-Orient, notamment, et l'Europe également où AP est déjà dans une situation confortable avec la France et l'Allemagne comme principaux marchés. AP tente ainsi de pénétrer le marché des nouveaux médias, en offrant ses nouvelles sur des technologies sans fil ou de téléphonie mobile. Les expériences récentes en Scandinavie, en France et en Grande-Bretagne sont concluantes dans ce domaine.

AP International n'attend pas une augmentation de ses revenus avant 2005. AP a ainsi dépensé pour ouvrir en juin 2004 un "desk" européen à Londres, un desk Asie en 2003 et un desk Amérique latine au début de 2005. Tout le reste de la copie des journalistes est traitée à New York. En 2004 et 2005, AP voudra ainsi assurer que ses services auront été adaptés à ses différentes clientèles régionales afin d'élargir son marché et générer des bénéfices.

Sans vouloir tirer un trait sur l'information américaine, AP veut donner une approche locales à ses dépêches. "Nos dépêches ne doivent pas être écrites à l'américaine, au contraire, pour être facilement utilisables par nos clients étrangers. Le choix des sujets doit être également être pertinent pour chacun des publics", a dit Ian Ritchie en interview au Figaro le 26 juillet 2004.

AP cherche donc des secteurs d'expansion comme l'arabe pour compléter les services d'Associated Press Television News au Proche-Orient, et le mandarin à plus long terme. Au plan photo, AP s'est allié par exemple à l'agence Sipa Press, en France, de 2004 à septembre 2007, et a des alliances avec de multiples agences de presse photo.

Tom Curley, le nouveau dirigeant a aussi exposé en octobre 2003 sa vision de l'avenir: celle de "eAP", ou AP électronique, une agence de presse mondiale distribuant tout son contenu sur une plateforme électronique. Cette initiative sera mise en place d'ici l'été 2006 et viserait à offrir une banque de données commune pour le tout le contenu d'AP, avec unn système électronique d'affectation de reporters, un logiciel pour catégoriser tout le contenu d'AP et faciliter les recherches, des outils multimédia pour les rédacteurs de journaux et de télés, la distribution de nouvelles via Internet, et les services électronique à la clientèle. En un mot, AP cherche à aider ses abonnés dans une ère où la nouvelle est devenue une commodité.

Les causes de la crise chez AP

La crise à Associated Press n'est pas apparue du jour au lendemain. Si étonnant que cela puisse paraître, elle est née dans les glorieuses années 1940, lorsque l'agence américaine décida de prendre de l'expansion internationale. Voici comment se manifeste cette “phase critique” que connaît AP depuis la fin des années 1970 :

a) causes particulières :

- la modification profonde de l'équilibre financier;
- l'augmentation notable des frais de la collecte d'information;
- la réduction des services à l'étranger et le repli nord-américain;
- la divergence d'intérêts entre AP et ses membres
- la structure coopérative d'AP, qui limite son développement et complexifie sa gestion;
- l'agence est prise pour acquise par les journaux américains qui s'y fient

b) causes générales

- les débats du NOMIC qui a remis sans cesse en question
la crédibilité des agences américaines AP et UPI;
- la crise de la presse écrite américaine et du marché de
l'information;
-la concurrence des journaux américains, ses propriétaires, sur Internet;
- la concurrence de services de nouvelles tels que ceux du
New York Times et du Los Angeles Times;
- la désaffection de plus en plus grande des Américains envers à
l'égard de l'information étrangère.
-l'âge d'or des agences de presse est bien révolu

À la suite de son expansion internationale après la Seconde Guerre mondiale, Associated Press a vu grimper les frais reliés à la collecte de l'information internationale. Cependant, la différence entre la hausse des coûts reliés à la collecte des informations internationales et celle liée à la collecte d'information nationale a été minime.

Entre 1943 et 1963, les dépenses consacrées à l'information étrangère ont augmenté de 75 % (en dollars constants), tandis que celles affectées à l'information nationale augmentaient de 68 %. En 1963, l'Associated Press affectait 55 % de ses ressources financières à la collecte des dépêches internationales. Puisque AP devait, dans tous les cas, couvrir les événements mondiaux pour ses clients américains, la satisfaction des besoins de ses clients étrangers n'augmentait que marginalement les dépenses de l'agence .

C'est dans les années 1970 que la crise est véritablement apparue. Les frais sans cesse croissants dans le secteur international, la concurrence tenace de Reuters et d'United Press International sur le marché américain et la dégradation générale de l'économie mondiale entraînée par la crise pétrolière de 1973 ont fortement perturbé le fonctionnement de l'agence. La fin de la guerre du Vietnam a aussi concordé avec un désintérêt notable des Américains vis-à-vis l'actualité internationale.

D'importants services de nouvelles apparaissaient aux États-Unis à partir des années 1970. L'un après l'autre, les principaux journaux américains (NY Times, L.A. Times, Wsshington Post, ect.) commencent à offrir, à des prix compétitifs, leurs nouvelles aux autres médias du pays. Ces nouveaux services de presse, qui veulent entrer en concurrence avec les services de base offerts par AP et UPI, offrent des grands reportages, des textes écrits par leurs correspondants étrangers et reprennent les articles des journaux affiliés. La concurrence s'intensifie graduellement. Plus personnalisés et moins chers, ces "services supplémentaires d'information" deviennent de plus en plus populaires. Ils "ont immanquablement empiété sur les marchés traditionnels d'Associated Press ." Le New York Times News Service (NYTNS), auquel sont abonnés Le Soleil de Québec, The Montreal Gazette, La Presse et The Globe and Mail de Toronto, est passé par exemple de 50 à 500 abonnés dans le monde entre 1960 et 1989, rivalisant ainsi à AP .

Tous ces facteurs représentent un défi pour les activités internationales de cette agence. Et il ne faut pas oublier la concurrence de Bloomberg sur le plan de l'information financière, et l'arrivée de CNN en 1980, qui a fait perdre aux journaux leur rapidité. Il y a aussi le développement des caméras numériques et des ordinateurs portables, qui fait que n'importe qui peut maintenant transmettre une photo rapidement. Or, à l'époque, seuls AP et Reuters pouvaient le faire! La conséquence majeure de cette concurrence grandissante et de l'augmentation incessante des dépenses d'AP a été la rupture, au début des années 1980, d'un équilibre financier déjà fragile. Obligée de faire face à un casse-tête financier et de renouveller sa technologie, l'agence n'a pas eu d'autres choix que de vivre dans la frugalité et fermant des bureaux, majoritairement concentrés en Afrique et au Moyen-Orient.

AP ne gère que six bureaux en Afrique : Alger, Le Caire, Abidjan, Harare, Johannesbourg et Nairobi. L'agence a 148 bureaux en Amérique du Nord, 35 en Europe, 21 en Amérique latine, 15 en Asie et 10 au Moyen-Orient, selon son site Web.

Walter Mears, ancien journaliste et cadre à l’Associated Press, croit qu'un éventuel déclin d'AP est irréaliste même à long terme :

Not that we have not had to temper our goals and sometimes reduce our staff level in times of recession. We have had to cut expenses, but never at the cost of curbing our central, essential services. The kind of decline that has been suggested is unrealistic. For most newspapers, we are a bargain. In hard economic times, we are an even greater bargain. As the editorial engine of an industry, AP will be here, delivering, for a very long time to come .

AP se veut une agence de presse qui a les moyens de vendre ses services à l'étranger, même sur une base plus ou moins rentable. Les compressions budgétaires des médias traditionnels dans le domaine de la couverture internationale, de même qu'Internet, rendent ses services plus nécessaires que jamais. La couverture complète du monde demeure donc une chasse gardée des agences de presse comme AP. Ces agences offrent toujours de l'information impartiale et crédible, malgré la vague de l'infotainment en Amérique, et plus rapide que jamais en raison des progrès informatiques et technologiques.

L'agence AP, demeure cependant dans une situation de précarité budgétaire étant donné que son statut de coopérative ne lui permet pas de réaliser beaucoup développements commerciaux fort coûteux. Ses revenus progressent peu et ses dépenses ne font qu'augmenter. En 1973, AP a investi 2,3 millions de dollars US en équipement alors qu'elle ce niveau atteignit 16,2 millions de dollars US en 1983. Cette même année, elle a augmenté les tarifs des abonnements de 9,5 % . En 1984, elle a connu un déficit, mais, en 1985, elle a réalisé des bénéfices de l'ordre de 5,4 millions de dollars US. En 1986, elle a dû de nouveau investir 13,6 millions de dollars US dans la technologie après avoir encaissé un profit de 10,5 millions de dollars US.

Ces investissements ne sont pas les signes d'une mauvaise santé financière mais en 1987, AP a été forcée de vendre tous ses intérêts (58 millions de dollars US) dans Dow Jones/Telerate, aujoud'hui appelé Dow Jones Markets. Telerate, qui était le service d'information économique électronique de Dow Jones, n'a jamais vraiment été profitable. L’agence fit alors de légers profits sur ses activités courantes, mais ils ne permirent pas de tous les besoins en investissements. En 1991, AP déclara une dette accumulée de 41 millions de dollars US et l'agence a dû emprunter 50 millions $ US en 1994 pour lancer APTN..

Ses revenus ont baissé de nouveau en 1993 (de 3,3 millions de dollars US) et en 1994, ses revenus se sont accrus de 4,5 % de ses revenus (par 16,1 millions de dollars US). Cependant, il importe de noter qu'AP a dû augmenter ses frais d'exploitation de 30,6 millions de dollars US en 1994 à cause du lancement d'AP Television, devenue AP Television News en 1998. Cette augmentation a entraîné une perte sèche de plus de 7,8 millions de dollars US (avant impôts) pour 1994. AP affirme qu'elle obtient un solde positif net à chaque année, et ce, depuis plusieurs années. Elle affirme aussi qu'APTN est rentable et compte 330 abonnés internationaux. N'empêche qu'Associated Press a déclaré un déficit de 12,4 millions de dollars US (après impôts) pour l'année financière 1995.

Selon un rapport du groupe Hoover's publié à l'été 2004 , AP a augmenté ses revenus mondiaux de 348 millions $ US en 1991 à 559 millions $ US en 2003 (et 554 millions $ en 2002). Cependant, il s'agit d'un net recul par rapport à aux années 2000 et 2001, où les revenus respectivement étaient respectivement de 574 millons$ et 575 millions $. Autre fait troublant sur le fragile équilibre budgétaire de l'Associated Press: la croissance des ventes était de 0,9% en 2003 alors que la croissance de l'embauche était de 5,7%. Par ailleurs, la guerre en Irak a coûté plus de 10 millions $ US en 2003 à AP, avec 150 personnes présentes sur place et une trentaine de reporters à Bagdad en 2004. Un des autres problèmes d'AP est qu'elle a promis à ses journaux sociétaires de ne pas augmenter le prix de la cotisation annuelle au-delà du taux d'inflation annuel, tout en dépensant énormément dans sa propre infrastructure Internet. Dans ce domaine AP est aussi en concurrence avec ses journaux-membres aux États-Unis, ce qui met ses intérêts économiques en conflit avec ceux de ses propriétaires.

Par ailleurs, le marché des quotidiens américains s'est stabilisé depuis peu, mais il a décliné considérablement entre 1980 et 1995. En 1980, il y avait 1 750 quotidiens aux États-Unis, 1 688 en 1986 et 1 550 en juillet 2004. AP a donc dû réduire ses investissements et ses services à l'étranger pour compenser les pertes sur son marché intérieur. Mais elle domine pourtant ce marché des quotidiens américains, à hauteur de 98%. La quasi-mort de UPI lui a été salutaire, mais la marge de manoeuvre pour l'expansion n'existe presque plus aux Etats-Unis.

AP a dû réduire des dépenses dans les années 1990 étant donné le coût astronomique que constitue la présence de ses correspondants étrangers. AP dépend de l'industrie de la presse écrite, en déclin constant. L'agence a aussi aboli sa division de journalisme d'enquête en 2000, après avoir gagné un prix Pulitzer pour ses reportages sur les massacres américains à No Gun Ri en Corée dans les années 1950.

Les abonnés de la presse écrite d'AP ont en effet reculé de 45% à 32% entre 1990 et 1999, un chiffre fort significatif. Les revenus radio et télé ont également chuté de 20% à 15% durant la même période , alors que UPI s'effaçait tranquillement du portrait en vendait même son réputé service radio à AP. Pendant ce temps, 900 des 1550 journaux américains possèdent des sites Web, où le contenu de dépêches d'AP dépasse le 50% (contre 10% dans le New York Times ou le Washington Post. En comparaison, Reuters compte plus de 900 portails Internet abonnés à son fil de presse dans le monde, alors que les revenus de son service en ligne représentent plus de la moitié du chiffre d'affaires "médias" de l'agence aux Etats-Unis.

AP a aussi perdu un peu de terrain au Canada anglais mais conquis des parts de marché au Québec. Ainsi, les quotidiens The Globe and Mail, The Gazette et The Toronto Star reçoivent à prix modique et publient des articles de divers journaux et agences : Deutsche Press Agentur (DPA), New York Times, Washington Post , Knight Ridder Newspapers, The Economist, The Guardian, Cox, Scripps, The Observer, Newsday et The Independent. AP, diffusée au Canada anglais par CP, reste tout de même la principale source d'information internationale au Canada, suivie de Reuters, Bloomberg, AFP et Dow Jones.

En France, en Suisse, en Belgique, en Afrique francophone et au Québec, l'AFP demeure l'agence numéro un parce que ses services sont plus complets, qu'ils sont entièrement publiés en français et que les nouvelles sont prêtes pour la publication (AP et Reuters ont cependant un aussi fil français international). Les contraintes budgétaires d'AP ont du reste limité le service français d'AP, et la majorité des textes sur le fil de presse francophone sont des traductions. Une étude portant sur le traitement de l'information internationale au Canada de 1970 à 1990 montre que seulement 11,1 % des nouvelles internationales publiées dans La Presse de Montréal proviennent d'AP. Pour Le Devoir de Montréal, le pourcentage tombe à 2,96 % et , au Soleil de Québec, les dépêches internationales représentent 13,96 % du total. "Les résultats de l'analyse de contenu démontrent que les trois quotidiens francophones utilisent beaucoup l'Agence France-Presse. Les pages de ces quotidiens regorgent de dépêches signées par cette agence " affime l'étude de Mylène Paradis. AP est nettement délaissée entre 1970 et 1990 au profit de Reuters et AFP, en particulier à La Presse et au Devoir. Au quotidien Le Soleil, AP demeure le second choix, après AFP, selon Paradis. Il faut noter que depuis le désabonnement de l'agence nationale Presse Canadienne à l'AFP en 1996 et à Reuters en 2000, des dizaines de médias canadiens n'ont plus l'accès à l'AFP et à Reuters, ce qui aide le cas d'AP tant au Québec que dans le reste du Canada.

Ainsi Associated Press est toujours aussi forte sur la scène internationale qu'il y a quinze ans. Elle concentre maintenant ses efforts sur sa clientèle nord-américaine. Selon Michael Palmer, “cela s'explique par une confrontation des intérêts géopolitiques et financiers de l'agence ." En effet, le marché principal d'AP est aux États-Unis, son principal centre d'intérêt géopolitique. Les frais d'exploitation de l'agence sont amortis sur le marché américain, ce qui permet à AP d'offrir ailleurs ses services à des prix dérisoires (30.000 $ US par an pour un journal de 180.000 exemplaires en France).

Le surcoût de distribution des informations d'Associated Press dans les autres pays peut ainsi être compensé et limité. Les tarifs sont donc souvent sans rapport avec le prix réel du service et même avec celui des transmissions. AP peut de ce fait maintenir en France, comme dans d'autres pays, des services déficitaires, en vertu d'une politique où il est fort difficile de départager l'intérêt commercial de la volonté de rayonnement .

Les intérêts géopolitiques des États-Unis sont en effet sensiblement les mêmes que ceux d'AP et concernent l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie. Les États-Unis ont également des intérêts stratégiques au Moyen-Orient, Amérique latine et en Afrique, mais ils sont plus limités. Il en est de même pour AP, en tant qu’entreprise américaine. AP est puissante partout dans le monde sauf en Afrique. Dans les faits, l'agence montre moins d’intérêt à collecter les nouvelles dans les pays du Sud, surtout ceux d'Afrique. Les frais de collecte des nouvelles dans ces pays y sont généralement plus élevés que les revenus et Associated Press y demeure en activité uniquement parce qu'elle se considère comme un service public. Si l'on tient compte des lois du marché, le coût d'un abonnement à AP pour un média des pays du tiers monde est tout bonnement symbolique.

Pour Thomas Kent, ex-rédacteur en chef du service mondial d'AP au siège social de New York, le problème majeur auquel fait face l'agence, est la concurrence : "La concurrence entre les agences est très dure. On essaie toujours de travailler plus vite que la concurrence et travailler mieux. De temps en temps on réussit, de temps en temps on ne réussit pas. La concurrence travaille très vite aussi. On n'a pas du tout l'impression que le monde dépend de nous. La concurrence est maintenant plus dure ."

Kent affirme que la concurrence existe encore dans la conjoncture. Selon lui, UPI était plus forte il y a 10 ans mais, depuis, un grand nombre d'agences sont apparues: "De notre point de vue, il n'y a pas de monopole. Tous les jours, on ne voit que la concurrence. Il y a maintenant plus d'agences de presse qu'il y en avait ." Le développement de l'agence financière Bloomberg en est l’exemple le plus frappant.

Enfin, un autre facteur explique la crise vécue par AP : la désaffection et l'apathie des Américains en général pour l'information internationale. Ce fait a été fort documenté par l'American Journalism Review et en particulier par Peter Arnett, ex-correspondant de CNN et AP, qui a étudié le phénomène à la fin des années 1990 afin de comparer la couverture internationale de six quotidiens américains.

Sa conclusion est simple: la couverture internationale de la plupart des journaux populaires a atteint un point de non-retour, un point zéro. "Aujourd'hui, un reportage international qui n'implique pas des bombes, des catastrophes naturelles ou un scandale financier, a peu de chance de pénétrer la conscience collective américaine", écrit-il dans State of the American Newspaper: Goodbye World. Il y explique qu'environ 50 journaux américains sur 1550 font un bon travail à l'international.

En fait, pour l'Américain moyen, il n'y a aucune nouvelle internationale de disponible nulle part à moins que ce soit une crise majeure, estime Edward Seaton, propriétaire du Manhattan Mercury au Kansas.

Pour plusieurs analystes de la scène américaine tels que Jean-Luc Renaud de l'Université du Minnesota, la guerre du Vietnam (1955-1975) a nui aux affaires d'Associated Press, car elle a amené le public à se désintéresser des nouvelles de l'étranger : "La débâcle vietnamienne a engendré un climat d'introspection. L'attention du public s'est concentrée sur la scène domestique ." Peter Arnett dira que la guerre du Vietnam a été la dernière grande époque des agences de presse, et en particulier d'AP, donnant l'exemple de la couverture en direct des grandes chaînes américaines de télévision, dont CBS, ABC et NBC. Gregory Gordon et Ronald Cohen, cadres à UPI à la fin des années 1980, rapportent aussi dans UPI : Down to the Wire qu’il était assez fréquent d'entendre les quotidiens et les stations de radio des États-Unis se plaindre du trop grand nombre de nouvelles internationales sur les fils de presse d’AP et d’UPI. Fait étonnant, les propriétaires de journaux affirment régle générale que l'information internationale n'intéresse que 5% de leur auditoire, alors que les vrais chiffres frôlent les 14-15%. Même sur les grandes chaînes américains, le contenu international est passé de 40% à l'époque de Walter Cronkite, à entre 7 et 12% maintenant

Avec la chute du communisme en 1991, l'information internationale a aussi subi un recul. Les chaînes Cox, Gannett, Hearst et Scripps en ont profité pour éliminer ou réduire considérablement leur bureau au Département d'Etat (Cox a aussi fermé son bureau au Japon). Trois journaux, le Detroit News, le St-Louis Post-Dispatch et le Cleveland Plain Dealer ont par exemple lancé la serviette en matière de bureaux à l'étranger. Chez le Indiannapolis Star et le Indiannapolis News, les articles internationaux comptaient pour 3900 pouces en novembre 1997, une baisse de 23 % par rapport au même mois en 1977. Dans l'ensemble des grands journaux américains (Washington Post, New York Times, Chicago Tribune), le professeur de journalisme de la California State University, Michael Emery, a constaté à la fin des années 1980 que le contenu international n'était que de 2,6%. À un moment où le monde est de plus en plus interrelié, ces statistiques sont dures à croire. Pour les grandes chaînes de télévision américaine, ce taux est passé de 40% dans les années 1960 (lors du règne de Walter Cronkite à CBS) à entre 7 et 12% actuellement, selon l'American Journalism Review. Dans les magazines américains, l'information internationale a aussi presque été abandonné, voire reléguée aux oubliettes, sauf pour l'Irak.

Selon Stephen Hess, critiques américain des médias, l'analyse de 20 journaux états-uniens le 28 septembre 1994 a montré que 4,5 articles de presse internationaux avaient été publiés en moyenne pour chaque quotidien. Par ailleurs, il a calcul que seuls 186 correspondants étrangers travaillent pour les 1550 journaux américains (286 si on inclut les reporters financiers du Wall Street Journal...) "C'est le constat décourageant qu'AP doit défier. L'agence propose une superbe couverture internationale, payée par tous les journaux américains, mais qui est presque pas utilisée." C'était avant l'âge de l'Internet, bien entendu. Un des autres défis pour AP est que la diminution de l'utilisation de dépêches internationales par les journaux américains pourrait amener ceux-ci à demander à l'agence de réduire sa couverture internationale. Ceci serait une mauvaise nouvelle pour le public américain, qui se couperait de sa meilleure source d'information internationale.

La thèse de la désaffection des Américains pour les nouvelles internationales est cependant contredite par une étude faite au cours des années 80 par W.A. Hachten. “L’étude démontre que les gens des médias estiment à environ 5 % la portion de leur auditoire intéressée à l’information internationale alors qu’en fait, 41 % se disent intéressés ."

Par ailleurs, les événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont amené le public américain à s'intéresser davantage aux actualités internationales, ce qui aiderait AP dans sa mission.

Un des autres défis auquel est confronté AP aux Etats-Unis est la frustration des grands journaux américains vis-à-vis de son service en ligne. AP vend en effet ses informations à divers sites Web d'information, et non seulement à ses sociétaires: les journaux américains. Les grands quotidiens du pays, comme le Washington Post et la chaîne Knight Ridder, se plaignent qu'AP aident ses concurrents en ligne en offrant ses services, ce qui attire des internautes et des publicitaires hors de leur site de nouvelles. AP affirme ne pas avoir le choix: il lui faut développer un nouveau marché - incluant les sites Web - pour maintenir et améliorer la qualité de sa couverture. En fait, les grands journaux américains sont déçus de la manière dont AP vend ces nouvelles en ligne. Les nouvelles en ligne de AP qui sont diffusés sur les sites Web de 450 de ses journaux-membres (sociétaires) sont en fait des hyperliens HTML et XML qui mènent directement sur le site AP.org. Ce qui frustre les journaux (car ils doivent payer pour ce service en plus).

Or, les nouvelles d'AP sur les sites Web commerciaux demeurent pour leur part sur place, sans lien au site d'AP. Deux poids deux mesures selon Steve Coll, managing editor du Washington Post. "Cette structure semble tordu", a-t-il dit au Wall Street Journal le 31 août 2000. AP a offert de remédier à ce problème en juillet 2000, facilitant la vie aux journaux en leur permettant d'afficher sur leur site les textes d'AP. Internet représente ainsi un défi pour AP et pourrait réduire les avantages concurrentiels de l'agence.

Les petits journaux ne s'en plaignent cependant pas, étant donné que tout contenu disponible sur leur site est bienvenu. Mais la triste réalité est que le contenu de bien des sites Web américains est de plus en plus homogène, comme le même contenu d'AP est répercuté partout. En fait, il n'est pas rare que les 50 plus grands sites Web du pays, dont celui de Fox News, contiennent les mêmes nouvelles et les mêmes manchettes. Le sites Web commerciaux, eux, ne sont pas propriétaire de l'agence et paient en fonction du nombre de visiteurs, de la quantié de services utilisés (comme les photos, les segments de nouvelles spécialisés). Par ailleurs, AP ve vend à ces sites commerciaux que ses nouvelles internationales et ses informations américains. Rien de plus. Les "state wires", qui diffusent de l'information parlementaires et locale de 52 États américains ne sont pas offerts, par exemple. Ce service local d'AP, qui a fait l'acquisition du service de nouvelles parlementaires Capitol Wire en août 2002, est le plus prisé au pays par les journaux. Internet est donc perçu comme un concurrent par les grands médias américains, et l'idée de voir les papiers de AP sur Internet ne leur plaisaient pas au départ comme ils étaient habitués à les considérer comme leurs.

Afin de bien connaître les utilisateurs de son service en ligne, AP a annoncé en mai 2004 qu'il utiliserait un système de mesure et d'analyse d'audience, TACODA. Ce système, qui lui permet de suivre les mouvements et identifier les internautes afin d'attirer les publicités, devrait aider AP à mieux se positionner sur le Web.

Le redressement d'AP

AP mise dorénavant sur le développement de services spécialisés. Le groupe a embauché à la fin des années 1990 des reporters spécialisés en finance, technologie, en sport, arts et spectacles, en santé et en science, afin de mieux répondre aux demandes des journaux-membres et des sites Internet. AP a des avantages comparatifs, car en tant que coopérative de médias, elle peut, dans une large mesure, se protéger financièrement contre les aléas du temps. Du fait qu'elle est un organisme sans but lucratif, AP est relativement indépendante financièrement. Les journaux, radios et télés propriétaires d'AP se réunissent en assemblée générale une fois l'an pour équilibrer un budget de 560 millions de dollars US. Les membres sont prêts à faire des compromis pour assurer la survie de l'agence. Si elle connaît un déficit, AP met en place un plan de rationalisation et un effort financier supplémentaire est demandé aux membres de la coopérative.

Si elle réalise un profit, il est immédiatement réinvesti en immobilisations ou en personnel. Cette entreprise à ramifications mondiales nécessite une gestion commerciale rigoureuse : "Si les rigueurs des lois capitalistes sont théoriquement tempérées par leur statut coopératif, ces entreprises, généralement sans but lucratif, ne peuvent pour autant se détourner durablement des règles de la gestion commerciale. Il est exclu qu'un groupe restreint de journaux-coopératifs puisse supporter les charges colossales d'un réseau mondial de journalistes, de bureaux et de transmissions ."

Afin de concurrencer Bloomberg, Reuters et Dow Jones sur son propre terrain, AP a également lancé en juin 2004 le service AP Financial News, un véritable fil de presse financier. Ce service est offert à tous ses abonnés, et son premier abonné est Yahoo! AP Financial News répond à un besoin criant de l'agence, celui de renforcer sa couverture des résultats trimestriels d'entreprises, les mouvements au sein des entreprises, les décisions de la SEC, le secteur des fusions et acquisitions, celui des développements de nouveaux produits par les entreprises. Le service est dirigé par la journaliste financière Ann Sommerlath et le rédacteur financier Kevin Noblet. Ce développement d'AP est majeur, car il force l'agence àa se spécialiser dans le secteur le plus en croissance pour les agences de presse: celui de l'information financière. Bien que tardive, cette décision montre qu'AP est sensible au changement et consciente du potentiel que représente ce secteur.

L'affaiblissement de son ancien principal concurrent, United Press International, a également avantagé AP au cours des 25 dernières années. Bien qu'UPI ait commencé à connaître de légers problèmes financiers dans les années 1960, ce n'est qu'à partir de la fin des années 1970 que sa situation s'est dégradée. La valse perpétuelle de dirigeants à la tête d'UPI et l'incompétence de ces derniers en matière de management ont amené UPI à déposer son bilan de faillite en 1986. Depuis, UPI vacille et AP profite de l'épuisement d'UPI pour élargir considérablement sa part de marché aux États-Unis et en Amérique latine et pour aller chercher les anciens clients de sa rivale. On peut certes dire que l'agence AP est presque en situation de monopole aux États-Unis, un marché qui lui assure la quasi-totalité de ses revenus. Selon les statistiques les plus récentes, 95 % des quotidiens américains reçoivent le service d'AP en 2004, alors que cette proportion était de 73 % en 1985, de 71 % en 1980 et de 67 % en 1970

En 2004, seuls 32 journaux américains recevaient le fil de presse de UPI, ce qui constitue un véritable revirement de situation en faveur d'Associated Press. Puisque AP a réussi à aller chercher les clients étrangers d'UPI, la possibilité de la voir devenir la première agence du monde n'est pas écartée.

Les efforts de diversification d'AP depuis la fin des années 1960 lui ont permis de se tirer d'affaire malgré la crise. AP a commencé à utiliser l'informatique dès les années 1960 et a débuté l'informatisation de ses salles de nouvelles en 1972. Sa bénéfique association avec Dow Jones News Service en 1967 et le lancement de nouveaux produits (service de photo digitale AP Leaf Picture Desk en 1991, APBroadcast, APTN en 1994, AP Graphics, AP on Line, AP Magazine, banque de données diverses) l'aide à trouver de nouveaux créneaux, lui assurer une certaine stabilité financière et la protéger contre la forte concurrence de Reuters, Bloomberg et d'AFP dans le secteur de la recherche et du développement.

L'appareil photo numérique News Camera 2 000, introduit dans 20 bureaux en 1994, permet à l'agence d'envoyer une photo quelques minutes seulement après un événement. Avec son service AP Basic pour les petits quotidiens, AP envoie dorénavant 9 000 mots à la minute comparativement à 66 seulement en 1993. AP se lance aujourd'hui dans l'ère du marché global de l'information.

Pour Jean-Claude Bouis, cadre d’AP à New York , "on n'a pas eu le choix de commercialiser l'information et d'élargir la clientèle parce qu'on a vu que le marché des journaux, radios, télés a atteint un plafond et il a fallu chercher des revenus ailleurs. On a vu que nos informations ont beaucoup de valeur ." Il énumère, en collaboration avec sa collègue Michelle Sagalyn, cadre responsable du service informatique, divers projets réalisés récemment :

- un service informatique "Home and Business" permettant
à quatre millions d'abonnés connectent par modem leur
ordinateur celui d'AP;

- AP Digital : un menu d'informations internationales rédigé à
New York dans lequel les reportages des 91 bureaux d'AP dans
le monde sont classés par catégories;

- une banque de données sur les nouvelles concernant les
femmes et une autre sur la médecine à l'intention des hôpitaux,
des pharmacies et des centres de recherche médicale;

- Une entente avec l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur qui
a acheté le service "AP on Line" et l'a entré sur Minitel en vue
d'offrir aux Français de l'information continue sur les États-
Unis.

Pour Jean-Claude Bouis, ces nouvelles initiatives "ne détournent pas la mission de l'agence qui est celle d'informer le public. Nos clients principaux sont toujours les radios, télés et journaux ."

Les efforts de diversification d'Associated Press ont même amené Jeremy Tunstall de la City University de Londres à affirmer au début des années 1980 que l'agence était la plus forte pour affronter l'avenir et réagir à l’explosion de la demande d’informations économiques en temps réel :

The Associated Press has achieved the strongest diversification within the news field because AP-Dow Jones puts it internationally into partnership in the strongest traditional form of agency news (financial data) and with financially strong American newspaper (The Wall Street Journal), and gives it a powerful position in providing general financial news in a form suitable for domestic U.S. news media .

Dix ans plus tard, il écrit : the lone American AP is now outgunned by European Reuters and AFP. During the 1980’s Europe took over from the United States as the world leader in news. In the 1990’s, we expect this leadership to be more recognized .

Malgré tout, AP fait face à la musique bien que sa stature internationale ait été affectée depuis 1980. Son statut de coopérative, la chute d'UPI et ses efforts de diversification jouent un rôle de contrebalancier et ainsi les effets de la crise internationale des agences de presse la touchent moins profondément. Cependant, comme ce statut de coopérative l'empêche de réaliser de grands projets au plan financier, l'idée d'un premier appel public à l'épargne (IPO) ou encore l'entrée en Bourse d'une de ses filiales devra un jour être envisagé. L'idée a déjà été discutée par la direction, mais le projet n'est pas avancé. AP ne peut pas actuellement lever de grands montants d'argent en raison de son statut, un peu comme l'AFP. La concentration des grands groupes de presse aux États-Unis consolident aussi la propriété d'AP, ce qui rend les choses plus compliquées. Au fur et à mesure que les grands groupes des presse américains grossissent et deviennent plus diversifiés, des tensions peuvent se développer entre leurs intérêts stratégiques et ceux d'AP. Cela pourrait par exemple amener les grands journaux à créer une autre agence de presse s'ils le voulaient, selon Mark Fritz du Los Angeles Times. N'oublions pas que plus de 25% des revenus d'AP proviennent de clients dits non-traditionnels, et que le pourcentage de revenus provenant des journaux américains est passé de 45% en 1990 à 32% en 2000. Les services radio et télé sont aussi passés de 20% du chiffre d'affaires à 15% durant la même période.

En résumé, AP a été forcée de garder des prix bas et compétitifs pour affronter la concurrence des autres fournisseurs d’informations. L'agence a dû réduire ses dépenses, notamment en Afrique, tout comme ses services en langues étrangères, ce qui a contribué à provoquer un désabonnement de certains journaux étrangers. Selon nous, ce qui a déstabilisé la situation financière d'AP, c'est le fait que ses frais ont augmenté plus vite que les prix de vente. Le grand défi des années 2000 sera de concilier les intérêts conflictuels de ses journaux-membres et de ses clients commerciaux, surtout sur Internet.

Aujourd'hui, en 2008, AP a décidé de mettre l'accent entre autres sur les nouvelles artistiques, en particulier les potins d'Hollywood, en ajoutant 22 reporters à Los Angeles, New York et Londres afin de réponder à la demande insatiable de ses abonnés.

Chapitre IV

L’Agence France-Presse : à la croisée des chemins

Bref historique

L'agence a été fondée en 1835 par Charles-Louis Havas sous le nom de "Havas". C'est la plus vieille agence de presse au monde et la troisième agence mondiale en ce moment, bien loin derrière AP et Reuters. Au début, Havas exerçait deux types d'activités : traductions des journaux étrangers pour les milieux diplomatiques, politiques et journalistiques parisiens, et entretien d'une correspondance relatant les principaux événements en France. En 1838, Havas établit des relations privilégiées avec le gouvernement français en assurant la distribution de la correspondance ministérielle. En 1845, Havas commenca à utiliser le télégraphe qui venait juste d'être installé en France. Ainsi, au début de 1847, Havas détenait s'arrogea le quasi monopole de l'information dans ce pays.

L'agence Havas créa en 1857 une branche publicitaire. De 1857 à 1940, son activité se concentra sur la vente de nouvelles et de publicité. Son statut d'entreprise lui a assuré une certaine prospérité jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. En 1859, Havas participa à la fondation du cartel des agences européennes avec Reuters et Wolff afin de faire face aux coûts très élevés des transmissions par télégraphe et de partager le monde en zones d'influence. À la fin du siècle, le téléphone, le téléscripteur et la radio à ondes courtes révolutionnèrent les habitudes de l'agence. Le câble se rendait de plus en plus loin.

Après la Première Guerre mondiale, le cartel s'est affaibli, puis il s'est défait dans les années 1930. Les agences concurrentes (AP, UPI et TASS) prirent de l'expansion aux dépenss de, et celle-ci connut de multiples problèmes financiers. Heureusement, le Quai d'Orsay était là pour renflouer. L'agence Havas devint l'Office français d'information (OFI) en 1940, puis l'Agence France-Presse (AFP) en août 1944 lors de la libération de Paris. par des journalistes résistants "L'AFP a pris son nom actuel en 1944, après la libération de Paris lorsque des journalistes membres de la Résistance aux Nazis ont abandonné leur fusil pour une machine à écrire ."

De 1835 à 1944, la ligne de conduite d'Havas a été longuement tracée par le gouvernement français. Elle se voulait plus ou moins partisane, selon les événements. Depuis 1945, elle a acquis son indépendance, mais elle a été parfois considérée comme une agence "non fiable pour un bon nombre de journalistes ."

De 1944 à 1957, l'AFP fut un organisme public. En 1957, l'Assemblée nationale vota "Les statuts de l'AFP" qui confirmaient son indépendance par rapport à l'État.

De 1957 à aujourd'hui, l'Agence France-Presse a continué d'élargir ses marchés et de se moderniser. Grâce à l'action de Jean Marin, président de 1954 à 1975, l'agence a su se renouveler. En 2004, l'AFP a fêté ses 60 ans d'histoire, avec entre autres une grande exposition de photos à la Bibliothèque nationale de France.

AFP possède 114 bureaux permanents dans le monde, dont un peu plus de 25 en France (dont sept grand bureaux régionaux). Elle étend continuellement sa présence dans le monde. L'agence emploie près de 1 250 journalistes permanents (1100 reporters et environ 150 photographes permanents) et a un total de 2.000 employés de 81 nationalités différentes, dont 900 qui travaillent hors de France. Elle a également des milliers de journalistes pigistes dans le monde. L'AFP est dirigée par Bertrand Eveno depuis 2002, et celui-ci a été réélu pour un deuxième mandat en octobre 2003. M. Eveno est un homme de l'édition, et a dirigé Larousse, Nathan, Presses de la Cité, Havas Éducation et Référence. Il est diplômé d'HEC et énarque

L'AFP a des journalistes dans 165 pays et compte 1.050 abonnés dans les médias (650 journaux et périodiques et 400 stations de radio et de télévision) répartis dans 147 pays. C'est la plus universelle des agences de presse puisqu'elle atteint près de deux milliards de personnes. Grâce aux cent agences de presse nationales qui reçoivent et diffusent ses services, elle touche en réalité 12.000 utilisateurs indirectement : près de 7.600 journaux et périodiques, 2.500 radios, 400 chaînes de télévision et 1.500 abonnés privés et publics comme les banques et les entreprises. Son chiffre d'affaires était de XX en 2004.

L'agence est ouverte sans interruption et diffuse entre 400 000 et 600 000 mots par jour en six langues en plus de 700 photos, 50 infographies et de une vingtaine de chroniques radio. L'agence est centralisée à Paris avec des directions régionales stratégiques à Washington, Hong Kong, Montevideo et Nicosie. Ainsi, Paris dessert la France, l'Europe et l'Afrique; Washington assure la couverture de l'Amérique du Nord, Montevideo supervise l'Amérique latine; Hong Kong couvre le Pacifique et l'Asie et Nicosie le Proche et le Moyen-Orient.

Avec ces diverses directions régionales, l’agence se rapproche de sa clientèle et décentralise ses opérations. La direction régionale de Hong Kong, mise sur pied au début des années 1980, permet de diriger et de régionaliser les opérations anglaises de l’agence pour l’Asie et le Pacifique. La direction de Paris, avec la collaboration du bureau de Berlin, rapproche l’AFP de sa clientèle germanique en Suisse, en Autriche, au Luxembourg et en Allemagne. Le pupitre de Washington supervise la couverture des nouvelles au Canada et aux États-Unis tout en assurant un service plus personnalisé aux clients. En ce qui concerne Nicosie, les auteurs Huteau et Ullmann signalent qu' “un des acquis les plus significatifs, est que des journalistes arabes traitent à Nicosie toute la copie de Jérusalem. Ils parlent au téléphone plusieurs fois par jour avec leurs confrères israéliens. Ils vont à Jérusalem. Pour qui connaît le Proche-Orient, cette collaboration quotidienne est à saluer ." Reuters, pour sa part, a décidé de fermer le desk de Nicosie pour des considérations budgétaires dans les années 1990, laissant à un rachitique desk de deux personnes à Londres de superviser tout le Moyen-Orient et l'Afrique. La copie est ainsi essentiellent traitée au World Desk de Reuters à Londres. Enfin, une petite direction de l'AFP dessert les médias de langue portugaise, à Sao Paulo, et le bureau de Montevideo en Uruguay joue le rôle de desk pour l'Amérique latine, alors que Reuters a opté pour Miami.

L'AFP travaille en six langues : français, anglais, espagnol, allemand, portugais et arabe. Elle prévoit lancer un service en chinois dans un avenir rapproché. Des services spécifiques sont offerts pour l’Amérique Latine et l'Amérique du Nord, les Caraïbes, l’Extrême-Orient, le Proche-Orient, l’Afrique anglophone, l’Afrique du Nord, l’Afrique sub-saharienne. D’autres services pour les pays germanophones, francophones, anglophones, lusophones et arabophones sont diffusés. L'AFP réalise la moitié de son chiffre d'affaires en France, mais ce chiffre tend à baisser.

Malgré sa forte présence sur le globe, l'agence a établi son propre réseau mondial de diffusion depuis 1987, utilisant des satellites géostationnaires qui alimentent aujourd'hui près de 1.500 antennes paraboliques de réception et 2.000 ordinateurs et terminaux informatiques.

Au plan technologique, l'AFP a aussi six filiales : Fileas our la diffusion de données par satellite, Companynews pour la diffusion de communiqués de presse, AFX News pour le service économique en anglais, AFP GmbH pour les service en allemand, Sport-Information-Dients (SID) pour les informations sportives en allemand, et Inédit pour l'ingénierie éditoriale (présence sur Internet et nouvelles technologies).

AFP offre les services suivants :

- un service de nouvelles générales (AFP, général, finance, sport);
- un service de photos (AFP Photo depuis 1985);
- un service vidéo (AFP Vidéo, images brutes d'actualité)
- un service d'infographies (AFP Infographie, 1988);
- un service d'archives (Image Forum, actualité et archives)
- un service de nouvelles économiques (SEF et AFP-FINANCES
(1968);
- un service économique en anglais (AFX News, 1991);
- un service de nouvelles économiques en Asie (AFX-Asia, 1995)
- un département des sports (AFP Sports,1982);
- des services Internet : Le Journal Internet, AFP Direct, AFP à la carte, AFP-Agenda Finance
- la base de données Agora: archives texte de l'AFP depuis 1983
- AFP Sur votre mobile: toute l'info AFP sur le téléphone portable
- Canal Infos: informations de l'AFP sur des bornes interactives, des Intranets et sur Internet
-Le Minitel: accès direct, sans abonnement, aux infos de l'AFP

La présence de l'AFP est particulièrement importante en Europe, en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Cependant, elle est moins bien représentée en Amérique du Nord.

TABLEAU 3: DISTRIBUTION DES BUREAUX DE L'AFP
AFRIQUE 16 bureaux, 72 journalistes, 5 photographes

EUROPE 27 bureaux en France, 36 hors France, 630 journalistes
à Paris, 95 en Europe.

AMÉRIQUE DU NORD 9 bureaux, 45 journalistes,
21 photographes

AMÉRIQUE LATINE 22 bureaux, 60 journalistes, 14 photographes

MOYEN-ORIENT 9 bureaux, 51 journalistes, 7 photographes

ASIE ET PACIFIQUE 25 bureaux, 79 journalistes, 27 photographes

Source: AFP, Hoover's

En France, la coordination général du service de l'AFP passe par sept bureaux régionaux, soit Bordeaux, Lille, Lyion, Marseille, Rennes, Strasbourg et Toulouse.

La crise à l'Agence France-Presse

Les causes de la crise qui a affecté AFP sont diverses. Pour Catherine Conso, qui a réalisé une étude économique d'importance et un Que sais-je? sur les agences de presse dans le monde, l'Agence France-Presse a longtemps connu des déficits qui l'ont constamment obligée d'entreprendre des réformes. Les difficultés financières ont commencé à se faire sentir dès le début des années 1970, lorsque l'AFP a dû imiter AP et Reuters et s'informatiser, créer de nouveaux produits et réaliser des investissements technologiques considérables. La crise à l'AFP provient des causes suivantes :

a) causes particulières à l’AFP

- déséquilibre financier (déficit accumulé, coût de la moder¬
nisation, coût de la collecte des nouvelles, concurrence);

- lente adaptation à l'éclatement des marchés et aux nouvelles
technologies;

- crise interne (grèves fréquentes, décentralisation,
coupures, restructuration);

- gestion des rapports triangulaires (le gouvernement français,
médias français, médias étrangers : structure de l'AFP);

b) cause générale

- la faiblesse du marché français (70 journaux et 25 radios et
télévisions comparativement à 1600 journaux et
6000 radios et télés aux États-Unis)

La remise à flot

Le déséquilibre financier de l'entreprise constitue un véritable défi. En ce sens, l'agence est à la croisée des chemins. Déficit après déficit, l'AFP s'est engouffrée financièrement dans le passé, au point où son démantèlement a même été envisagé. Sa viabilité économique a été continuellement remise en cause, mais, depuis une dizaine d'années, un redressement spectaculaire a eu lieu. L'AFP est rentré dans ses frais de 1993 à 1998, mais en 2004, l'AFP a affiché une perte de 5,8 millions d'euros, en vertu de sa "feuille de route" 2003-2007.

En 2003, l'AFP a aussi déclaré une perte de 13,4 millions d'euros, sur un chiffre d'affaires de 224 millions d'euros. La marge d'exploitation est néanmoins passée de -0,1 million en 2002 à + 6,9 millions d'euros en 2003. Entre 1990 et 2005, l'agence a connu une croissance de plus de 50 %. Le résultat, c'est l'équilibre financier relatif. L'équilibre financier a été atteint dès 1995 et 1996, et 2006 promet aussi d'être une année proche de l'équilibre pour l'AFP. La commission des affaires culturelles du Sénat français a cependant estimé en décembre 2003 que le déficit cumulé de l'AFP était de 70 millions d'euros.

Selon l'agence, la réhabilitation financière de l'agence s'apprécie principalement par l'évolution de sa marge brute d'exploitation et son auto-financement acquis depuis 1993 (investissements représentant 9 à 10 % du chiffre d'affaires), car le statut de l'AFP (similaire en terme juridique à celui de AP) ne le conduit pas à chercher les bénéfices, mais plutôt à financer son développement. Par ailleurs, la vente de services en Asie a progressé de 10,6%, et de 8,9% en Amérique du Nord, en corrigeant les effets de l'euro fort.

Considérons l'évolution de sa situation financière depuis 1981

TABLEAU 4 : ÉVOLUTION DE LA SITAUTION FINANCIERE D'AFP
2006 Retour à l'équilibre prévu
2005 perte prévue
2004 perte de 5,8 millions d'euros
2003 perte de 13,4 millions d'euros
2002 perte de 19,6 millions d'euros
2001 perte de 60 millions de francs
2000 perte de 80 millions de francs
1999 perte de 65 millions de francs
1998 Équilibre
1997 Équilibre financier
1996 Dégagement d'une marge d'exploitation de 100 millions FF
1995 Équilibre financier
1994 Équilibre financier atteint
1993 Déficit de 17 millions FF
1992 Déficit de 28 millions FF
1991 Déficit de 36 millions FF
1990 Déficit de 50 millions FF
1989 Déficit de 40 millions FF
1988 Déficit de 22 millions FF
1987 Déficit de 7,9 millions FF
1986 Déficit de 149,7 millions FF
1985 Déficit de 63,6 millions FF
1984 Déficit de 44,1 millions FF
1983 Déficit de 84,5 millions FF
1982 Déficit de 31,5 millions FF
1981 Déficit de 31,5 millions FF

Sources: L'Express, Media Moguls (1991), The European, TV5, Le Figaro, AFP, Direction des communications.

L'Agence France-Presse vise donc un chiffre d'affaires de 296 millions d'euros en 2007, avec un bénéfice net de 10,2 millions d'euros. Selon la direction, ce retour à l'équilibre va s'appuyer sur un effort financier de l'État, un effort de gestion et un effort commercial. Entretemps, de 2003 à 2006,, l'AFP peut déclarer un déficit temporaire, lequel se réduit progressivement.

L'idée, pour l'État, est de faire croître ses abonnements de 3,5 % en 2003, 3 % en 2004, 2,4% en 2005, 2 % en 2006 et 1,5% en 2007, pour amener la part de l'État dans l'AFP de 41 % en 2003 à 38 % en 2007. Tout un exploit. Ceci pourrait être une véritable bouée de sauvetage, qui n'aura d'autre choix que de développer son service commercial et aller signer de nouveaux clients et abonnés.

Ce déséquilibre financier, qui s'est traduit par des déficits annuels avant le milieu des années 1990, s'explique par diverses raisons.

Tout d'abord, les difficultés financières d'AFP sont dues aux coûts élevés de la modernisation de l'agence, devenus inévitables pour assurer sa survie. "L'agence a dû, depuis une dizaine d'années, pour faire face à la concurrence internationale et répondre aux évolutions des besoins de ses clients, faire un important effort de modernisation et d'adaptation au marché international " écrit Nathalie St-Cricq.. L’AFP a dépensé beaucoup plus qu’AP pour la technologie à cause de son retard dans ce domaine.

L'introduction de l'informatique en 1975 et de la télématique en 1980, le lancement du service photo en 1985 ainsi que l'établissement de nouveaux services de nouvelles en temps réel ont eu un effet considérable sur le chiffre d'affaires de l'agence. De 210 millions FF qu'il était en 1976, le budget de l'AFP a grimpé à 750 millions FF en 1985. En 2004, le budget était de 251,1 millions d'euros (1,5 milliard de francs). Catherine Conso signale cependant que "la croissance de l'activité de l'AFP est faible et peu supérieure au taux d'inflation. Cette faiblesse de la croissance en fait une des caractéristiques propres de l'AFP .", ce que conteste l'AFP, qui estime que la croissance de l'AFP reste supérieure au taux de l'inflation. La hausse des ventes de l'agence couvre tout juste "l'augmentation des pertes de notre marché de base, les médias," a confié l'ex-PDG Jean Miot au Figaro.

La hausse des frais de la collecte des nouvelles internationales est également un facteur qui explique la crise financière qu'a connu l'agence. En effet, la hausse des coûts de production des nouvelles durant les années 1980 était due à 70 % à l'augmentation des salaires des journalistes de l'AFP. En 2003, les salaires et charges du personnel représentaient 161,4 millions d'euros sur un budget de 251 millions, soit un taux de 64 %. En février 2003, le pdg de l'AFP Bertrand Eveno a reconnu que la masse salariale de l'agence devait être maîtrisée, en rajeunissant les effectifs sur une base volontaire.

Donc, règle générale, l'AFP produit des services plus chers que tous nos concurrents des agences mondiales ou internationales ."

À ce chapître d'ailleurs, l'agence de nouvelles Presse Canadienne (PC) et sa contrepartie anglophone The Canadian Press (CP) a résilié en 1991-1992 leur contrat vieux de 50 ans avec l'AFP, affirmant que les tarifs d'abonnement étaient devenus trop élevés. Cela signifie concrètement qu'environ 1 300 médias canadiens ne reçoivent plus les services en français et en anglais de l'AFP par l'entremise de la PC et de la CP. Un abonnement direct est donc maintenant nécessaire. Il faut noter que la PC et la CP, ainsi que leurs sociétaires, ont connu de sérieuses difficultés budgétaires au début des années 1990. L'agence a même failli fermé ses portes en 1996 suite à la menace des journaux de la chaîne Southam (aujourd'hui CanWest), contrôlée alors par Conrad Black, de se retirer de la Presse Canadienne si des compressions budgétaires drastiques n'y étaient pas effectuées. Southam représentait près de 50 % du budget de la PC. Les sociétaires importants qui recevaient déjà directement AFP considéraient que l’abonnement constituait un double emploi. NTR, le service radio de la Presse Canadienne, a elle aussi abandonné l'AFP en décembre 1995..

Depuis 1986, un nouveau phénomène s'est développé : le retrait graduel de l'État envers l'Agence France-Presse affecte sa situation financière. Devant faire face lui aussi à de graves problèmes budgétaires et voulant donner davantage d'autonomie à l'AFP, le gouvernement français a limité son implication financière dans l'entreprise. Le gouvernement français avait l'habitude de financer l'AFP à 60 % jusqu'en 1985. Or, le plan quinquennal 1984-1989 avait comme objectif de ramener la part de l'État à 50 %. L'objectif a été atteint, et 48 % des revenus mondiaux d'AFP en 2004 proviennent du budget voté par l'Assemblée nationale. Certains analystes estiment qu'avec une part inférieure à 50 %, l'agence ne pourra rayonner mondialement, à moins qu'elle ne trouve de nouveaux marchés et que ses services deviennent rentables.

Ce sont les déficits records de l’Agence France-Presse au milieu des années 1980 “qui ont accéléré la nécessité d’une nouvelle réflexion sur sa place et son avenir ." Malgré des actifs totaux de 517,9 millions de francs en date du 31 décembre 1988, l’AFP avait une dette de 264 millions de francs, laquelle correspondait à plus de la moitié de son bilan financier . L’agence a donc été fortement endettée jusqu'en 1994 mais, depuis, l'équilibre financier a été atteint en 1995 et 1996. Aujourd'hui, on peut dire que l'AFP n'est pas endettée. "La volonté de rentabiliser l’AFP, ou du moins d’éviter d’en faire un organisme structurellement déficitaire, pèse sur son fonctionnement ." Encore jusqu’à tout récemment, les salaires des employés représentaient 70 % des frais d'exploitation de le la société. Le budget de l’AFP est passé de 100 millions FF en 1969 à 1,5 milliard FF en 2004 (250 millions d'euros). En 1999-2000, le chiffre d'affaires de l'agence a, par exemple, progressé de 6,5%, grâce à la croissance du services Internet et photo. Un de ses anciens présidents, Lionel Fleury, estime que ces déficits ne sont pas énormes pour une agence ayant un chiffre d’affaires annuel de plus d'un milliard de francs. Il reconnaît pourtant que les salaires des employés et les frais de production sont trop élevés.

En 1997, l'AFP a affiché un déficit de 70 millions de francs et en 1998 Jean Miot a déclenché une polémique en proposant un déficit de 18 millions de francs sur trois ans. Les représentants de la presse française régionale ont refusé de voter ce plan, s'appuyant sur le statut de l'agence qui prévoit le vote d'un budget prévisionnel en équilibre. Un budget semestriel à l'équilibre a finalement été voté. En février 1998, Miot a par ailleurs indiqué que l'agence avait 150 millions de francs de trésoreries ainsi que des provisions confortables:

"Les médias sont à la recherche de productivité et essaient de rationaliser leurs moyens techniques et leur production de manière générale. Ils ne comprennent pas bien que les agences n’en fassent pas autant en baissant leurs tarifs et en faisant des gains de productivité. C’est là qu’on est un peu gêné. Une agence a pour mission de maintenir un réseau sur l’ensemble du monde et en principe, ces coûts de matière grise ont plutôt tendance à augmenter parfois même plus vite que les taux d’inflation."

Les réalités économiques influent grandement sur l’AFP depuis 1980. À l'époque où l'AFP a commencé à améliorer sa position concurrentielle et à appliquer sa politique de diversification technologique, le marché des médias avait déjà atteint un point de saturation dans les pays occidentaux.

Une adaptation tardive à la nouvelle situation du
marché

Une lente adaptation à l'éclatement des marchés et aux nouvelles technologies est également un facteur responsable de la crise à l'AFP. Cette dernière ne s'est diversifiée que tardivement. Alors que ses trois principaux concurrents Reuters, AP et UPI se sont lancés sur la voie de l'informatique, respectivement en 1964, 1972 et 1974; l’AFP n'a commencé à s’informatiser qu'en 1975. Ce retard a fortement nui à son rendement. Par exemple : les informations financières et boursières qui sont diffusées en temps réel par l'intermédiaire des ordinateurs puissants. Reuters a innové avec ces services dès la fin des années 1960. AP a signé une alliance stratégique avec Dow-Jones en 1967, alors que l'AFP n'a, quant à elle, lancé son service économique mondial en anglais qu'en 1990-1991. Par la suite, l'agence a créé l'agence de presse financière AFX News. UPI a suivi dans les années 1970. L'AFP, bonne dernière dans ce dossier des infos financières, a elle aussi signé une alliance avec la compagnie britannique Extel Financial pour créer un service de nouvelles économiques anglais (AFP-EXTEL), mais seulement en 1990. Le Financial Times s'est depuis retiré de cette alliance avec l'AFP.

AFP a été également l'avant-dernière agence de presse mondiale à lancer son service photo en 1984. AP avait lancé le sien en 1927, UPI en 1952 et Reuters en 1985. Le secteur de la télématique est un des rares secteurs où l'Agence France-Presse a innové. . En 1980, elle lançait une banque centrale de données appelée AGORA. Les particuliers peuvent la consulter depuis. En France, les infos de l'AFP sont toujours populaires sur le réseau Minitel, bien qu'Internet ait pris le relai depuis la fin des années 1990 (via les portails comme Yahoo France, TV5, TF1, etc.). Les informations d'AP (service AP on Line lançé uniquement en 1991) sont offertes sur divers portails et services en ligne, celles de Reuters sont accessible sur Internet depuis la fin de 1995 et sur un bon nombre de "services en ligne" (AOL, etc) alors qu'UPI offre un service d'archives (Retrivial Service) depuis 1994. "Nous sommes le fournisseur principal pour les 20 plus grands serveurs Web du monde. Nous venons juste de signer un contrat avec l'Agence Chine Nouvelles afin de livrer les nouvelles des championnats mondiaux en chinois," a indiqué M. Miot au Figaro en janvier 1998.

Comme toutes les autres agences, l'AFP a été obligée de suivre l'évolution technologique. Alors que, dans les années 1960, ses seuls clients étaient les médias et l'État, l'AFP a vu depuis ses marchés se fragmenter et même éclater. La demande n'est plus la même. On s'attend aujourd'hui à ce qu'une agence de presse devienne un grossiste en information, un Wal-Mart qui offre des services comme la photo, l'informatique, l'information économique, financière et boursière en temps réel, l'information à la carte, etc. L'ancienne clientèle de base de l'AFP existe toujours, mais une nouvelle clientèle est apparue : les clients autres que les médias. Actuellement, il y a de la concurrence car les profits des médias et de l'État sont stationnaires. En France par exemple, le paysage a bien changé : plus de 25 % du chiffre d'affaires de l'agence est maintenant fourni par des clients autres que les médias et l'État. C'est considérable si on considère que ce pourcentage était encore près de zéro encore dans les années 1970, mais c'est peu si on le compare à ceux des autres agences mondiales.

Pour Catherine Conso, la position concurrentielle de l'AFP, du point de vue de la diversification et de la spécialisation, est moins forte que les autres.

Il est clair que l'Agence France-Presse apparaît comme celle ayant un comportement classique d'agence de presse de façon dominante, tandis qu'AP et Reuters se sont diversifiées plus tôt et rapidement. (...) L'analyse du chiffre d'affaires en France de l'AFP montre l'importance des services publics dans l'ensemble des clients de l'agence. Cette situation montre aussi la faible diversification de l'agence .

L’AFP a connu peu de succès en marketing et son retard technologique a été vraiment flagrant à certains égards. Par exemple, les journaux et les clients directs de l’AFP ne peuvent recevoir les dépêches de l’agence par ordinateur que depuis la fin des années 1970. Avant cette époque, elle n’avait même pas de budget pour la recherche et le développement.

Cette lente adaptation de l’AFP aux nouvelles technologies et à l’éclatement des marchés s’est également manifestée par l’adoption d’un plan quinquennal de modernisation 1984-1989. Ce plan, financé par des investissements de 266 millions de francs sur cinq ans, a amené à une augmentation de 40 % du chiffre d’affaires en cinq ans (1983 à 1988). Ces investissements ne viennent pas du budget d’opération de l’AFP. Il existe cependant un autofinancement dans ce domaine, donc avec l'aide plus ou moins importante de l'État. C’était un plan à court terme qui répondait surtout à un problème ponctuel et non pas aux problèmes structurels fondamentaux de l’agence : c'est-à-dire son retard technologique et sa faible position concurrentielle. Selon, Catherine Conso, malgré l’augmentation substantielle des investissements de l’AFP de 1984 à 1989, “il est peu probable que quelques années suffisent à rattraper une période passée de sous-investissements ." Jean Huteau, ancien journaliste affirmera même en 1992, que “le plan de restructuration de Pigeat n’a servi à rien ."

Ce plan, discuté à partir de 1979, n’est entré en vigueur qu’en 1984 à la suite d’interminables négociations avec le gouvernement, et par la suite il a permis de sauver les meubles et de maintenir l’AFP au sein du club sélect des agences de presse mondiales. Cependant, il illustre à quel point l’Agence France-Presse a eu de la difficulté à modifier sa technologie et à diversifier ses services ses clients. “Chercher. Même quand elle a les capitaux nécessaires, l’AFP ne le fait pas ou le fait mal. La liste des occasions perdues serait sans doute longue. Non seulement l’agence ne pousse pas ses investigations dans le secteur de l’information économique et financière, mais elle ignore aussi d’autres domaines ."

L’agence a compris, avec quinze ans de retard, l’importance de concevoir des produits pour les clients hors médias de plus en plus nombreux (banques, entreprises, milieux boursiers, hommes d’affaires, communautés scientifiques, etc.). Selon certains analystes, elle a commis une grave erreur en n'agissant pas plus tôt dans ce domaine : “En ne prenant pas la décision stratégique de développer un service d’informations économiques et financières, la direction de l’AFP a raté la diversification hors médias, se privant d’une clientèle importante et solvable. Une erreur qui lui coûte particulièrement cher ."

Cela est bien vrai quand on pense au succèes de Bloomberg et de Reuters dans ce domaine.

La conjoncture économique internationale et la structure de l’agence n’ont cependant pas davantage joué en faveur de l'AFP:

L’avenir de l’AFP reste menacé, notamment parce que la diversification vers l’information économique et financière intervient dans un contexte plus difficile que celui qu’ont connu les agences concurrentes (krach boursier de 1987, éclatement de la bulle Internet en 2000 et 2001, recherche de rentabilité accrue). Enfin, son statut particulier ne lui permet pas des développements sous forme de création de filiale commune avec d’autres partenaires : celui-ci permettrait un financement plus souple d’investissements nécessaires .

L'AFP a bien essayé de prouver le contraire en augmentant sa participation dans plusieurs filiales, comme AFX News, et en signant des partenariats originaux avec la société aérienne Lufthansa, afin de fournir un accès à Internet et l'AFP sur ses vols. Ailleurs au Japon, les dépêches de l'AFP sont utilisées comme matériel pédagogique dans l'enseignement des langues étrangères.

La situation interne à l'AFP

L’AFP est la seule agence de presse internationale à avoir connu des conflits de travail majeurs depuis 1970. Cette crise interne, qui se manifeste périodiquement depuis 1971, témoigne de la difficulté à diriger l’agence. En effet, plusieurs syndicats coexistent en effet au sein de l’agence.

Dans AFP : une histoire de l’Agence France-Presse (1944-1990), Jean Huteau et Bernard Ullmann font état des conflits larvés qui ont frappé de plein fouet l’agence et terni son image à l’étranger. Les deux anciens journalistes de l’agence montrent que la direction de l’AFP, les syndicats des employés et le service technique de l’agence commencent déjà dès 1968 à s’intéresser à l’informatisation éventuelle de certaines informations. L’informatisation transformera véritablement la vie à l’agence.

En 1979, Henri Pigeat est élu à la tête de l’AFP. Ancien haut-fonctionnaire considéré comme un partisan de Valéry Giscard d’Estaing, il ne sera pas très populaire auprès des employés et des nombreux syndicats. Les syndicats ne sont pas très conciliants : en 1981, ils se sont battu pour obtenir des primes pour les journalistes parce que ces derniers étaient désormais obligés de taper les accents, les minuscules et majuscules dans leurs textes... Mais c’est essentiellement les grèves de 1986 qui ont envenimé les relations de travail à l’AFP et terni sa réputation internationale. En effet, sous la direction d’Henri Pigeat, l’AFP adopte un plan douloureux de restructuration pour corriger les effets des déficits records de 1985 et 1986 et diversifier les produits et la clientèle de l’agence. En mai 1986, Pigeat annonça que le déficit de l’agence serait de 63,6 millions francs au lieu des 40 millions prévus. Selon le ministère des Finances, “l’AFP est au bord du collapsus et nous en sommes au stade où des mesures d’urgence s’imposent ".

Apeuré à l’idée de la mort de l’agence, le conseil d’administration vota en juillet 1986, un plan qui prévoit la mise à pied de 300 employés (15 % du personnel) au siège social de Paris ainsi que la création de 50 nouveaux postes à l’étranger. Les dirigeants décident de décentraliser la structure de l’agence : Paris demeura le coeur des activités et les pupitres régionaux de Bonn, Nicosie, Hong Kong, Sao Paulo et Washington obtiennent plus de pouvoirs. L’agence déménagea le pupitre allemand de Paris à Bonn et réduisit le nombre de directions régionales. On espèrait économiser au total 50 millions francs par année. Mais “les syndicats réaffirment leur hostilité à ce plan, d’où les grèves à répétition et les affrontements incessants entre direction et représentants du personnel ". On reproche à Henri Pigeat, un gestionnaire, “de ne pas tenir compte du point de vue des journalistes ". Les grèves se multiplieront donc en 1986. Pas un seul mot sur les milliers de téléscripteurs de l’agence partout dans le monde. On veut la tête de Pigeat. Celui-ci démissionna en décembre 1986 et la grève se termina aussitôt. Cet événement a renforcé le sentiment qu'il existait une crise grave à l’AFP et montré que le chaos régnait à l’agence. Plusieurs abonnés s’inquiétèrent sérieusement de la grève de huit jours, la considérant comme inacceptable au plan professionnel : “Jamais agence d’information mondiale n’a aussi longtemps privé ses clients de ses services. La perte de prestige est considérable, les bureaux de l’étranger l’ont signalé. La violence du conflit, sa politisation vont laisser des cicatrices profondes ."

Les changements fréquents à la tête de l'AFP à la fin des années 1990 n'aide pas la stabilité non plus. Après la démission de Jean Miot en 1999, Éric Giuily prend les rennes du groupe (mars 1999) mais démissionne en septembre 2000 faute d'avoir obtenu le soutien gouvernemental pour engager un plan de modernisation de l'agence. Il avait par ailleurs été impliqué dans une histoire de vente de photo exclusive au Figaro Magazine, et ce à grand prix. Les journalistes avaient demandé sa démission, y voyant une dérive commerciale. Dans un plan présenté au gouvernement, Michel Mathien raconte qu'il était prévu de doter l'AFP d'un capital social dont elle est dépourvue selon ses statuts, mais que la majorité des 2.000 employés permanents de la boîte ont jugé ce plan comme étant une privatisation de l'agence. Le plan fut ainsi rejeté par l'État à la suite du lobbying des syndicats, ce qui entraîna la démission de Giuily.

"La crise interne n'était pas pour autant résolue: elle s'est installée dans un climat de défiance encore loin d'être dissipé. Les orientations stratégiques du plan (budget déficitaire de 100 millions de francs, financé par un emprunt de 400 millions de francs) avaient mis en évidence une culture d'entreprise reposant trop sur des traditions, des corporatismes catégoriels, des avantages acquis et une quasi-assurance du soutien de l'État. Celle-ci était en décalage avec le dynamisme dont Éric Giluily était porteur", contate Michel Mathien. Pour Mathien, une chose est claire: la tutelle du gouvernement sur l'agence passe par le budget, dont le montant des abonnements de l'État est voté chaque année par le Parlement.

Depuis octobre 2000, cependant, Bertrand Eveno assure une certaine stabilité, ayant été réélu en octobre 2003. Certains députés privilégient en ce sens un mandat de cinq ans renouvelable pour le PDG, et non plus de trois ans, et se disent ouverts à l'idée d'une participation de l'agence avec des sociétés françaises et étrangères.

La tension interne de l’AFP a été parfois fort dramatique, tout comme à UPI, mais rarement tels incidents ont eu lieu chez UPI, Reuters et Associated Press. Bien que depuis 1986, les conflits de travail aient été plus discrets à l’AFP, des grèves d'employés se tiennent encore presqu'à chaque année. Encore en février 2005, en mars 2004 et octobre 2003. le personnel de l'AFP - qui est fort militant - a observé une grève afin de contester les projets de la direction.

Prises avec des finances précaires, l'AFP prépare depuis 2003 un plan de départ volontaires de salariés proches de la retraite, élément du plan de développement de l'agence compris dans le contrat d'objectifs et de moyens (COM) signé avec l'État. Ce plan touche les employés qui sont à quatre ans de la date de retraite àa taux plein (et offre un rente avec 85 % du salaire). Environ 120 reporters et 50 non-journalistes sont concernés au maximum, et le PDG Eveno tablait sur 50 départs pour le début de 2005. Les postes de journalistes sont cependant tous remplacés, afin de ne pas réduire la produdction de l'agence. Le grand plan de l'AFP pour 2004 à 2007 inclut aussi le retour à l'équilibre financier en 2006 et la vente par crédit-bail du siège social de l'AFP à Place de la Bourse (Paris). Par ailleurs, l'agence entend délocaliser de Paris à Montevideo en Uruguay son desk Amérique du Sud, afin que tout personnel hispanophone s'y rapporte.

Un sondage interne mené auprès de 308 salariés de l'AFP en février 1996, montre cependant que "90,54 % des sondés sont fiers d'appartenir à l'AFP, 79 % pensent que l'entreprise n'a pas de stratégie cohérente, et 87 % s'estiment insatisfaits de la communication interne à l'AFP ".

On voit donc que l'AFP n'est pas encore venue à bout de surmonter ses crises intestines, mais elle est finalement parvenue à un redressement significatif. Ce n'est pas le cas d'UPI dont les services ont aujourd'hui presque disparus.

Un statut désuet et une situation irréelle

La structure et les statuts de l’AFP en font une entreprise de presse à part. On peut certes dire que cette structure qui a été définie par l'Assemblée Nationale en 1957 a eu un impact négatif sur la crise vécue par l’agence. Par sa structure et son statut, l’AFP dépend largement de l’État, donc du Conseil des ministres, du Parlement et du président. Le Parlement a même été saisi d'une demande de commission d'enquête sur la situation de l'AFP en mars 2004. Ce type d'intervention ne pourrait jamais avoir lieu dans les cas de Reuters, AP et Bloomberg.

La structure de l’AFP est assez complexe. Selon les statuts de l’Agence France-Presse, elle est “un organisme d’information à rayonnement mondial " qui doit “donner aux usagers français et étrangers, de façon régulière et sans interruption, une information exacte, impartiale et digne de confiance ". La loi dit en outre que “l’Agence France-Presse ne peut en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’exactitude ou l’objectivité de l’information : elle ne doit en aucune circonstance passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique et économique ."

Ce qui fait de l’AFP un monstre juridique, c’est que l’agence est dirigée par un conseil d’administration de 15 membres dont les intérêts sont variés : les journaux français majoritaires (huit sièges), les chaînes publiques de radio et de télé (dont l’État, deux sièges), les services publics (dont l’État, trois sièges) et les employés de l’agence (deux sièges). C’est le conseil qui élit le P.-D.G. de l’agence mais, en fait, le choix doit être ratifié par le gouvernement. L’indépendance de l’agence par rapport à l’État est en principe assurée par l'existence d'un conseil supérieur.

Cette structure met en relief la véritable nature tridimensionnelle de l'agence. Le budget de l’AFP en témoigne (tableau 5).

TABLEAU 5 : BUDGET TOTAL DE L'AFP
Budget mondial de l’AFP

Abonnements de l'État 36%
Médias étrangers 37%
Secteur médias français et entreprises 27%

Budget en France

Services publics 41 %
Médias français 39 %
Hors médias 20 %

Source: Le Figaro, 'Express, Le Monde

La part des revenus internationaux de l'agence progresse de 1 % par année depuis 10 ans, et dans des marchés comme l'Allemagne, l'AFP vise une croissance de 6 %. Un accent sera aussi mis sur le service arabe (uniquement 12 millions de chiffre d'affaires en 2001), et sur les services européens en anglais, où l'agence espère une croissance de 13 %. En Italie l'AFP a lancé en 2003 un fil d'information politique général en italien de 40 dépêches par jour, en association à Internazionale, l'équivalent du Courrier international. Pour 2001-2004, l'agence visait aussi une progression du chiffre d'affaires de 13 % (excluant les abonnements de l'État et de l'agence japonaise Jiji).

L’AFP a donc la difficile tâche d'entretenir des rapports triangulaires avec l’État français, les médias français et les médias étrangers. Cela rend difficile sa viabilité financière. Pour 2004, l'État français a fait augmenter ses abonnements à l'AFP àa 103,2 millions d'euros, une hausse de 3% par rapport à 2003. Mais il existe une déficit de 14 millions d'euros entre le budget effectif de l'agence et le Contrat d'objectifs et de moyens (COM) voté à l'automne 2003. Le grand problème est bien simple, la réduction de la masse salariale apparaît comme une des seules solutions, mais cela aurait pour effet de dégrader la qualité de la couverture internationale. L'AFP vise aussi à développer son service photo européen, qui a progressé de 33% entre 2003 et 2005.

Par ailleurs, comme le souligne le quotidien Le Figaro, les principaux administrateurs de l'agence au sein du conseil sont les médias français, ce qui freine le développement de l'AFP. "Ce n'est jamais d'un très bon oeil que les administrateurs qui en émanent voient le développement de l'AFP à l'étranger. Leur crainte: devoir payer un développement dont au mieux ils ne retireront aucun bénéfice, ne serait-ce que financier, mais qui. en cas d'échec, pourrait finir par leur coûter cher."
Les faits sont têtus. La collecte, le traitement et la distribution de l’information ne peuvent se faire au rabais : les usagers français (presse, État et pouvoirs publics) ne fournissent pas les recettes dont l’agence a besoin pour pouvoir continuer à fonctionner dans le monde et le marché étranger est forcément déficitaire en raison de la concurrence intense que nous y livrent les autres agences qui n’ont pas besoin de cela pour vivre .

Il semble donc impossible de parler de l’AFP sans tenir compte de son statut juridique, de son contexte historique et du marché français : “Les difficultés et les ambiguïtés de l’AFP, agence nationale à vocation mondiale, s’expliquent par deux faits : la situation de la presse française et les rapports, parfois conflictuels, qu’elle entretient avec l’AFP, d’une part; et d’autre part, les aides de l’État ."

En effet, l’AFP doit faire face tous les jours aux exigences, demandes, critiques et remarques de ses clients français, et aussi répondre aux attentes des milliers de médias du monde recevant directement ou indirectement ses services. Ces derniers n’hésiteraient pas à se désabonner s'ils notaient une baisse de qualité des services. De plus, l’AFP a des comptes à rendre au gouvernement. Puisqu’elle est majoritairement financée par celui-ci, l’AFP dépend du la politique, dans une certaine mesure. Cet aspect “français”, “stratégique” et “politique” de l’agence est mal perçu par certains analystes étrangers. Aujourd'hui, l'AFP est l'une des rares entreprises publiques à devoir présenter chaque année un budget en équilibre.

Les liens politiques de l’AFP avec le gouvernement français ont fait l'objet de certaines critiques de la part de journalistes étrangers (Tiffen, 1978), des quotidiens américains (Gordon et Cohen, 1990), britanniques et de l’intelligentsia journalistique internationale (Palmer et Tunstall 1991) qui ont considéré l’AFP comme partiale et inféodé au ministère des Affaires étrangères.

L'intervention de l’État dans les décisions de l’AFP a été quelquefois évidente : l’État décide des hausses de tarifs de l’agence, approuve la nomination des membres du conseil, nomme le P.-D.G. et critique ouvertement l’agence à l'occasion. Citons comme exemples d'interventions les annulations de dépêches à la suite de pressions des porte-parole de l’Élysée , les critiques de Valéry Giscard d’Estaing et de ses proches quant au “gauchissement de la copie de l’agence ", la destitution de Jean Marin en 1975 par le Conseil des ministres, le chantage et l’intimidation à l’égard de l’agence.

Encore en septembre, un haut fonctionnaire rattaché au premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a critiqué l'AFP dans sa couverture de la grande canicule de l'été 2003, accusant le journaliste de l'AFP à Matignon d'avoir "retranscrit les propos du premier secrétaire du parti socialiste" (François Hollande), amenant un concert de critiques avec lui.

Un certain manque d’objectivité de l’AFP dans la couverture de dossiers pointus dans certains pays africains a été dénoncé à quelques occasions dans le passé. Lors d’un colloque sur le rôle des médias dans l’aide aux pays en voie de développement, tenue en novembre 1993 à l’Université Western Ontario de London, en Ontario. Khedidja Boudaba, reporter au pupitre national de l’Agence algérienne de presse (APS), a affirmé, tout comme ses collègues d’ailleurs, que la couverture de l’AFP en Algérie n’était pas objective. Les dépêches concernant les militants islamistes seraient “biaisées” et “impérialistes” selon elle. Elle ne critiquait pas la couverture de l’AFP en tant que tel mais affirmait que les liens coloniaux de la France avec certains pays, dont l’Algérie, ont une influence sur le produit final de l’agence, soit la dépêche. L'AFP, quant à elle, soutient le contraire. Seule une analyse de contenu pourrait trancher la question. Dans certains autres cas, comme pour la couverture du Burundi et du Rwanda, l'ex-professeur burundais exilé au Québec Salvatore Karatsekese, estime que l'AFP colporte des mensonges. En février 2004, l'AFP a également fait une interprétation erronnée de propos du président congolais Joseph Kabila, à partir d'un interview donnée au quotidien belge Le Soir. La polémique que cette dépêche a créé, par exemple, a amené certains directeurs de presse du Congo d'"avoir un doute sur l'info relayée par l'AFP". Au Gabon, le correspondant de l'AFP en Guinée-Équitoriale a été interdit d'accès à une conférence de presse du président Teodoro Obiang Nguema. Or ce reporter avait fait état en octobre 2003 de rumeur de coup d'État déjoué, ce qui lui valu d'être arrêté pendant huit jours. Au Maroc, le chef de bureau de l'AFP à Rabat a été expulsé en novembre 2000 en raison de sa couverture. Il s'agissait de la troisième expulsion d'un reporter de l'AFP au Maroc.

L’ancien président de l’AFP, Claude Moisy, qui a quitté l’agence en janvier 1993, est bien conscient de cette perception négative de l’agence. Il donne l’exemple de l’élection des P.-D.G. de l’agence qui remet en question l’indépendance de l’agence :

C’est vrai que la presse mondiale s’intéresse aux conditions de fonctionnement de l’AFP et est amenée à faire des commentaires pas toujours positifs sur cette entreprise lorsque l’élection d’un nouveau président donne lieu, sinon à une épreuve de force, du moins à des polémiques et des débats; surtout quand des considérations d’ordre politique entrent en ligne de compte. Certains de nos concurrents se plaisent alors à souligner que le pouvoir cherche à imposer quelqu’un qui lui est favorable. Et cela, bien évidemment, est très négatif pour l’image de l’AFP .

Moisy affirme par ailleurs que le pouvoir politique pourrait dicter encore aujourd’hui sur la conduite de l’AFP, mais pas pour longtemps :

Je n’ai pas eu plus de difficultés avec les pouvoirs publics que j’en ai eu avec des patrons d’entreprise ou des vedettes de cinéma. Je suis tout à fait catégorique à ce sujet. Il serait plus précis de parler d’absence d’intervention. C’est un phénomène qui s’est installé progressivement avec les âges. Il est sûr qu’il y a vingt-cinq ou trente-cinq ans cela ne se passait pas du tout de la même façon. Je crois que l’état des moeurs est tel, que même si un homme politique aujourd’hui voulait intervenir sur le contenu de l’AFP, il ne pourrait pas le faire longtemps. Ce serait immédiatement dénoncé comme une anomalie. Moi, en trois ans, j’ai connu une seule intervention sérieuse des pouvoirs politiques. C'était au moment de l’affaire Habache .

Henri Pigeat est du même avis. "L’expérience me permet de dire que la machine AFP est trop lourde et trop complexe pour pouvoir être manipulée facilement par un pouvoir, qu’il soit économique, politique ou social ." Moisy fait remarquer que même les observateurs internationaux ne remettent plus en cause l’indépendance de l’AFP : "Aujourd’hui, vous pourriez interroger les professionnels de l’information, comme les responsables politiques, qu’ils soient scandinaves, britanniques, allemands, japonais ou américains, l’objectivité, l’indépendance et la crédibilité de l’AFP ne sont plus contestées ."

Michael Palmer cite également Pigeat à cet égard:

At no time, argues Pigeat, during the heated atmosphere of December 1986, was there a considered analysis in France of the situation of AFP.

Michael Palmer croit aussi que la réputation de l’AFP a été entachée par les Français eux-mêmes.

In times of crisis, such as 1975, when Jean Marin retired after twenty-one years as chief executive, or in December 1986, government politicians examined in times of crisis the ‘AFP file’ as an exercise in crisis-management, rather than with a considered understanding of AFP’s complex national and international operations and standing. Franco-French considerations regrettably distort the visions of government politicians, which does not help the international reputation of AFP, and undoes the painstakingly acquired reputation for credibility .

Les faits on corroboré les assertions de Pigeat et Palmer.

En février 1996, l'AFP a encore une fois été frappée par une crise majeure liée à son statut particulier : le premier ministre Alain Juppé et les autres membres représentant le gouvernement au conseil d'administration de l'agence ont refusé d'approuver la réélection de Lionel Fleury au poste de président, malgré le vote favorable des huit autres membres votants. Alain Juppé a reproché à Fleury d'avoir laissé l'AFP "dériver" dans la couverture de la vague de grèves du secteur public en France en décembre 1995 au moment du scandale de l'appartement à bas prix de M. Juppé au centre de Paris, alors qu'il était l'assistant du maire. Pendant près d'une semaine, l'agence a été paralysée par l'intervention inappropriée du gouvernement et sa crédibilité a beaucoup souffert dans le monde. Le gouvernement a porté un jugement de valeur sur la couverture de l'AFP. Il a allégué que l'agence avait erré en couvrant ces deux histoires, au point de nuire à la crédibilité internationale de la France.

Jean Miot, président de la Fédération nationale de la presse française et dirigeant du groupe Hersant, a succédé à Fleury comme président-directeur général le 3 février 1996, au troisième tour. Miot avait rendu publique sa candidature après avoir annoncé sa démission du conseil d'administration de l'agence. Fleury, dont le mandat de P.-D.G. prenait fin le 31 janvier, était candidat depuis le premier tour. En entrevue au bulletin de 20 heures de France 2 le 2 février 1996, Fleury a déclaré en fait avoir peu de contrôle "sur la copie de l'agence" et que le gouvernement français se faisait des illusions s'il pensait le contraire.

Pour donner un nouveau souffle à l'agence, les successeurs de Jean Miot devront modifier les statuts de 1957 de l'AFP de manière à rendre l'agence plus efficace, à trouver des partenaires financiers afin de consolider la position de l'agence à l'extérieur, à relancer son plan d'informatisation et rattraper son retard sur le plan du multimédia et à établir recréer un bon climat social au sein de l'agence. Le fait que plus d'une centaine d'Intranets d'entreprises reçoivent les infos de l'AFP est rassurant quant au développement de l'agence.

Le président de l'AFP doit surtout redorer le blason d'une entreprise ébranlée par les deux semaines de crise de la fin de janvier et du début de février 1996, et par les grèves fréquentes au sein du groupe : "Ces quelques jours, auront porté atteinte à l'image de cette grande agence indépendante et internationale et non pas une agence d'État comme le gouvernement le fait penser ."

En fait, la presse française raconte périodiquement les déboires de l'AFP, et le verdict est sensiblement le même. Discussions enttre parlementaires sur le rôle de l'AFP, problèmes de financement de l'agence, conflits entre la direction et les employés, visions d'avenir conflictuelles, etc.

Un marché intérieur faible

Une des caractéristiques de l’Agence France-Presse, c’est qu’elle est à la fois une agence de presse nationale et une agence de presse internationale. La clientèle nationale de l’agence est peu nombreuse, pour ne pas dire faible. Cela est une de ses principales faiblesses et une des causes de la crise qu’elle connaît depuis la fin des années 1970. Par ailleurs, les années 2000 nous montrent la mauvaise santé de la presse française, que ce soit les finances du Monde, ou du Figaro, ou encore la fermeture de sites Internet et la crise économique dans nombre de pays clients. En 2002, pour la première fois dans l'histoire de l'agence, les clients étrangers ont dépassé en chiffre d'affaires la presse française et l'État réunis.

Mais, comme de nombreux médias, l'AFP a la vie difficile et le taux de réabonnement entre 2001 et 2002 a reculé, en raison de la faillite de firmes multimédias qui s'étaient abonnés au sommet de la bulle Internet, entre 1998 et 2000.

Comparons sa situation avec celle d'Associated Press. AP est également une agence de presse nationale et une agence internationale. Elle dessert un des marchés nationaux les plus grands au monde : 1.600 quotidiens tirant à 62.500.000 exemplaires par jour au total; 9.200 stations de radio et 250 stations de télé. AP dessert à elle seule 1.550 journaux et 6.000 stations de radio et télé.

Les moyens ne sont pas non plus les mêmes. Par exemple, Reuters avait 40 personnes à Bagdad durant la guerre en Irak (2003-2005) , contre six personnes pour l'AFP au total.

En France, l’AFP ne dessert que 100 radios, 70 journaux et 25 entreprises audiovisuelles. Le marché français ne comprend que 82 quotidiens tirant au total à 12 millions d’exemplaires par jour. Ce marché est constitué d’une chaîne de radios publiques (avec plusieurs programmes), de quatre réseaux privés de radios (dont deux nationaux) et de nombreuses radios libres. Par ailleurs, il existe une dizaine de chaînes de télévisions nationales. L'écart entre les deux pays est énorme. La nature du marché français nuit à la position concurrentielle de l’agence puisque, mis à part les subventions du gouvernement, ses revenus proviennent des médias nationaux. “La taille du marché national joue un rôle certain dans les conditions de rentabilité des agences de presse : il n’est qu’à comparer les tailles respectives du marché américain et du marché français ", écrit Catherine Conso. Si on tient compte du fait que 39 % du chiffre d’affaires de l’AFP en France est fournie par les médias locaux, on comprend vite que le marché national est un handicap, alors que ce n'est pas le cas pour AP, par exemple. Il faut àjouter à cela que les tirages des quotidiens ont sensiblement baissé : "In 1947, there were 175 provincial dailies and 28 Parisian dailies-40 years later, their ranks had dwindled to 70 and 12, respectively. Between 1970 and 1987, circulations of national titles fell by 9.5 per cent, those of regional titles by 8.5 per cent ."

Même en France, l'AFP subit la pression de Reuters et AP. Par exemple, le quotidien gratuit "Métro" de Paris a lâché l'AFP pour Reuters en décembre 2003, en raison du service moins coûteux du service français de Reuters. Fait à noter, Métro (450 000 copies sur Paris) conserve son abonnement à Associated Press. L'AFP demandait 44 000 euros par mois.

Le fait que, dans ce petit marché français, l’AFP est en compétition avec AP, Bloomberg et Reuters et 200 agences spécialisées à vocation nationale, rend d'autant plus préoccupant le problème des faibles tarifs imposés par l’agence sur son propre territoire. Alors que l’AFP ne peut demander plus de 44 000 euros par mois à un quotidien tirant à 450.000 exemplaires, l’agence allemande DPA peut demander jusqu’à 40.000 euros par mois à ses abonnés pour un journal ayant un tirage de 225.000 exemplaires. Aux États-Unis, AP peut faire monter la facture jusqu’à 36.600 $ US par mois pour un quotidien ne tirant qu’à 225.000 exemplaires. "Faisant face à la concurrence qui a les moyens de s'engager dans du dumping féroce, nous devons avoir les moyens d'être une agence de presse mondiale, ce que nous sommes, parce que nous avons l'obligation de continuer à investir," a dit Jean Miot au Figaro. Les abonnés de l’AFP, qui font partie du conseil d'administration de l’agence, veulent que le service de l’AFP leur revienne à un prix minimal alors que les frais de collecte des nouvelles ne cessent de grimper plus rapidement que les recettes provenant des tarifs.

Donc, l'AFP sait qu'elle ne fera pas plus d'argent en France et consacre tous ses efforts à l'étranger. La guerre en Irak a été ainsi une vitrine commercial qui lui a fait décrocher quelques nouveaux contrats à l'étranger. Globalement, l'AFP a connu un recul de 2% se son chiffre d'affaires en Europe en 2003, en raison de sa rupture de contrat avec l'agence photo European Photo Agency (EPA). Côté des services-texte, on parle d'une hausse de 6,5 % en Europe, surtout au Royaume-Uni (Sky News) , en Scandinavie et en Europe centrale. Mais, l'AFP parle de recul en Afrique (-0,5 %) et de 4,6 % en Amérique latine.

De plus, le ministère de l’Économie et des Finances doit approuver toute augmentation des tarifs de l’AFP, ce qui explique en partie la crise financière de l’agence française. L'AFP occupe cependant 60 % du marché de l'information écrite en France.

Le redressement de l’AFP

La situation à l'AFP s'est améliorée depuis la crise de 1986. Ce qui a sauvé l'AFP, ce sont ses avantages comparatifs :

1) L'AFP est une agence latine, c'est une de ses forces. Elle est différente de Reuters, d'AP et d'UPI qui sont toutes anglo-saxonnes. Sa couverture de l'Asie, de l'Amérique latine et de l'Afrique est exceptionnelle.

2) Le financement par le gouvernement français joue en sa faveur (bien que ce soit la principale raison pour laquelle elle a du mal à s’établir dans les pays anglo-saxons). L'AFP permet au fait français et à la France de rayonner internationalement et, en ce sens, l'aide du gouvernement français lui est acquis quelque soit les aléas financiers de l'agence. À cet égard, il est ironique de voir qu'il faut dorénavant voir l’avenir et le développement de l’AFP via l'anglais.

3) Enfin, la diversification économique entreprise par l'AFP depuis le milieu des années 1980 ainsi que l'exploitation de nouveaux marchés lui laissent un sursis.

Le fait que l’Agence France-Presse est la seule des grandes agences à ne pas être anglo-saxonne joue effectivement en sa faveur. Selon Jim Hoagland, qui a publié un article en mars 1972 dans le Washington Post sur les agences anglo-saxonnes, celles-ci doivent souvent se taire afin d’éviter d’éventuelles représailles des autorités. “La plus sérieuse conséquence des susceptibilités et des représailles officielles concerne les agences de presse et les correspondants de Reuters, d’Associated Press et de United Press International, qui, sous la contrainte morale, se taisent souvent, à moins que l’information soit d’une importance internationale primordiale.” Il estime que cette situation n’est pas propre à l’AFP.

Michael Palmer affirme lui aussi que l’Agence France-Presse est la préférée dans les pays du Sud. “L’AFP est préférée par certaines agences étatiques du tiers monde aux agences “commerciales et capitalistes” américaines et britanniques ." Oliver Boyd-Barrett, spécialiste des agences vivant en Californie, va même jusqu’à dire que le service de l’AFP est meilleur que celui des trois autres en ce qui concerne les pays du Sud .

Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'AFP bénéficie du fait qu'elle est une agence de presse indépendante financée par le gouvernement français, bien que ce soit une arme à double tranchants. L’aide financière du gouvernement laisse évidemment planer des doutes sur l’indépendance de l’agence, mais elle permet surtout d’assurer une stabilité. Le gouvernement français tient au plus haut point à ce que l’AFP demeure une agence de presse mondiale qui puisse concurrencer Associated Press et Reuters. L’AFP est considérée par les hommes politiques français comme un mal nécessaire qui permet malgré tout de sauvegarder le prestige de la France et de soutenir la cause de la langue française et la Francophonie dans le monde, à une époque où le pouvoir d’attraction de l’anglais est universel.

La seule agence mondiale qui maintienne le français comme langue internationale pour une partie du monde se trouve à être l’AFP. Si l’AFP perdait davantage de terrain, les conséquences en seraient graves non seulement pour elle et pour l’indépendance de la presse française vis-à-vis de ses sources, mais aussi pour la place du français dans le monde. "L’influence culturelle de notre pays à l’étranger et sa propre volonté culturelle à l’intérieur sont en jeu dans ce débat ." Il s"agit aussi de défendre la diversité culturelle, tant débattue ces années-ci à l'UNESCO. Sans l'AFP, le monde n'aurait qu'une vision anglo-saxonne de la planète.

Le dernier point qu'il nous reste à traiter est la diversification entreprise avec un succès relatif par l’AFP depuis 1980. Bien que fort tardive comparativement à AP, UPI et Reuters, la diversification économique de l’AFP a véritablement permis à l’agence de se maintenir en vie. Comme ses revenus stagnaient et sa clientèle dans les médias plafonnait depuis la fin des années 1970, l’AFP, avec à sa tête Pigeat, a décidé de cibler le marché hors médias pour augmenter ses revenus et réduire l'aide financière de l’État.

Le plan quinquennal d’investissements 1984-1989, le plan stratégique de développement 1991-1994, 1994-1998 , 1998-2001, 2001-2004 et 2004-2007 ont amené, entre autres, la création de produits nouveaux. L’AFP a tout d’abord lancé en 1985, un service mondial de photographies (AFP-photo) qui fait d'elle une agence de presse complète. Ce service photo qui diffuse 50 000 photos par année est un succès autant au plan financier et a acquis une excellente réputation. L'AFP a ouverte sa banque d'images sur Internet à l'automne 1997, pour les clients média et non média.

AFP-photo a permis à l’agence de se fixer un objectif d'importance : pénétrer le marché nord-américain, chose impensable il y a à peine quinze ans. The New York Times, USA Today, The Washington Post, The Los Angeles Times sont maintenant tous des abonnés d’AFP-photo. Au Canada, The Gazette, The Globe and Mail, Le Devoir, La Presse et Le Soleil reçoivent également ce service, lequel entre directement compétition avec ceux de Reuters et d'AP (UPI ayant vendu son service photo à Reuters en 1984). Dans le monde, des centaines de médias font désormais partie de la clientèle de l’AFP-photo. On peut penser entre autres aux médias européens (The International Herald Tribune) et latino-américains (La Jornada). Cela fait dire à son ancien président Claude Moisy que “l’agence gagne du terrain et pénètre des marchés qui paraissaient, il y a quelques années encore, difficiles d’accès, pour ne pas dire inattaquables ". L’AFP croit que les abonnés de son service photo s'abonneront éventuellement au fil des nouvelles.

L'établissement de marchés à l’étranger faisait également partie partie de la stratégie de diversification élaborée par l’agence en vue de conserver son statut d’agence mondiale et prendre des parts de marché autrefois dominées par les agences TASS et UPI, toutes deux presque disparues de la carte au cours de années 1980.

L’Agence France-Presse et ses différents fils de presse occupent une position dominante dans de nombreux marchés : “Sa couverture géographique la situe en tête des agences internationales ."

L’agence AFP est actuellement forte en Afrique, en Amérique latine, mais surtout au Moyen-Orient et au Proche-Orient. Elle tient également le haut du pavé au Québec, suivie de près par AP et Reuters). L’AFP est l’agence dominante en France, en Suisse et en Belgique. Elle est en outre fort populaire tant en Europe de l’Ouest que de l’Est et en Asie du Sud-Est. Sa faiblesse principale est assurément son incapacité à faire accepter sur le marché américain d'autres services que celui de la photo. Le nombre de journaux américains abonnés aux nouvelles de l’AFP se compte sur les doigts de la main. Les médias américains ont en effet longtemps fait vivre les agences AP et UPI. La crise d'UPI et son quasi-démantèlement, entre 1980 et 1986, a laissé le champ libre à AP, sans pour autant faciliter la tâche des agences voulant prendre la place d'UPI. “Les médias américains sont arrivés à la conclusion qu’ils n’avaient plus besoin de deux agences d’information. Cela limite forcément les ambitions des autres agences non américaines sur le marché des États-Unis. Il n’est pas sûr que l’AFP puisse espérer y trouver son avenir financier. Moi, je ne l’ai jamais cru, et je ne le crois pas davantage aujourd’hui" dit l’ancien président Claude Moisy. Quoiqu'il en soit, l'AFP ne peut laisser tomber le marché américain, et c'est pourquoi l'agence a rompu ses liens avec Associated Press, comme l'avait fait Reuters à la fin des années 1960. Jusqu'en 1995 l'AP fournissait AFP en nouvelles américaines. Ce contrat annuel d'un million de dollars US n'ayant pas été renouvelé, l'AFP vole maintenant de ses propres ailes aux États-Unis.

L’AFP a réalisé une percée majeure en Angleterre et dans d’autres pays anglophones au cours des trois dernières années. Le renforcement du service de nouvelles en anglais, effectué sous la direction de Jean-Louis Guillaud, de Claude Moisy et de Lionel Fleury, est notable. L’AFP a en effet décidé en 1986 de “vider” en partie le siège social de Paris et de renforcer les pupitres de Hong Kong et de Washington pour desservir les marchés anglophones en croissance. L’AFP a signé des contrats avec deux journaux britanniques influents, The Independent (1991) et The Telegraph (1992), qui, tous deux, annulent leurs abonnements à Reuters (Les deux journaux se sont réabonnés à Reuters depuis). Le réseau télévisé Sky News est désormais aussi abonné depuis la guerre en Irak en 2003. Par ailleurs, l'AFP s'est associé à l'agence de nouvelles nationales au Royaume-Uni, Press Association (PA) pour la couverture de la Coupe du Monde de soccer en France en 1998, au grand déplaisir de Reuters, proche collaborateur de PA. Au surplus, le service anglais de l’AFP trouve depuis 1990 de nouveaux abonnés au Vietnam, à Taiwan, en Malaisie, à Singapour et en Thaïlande, “des pays où la presse est en expansion, et les recettes également.” Les abonnents au fil anglais avaient augmenté de 26 % entre 1996 et 1998, selon Jean Miot. L'AFP a aussi renforcé sa coopération avec l'agence de nouvelles iraniennes IRNA en novembre 1997, de même qu'avec l'agence de presse du Niger en 2004, et l'AFP est maintenant considérée comme la première agence arabophone au monde et a lancé un site Web en arabe à l'hiver 1998.

Il ne faut pas non plus oublier que CNN, BBC et The International Herald Tribune sont tous deux abonnés au fil de nouvelles de l’Agence France-Presse. Dans une entrevue accordée à TV5 l'ex-pdg Lionel Fleury avance même que le tiers des revenus globaux de l’agence, “en ce qui concerne le texte”, provenaient des médias anglo-saxons . Barry James du International Herald Tribune, estime que l'AFP a embrassé l'anglais de façcon pragmatique avec un enthousiasme peu commun pour une entreprise française.

La démolition du mur de Berlin en 1989, la disparition du communisme en Europe de l’Est (1989-1991) et la désintégration de l’URSS en 1991 ouvrent des perspectives économiques toutes nouvelles pour l’agence. Par exemple, le déclin de l’agence TASS, qui a perdu son monopole en URSS et dans les pays de l’Est, permet aujourd’hui à l’AFP de distribuer directement par satellite ses services en Russie, dans les républiques de la Communauté des États indépendants (CEI) et de l’Europe de l’Est. Ce sont cependant des marchés instables et l’agence doit faire preuve de patience.

Mentionnons d’autres exemples de diversification qui ont fait que l’AFP n'est plus une agence “mono-produit”.

Ainsi, en 1991, elle a lancé un service de nouvelles financières et boursières (AFX NEWS) avec la firme britannique Extel et le Financial Times. Le Financial Times s'est retiré de cet arrangement en 1999, donnant à l'AFP le contrôle total de cette filiale (mais l'AFP a vendu le service asiatique d'AFX à l'agence Chine Nouvelle en juin 2004). Ce service emploie 50 journalistes à travers le monde. Le lancement a coûté 50 millions de francs et avait un chiffre d'affaires de 120 millions de francs en 2001, avec une croissance annuelle de 6% en 2002. Ce service déficitaire d'info financière en anglais, qui met l'accent sur l'Europe, a de la difficulté à concurrencer celui de Reuters et Bloomberg. Par exemple, alors que l’AFP a trois journalistes économiques à Washington, Reuters en a environ 200.

Il ne faudrait pas oublier le service sports (AFP-sports), instauré en 1982, qui est fort renommé. Sur l'Internet, l'AFP offre des informations sportives en anglais : le World Sports Report. Nous retrouvons le très en demande service infographique (AFP-infographie) qui jouit d'une grande popularité en France, au Canada, en Espagne et en Amérique latine. Citons également Agora, les banques de données de l’AFP. AFP-pro et AFP-direct permettent aux gens ordinaires de consulter les dépêches de l’AFP sur leurs ordinateurs et le Minitel. Grâce à la compagnie Globe Online (www.globeonline.fr), l'AFP offre aussi sur Internet (http://www.afp.com) toutes ses informations mondiales classées par pays et accessibles à la pièce (2 rancs). Plus de quatre millions de pages sont vue à chaque mois. L'AFP propose aussi ses services télématiques sur le kiosque IP de France Télécom. Enfin, la satellisation de tout le réseau de transmission de l’AFP en 1990 signifie la disparition des fameux “câbles”.

Par ailleurs, l'AFP a toujours des projets d'avenir plein la tête. "L'AFP compte prendre davantage ses marques dans la télévision en élargissant au Brésil le contrat conclu avec Bloomberg, tout en persévérant dans trois projets en cours: la future chaîne parlementaire, la chaîne FFTV réalisée avec le Financial Times...sans compter des négociations en cours avec Canal Plus, dans la perspective d'une collaboration à la chaîne tout-info," écrit Le Monde le 23 octobre 1997.

En résumé, plus de 150 ans après sa fondation, l’Agence France-Presse est parvenue à surmonter la plus grave crise de son histoire. Elle a survécu et a évité la faillite. Elle a connu une crise financière, une crise de crédibilité, et une crise qui a miné le moral des employés. L’AFP a tout de même réussi à demeurer dans le club fermé des trois agences de presse mondiales, mais son avenir reste précaire.

Avec 15 % de ses revenus mondiaux qui proviennent du secteur “hors médias”, l’AFP doit encore poursuivre sa diversification économique et trouver de nouveaux créneaux afin de réduire sa dépendance envers le gouvernement français. Elle doit devenir une véritable entreprise. En termes de couverture géographique et de nombre de correspondants, l’AFP prétend être en 1998 la plus grande agence de presse au monde, mais dans les faits, son chiffre d’affaires la place au troisième rang des agences mondiales. Elle a moins de journalistes permanents et de pigistes que Reuters et AP et transmet moins d’informations qu’AP et Reuters.

L’AFP doit suivre de près le cheminement d’AP et de Reuters et être à l'affut des découvertes technologiques afin de ne pas être dépassée. Elle se doit aussi se protéger contre le piratage informatique. Le lancement de France-Presse On line, une page d'informations quotidiennes de l'AFP sur le World Wide Web du réseau Internet, est prometteur.

L'AFP doit mettre l'accent sur son expansion internationale. Une percée dans le domaine de la télévision lui permettrait de concurrencer Reuters Television et AP Television. L'Agence France-Presse étudierait en effet un projet d'agence internationale d'images en association avec la chaîne britannique ITN. Les détails à ce sujet se font rares. Le 15 novembre 1996, l'AFP signait une accord de coopération avec l'agence d'images WTN. WTN et l'AFP ont déjà commencé à partager des bureaux, et leurs services logistiques et commerciaux s'intègrent lentement mais sûrement. Le président actuel Jean Miot entend, quant à lui, mettre sur pied les services "en ligne" et "adapter l'agence au nouveau monde de la communication, à la révolution du numérique ."

Afin d'être mieux armée contre la concurrence, l'AFP a annoncé en 1996 qu'elle allait combiner ses ressources avec celles de Radio France International, de Canal France International et de TV5. La raison en est simple : l'augmentation des frais reliés à la couverture des événements internationaux et la nécessité de prendre l'autoroute électronique obligent l'agence à rechercher de synergies de tout ordre.

L'AFP est aussi associée depuis 2004 à la création de la Chaîne internationale d'informations (CII), le CNN à la française que le gouvernement de Jacques Chirac est à mettre sur pied. Divers partenariats, comme celui de l'échange de photos avec la puissante agence américain Getty Images, et la mise sur pied d'un réseau mondial de communications entre ses bureaux avec un logiciel de First Virtual Communication, laisse présager un avenir prometteur à l'Agence France-Presse. Mais l'AFP est condamnée àa se développer pour ne pas mourir.

Chapitre V

United Press International : une firme moribonde

"On peut se demander si UPI est une agence comme les autres, si UPI reste même encore une agence de presse mondiale ou si son exemple ne marque pas le début de la dislocation du petit club qui a jusqu’ici dominé le commerce international de l’information." Henri Pigeat, Le nouveau désordre mondial de l’information, 1987, p. 20.

Bref historique

United Press International est une agence de presse américaine fondée en 1907 par Edward Wyllis Scripps sous le nom United Press (UP). Elle fêtera ses 100 ans en 2007. Son statut est celui d’une entreprise privée. Scripps voulait à tout prix enlever à Associated Press le monopole des quotidiens que celle-ci avait depuis 1848 aux États-Unis. Il était aussi le propriétaire de Scripps Howard, un réseau familial de journaux américains.

La fin de la Seconde Guerre mondiale sconsacre la prédominance des États-Unis sur la scène internationale, ce qui aide directement le développement outre-mer de l’agence américaine. À partir de 1945, UPI connut un essor prodigieux aux États-Unis, au Canada, en Amérique latine et en Asie. En 1958, United Press fusionna avec International News Service, une agence américaine appartenant à William Randolph Hearst. La nouvelle reçoit le nom d'United Press International (UPI).

C’est à partir de ce moment que UPI a un véritable réseau international de correspondants et de transmission. Cela marque un point tournant dans son histoire. En 1958, UPI avait 6 000 employés et 5 000 clients dans le monde. Malheureusement, la suite est moins heureuse. UPI commencait déjà à avoir des difficultés de financement au milieu des années 60. Cela ne l’empêche pas d’obtenir neuf prix Pulitzer pour la qualité de ses reportages et de ses photos. Des grands reporters y font aussi carrière, dont Walter Cronkite, Helen Thomas, David Brinkley et Howard Smith. Cependant, dès la fin des années 1970 et le début des années 1980, UPI donne des signes de faiblesse marquée en Europe et au Moyen-Orient.

Les héritiers de E. W. Scripps, regroupés sous la compagnie Scripps-Howard, vendront l’agence en 1982, constatant avec désarroi que les pertes financières d'UPI ne cessaient de grimper vertigineusement et que les clients américains commencaient à se désabonner.

Par la suite, les choses se gâtent. UPI a eu six propriétaires différents entre 1982 et 2005. Cela affecta-t-il la qualité de la couverture? Une anecdote fait rire cependant. UPI annonça en avril 1986 que l'explosion à la centrale nucléaire de Chernobyl avait fait 2000 morts....

UPI était, jusqu’à tout récemment, une des quatre agences de presse mondiales. Elle a maintenant abandonné son métier traditionnel d'agence et se consacre presqu'entièrement à Internet. Les ennuis financiers qu’elle a connus depuis la fin des années 1970 ont été tels qu’ils ont fait fuir la majorité de ses abonnés. UPI ne peut plus concurrencer AP, Reuters ou AFP. Les propriétaires d'UPI ont dû en conséquence démanteler les services de l’agence, un par un, après que celle-ci eut demandé en 1985 et 1992, de se prévaloir de l’article 11 de la loi américaine sur la protection contre la faillite.

Le siège social d'UPI se trouve à Washington. Jusqu’en 1984, New York se voulait la plaque tournante de l’agence.

UPI aurait une centaine d'employés et affirme avoir une trentaine de reporters, dans environ six pays, plus 725 pigistes. Elle a par ailleurs des “représentants” dans la plupart des grands pays d'Amérique latine, où ses papiers sont encore bien joués. Son service de nouvelles est distribué à 150 "redistributeurs" (des agences de presse nationales ou régionales) dans le monde, et le groupe déclare rejoindre des millions de lecteurs.

En août 1991, UPI déclarait avoir 2 500 abonnés. UPI avait en 1997 plus de1000 stations de radio et 1000 journaux et sites Web abonnés, surtout en Asie et en Amérique latine. Mais son service radio, une grande institution, a été vendue à AP en 1999 (perte de 400 stations de radio, et de sept réseaux de télé abonnés). Aux États-Unis, aucun quotidien n'est encore abonné à United Press International, en 2005 (sauf le Washington Times). UPI offre deux fils de presse, un pour les médias américains et internationaux (en anglais) et deux autres pour les médias régionaux (en espagnol et en arabe). Environ 250 dépêches par jour sont diffusées.

On la considérait jusqu’au début des années 1980 comme une grande agence de presse internationale. Selon le service de recherche Hoover's, UPI avait un chiffre d'affaires d'à peine 20 millions $ US en 1997, contre 75 millions $ US en 1994. Depuis, UPI refuse de divulguer ses résultats financiers, de même que de donner une idée du nombre d'abonnés à ses services.

UPI a présentement une poignée de reporters (30) à travers le monde. Comparé à la fin des années 1990, il s'agit d'un net déclin. Selon une dépêche de l'AFP datant de 1999, on parlait encore de 157 salariés, dont 107 aux États-Unis, 28 à Londres, 16 en Amérique latine et six en Asie. Encore en 1997, UPI comptait 258 reporters à temps-plein et 800 journalistes-pigistes. À son apogée, UPI avait environ 1200 employés et des milliers de clients. L'agence possède quelques bureaux aux États-Unis et à l’étranger, comparé à 200 dans les bonnes années.

Au début de février 1997, United Press International a fermé la plupart de ses 19 bureaux en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. UPI, qui a licencié une grande partie des 75 personnes qui travaillaient dans ces bureaux, fait maintenant à des pigistes .

Pour ses services internationaux, UPI diffuse désormais en anglais, en espagnol et en arabe. Son siège est basé à Washington, avec des desks régionaux à Londres, Hong Kong, Santiago, Séoul, Tokyo et Beyrouth. Le bureau de Beyrouth coordonne depuis 2004 le service en arabe d'UPI. Aux États-Unis, une réorganisation amorçée en 1993 a fait en sorte que les services américains sont désormais coordonnés par six centres régionaux : Washington, Dallas, Miami, Los Angeles, Chicago et New York. Son P.-D.G. actuel est Chung Hwan Kwak, aussi président de News World Communication. Michael Marshall est le chef du service des nouvelles et Arnaud de Borchgrave en est le grand reporter (editor at large)..

UPI offre des services en anglais aux États-Unis et dans le reste du monde. Cependant, l'agence offre des services locaux pour le Chili, et compte des reporters en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, au Mexique, au Pérou et en Uruguay.

UPI a été vendu à faible prix en juin 1992 au réseau de télévision saoudien Middle East Broadcasting Centre Ltd. (MEBC), qui offrait des services en langue arabe aux clients d'UPI en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. MEBC était contrôlé en partie par un des beaux-frère du Roi Fahd d'Arabie Saoudite. Une offre concurrente avait même été faite par le télé-évangéliste américain Pat Robertson, mais elle fut refusée par la Cour de faillite à la dernière minute.

Unification Press International?

À la fin des années 1990, UPI a été acheté par une filiale de News World Communication, lié à l'Église de l'unification du révérend Sun Myung Moon aux Etats-Unis. Moon, qui s'est déjà déclaré Sauveur de l'humanité et Messie, est un personnage influent, un virulent anticommuniste qui est non seulement un leader religieux, mais aussi le propriétaire du quotidien conservateur Washington Times. L'achat de UPI par Moon a entraîné la démission fracassante d'Helen Thomas, la doyenne des reporters de UPI (57 ans de carrière) et de la Maison blanche. Elle était une des journalistes les plus respectées à Washington, depuis l'époque de John. F Kennedy. Arnaud de Borchgrave, editor at large de UPI, a affirmé que la secte n'avait aucun lien officiel avec le groupe de presse et s'est dit convaincu que l'indépendance éditoriale de l'agence sera assurée et les emplois préservés.

Donnons maintenant la liste des services offerts par UPI :

- un service général de nouvelles en anglais, espagnol et arabe (UPI Newstrack) 24 heures sur 24. Pour les médias, les entreprises et les sites Web. Ce service inclut aussi les nouvelles culturelles, scientifiques, financières, sportives et les infos insolites;

- un service numérique de photos de presse (UPI Newspictures),qui met l'accent sur les Etats-Unis et le Moyen-Orient;

- un service général de diffusions de nouvelles de type feature, qui comprend des analyses, des commentaires et des portraits et grandes interviews de personnalités (UPI Perspectives);

- Service arabe (UPI Arabia 2000): ce fil de presse inclut des nouvelles politiques sur le Moyen-Orient, des nouvelles financières internationales et du Moyen-Orient, des infos scientifiques et sur les arts et spectacles. Le service est en activité 14 heures par jour (6h à 20h), et ce sept jours par semaine;

- Service latino-américain (UPI Latam headlines): un fil de presse en espagnol pour les médias de l'Amérique latine et des États-Unis, qui comprend des papiers rédigés en espagnol et des traductions de l'anglais. Le service comporte essentiellement des nouvelles latino-américaines, de même que les grandes nouvelles internationales du jour, que ce soit sur le plan politique, financier, sportif, culturel ou scientifique;

-UPI Science est enfin une sélection quotidienne d'informations sur la santé, les technologies, les découvertes scientifiques et l'exploration spatiale;

UPI développe donc depuis le début des années 2000 une série de services spécialisés destinés avant tout aux industries, aux médias, aux sites Internet, aux chercheurs et aux compagnies privées. L'agence cherche à se trouver une niche dans le secteur des contenus sur le Web. Les journaliste doivent dorénavant produire des textes de moins de 350 mots et des résumés de nouvelles de deux lignes et de 150 mots.

Jusqu'à présent, les profits reliés au Web se sont avérés illusoires pour UPI, qui dit cependant atteindre l'équilibre financier. Pour diffuser ses dépêches, UPI compte en fait sur des partenariats avec diverses firmes d'information, comme Lexis-Nexis, Newscom, Omnivex, Ebsco, The Sports Network, Thomson Financial et Valeo.

Iver Peterson, journaliste au New York Times, explique bien à quel point UPI en est rendu à développer des services ultra-spécialisés d'information:

Unable to compete with The Associated Press or Reuters, U.P.I. is (...) developing a kind of niche journalism, selling fragmeents of news to customers ranging from a San Francisco paging service that puts headlines on pager screens to a Kentucky enterprise that wants to flash headlines in small streaming lights installed in bars to religious broadcasters who have begun adding news broadcasts as a way of keeping their listeners tuned in.

Officiellement, les clients d'UPI sont les journaux, les stations de radio, les stations de télévision, les agences de presse nationales, les agences gouvernementales, les établissements d’enseignement, les entreprises et les portails Web aux États-Unis et dans le monde. Dans les faits, si l'on exclut l’Amérique latine et le Moyen-Orient où l’agence a encore une certaine présence et les États-Unis où elle dessert encore quelques quotidiens, UPI est désormais peu présente et tend à se faire oublier, même si certaines de ses enquêtes on fait du bruit.

La crise à UPI

UPI (www.upi.com) a émergé de la faillite au milieu des années 1990. En juin 1993, elle a adopté un plan de restructuration destiné à réduire la taille de l’entreprise. Alors que pendant 70 ans, United Press International a été fièrement en compétition avec AP, Reuters et AFP dans toutes les parties du monde, aujourd’hui elle est devenue une simple agence de presse nationale ayant un certain nombre d’abonnés étrangers. En novembre 1996, la majorité des cadres ont été remplacés. UPI est loin d'être profitable et le chef des nouvelles Howard Dicus pense même que "ça prendrait 2 millions $ US par mois de revenus additionnels pour mettre UPI dans le noir (équilibre financier)". C'est ce qu'il soutenait dans une entrevue au New York Times le 31 mars 1997.

Qu’est-ce qui a donc causé la crise de cette agence? Comment la crise a-t-elle affecté son rayonnement international?

Les données obtenues sur l’agence UPI permettent de dire que les principales causes de la crise d'UPI sont les suivantes :

a) causes particulières à UPI :

1) les déficits considérables;
2) la mauvaise gestion de certains propriétaires de l’agence;

b) cause générale :

3) les conditions difficiles du marché des médias aux États-Unis.

Longtemps un sujet de fierté pour les Américains, United Press Inter¬national a commencé à connaître des difficultés financières dans les années 60. Celles-ci ne mettaient cependant pas en péril l’avenir de l’agence, qui était considérée comme la deuxième au monde, loin devant Reuters et AFP .

La véritable crise financière d'UPI commence au début des années 1980. Dans The International News Services , Jonathan Fenby indique que l’agence perdait de 1 à 2 millions de dollars US par mois dès 1983, à la suite de la vente pour un dollar d'UPI en juin 1982 par la famille Scripps à deux hommes d’affaires inconnus de Nashville. L’agence avait alors un chiffre d’affaires de 100 millions de dollars US. En tant qu’entreprise privée à but lucratif, UPI ne peut pas faire éponger ses pertes par une coopérative ou l’État, comme le font AP et AFP. En 1990, UPI a perdu 10,5 millions de dollars US .

Bien qu’en tant qu'entreprise privée UPI ne rende pas publics ses résultats financiers, il est connu que ses difficultés financières ont été telles qu'elle a dû se mettre sous la protection de la loi sur la faillite deux fois depuis le début des années 1980. Entre 1960 et 1990, UPI a perdu près de 135 millions de dollars US au total.

Les principaux événements financiers survenus depuis 1976 sont indiqués dans le tableau 6.

TABLEAU 6 : PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS À UPI DEPUIS 1976

2004 UPI relance son service en arabe avec le bureau de Beyrouth, republie son guide de rédaction stylistique et journalistique, et remporte un prix pour son journalisme d'enquête en Irak.

2003 UPI divise son fil de presse en deux composantes: les nouvelles de l'heure, et les reportages documentaires.

2002 UPI relance son service en Amérique latine

2001 UPI lance sa plateforme informatique Bernini, afin d'intégrer tous se services de rédaction.

2000 UPI vendue à la secte Moon (News World Communications)

1997 90e anniversaire. Troisième plan de restructuration.

1996 75 mises à pied, fermeture des bureaux en Europe.

1994 Deuxième phase du plan de restructuration (6 millions $ US
d’investissements mais 200 mises à pied).
1993 Plan de restructuration d'UPI (6 millions $ US d’investissements).
1992 Vente de faillite d'UPI à M.E.B.C. (3,9 millions $ US).
1988 Rachat d'UPI par World News Worldwide Inc.
1987 Déficit de 18 millions $ US.
1986 Mario Vasquez Rana rachète UPI pour 40 millions $ US.
1985 UPI dépose un bilan de faillite; perd 17 millions $ US au total.
1984 Déficit de 11,1 millions $ US : revenus fléchissent de 104 millions $ US
1983 Déficit de 14,8 millions $ US : UPI perd 1 million $ US par mois
1982 Déficit de 6 millions $ US (en 7 mois)
1981 Déficit de 10 millions $ US
1980 Déficit de 12,1 millions $ US
1979 Déficit de 7 millions $ US
1978 Déficit de 5,3 millions $ US
1977 Déficit de 3,5 millions $ US
1976 Déficit de 3,5 millions $ US

La débâcle d'UPI est réelle. Son chiffre d’affaires atteignait presque 100 millions de dollars US en 1980 (93,9 millions de dollars US pour être plus précis) . L'entreprise a été vendue pour 3,9 millions $ US en 1992. Ses actifs sont maigres et on s’entend pour dire qu'il faudrait débourser 31 millions de dollars US sur 18 mois pour remettre UPI sur les rails, même sans qu'il y ait l'assurance de faire des profits. AFP, AP et Reuters avaient des chiffres d’affaires comparables à celui d'UPI en 1980 : respectivement 70 millions de dollars US, 140 millions de dollars US et 150 millions de dollars US. AFP a aujourd’hui un chiffre d’affaires de 250 millions de dollars US; AP de 600 millions de dollars US et Reuters de 5 milliards de dollars US (avec les services financiers).

Comme tous les naufrages, celui d'UPI a été éprouvant. L'agence avait 1 715 clients à la fin de la Seconde Guerre mondiale et près de 5 000 en 1958, puis en 1981, 7 500 abonnés,146 bureaux aux États-Unis et 78 dans le reste du monde, ainsi que 1737 personnes travaillant pour elle. Durant les années 1980, UPI a dû fermer les deux tiers de ses bureaux.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la crise d'UPI a entraîné la perte de 1 700 emplois, la fermeture de 150 bureaux, le départ de 6 500 abonnés et une baisse du chiffre d’affaires de près de 75 millions de dollars US, tout cela en un peu plus de 20 ans. UPI dessert aujourd’hui moins de 30 quotidiens aux États-Unis et n'a plus d'abonnés au Canada (Le service United Press Canada y était florissant jusqu'au début des années 1980).

L'ancien directeur général de l’entreprise explique que la chute d'UPI était due à une combinaison de facteurs :

The increasing costs to maintain a global information company while media customers face tighter budgets and other financial constraints combined to cause a shortfall in UPI’s cash flow during the 1960s and the 1970s. In the early 1980s, UPI longtime owner, Scripps-Howard, sold the company to other investors. UPI has had five owners since 1982. As clients canceled the service for budgetary reasons, UPI’s cash flow was reduced. This development forced previous owners and managers to take drastic cost cutting steps to keep the company alive. Without such draconian steps the company would not be in business today .

Les problèmes budgétaires d'UPI ont remis en question l'existence même des “quatre grandes soeurs” et mis en évidence la fragilité des agences elles-mêmes. Henri Pigeat affirme que l’Agence France-Presse a négocié au milieu des années 1980 pour acheter UPI. Reuters a également fait des offres d’achat, mais sans succès.

Il faut aussi noter que les problèmes financiers d'UPI ne sont pas nouveaux. Ce n'est qu'à la fin de 1984 qu'UPI déclara son premier profit trimestriel en vingt-deux ans .

Selon les observateurs, UPI a couru à sa perte :

Sa faiblesse financière est partiellement due au fait qu’elle n’a pas prévu et ne s’est pas adaptée aux changements fondamentaux qui se sont produits dans le secteur de l’information. En tant que grossiste de l’information, UPI est restée inactive alors que les journaux, les principaux détaillants d’informations, et la source principale de revenus de l’agence diminuaient en nombre et évoluaient sur un plan technologique .

UPI a tout de même cherché à se diversifier mais ses efforts ont échoué. La concurrence des grands journaux américains n'a pas aidé non plus. Les fils de presse de Knight-Ridder, de Cox, du L.A. Times et du Washington Post lui ont fait mal. Knight-Ridder, qui n'avait aucun correspondant étranger, est passé à 18 reporters internationaux, et d'une poignée de journaux en 1979 à 350 abonnés en 2005. Mais, en 1998, Knight-Ridder a consolidé ses activités internationales à Washington, n'y laissant que quelques rédacteurs qui ne font que le même travail qu'AP. D'autres journaux, dont le Boston Globe, Newsday, le Dallas Morning News et le Christian Science Monitor ont également développé leur service de syndication d'articles de presse.

La gestion désastreuse de l’agence

“Un jour il n’y aura plus d’Associated Press. Nous allons les
éliminer.” Bill Geissler, propriétaire d'UPI, 1982

La déroute d'UPI s’explique aussi par l’échec de la diversification et les changements de stratégie effectués en catastrophe au début des années 1980 sous la présidence de Douglas Ruhe et de Bill Geissler.

UPI lance son service photo dès le début des années 1940 et son service radio en 1958. Elle est une des premières à informatiser sa rédaction et à envoyer directement ses nouvelles aux clients par ordinateur. Elle a même investi 10,5 millions de dollars US en 1979 dans son centre informatique à Dallas .

Au cours des années 1980, elle n’a pas su faire les changements technologiques nécessaires pour s'adapter au marché américain. Mark Alleyne et Janet Wagner citent comme exemple l’échec du projet de développement d'un nouveau service photo, jusque là considéré comme le meilleur au monde :

Adding to the poor financial performance of the agency have been some significant failures at investing in new technologies. One example is the “Pyxys” project. UPI executives touted the system of digital image transmission as “the most revolutionnary technology ever developed for the news media,” but a few months later it was set up, the Pyxys was declared worthless for creating news graphics and the entire system was abandoned .

Dans Down to the Wire : UPI’s Fight for Survival, Gregory Gordon et Ronald Cohen (deux anciens journalistes de l’agence) documentent les échecs successifs d'UPI. Cohen et Gordon affirment qu'elle ait clairement compris le véritable impact des nouvelles technologies et de la diversification, l'agence n’aurait pas été assez prévoyante dans ses divers efforts de diversification, surtout sous la direction de Ruhe et Geissler (1982-1985) et de Mario Vasquez-Rana (1985-1988).

Ruhe et Geissler avaient, semble-t-il, un don pour dilapider les fonds de la compagnie. En 1984, ils ont lancé un service radio en espagnol pour les États-Unis, qui s'est soldé par une perte de deux millions de dollars. La même année, “l’installation d’antennes paraboliques pour les clients fut si mal supervisée que, dans certains États, les lignes terrestres restèrent en place par mégarde, obligeant UPI à payer deux systèmes de distribution parallèles ." Mentionnons également le fiasco du déménagement du siège social d'UPI. Ruhe et Geissler décidèrent de transférer l’administration de l'agence, basée à New York depuis 1907, à Nashville. Ils décident de plus que le siège social de l’agence déménagera au centre-ville de Washington. Le promoteur immobilier fit faillite en 1984 et UPI dut trouver rapidement en vitesse un édifice dans le voisinage du quartier des sex shops.

Mais les problèmes ne s’arrêtèrent pas là. On construisit des studios de radio onéreux qui furent démolis puis reconstruits parce que l’insonorisation n’avait pas été faite correctement. On avait également dit à des dizaines d’employés qui travaillaient à New York de rendre leurs appartements et de vendre leurs maisons dans la perspective du déménagement. Si bien que quand ce dernier fut retardé, UPI a dû verser des centaines de milliers de dollars pour loger son personnel à l’hôtel .

Il en résulta des dépenses d’un million de dollars pour UPI. Dire que le déménagement avait pour objet de rendre l’agence plus efficace et rentable.

Afin de se diversifier, UPI créa plus de douze filiales pour d’éventuels clients. Elle lança, par exemple, UPI Focus, UPI Ask, UPI Media et UPI Real Estate. Évidemment, aucun profit ne fut réalisé. L’alliance d'UPI avec la compagnie américaine Fintext aboutira au même résultat. L’agence perdit 1,8 millions de dollars US dans cette nouvelle aventure. Fintext devait fournir un service de nouvelles boursières pour l’été 1984. Fintext se borna à faire "des paiements discutables et une série d’emprunts ".

Fort peu diversifié, le chiffre d’affaires d'UPI provenant des informations financières ne serait que de huit pour cent alors qu’il est de 15 % chez AP et 94 % chez Reuters.

Une gestion douteuse

"En moins de trois ans, UPI se retrouva devant le tribunal, pour faillite, avec un passif de 45 millions de dollars, laissant derrière Douglas Ruhe et Bill Geissler, une agence paralysée et de nombreuses questions sur la façon dont tout cela était arrivé."
Katharine Seelye, Philadelphia Inquirer

Le manque de leadership dans la gestion de l’agence a eu des conséquences fâcheuse sur la diversification de l’agence. Ruhe et Geissler, de novices dans le monde des affaires, avaient une caractéristique plutôt troublante : “les choses se passaient rarement comme elles étaient prévues. Il leur manquait le sens d’organisation, des priorités et des urgences ."

En fait, selon des dizaines d’entrevues réalisées par Katharine Seelye et Lawrence Roberts, l’histoire d'UPI, c’est avant tout l’histoire de ses propriétaires remplis d’illusion.

C’est une histoire de naïveté et d’optimisme trompeur qui a pris fin lorsqu’un besoin pressant d’argent s’est fait sentir; l’histoire d’une société qui a versé des millions dans des entreprises discutables qui n’ont toujours pas produit de dividendes, et s’est procurée de l’argent en ne déclarant pas au fisc les impôts retenus à la source de ses employés; l’histoire d’un président de société ambitieux qui, après avoir triomphé des propriétaires et s’être accordé une forte augmentation, a demandé à ses employés d’accepter un gel de salaires. C’est l’histoire d’hommes dont les procédés ont diminué l’efficacité d’une organisation vieille de soixante-quinze ans .

Peu loquace, Douglas Ruhe a déclaré en 1982, lors de son premier discours devant une assemblée de propriétaires de journaux américains, qu'UPI n’avait aucun avantage sur AP. Cela ne laissait présager rien de bon.

L’euphorie des années 1982 et 1983, au cours desquelles UPI de nouveaux journalistes, ouvre plus de vingt bureaux et décroche de gros contrats est trompeuse, car les propriétaires prennent alors des décisions préjudiciables à l’insu des clients et des employés. Malgré une situation financière préoccupante, Geissler approuve en 1982 une augmentation de 20 % sur trois ans des salaires des journalistes d'UPI. L'action était inconséquente puisque les propriétaires avaient reçu à la même époque un rapport commandé à la firme International Management Consultants qui conseillait “à UPI de licencier immédiatement 400 employés de la rédaction afin d’économiser de l’argent ". Les recommandations de la firme furent rejetées, “une indication supplémentaire de l’absence de stratégie réaliste de remise à flot d’UPI ".

En 1983, Rob Small et Cordell Overgaard (deux actionnaires minoritaires) rencontrent Ruhe et Geissler et leur font part de la situation financière désastreuse d'UPI : la compagnie a besoin de 6 à 15 millions de dollars pour se renflouer. “Doug Ruhe n’était pas d’accord. Il ne m’a pas écouté. Il s’est contenté de secouer la tête. On ne peut pas dire qu’il y a eu de dialogue ". Il démissionna dans les jours suivants avec Overgaard. Peu après, UPI signa une alliance stratégique avec l’agence de presse espagnole EFE. Il était un peu tard.

L’année 1984 fut également catastrophique sur le plan de la gestion des finances. Des exemples :

- UPI n’arrive plus à faire payer la livraison de ses journaux à
divers bureaux;
- les téléphones de certains bureaux sont coupés parce que les
factures sont impayées;
- les frais de déplacement des journalistes ne sont plus
remboursés;
- les journalistes pigistes, impayés, vont travailler à AP, AFP
et Reuters
- les cartes American Express des cadres et chefs de bureaux
sont annulées;
- les abonnés étrangers ne reçoivent plus de papier photographi-
que
- la Maison-Blanche refuse d'autoriser les journalistes d’UPI
d’accompagner Ronald Reagan en Europe si l’agence ne paie pas
comptant les frais de déplacement et de logement;
- UPI paie à deux économistes 350 000 dollars pour écrire
des chroniques;
- La compagnie Focus de Ruhe et Geissler engouffre entre
150 000 et 200 000$ US par mois .

Toujours en 1984, UPI s'aperçoit qu’elle n’a pas les fonds nécessaires pour la prochaine paie des employés et le remboursement de son créancier principal, Foothill Capital Corporation. Affolé, UPI vend 5,75 millions de dollars à l'agence Reuters son célèbre service photo international d’une valeur de vingt millions de dollars. Elle perd du même coup sa photothèque qui contenait près de 11,5 millions de clichés, certains datant d’avant la Guerre Civile américaine.

“Rétrospectivement, cette opération fut considérée comme l’une des plus absurdes de toutes celles conclues sous la direction Ruhe-Geissler. Les photos étaient le secteur où le style agressif et instinctif d'UPI semblait le mieux marcher ."

Pour d’autres, cette transaction est une ineptie qui a sapé à jamais la vitalité et la valeur d'UPI. “Cette opération est la plus idiote qui ait jamais été effectuée” soutient Mike Hugues, ex-directeur et vice-président du service international d'UPI. “On leur a apporté un cadeau sur un plateau. En restant raisonnable, je dirais que nous leur avons fait gagner cinq ans et vingt millions de dollars ."

Mais l'histoire ne se termine pas là. Ruhe et Geissler commencèrent à vendre UPI en pièces détachées, à l’insu de la compagnie. Ils cèdent la part de 50 % d'UPI dans UNICOM, un service mondial de nouvelles économiques associé avec Knight-Ridder (acheté plus tard par Bridge News, et ensuite par Reuters); ils se départissent de tous leurs intérêts (33 %) dans la puissante chaîne mondiale d’images UPITN (devenue WTN, puis achetée par Associated Press) et les vendirent à ABC News.

Ils vendent en outre des “archives de photos, des banques de données, des droits sur leur système de transmission électronique qui fournit des informations à la télé par câble et aux ordinateurs personnels ". Une véritable vente de garage. “UPI was sinking in debt, swamped by its staggering communications burden, by the costs of the moves, and by costly joint-ventures deals ." En 1985, United Press Canada (co-entreprise entre UPI et de nombreux journaux canadiens) ferme. Cinquante journalistes furent mis à pied. “Ce fut une nouvelle de détresse ."

L’histoire atteint son point culminant lorsqu'est déposé le bilan de faillite d'UPI en avril 1985. En plus d’un passif de 45 millions de dollars US, on découvre alors que Ruhe et Geissler "auraient" détourné des sommes considérables : cotisations d’assurance-maladie et syndicales des employés, fonds provenant des clients étrangers et, enfin, un versement de plus de 3 millions de dollars à leur propre société de gestion supervisant les activités de leurs stations de télévision (Focus) et à des amis consultants. Ruhe et Geissler ont toujours nié ces “allégations”. Ils prétendent avoir été "renversés" par "un coup d’État" quelques mois plus tard par Luis Nogales, nommé directeur général à l’été 1984.

La dégringolade d'UPI montre à quel point la gestion de Ruhe et Geissler a été douteuse.

There was no single reason for UPI’s plunge from robust competitor to cowering dwarf. But if the wire service indeed had any chances against these outside forces, they were squandered repeatedly by owners and managers either inept, ill-suited or unwilling to rise to the challenge. Scripps and UPI’s own top managers has been ponderously unresponsive to the opportunities of the information age, and then Scripps committed an even greater transgression : dumping the news agency on two entrepreneurs deficient in skills, temperament, news industry background, and business experience .

La situation ne s'est s’amélioré guère sous Luis Nogales. Il licencia 80 employés la veille de la faillite d'UPI et ferma 11 bureaux. L’agence perdit 20 abonnés par semaine et, il s'attribua une augmentation de salaire de 90 %. La colère des employés fut vive. Nogales lutta contre le syndicat et demanda à la cour d’annuler la convention liant l’agence au syndicat. “The layoffs left scores of veteran UPI employees hunting for new jobs at just the time the industry was retrenching because of stagnant readership, plummeting advertising revenues, and soaring newsprint costs.”

Nogales démissionna en 1986 et, l’agence fut achetée par un homme d’affaires mexicain, Mario Vasquez Rana. Les journaux américains sont sous le choc : l’agence de presse mondiale passe sous le contrôle d’un groupe de presse d’un pays du tiers monde. The New York Times se désabonne, de même que The Wall Street Journal. D’autres influents quotidiens font part de leur intention de les imiter. C'est la crise totale.

Toujours sous la direction de Rana, UPI décide en 1987 de diffuser des communiqués du gouvernement américain. Pour un contrat de 2,5 millions de dollars US, UPI distribue les communiqués et déclarations officielles de Washington dans les pays étrangers, et ce pour financer ses propres opérations. La réputation de l’agence est ternie par cette opération. Sa crédibilité est entamée lorsque les journaux américains révèlèrent les détails de ce qu’il est désormais convenu d’appeler "le scandale UPI". La presse étrangère relate l’affaire et on reprochera à l’agence de biaiser sa couverture des événements et d’être le messager privilégié du gouvernement américain. Ce scandale mérite d’être souligné d'autant plus que les médias et journalistes américains ont souvent critiqué la présumée "dépendance" de l’AFP envers le gouvernement français.

La désillusion de Vasquez Rana à résoudre les difficultés financières de l’agence et ses problèmes de crédibilité l’amènèrent à démissionner en 1988. “In less than two years, Vasquez’s UPI adventure had cost him upwards of $ 70 million.” UPI est alors rachetée au coût d'environ 55 millions de dollars US par WNW Group, une filiale de Infotechnology. Cette société envisage d'utiliser UPI de manière synergique avec d’autres compagnies sœurs : FNN (Financial News Network) et Data Broadcasting Corporation . L’échec de la gestion de WNW se confirma à l’automne 1991 lorsque l’agence se présenta de nouveau devant la cour américaine de la faillite avec un passif de 72 millions de dollars.

Le 18 novembre 1996, un jury fédéral américain a même reconnu coupable de conspiration l'ancien dirigeant d'UPI et de Financial News Network, Earl Brian. Brian a été condamné pour avoir conspiré afin de cacher les problèmes financiers d'UPI et FNN à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Son collègue John Berentson fut acquitté. Les avocats de la couronne plaidaient que les deux hommes avaient envoyé des centaines de fausses factures et autre documents pour cacher les pertes de FNN et ainsi aider le câblodistributeur et la maison-mère, Infotechnology, à obtenir un prêt de 70 millions de dollars US. Infotechnology était l'actionnaire principal d'UPI à l'époque. La tactique de Brian était de montrer que les profits de FNN avait augmenté de plus de 50 millions de dollars US entre 1988 et 1991, année où la compagnie a fait faillite et sombré sous une dette de 72,4 millions de dollars US. Les responsables financiers d'UPI à l'époque, Steven Bolen et Gary Prince, ont aussi plaidé coupable à des accusations de conspiration, de fraude bancaire et de fraude boursière. L'ex-contrôleur des finances de FNN, Michel Young, a lui aussi plaidé coupable en 1995.

Au printemps 1992, le télé-évangéliste américain Pat Robertson présente une offre formelle d’achat d'UPI (la vente sera autorisée par la Cour). Les médias encore abonnés à UPI, les employés, les chroniqueurs et les agences de presse nationales (Kyodo en tête) déclarent qu’elles s’opposent à ce que l’agence devienne la base d' "une armée de chrétiens fondamentalistes ." On craignait quant la philosophie journalistique de Robertson et de son équipe.

L’entente entre UPI, la Cour de faillite et Pat Robertson fit long feu et c’est finalement la compagnie Middle East Broadcasting Centre (MEBC) d’Arabie saoudite qui achèta l’agence au début de l’été 1992.

La gestion s’est assainie depuis le départ de Ruhe-Geissler en 1985, mais les ventes successives de l’agence (1982, 1986, 1987 et 1992 et 2000), la tentative d’achat par Reuters en 1981, jointes aux erreurs de gestion de Ruhe et Geissler, ont créé un sentiment d’insécurité et d’inquiétude chez les clients et les employés de l’agence. Les employés ont vu le climat de confiance se dégrader à UPI.

Les licenciements perpétuels de cadres, de journalistes, de rédacteurs en chefs et d'actionnaires d'UPI ont fomenté un véritable sentiment de crise à l’intérieur de l’agence depuis le début des années 1980. La méfiance, les changements continuels des positions éditoriales et les mauvaises relations entre les patrons d'UPI et le syndicat des journalistes n’ont certes pas contribué à améliorer la gestion de la compagnie. Les façons dont UPI s'est prise pour annuler des hausses de salaires, faire des mises à pied, demander des concessions et agir dans le domaine des relations de travail, n’ont pas toujours été exemplaires. Les employés d'UPI ont été et restent fort démotivés.

Le marché américain : une conquête difficile

“La gestion absurde et les errements d'UPI au cours de ces quatre dernières années ont fourni aux éditeurs de journaux américains une bonne excuse pour penser qu’ils peuvent très bien se débrouiller sans l’une de ces deux sources.”
Médiaspouvoirs , décembre 1986

En ce qui concerne les agences de presse, les journaux américains ont toujours été plus fidèles à AP qu’à UPI. Dans toute son histoire d’ailleurs, UPI n’a jamais réussi à surpasser sa rivale AP (sauf lors de la mort de John F. Kennedy), bien que le style des dépêches d'United Press International a la réputation d’être plus coloré et moins terne.

Le marché américain des années 1980 et 1990 et 2000, c’est celui où le phénomène de la baisse de concurrence entre les journaux américains est roi. Ce phénomène est relié à la récession économique et à la volonté de rationalisation et de concentration des entreprises de presse. 100 journaux ont disparu aux É.-U. entre 1980 et 2005. “As television proved it could deliver hot-breaking news faster and stole away advertising dollars. At the same time, newspapers continued to fold or merge in competitive markets.”

Michael Palmer, spécialiste des agences de presse, prétend lui aussi que le marché des médias américains connaît des boule¬versements depuis 1980. “Déclin du nombre des quotidiens, baisse d’audience des trois principaux réseaux de télévision (ABC, CBS, NBC; essor des chaînes par câble dont CNN; création d’un nouveau réseau de télé (Fox News). Dans ce contexte de crise, le marché américain, bien qu’il reste le plus important de la planète, ne permet pas la survie de deux agences d’informations disposant de technologies performantes.”

Steve Geimann, ex-directeur exécutif d'UPI, soutient également que l’augmentation incessante des coûts de production des quotidiens américains jouait contre la clientèle des agences aux États-Unis. “The increasing costs to produce newspapers has killed off a number of premier publications and could threaten other well-known title publications in the West.”

Le déclin d'UPI, commencé dans les années 1970, provient donc du fait que dans plusieurs villes, il n’y a presque plus de concurrence locale entre journaux américains, surtout à cause de la concentration des entreprises de presse et du développement des chaînes de journaux (qui possèdent neuf journaux sur 10 aux Etats-Unis). “No longer worrying about being scooped, it became easy for papers in monopoly markets to comfortably drop one of the major wire services, almost always UPI.”

Entre-temps, The Los Angeles Times, The Chicago Tribune, Knight-Ridder, Scripps-Howard et The Washington Post créent aussi un réseau de presse crédible et moins coûteux. C’est le début du remplacement d'UPI par d’autres fils de presse. Qu’on pense par exemple au fait que The New York Times News Service (NYTNS) soit passé de 50 à 500 abonnés entre 1960 et aujourd'hui. Cela est fort révélateur de la situation qui a prévalu aux États-Unis : ces services supplémentaires de nouvelles sont passés de 710 clients en 1975 à 1134 en 1985 et leurs contrats avec les journaux ont augmenté de 197 % entre 1960 et 1985.

Les médias abonnés à UPI, se rendant bien compte de la crise vécue par United Press International, se désabonnèrent massivement et souscrivirent à AP et à divers fils de presse supplémentaires pour combler le vide laissé par UPI. Par exemple, l’agence perdit 287 abonnés en 1981, et The New York Times en 1985, ce qui fut perçu comme une catastrophe. Ses abonnements fondirent parti¬culièrement lors du premier trimestre de 1985. “AP a profité des problèmes d’UPI. Elle a en effet enregistré une augmentation inhabituelle d’au moins cinquante journaux pour les trois premiers mois de 1985.” AP capitalisa sur le désarroi affectant les efforts du service des ventes de son agence concurrente. UPI perdra 20 abonnés par semaine pour le reste de 1985 et ne réussit à conserver que 30 % de ses contrats.

Les problèmes d'UPI, et d’autres facteurs déjà évoquées, ont donc amené les médias américains à se questionner sur l’utilité d’avoir deux agences de presse nationales. Les chiffres sont dévastateurs pour UPI aux États-Unis :

Abonnements à UPI Abonnements à AP

1960 52 % (917) 68 % (1186)
1970 49 % (860) 67 % (1176)
1980 46 % (790) 71 % (1227)
1985 37 % (615) 73 % (1230)
1990 16 % (256) 7 % (1413)
1994 11 % (190) 94 % (1549)
2005 0% (0) 99% (1550)
Source : AP, SCHWARLOSE, Richard, The AP and UPI,

UPI a dû se battre avec AP. AP, une coopérative, a toujours pu demander des tarifs plus élevés à ses clients, investir davantage dans sa main d’oeuvre et refuser toute coopération avec UPI. La guerre des prix menée par AP a été fatale pour United Press International. “AP reaped so much more revenue from newspapers it could engage in never-ending price wars to woo away UPI broadcast clients. UPI, once dominant in the audio network area it had pioneered in 1952, saw its clientele plunge from 1,000 to 350; now it was AP that had 1,000 audio customers.”

UPI a toujours été obsédée par l’idée de battre sa rivale AP mais elle a perdu de vue le fait que la partie était impossible à gagner. Au plan des tarifs, par exemple, UPI n’a jamais pu demander des paiements équivalents à ceux des clients d’AP.

La déconfiture d'United Press International a donc été causée par des crises économiques, de gestions et d'adaptation aux nouvelles technologies :

1) Les innovations technologiques ont requis des dépenses
massives en ordinateurs, terminaux et réseaux de satellites,
ayant pour conséquences un déséquilibre financier majeur et un
durcissement des relations avec les abonnés;

2) La couverture agressive des événements par les diffuseurs
(radios et télés) et par les chaînes de nouvelles câblées comme
CNN ont détourné l’intérêt des journaux envers l’agence
et la forçant ainsi à réévaluer l’attention portée aux
nouvelles de l’heure;

3) Le déclin numérique et financier des quotidiens américains, la
principale source de revenus de l’agence, l'a forcé à chercher de
nouvelles sources de revenus.

Les pertes financières ont affecté sérieusement la stature de l’agence au plan des effectifs, de la couverture et des moyens à sa disposition. “The wire service had fallen victim not only to its own internal failures but also to radical industry transformations over which it had far less control.” Les forces du marché n’ont pu être ignorées par UPI. Son aspect “international” a presque disparu, sauf en ce qui concerne l’Amérique latine et le Japon. Le plan de restructuration 2003-2004 montre bien que UPI est dans une fâcheuse posture et que d'un jour où l’autre, elle devra cesser ses opérations. La chute d'UPI a bouleversé l’équilibre dans lequel évolue le marché mondial des nouvelles. La différence structurelle entre les deux agences américaines a désavantagé UPI et elle en a payé le prix. Pour survivre, UPI ne peut plus compter sur les traditions et les monopoles établis il y a des décennies par les journaux américains. Et des journaux américains, il n'en reste plus que 1550!

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Chapitre VI

Reuters : l'exception qui confirme la règle

“Toute proportion gardée, Reuters pourrait être un peu l’IBM de l’information financière et économique.”

Henri Pigeat (1987), Le nouveau désordre mondial de l’information

6.1 Le cas Reuters

Reuters, connue sous le nom de Reuter jusqu'en octobre 1997, fut fondée à Londres en 1851 par Paul Julius Reuter, un homme d’affaires britannique d’origine allemande. À l’origine, Reuters se voulait une entreprise télégraphique diffusant des dépêches financières aux entreprises et aux milieux d’affaires de la City de Londres et d’ailleurs dans le monde.

La compagnie changea de statut et de noms à plusieurs reprises :

1865 : Reuter’s Telegram Company (société anonyme cotée en
bourse)
1916 : Reuters Limited (société privée)
1941 : Reuters Trust (propriétaires : PA, NPA, ass. d’éditeurs)
1984 : Reuters Holding Plc (société anonyme cotée en bourse)
1998 : Reuters Group Plc

En 1859, suite aux accords avec Havas et Wolff qui menèrent à la création du cartel européen des agences de presse, Reuters “donna à l’étranger des nouvelles financières londoniennes.” Les journaux britanniques créèrent en 1868 une agence de presse nationale de style coopératif : The Press Association (PA). PA collectait les nouvelles nationales et les offrait à Reuters en retour de leur service de nouvelles financières et étrangères.

Grâce à l’impérialisme britannique et à la puissance de l’Europe à la fin du XIXe siècle, Londres, siège de l’agence, "domine de loin toutes les agences de par l’outillage anglais sur tous les points du monde." Londres est la capitale financière du monde et le leitmotiv de Paul Julius Reuters est de “suivre le câble!”, donc d’étendre le réseau de communications mondiales de son agence. Les puissances économiques de Londres et de l’Angleterre furent donc favorables à Reuters et la rendirent “indispensable” pour :

- AP qui voyait ses nouvelles triées et distribuées à Londres par
Reuters
- Wolff et Havas (qui recevaient les nouvelles britanniques de
l'agence Press Association)
- L’empire britannique, le territoire qui “reçoit” ses services

De 1859 à 1914, Reuters domina le cartel des agences avec Havas. De 1914 à 1945, Reuters perdit en partie son statut de domination : AP se retira du cartel; UPI et TASS le combattirent. En 1934, le cartel éclata. Dans l’entre-deux-guerres, l’agence perdit de sa crédibilité et alimenta la méfiance en “s’identifiant trop étroitement aux intérêts du gouvernement britannique.” Les difficultés économiques de l’agence et le développement fulgurant d’AP et d'UPI au sortir de la guerre 1939-1945 n’aidant pas, Reuters devint une agence de seconde classe jusqu'au début des années 60.

Sous l’impulsion de son président Gérald Long, l’agence renaît. Long, PDG de 1963 à 1981, constate que le service des nouvelles est déficitaire. Il décida d’informatiser l’agence en 1964 et de spécialiser ses activités dans la diffusion de données financières alphanumériques. Long introduisit “les techniques de traitement et de transmission modernes : satellite, télématique, microprocesseur, terminal, clavier et console, etc.”

On a assisté à une forte croissance économique de Reuters depuis le début des années 80. Reuters est aujourd'hui un holding qui tire presque 95 % de ses ventes de données économiques et financières aux bourses, banques, entreprises, firmes de courtage et autres organisations impliquées sur les marchés financiers. Elle s’est informatisée rapidement, à partir de 1964. C’est une entreprise qui a donc des activités qui vont au delà du journalisme.

Reuters diffuse de l'information financière et des nouvelles internationales d’intérêt général en 25 langues. Cette entreprise cotée en bourse depuis 1984 a des pupitres régionaux à Washington et Singapoure. Un service mondial en français est basé à Paris, un service latino-américain à Miami et un service allemand se retrouve à Bonn. Les pupitres de Nicosie (Moyen-Orient) et Hong Kong (Asie) ont été fermés en 1997 suite à une restructuration administrative. C'est respectivement Londres et Singapore qui ont depuis pris le relais. Près de 2400 journalistes (dont près de 300 photographes et de caméramen) travaillent pour l'agence. De plus, 4600 journalistes-pigistes et photographes collaborent sur une base régulière avec l’agence. La division "agence de presse" de Reuters, qui a fait sa réputation et son nom, a un chiffre d’affaires de 138 millions £ ou 221 millions $ US; possède 197 bureaux dans 74 pays et avait 4000 clients dans 81 pays. Le groupe Reuters avait quant à lui en 2007 un chiffre d’affaires de 5,16 milliards $ US, 15 000 employés, plus de 135 bureaux de vente dans 97 pays et 53 000 clients dans 163 pays. Son PDG est Tom Glocer. Reuters offre ses services aux banques, compagnies, firmes de courtage, milieux financiers, investisseurs et aux médias en général. Au total, le groupe Reuters a des bureaux dans 218 villes.

Depuis la chute des marchés financiers en 2000, et l'effondrement des dot.com, Reuters a perdu son statut de principale agence de presse au monde. La concurrence féroce de Bloomberg, de même que la complaisance du groupe, a fait reculer dramatiquement le chiffre d'affaires, en plus d'amener la compagnie à déclarer une première perte financière depuis sont entrée en Bourse en 1984. Reuters a licencié par exemple 5.300 employées entre 2002 et 2004 afin de réduire ses dépenses.

Selon son rapport annuel de 2003, les sources de revenus de Reuters sont les suivantes :

1) les produits destinés aux médias : = 4,8 %
2) produits destinés aux professionnels = 2,2 %
2) services et produits d'informations économiques : = 64,3 %
3) Services électroniques de transactions financières : = 28,7 %

En termes d’abonnés, la situation est un peu différente :

1) Médias =10 %
2) Institutions financières =57 %
3) Corporations =26 %
4) Gouvernements et particuliers = 7 %

Voici la situation des revenus en termes géographiques:

1) Europe, Afrique, Moyen-Orient = 51,5%
2) Asie/Pacifique = 17,2 %
3) Amériques = 15,2 %
4) Mondial (Instinet) = 12,1 %
5) Mondial (TIBCO) = 2 %

Reuters disait dans son rapport annuel 2003 avoir en opération plus de 435 000 terminaux d’ordinateurs qui permettent aux courtiers de 260 bourses d’effectuer leurs transactions financières. La diffusion de nouvelles est l'activité la plus connue de Reuters alors qu'en réalité c'est une opération de plus en plus marginale. Plusieurs analystes croient que Reuters est encore une agence de presse au sens premier du terme. Dans un dépliant promotionnel de 24 pages publié en 1993 sous le nom Global Products, il n'y a une seule page consacrée à l'agence de nouvelles Reuters, maintenant appelés “Media Products”.

L’agence de presse Reuters opère cinq différents services :

1) Reuters Television : 900 réseaux de télé abonnés dans 81 pays;
2) Reuters World Service : 2 millions mots (25 langues);
3) Reuters News Pictures Service : 100 photos par jour (20 en couleur);
4) Reuters News Graphics Service : anglais, français,allemand, espagnol
5) Reuters Business Report : Amérique du Nord, Europe, Asie

Dans certains pays, Reuters fournit son service de nouvelles mondiales aux agences de presse nationales. Celles-ci traduisent les dépêches dans différentes langues pour une distribution subséquente.

Reuters offre donc aux médias des nouvelles, des graphiques, des photos et des images télé. Ses clients sont les journaux, les magazines et les diffuseurs du monde (radio et télé). À certains moments forts de la journée, plus de 1 000 informations à la seconde sont transmises sur le réseau de communication de l'agence.

Le service des nouvelles de Reuters est bien moins centralisé qu’auparavant. Les pupitres de Washington et Singapoure opèrent, au plan éditorial, indépendamment du siège social de Londres. Londres s’occupe essentiellement du Royaume-Uni, de l’Irlande, de l'Europe, de l'Afrique et du Moyen-Orient; Washington de l’Amérique du Nord et du Sud et Singapoure des régions de l’Asie et du Pacifique. Il existe trois divisions éditoriales au sein de Reuters :

1) Reuters Europe, Middle East and Africa (REMA)
2) Reuters Asia and Pacific (RA)
3) Reuters The Americas (RAM)

Ces divisions sont elles-mêmes sous-divisées. Par exemple, Reuters Americas comprend Reuters North America, qui elle comprend Reuters Canada et Reuters America. Reuters s’incorpore en tant que compagnie locale dans la majorité des pays où cela est possible. Reuters America est incorporée en tant qu’entreprise américaine. Même chose pour Reuters Canada. Reuters est incorporé dans plus de 25 pays. De cette façon, environ 50 % des nouvelles sur le fil de presse de Reuters proviennent des régions où les abonnés sont situés et l’autre moitié provient du service mondial de Reuters. Donc, tous les médias du monde ont accès aux mêmes nouvelles, dans une proportion de 50%. Pour les abonnés de Reuters en Amérique du Nord, près de la moitié des nouvelles concernent uniquement le Canada et les États-Unis. La division nord-américaine de Reuters (RAM, Reuters North America) fait très peu de profits à cause de la très grande compétition de Bridge News, Bloomberg, Dow Jones et AP sur le marché américain.

Le cas de Bloomberg est très probant. Alors que Reuters perdait 5% de ses abonnés au premier trimestre de 2003, Bloomberg a augmenté les siens de 1%, et ce dans le même contexte économique morose. La plupart des analystes soulignent la complaisance de Reuters, assis sur ses lauriers depuis les années 1980, et la complexité de ses trop nombreux produits. En 2002, 18% de ses abonnés au Reuters Terminal ont annulé leur abonnement en raison du ralentissement économique, un facteur externe à l'agence. Aujourd'hui, en 2008, Bloomberg est devenu le premier fournisseur mondial d'informations financières, devant Reuters, avec 35% de parts de marché contre 31% pour Reuters. Il s'agit d'un recul considérable si on tient compte du quasi-monopole de Reuters encore à la fin des années 1990.

Fondée il y a plus de 157 ans, Reuters garde jalousement son indépendance. Cette indépendance est assurée par le Reuters Trust Principles, une charte signée par la compagnie en 1984, et qui l’empêche de tomber sous le contrôle ou l’influence d’un quelconque groupe d’intérêt. Aucun actionnaire ne peut avoir plus de 15 % des actions ordinaires de Reuters Holdings Plc et plus de 30% des actions votantes lors de l'assemblée générale annuelle. Les propriétaires de Reuters Group Plc sont les actionnaires (employés, directeurs, trustees, particuliers, compagnies diverses etc.) et il n'y a donc aucune actionnaire majoritaire.

De son côté, la compagnie-mère Reuters Group Plc offre divers services électroniques de transactions financières (Dealing 2000, GLOBEX@, Instinet, TIBCO et Quotron) et 35 services et produits d’information économique. Par le biais de ces services et logiciels, les clients de Reuters ont accès à de l’information en temps réel sur les monnaies étrangères, les actions, les opérations boursières, les obligations d'épargne (bonds), le commerce mondial, les informations corporatives (equities), les matières premières (commodities) et les instruments financiers en général.

Reuters offre un service d’information économique en chinois, en anglais, en japonais (REUTERSCOOP) et en français (Reuters Vidéo Financier). Reuters rassemble de l’information en provenance de 260 Bourses et marchés dans le monde. Elle doit affronter la concurrence féroce des agences de nouvelles financières Bloomberg, Bridge News (l'ancien service économique des journaux Knight Ridder, maintenant propriété de Anderson & Stowe) et Dow Jones, qui attirent des clients de Reuters: les journaux financiers et les firmes de courtage en particulier. Le plus grand défi de Reuters sera donc de surpasser ses concurrents d'ici l'an 2000.

Les services financiers de l'agence britannnique Reuters dominaient la quasi-totalité des segments de marché à la fin des années 1990, surtout pour les marchés des change et les cours de la bourse, selon Market Data Industry.

Toutefois, Reuters perd du terrain avec 41 % du marché mondial de l'information financière en temps réel en 1995 contre 48 % en 1993. Le numéro deux, Dow Jones Markets (agence américaine), a vu sa part augmenter à 16% contre 14%, mais la progression la plus marquée est celle du numéro trois, l'autre agence américaine Bloomberg, qui détient 13,5 % du marché contre 9 % en 1993. Le quatrième du secteur, le japonais Quick (Nikkei), a perdu 9 % de sa part de marché en 1993 et 8 % en 1995. En 1996, Reuters est tombé à 40 % de parts de marché, Dow Jones a chûté à 15 % alors que Bloomberg a grimpé à 16 % et Bridge News à 6,5 %, par rapport à 1995. Selon Waters Information Services, Reuters contrôle 68 % du marché du change; 33 % du marché de l'information corporative (equity information market), 24 % du marché dit des obligations (fixed incomed market) et 60% du marché des systèmes de gestion de l'information dans les salles de change (trading rooms). Les statistiques de la Bourse de Londres montrent que Reuters contrôle 55 % du marché britannique des informations corporatives (equities) et 56 % du marché des actions étrangères cotées sur le système électronique SEAQ de la bourse londonienne.

6.2 Le miracle Reuters : diversification économique et R&D

À certains niveaux, la crise n'est pas ressentie à Reuters et ce, pour plusieurs raisons. Reuters possède plusieurs avantages :

-informatisée dans les années 60 (10 ans avant AP et AFP);
- 5 % de son revenu annuel va à la recherche et au développement
(R&D)
- investissements massifs dans le développement de nouvelles
technologies;
- son créneau de nouvelles financières et économiques correspond
bien à la tendance des années 90 : intérêt croissant envers
l'économie en général;
- diversification hâtive et continue de l'entreprise (terminaux
d'ordinateurs pour les clients, services photos, graphiques, Reuters
Television, banques de données).

Reuters est en quelque sorte devenue "un des auxiliaires privilégiés des marchés financiers" où 4 800 abonnés fournissent directement de l'information brute (surtout des données et des chiffres).

6.1.1. Diversification économique

Le succès de Reuters est dû en grande partie à l’entreprise de diversification économique et aux investissements massifs en technologie mis de l’avant entre 1963 et 1981 par Gerald Long, PDG de Reuters à cette époque.

Long, un visionnaire, constate deux choses lors de son arrivée à la tête de l’agence : elle est déficitaire et comparée à AP et UPI, c’est une agence de seconde zone. Long lance en 1964 une stratégie qui est d’ailleurs encore celle de Reuters : diversification économique et investissements dans la recherche et le développement (R&D) .

On verra, tout au long de ce chapitre, à quel point le coeur du développement de Reuters de 1963 à aujourd’hui a eu peu à voir avec l’agence Reuters elle-même. La décision prise par Long en 1964 de diversifier l’agence dans le secteur de l’information financière en fut une à long terme. Elle a commencé à porter fruit au début des années 80. Les accomplissements de Reuters depuis 1960 sont nombreux. Gérald Long a réussi à résorber le déficit de son agence et à la propulser au premier rang de l’information financière.

En 1962, Reuters commença à transmettre des données par satellite. Dès 1964, l’informatisation de l’agence fut entreprise et on procèda au lancement de Stockmaster, le premier système infor¬matique international permettant d’avoir accès à de l’information boursière. Plus tard en 1967, Reuters rompit son accord avec AP et diffusa directement ses propres nouvelles sur le sol américain. En 1973, Reuters North America fut lançée afin de desservir le Canada et les États-Unis. C’est aussi le lancement du Reuters Monitor Service, permettant de diffuser les cours des devises par ordinateur aux bourses du monde.

En 1981, on passa au lancement du Reuters Monitor Dealing Service : les courtiers en bourse peuvent désormais effectuer des transactions sur écran.

Dès 1984, Reuters cesse d’être la propriété des agences de presse nationales d’Angleterre (PA), d’Australie (AAP) et de Nouvelle-Zélande (NZAP). Elle devient une entreprise cotée en bourse.

En 1984, l’agence Reuters fit un grand pas en avant grâce à l’achat du service photographique international d'UPI et la signature d’une entente d’échange de services (1985-1995) pour les photos de cette agence en provenance des États-Unis.

En 1985, Reuters acquit 51 % des actions de la chaîne d’images internationales Visnews, NBC News partagea le reste.

En 1987, l’acquisition d’Instinet, un système informatique, permit aux courtiers (equities dealers) de faire des transactions.

En 1989, ce fut le lancement de Dealing 2000, un système d’intelligence artificielle pour les courtiers des marchés financiers.

L’année 1992 représenta le lancement de GLOBEX@, un système informatique, développé avec l'aide du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Marché à terme international de France (MATIF), permettant d’effectuer des opérations en options financières et monnaies étrangères. Le système n'a jamais été particulièrement populaire et il cessera d'exister en 1998.

En 1992, Reuters acquit à 100 % Visnews Television, la plus grande chaîne d’images télévisées au monde. Visnews devient alors Reuters Television le 1er janvier 1993. Reuters TV permit à l'agence de concurrencer des entreprises comme CNN, sur le marché de l'image. Toujours en 1993, Reuters s’associa au groupe Telemundo pour la production de bulletins de nouvelles en espagnol aux États-Unis. Elle se joignit la même année à BBC et Telemundo pour lancer une chaîne de nouvelles 24 heures sur 24 en espagnol pour l’Amérique latine, l’Espagne et les États-Unis.

Toujours en 1993, Reuters acquit un système d’échange électronique appelé Teknekron Software Systems. Elle acheta dans les mois qui suivirent 18% des actions d’ITN (Independent Television News) de Grande-Bretagne, une des plus grandes chaînes de nouvelles télévisées au monde. La rumeur a longtemps voulu qu’ITN fusionnerait avec Reuters. ITN avait des revenus de 89 millions £ ou 133,5 millions $US en 1995. À l'automne 1997, Reuters augmenta son contrôle dans ITN de 18% à 20%.

En août 1993, Reuters fit une demande à la Britain’s Radio Authority pour opérer un service de nouvelles radio et des stations de radio à Londres (ce service a été vendu à l'été 1996 mais Reuters possède toujours des parts dans London News Radio). À la mi-mars 1994, Reuters acheta la compagnie américaine Quotron, conceptrice d’un système de cotation sur le prix d’action et lança Reuters Financial Television (RFTV), un service de transmission en direct d’images des événements financiers marquants de la journée. RFTV changea de nom en avril en avril 1998 et s'intégra à Reuters Television (RTV). Ce service de nouvelles financières télévisées alimente en direct les réseaux financiers du monde en images et nouvelles par le câble de la télévision et par l'écran d'ordinateur des abonnés de Reuters. Basée à Londres, New York et Tokyo, RTV offre aussi une alimentation en matinée et une autre en fin d’après-midi. Les reportages concernent les grands événements boursiers et financiers du jour. Ils sont acheminés directement dans 20 000 ordinateurs du réseau de Reuters. Les usagers peuvent donc désormais voir ces images et reportages sur leurs écrans d’ordinateurs. Les abonnés de RTV, ont accès aux événements bien avant les abonnés de l'agence de nouvelles Reuters. RTV couvre le marché américain, européen et asiatique. L’entreprise entend lancer bientôt une chaîne de nouvelles 24 heures sur 24 heures en Asie : the Asian News & Business Channel (ANB) avec la collaboration de NBC et Pearson Plc. Elle entend aussi commencer des expériences de “vidéo sur demande” avec Bell Atlantic, NYNEX, US West et America On Line en plus de fournir du vidéo corporatif au réseau Hugues Network Systems pour Hugues DirectPC Service, un distributeur américain de télévision par satellite. Reuters fournit aussi de l'information aux corporations en livrant de l'information financière d'importance et de l'information sur le monde des assurances par le biais des environnements informatiques Windows et Lotus Notes. De l'information financière est aussi offerte aux professionnels des marchés par le biais d'un système d'urgence pour les abonnés des téléphones cellulaires de SkyTel et Motorola EMBARC. Enfin, depuis 1996, Reuters offre des nouvelles médicales aux divers hôpitaux, laboratoires et centres de recherche du monde, par le biais d'Internet et vend ses archives de nouvelles et celles de 4.000 publications par le biais de Reuters Business Briefing (RBB), un logiciel de communications.

Ainsi, on s'apperçoit rapidement que la majorité des décisions stratégiques prises par Reuters depuis 1964 n’ont pas beaucoup de liens avec le service de nouvelles Reuters. Ces décisions font que Reuters est devenue principalement un fournisseur d’informations financières pour les marchés des affaires. Reuters se diversifie aussi de plus en plus dans le domaine du multimédia.

Au plan de l’agence de presse en tant que telle, il ressort toutefois que la diversification s’est faite de manière efficace. L’informatisation en 1964 fut définitivement un geste de pionnier. En 1980, Reuters ne diffusait que des nouvelles générales et des nouvelles financières en anglais, en français, en allemand et en espagnol. Aujourd’hui, son service de nouvelles est diffusé 25 langues, dont l'arabe, le russe, le japonais et le chinois. Reuters a également le plus grand réseau de télévision au monde : Reuters Television. Elle rejoint un marché qu’elle ne pouvait atteindre auparavant : 900 chaînes de télé dans plus de 80 pays. De plus, Reuters a un service mondial de photos (250 photos en couleur par jour), ce qui donne plus de force à son fil de presse. Enfin, le service de graphiques lancé à la fin des années 80 permet aux médias écrits d’illustrer les nouvelles du jour. Quarante graphiques sont émis par jour, et ce, en quatre langues.

Les acquisitions de Visnews en 1992, de 20 % d’ITN en 1997, du service photo d’UPI en 1984 et l’association avec Telemundo en 1993 pour le lancement d’une chaîne de nouvelles 24 heures sur 24 sont des exemples du plan de diversification de Reuters. “La croissance par acquisitions est très importante pour nous” dira Daniel Fogel, directeur de Reuters en France.

En développant aussi ses propres produits pour les marchés financiers, Reuters répond au besoin grandissant d’informations rapides en temps réel. Le succès de ces produits et les profits qui en proviennent permettent d’éponger les dettes de l’agence et d’y implanter la technologie de l’heure.

Selon Fogel, cela explique pourquoi les autres grandes agences de presse n’ont pas réussi leur modernisation.

“Je ne porte pas de jugements sur nos concurrents. Pour Reuters, la réponse est simple : une excellente gestion et une bonne anticipation du marché; ajoutées à cette règle de toujours utiliser la technologie de pointe, quoiqu’il en coûte. Aujourd’hui, nous sommes presque victimes de notre réussite car il nous faut en permanence accroître les capacités de nos réseaux.”

La diversification de l’agence a permis à Reuters de développer des nouveaux marchés depuis le début des années 1980. “Parts of the media market are still growing, with more publications and more television channels in many countries, especially in eastern Europe. The market requires more advanced digital transmission technologies, in which we are investing”, dit le rapport annuel 1992 . Depuis 1990, Reuters a intensifié son développement en Russie et dans la Communauté des États Indépendants (CEI) où elle a maintenant plus de 300 clients. Reuters a d’ailleurs inauguré un centre international à Moscou en 1993 où ses services de nouvelles, ses services financiers et de télévision sont tous regroupés sous un même toit. Même chose pour Washington, D.C. L'agence a aussi fait une entrée remarquée en Albanie en 1988, au Japon (avec son service japonais et son entrée aux clubs sélects de presse “kisha”), en Chine en 1992 (avec son service chinois), au Vietnam en 1993 (bureau à Hanoi et Ho Chi Minh City), au Moyen-Orient en 1992 (service en arabe), en Ukraine (bureau ouvert en 1992 à Kiev), en Slovénie (1994) et en Croatie (nouveau bureau à Zagreb). Reuters a également réussi, en 1992, à supplanter les agences de presse nationales en Corée du Sud et en Inde, où elle diffuse maintenant directement ses nouvelles.

De plus, avec Reuters Television, l'agence possède un avantage décisif et comparatif : les personnalités sont plus dispsosées à accorder des entrevues aux équipes télé de Reuters qu'aux journalistes écrits de AP et AFP. "Depuis son arrivée à Gaza, Yasser Arafat a donné deux entretiens exclusifs à Reuters, et pas un seul à l'AFP. Ayant plus d'équipes sur le terrain, les Britanniques risquent moins de passer à côté d'une information." Reuters Television a aussi signé une entente avec le réseau de télévision russe Ostankino 1. L'émission d'affaires publiques "Do e Postlie" diffusée le samedi soir utilise dorénavant les reportages de Reuters TV et utilise les ressources de l'agence télévisuelle. Cette émission a 100 millions d'auditeurs. En Italie, les informations économiques internationales son diffusées par l'agence de presse italienne AGI depuis l'automne 1997.

Avec la réorganisation de ses activités en Europe en 1989 (un siège à Genève) et aux États-Unis en septembre 1993 (Reuters America Media Business Unit), Reuters poursuit sa stratégie de croissance : elle ouvre des bureaux afin de répondre à la demande grandissante de nouvelles en provenance de diverses régions.

Cela explique peut être pourquoi l’agence Reuters est passée de 10 journaux abonnés en 1970 à 600 aux États-Unis, soit 40 % . Reuters a maintenant 29 bureaux en Amérique du Nord, dont deux ouverts en 1994 à Charlotte en Caroline du Nord et à Cleveland en Ohio, un à Winnipeg en février 1995 et un dernier à Québec en mai 1997 (qui a été fermé en avril 2004). Elle a lancé, en septembre 1993, un service de nouvelles télévisées pour les stations de télé locales aux États-Unis (Reuters Reports). Également, Reuters a un service de nouvelles financières et économiques pour les sections financières des journaux et pour les médias en général. Depuis septembre 1995, elle offre des nouvelles des grandes compagnies des 50 États américains. Les clients reçoivent de l'information fraîche sur 6000 compagnies basées aux États-Unis. Les informations sont classées par État. Reuters a aussi signé une entente avec les réseaux de radio d'ABC News (ABC Radio Networks) afin de fournir les nouvelles financières au service de nouvelles 24 heures sur 24 ABC NewsWire.

La politique de Reuters a toujours été de consacrer cinq pour cent de son revenu annuel à la recherche et au développement (R&D). Cinq pour cent, c’est substantiel par rapport à la moyenne des grandes entreprises. Les investissements de Reuters dans ce domaine, ont permis la création de nouveaux produits informatiques destinés aux marchés financiers et au développement du plus important réseau privé de télécommunications au monde. Plus de 900 personnes travaillent pour le service R&D au groupe Reuters dans les principaux centres suivants : Londres, Long Island, Chicago, Hong Kong, Tokyo, Singapour et Toronto. Reuters a investi 78.8 millions de £ en 1992 (135 millions $ US), mais uniquement 2.5 millions de £ (4,25 millions $ US) ont été consacrés aux produits médias. “Development expenditure grew 17 % in 1992, compared to 9 % in 1991. In each of the past five years development expenditure totalled approximately 5 % of annual revenue.” La croissance des dépenses reliées à la recherche et au développement a été de 44 % en 1994 et de 21 % en 1995.

Les chiffres en R&D depuis 1982 sont étonnants (1£=1,7 $ US=2,2 CAN $) et ne cessent d’augmenter en flèche, année après année.

1982 6.2 millions de £
1983 9.6 millions de £
1984 12.0 millions de £
1985 17.0 millions de £
1986 23.3 millions de £
1987 47.8 millions de £
1988 55.3 millions de £
1989 59.7 millions de £
1990 61.8 millions de £
1991 67.3 millions de £
1992 78.5 millions de £
1993 91.0 millions de £
1994 110 millions de £
1995 191 millions de £
1996 202 millions de £
1997 235 millions de £

Ces chiffres montrent que les investissements n’ont pas cessé d’augmenter, année après année. Le niveau des investissements demeure stable à environ cinq pour cent pour chacune des années. L’aug¬mentation en nombres réels est due à la croissance du chiffre d’affaires du groupe Reuters.

La R&D est à la base même de ce qu’on appelle le miracle économique de Reuters. "Our development expenditure remains one of the biggest of the major UK companies and we intend that it should remain so."

6.1.2 Succès financier mais déclin depuis 2000

Ce succès, il est réel. En effet, la situation à l’agence Reuters dans les années 60 était plutôt précaire, selon Donald Read, auteur d’une étude “officielle” de l’agence. “How long could the old Reuterss have survived after 1963? Money was the key. A modest annual working surplus could never have financed a successful transformation of Reuters. For that, millions of pounds in long-term investments was needed, and needed quickly.”

Reuters cumula des pertes de 57 000 £ (97 000 $ US) en 1964 et accuse un autre déficit en 1967. Par comparaison, AP fait un profit de 186 792 £ (318 000 $ US) en 1964. En 1968, Reuters eu un déficit de 100 000 £ (170 000 $ US) et même dix ans plus tard en 1978, Reuters a des pertes de 7 millions de £ (11,9 millions $ US). Par mesure de comparaison le déficit d'UPI en 1978 était de 5,3 millions $ US et celui d’AFP frôlait également les 5 millions $ US.

Les journaux britanniques, qui étaient des partenaires majeurs de l’agence, vivaient aussi une situation économique difficile. La télévision concurrençait férocement les journaux pour l'obtention des revenus publicitaires et les montants versés par les propriétaires de l’agence (Newspaper Proprietors Association-NPA, Press Association-PA, Australian Associated Press-AAP et New Zealand Associated Press-NZPA) diminuaient rapidement. 70 % des revenus de Reuters provenaient de l’extérieur de l’Angleterre (son marché national) au contraire d’AP, UPI et AFP.

Les observateurs, tels que Pigeat, Read, Huteau, Ullmann et Cohen s’entendent pour dire que le discernement, l’esprit de risque et la vision à long terme de Gérald Long qui expliquent le succès financier que connaît le groupe Reuters depuis le début des années 80. “Long quickly decided that Reuters must invest urgently in projects and equipment for the economic services. This was a crucial decision for Reuters.” On indique aussi que Long a réalisé rapidement la nécessité de contrôler les coûts de l’agence, de moderniser la compagnie et de mettre sur papier une politique de relations de travail. Il croyait que le salut de Reuters devait passer par l’information économique. Pour lui, l’avenir c’était la transmission de données. Henri Pigeat écrira : "Le génie de Gerald Long a été de percevoir que les techniques des médias, et en particulier celles des agences, allaient connaître un bouleversement total. Il savait que l’information générale ne suffirait jamais à assurer l’équilibre financier de Reuters."

Long fit la description des objectifs de la compagnie lors d’un discours en 1971 :

“Reuters central purpose is to achieve the highest standards of excellence in the provision of news services, and information and communications systems to subscribers throughout the world. To maintain this purpose Reuters must be profitable, since profit is the condition of Reuters existence and the touchstone of Reuters efficiency. The use of profit is to develop Reuters services and to benefit Reuters shareolders and staff.”

Les investissements majeurs commencent donc en 1972. Les coûts de la main-d’oeuvre représentaient alors 50 % du budget total de l’agence. Reuters passe de 1352 à 2036 employés entre 1964 et 1976.

Au milieu des années 70, la stratégie de diversification lancée en 1963 commence à porter fruits.. Les systèmes Stockmaster, Videomaster, Reuters Ultronic Report et du Reuters Monitor sont devenus la norme en Europe et aux États-Unis et leur succès amène une certaine prospérité au groupe Reuters. Reuters fait un profit de 1,3 million £ en 1973 et de 2,7 millions £ en 1974. L’effondrement du Système Monétaire International de Bretton Woods en 1974 entraîna la dévaluation de toutes les monnaies du monde, révolutionna les marchés financiers et la demande d’informations dans ce domaine. La nouvelle fluctuation des monnaies et des taux d’intérêts rendit nécessaire l’information en temps réel 24 heures sur 24 partout dans le monde. C’est surtout depuis 1976, sous l’impulsion du directeur général adjoint Glen Renfrew, que Reuters devint très intéressée aux nouvelles technologies et aux grands développements qui peuvent s’y rattacher.

Le succès financier ne se fait pas attendre : “In the first five years, up to June 1978, the Reuters Monitor generated gross revenue of well over £30 million, and operating profit over £11.5 million. This compared with an original forecast of just over £1.1 million. By 1983, operating profit after ten years totalled £100 million. Here was a remarkable success, which transformed the face and fortunes of Reuters. Company turnover in 1983 was fourteen times that of 1973.” En 1979, les ventes de Reuters représentent le tiers de celles de Dow Jones, son principal compétiteur. En 1987, les ventes de Reuters dépassent celles de Dow Jones par plusieurs centaines de millions de dollars US.

À l’agence Reuters, les profits ont pris plus de temps pour être atteints. L’agence est considérée comme un “centre de coûts” (cost center) plutôt que comme un “centre de profit.” Reuters Amérique du Nord, qui existait depuis 1973, annonça ses premiers profits en 1981 (2 036 000£). Reuters Overseas fait son premier profit en 1982, alors Reuters Europe et Reuters Asia font de même en 1980. Malgré cela, la division éditoriale de Reuters (non pas le groupe Reuters) demeurait déficitaire dans son ensemble. Elle perdait 5,4 millions £ en 1977 et même 12 millions £ en 1983 soutien l'auteur d'une biographie de l'agence, Donald Read.

Malgré le départ de Gérald Long en mars 1981, le succès de Reuters est confirmé. “Yet by the time of Long’s resignation in 1981 the success of the new Reuters was becoming apparent to all. The quadrupling of profits in that year, and their more than doubling in 1982, signalled a novel prosperity.”

L’idée de changer la structure de la compagnie en 1984 a été aussi bénéfique financièrement. Cette année-là, le groupe Reuters Limited (une coopérative d’agences de presse nationales) devient un holding public cotée à la Bourse de Londres. L’émission d’action rapporte à la nouvelle entité Reuters Holdings Plc la rondelette somme de 52 millions £ en nouveau capital. La décision de Reuters de devenir une compagnie publique s’explique par la croissance rapide de ses profits à partir de 1980. "Why did Reuters not go public sooner? What changed the situation in the eyes of the Reuters owners was the dramatic growth in Reuters profits during the early 1980s. First, these quadrupled between 1980 and 1981, and then they more than doubled again for 1982. Reuters even began to declare dividends : £ 1.9 million for 1981, £ 5.8 million for 1982." Les dividendes versés en 1981 sont les premiers depuis 1941.

L’évolution des résultats financiers de Reuters depuis 1960 est révélateur de son succès. En 1960, les revenus de Reuters étaient de 2,5 millions £ (1 £= 1,5 $ US). En 1970, les revenus passent à 10,5 millions £. En 1980, ils grimpent à 90,1 millions £. Entre 1980 et 1985, les revenus de Reuters passèrent de 90 millions £ à 434 millions £ (une augmentation de 186 %). Reuters a vraiment explosé au début des années 80. En 1989, les revenus de Reuters frôlèrent le 1,2 milliard de £. En 1992, ils se situaient à 1,6 milliard de £. Les chiffres datant de février 1996 montrent qu'en 1995, Reuters a dépassé les 4,13 milliards $ US de revenu. Les résultats de l'année entière 1996 ont été de 4,99 milliards $ US de revenus, soit 8 % de croissance. Il faut noter que la croissance des revenus est principalement lié à la vente d'équipements (le News 3000, un nouveau terminal d'ordinateur qui offre des informations historiques et analytiques), au commerce électronique (avec le système Instinet qui a connu croissance de 46 % en 1996) et aux produits transactionnels tel TIBCO (connu autrefois sous le nom de Teknekron).

Les profits accumulés depuis le début des années 80 démontrent la santé financière du groupe. Aujourd’hui, Reuters est la 174e plus importante compagnie au monde et est 18e rang des compagnies cotées en bourse à Londres. Elle est considérée comme "l'entreprise la plus admirée" au Royaume-Uni selon un sondage publié à l'automne 1997 dans The Financial Times. Reuters s'auto-finance sans problème.

L'entreprise est si riche qu'elle a redistribué 1,5 milliard de livres sterling à ses actionnaires en février 1998, dans le cadre d'une importante réorganisation de capital. Cette réorganisation comprenait la création d'une nouvelle société holding, Reuters Group Plc, qui a repris Reuters Holdings Plc.

Profits (pertes) avant taxes % d’augmentation

2007 450,5 millions $ US -25.6%
2002 -493 millions livres
1997 1,1 milliard $ US -2%
1996 1,2 millard $ US 17 %
1995 928 millions $ US 17 %
1994 790,5 millions $ US 16 %
1993 647,7 millions $ US 15.0 %
1992 383,2 millions de £ 12.6 %
1991 340,3 millions de £ 6.3 %
1990 320,1 millions de £ 13.1 %
1989 283,1 millions de £ 31.4 %
1988 215,4 millions de £ 20.5 %
1987 178,8 millions de £ 37.4 %
1986 130,1 millions de £ 39.0 %
1985 93,6 millions de £ 26.0 %
1984 74,3 millions de £ 34.4 %
1983 55,2 millions de £ 50.4 %
1982 36,7 millions de £ 120.2 %
1981 16,7 millions de £ 392.3 %
1980 3,9 millions de £ 10.6 %

Pour 1994 et 1995, Reuters avait prévu des augmentations de profit d'opérations de plus de 10 % (Business Week avait prévu 20%). Les résultats financiers pour 1996 ont démontré que les profits de Reuters avant les intérêts se sont chiffrés à 1,1 milliard de dollars US (641 millions £), une hausse de 17 % comparativement à 1995. Il est à noter que les mouvements des taux de change n’ont eu aucun effet significatif sur ces chiffres. Les profits par action ont été de 30,4 pence pour 1996, une hausse de 18 %. Il est intéressant de noter que Reuters réussit toujours à garder un niveau de revenus supérieur à celui de ses dépenses. Pour 1997, les revenus de Reuters ont baissé de 2% par rapport à 1996, à cause de la force de la livre sterling et l'exposition de l'entreprise à la crise économique asiatique.

Reuters se doit de développer continuellement de nouveaux produits car les marchés financiers et médiatiques sont prêts du point de saturation. La création d'une division pour les nouveaux médias (Reuters NewMedia) est un bon départ : Reuters se cherche des alliés dans le domaine de la publicité (AdValue Media Technologies de New York et Aim 21 Inc. de New York) et de l'éducation (avec inGENIUS de Denver et Liberty Media Corporation de Denver). Depuis cinq ans, Reuters n'a pas augmenté ses tarifs. L’analyse de la situation financière chez Reuters montre que la croissance des profits et du chiffre d’affaires du groupe est reliée uniquement au développement des filiales de Reuters: les services financiers tels Instinet et Teknekron (maintenant appelée TIBCO). En 1996, par exemple, les revenus de Instinet ont augmenté de 42 % à 588 millions $ US mais ceux de TIBCO ont baissé de 30 % pour atteindre 77 millions $ US. En 1990, le tiers des transactions sur les monnaies étrangères dans le monde passait par les terminaux de Reuters.

6.2 Reuters, toujours une agence de presse?

Au début des années 90, Reuters a rationalisé son budget médias, limité l’utilisation de ses pigistes et la couverture des nouvelles générales, puis coupé dans sa couverture photographique. Une politique d’austérité, lancée en 1990, a permis de contrebalancer les coûts que représentaient les investissements massifs en technologie. Le groupe a procédé de 1990 à 1992 à des baisses annuelles de 5 % en effectif. Reuters avait 10.731 employés en 1990, 10.243 en 1991 et 10.159 fin 1992. Les choses ont changé depuis. En 1994, le personnel a augmenté de 20 % et il a grimpé de 6 % en 1995 pour atteindre 14.348 employés à temps plein. À la fin de 1998, Reuters comptait près de 16.500 employés.

Le groupe Reuters demande à la plupart de ses journalistes de se concentrer presqu'exclusivement aux nouvelles économiques. Les photographes nord-américains ne couvrent les parties de hockey de la LNH que si les journaux des deux villes rivales sont abonnées au service photo de Reuters. “Disgust with the increasing subordination of Reuters’ news operations to financial services has been given as one reason why some senior Reuters journalists resigned from the organizations in recent years, some of them going to set up London’s new The Independent newspaper in 1986.” Déjà en 1973, la démission du rédacteur-en-chef mondial de Reuters crée un émoi. “The resignation of Horton as editor-in-chief of the General News Division at the end of 1973 was a clear sign that the general-news side had lost the initiative within Reuters. Having ceased to be the top dogs, many general-news journalists began to fear that they were becoming the underdogs.” La démission de son successeur, en septembre 1977, eut lieu pour les mêmes raisons.

Donc, bien que Reuters se porte à merveille, et que l'agence de presse soit aussi très populaire auprès des médias (en Asie 39 % des nouvelles européennes viennent de Reuters et 25 % de l'AFP, en Europe 12 % des nouvelles asiatiques proviennent de Reuters, six pour cent d'AP et 62 % des correspondants locaux) , n'empêche que le service “agence de presse” est peu rentable, bien que vital. Pour des journalistes, “la dimension éditoriale au travail de Reuters lui donne un côté distinct et une autorité qui la met à part de ses compétiteurs offrant des services informatiques qui dépendent uniquement de la technologie. ” Les bureaux de Reuters, autrefois constitués uniquement de journalistes, regorgent maintenant de vendeurs, de publicistes, d'administrateurs, de caméramen, de journalistes télé, photographes, programmeurs informatiques et de réalisateurs télé. "L'agencier qu'il était, et demeure, a dû s'adapter au cours des trois dernières années à l'outil audiovisuel. Ses locaux, encombrés de tables de montage, de magnétoscopes et de moniteurs, ressemblent plus à des studios de télé qu'à une salle de rédaction. (...) À force d'étendre ses activités, Reuters a transformé ses chefs de bureau en zappeurs fous." Le mariage télévision-presse écrite est donc difficile estime certains depuis que Reuters a fusionné tous ses bureaux avec Visnews, devenue Reuters Television.

"It is hardly a happy ship. Reuters' journalists feel increasingly unappreciated by what they call the beancounters," a écrit le quotidien dominical The Observer, le 18 février 1998, suite au scandale impliquant Reuters dans des allégations d'espionnage électronique envers Bloomberg. Reuters a en effet annoncé à la fin de janvier 1998 que sa filiale américaine Reuters Analytics faisait l'objet d'une investigation du FBI et d'un grand jury quant à des soupçons de vol de propriété intellectuelle envers Bloomberg. Reuters Analytics, qui développe des efforts de recherche dans le domaine de l'étude historique et analytiques des bons du trésor et des bons d'épargne, aurait engagé une firme de consultants pour faire une étude de concurrence sur Bloomberg. La firme aurait outrepassé son mandat, avec l'approbation de membres dirigeants de Reuters Analytics, en volant des informations provenant des ordinateurs de Bloomberg et les transférant dans les banques de données de Reuters.

"Morale has been hardly improved by the New York scandal because staff have seen their share options dwindle away. Reuters is also a frustrating bureaucracy, vulnerable to nimle competitors such as Bloomberg. Bit, thought occasionnally leaden-footed, Reuters remains through Peter Job's 'focus, focus, focus' a formidable competitor, expending considerable resources monitoring its rivals," a ajouté The Observer.

Reuters a peut être gagné le pari du développement et de la plus puissante multinationale de l’information au monde mais les services offerts aux médias sont maintenant considérés comme secondaires, bien qu'incontournables. Cependant Reuters réussit cependant à payer plus de 2000 journalistes permanents en 1997 (comparé à 1 000 en 1990).

Les dirigeants de l’entreprise ne pensent pas que Reuters n’est plus une agence de presse au sens premier du terme. “Le concept d’agence de presse tel qu’il existe est obsolète et poussiéreux. Il est régi en principe par des ordonnances de 1945 qui ne connaissaient comme support que le papier. On n’en est plus du tout là. Quant à Reuters, il s’agit d’un groupe qui a des activités diversifiées. Parmi celles-ci l’agence Reuters traite plus particulièrement de l’information sous toutes ses formes. Nous faisons énormément d’investissements dans le secteur des médias. Il ne s’agit pas pour nous d’un marché marginal, il mobilise toute notre attention.”

Catherine Conso les contredit dans son analyse stratégique et financière. “On notera que si l’effectif total augmente, suivant en cela la croissance du groupe, le nombre de journalistes diminue en poids relatif, à l’image de l’activité “agence de presse” qui se marginalise. On constate en 1988 une montée de 62,2 % des personnels techniques et commerciaux au détriment des personnels d’édition.” Selon les chiffres de 1997, 2000 des 16 000 employés de Reuters sont soit journalistes, photographes ou cameraman, ce qui représente moins de 12,5 % de l’effectif total du groupe.

En plus de constater que l’agence n’est plus la locomotive qu’elle était, plusieurs journalistes n’ont pas le sentiment que l’agence contribue au succès du groupe Reuters. En 1962, le service général de nouvelles représentait 68,6 % des revenus de Reuters et le service économique représentait 31,4 %. En 1970, la tendance était déjà inversée : 66 % des revenus de Reuters provenaient du service économique et 34 % de l’agence de presse. Aujourd’hui en 1998, près de 93 % des revenus proviennent du secteur financier et 7 % des “produits destinés aux médias”.

Plusieurs récents désabonnements spectaculaires font foi de l'insatisfaction de certains médias envers Reuters : Far Eastern Economic Review, Australian Broadcasting Corporation, The Daily Telegraph, The Independent, les agences Presse Canadiennen et The Canadian Press, etc. The Independent et The Daily Telegraph se sont cependant depuis réabonnés.

L’activité “agence de presse” de Reuters est dorénavant appelée “produits médias et professionnels”. Si on tient compte du fait que United Press International n’est plus une agence de presse internationale, que l’Agence France-Presse avait en 2004 un chiffre d’affaires de plus de 210 millions $ US, que celui d’AP était de 560 millions $ US, le chiffre d’affaires médias de Reuters pour 2004 (366 millions $ US) est supérieur à celui de l'AFP mais inférieur à AP.

Chapitre VII

LE VILLAGE CNN

Les agences ne vivent pas en vase clos. Elles sont en interaction avec les autres médias. Ce système connaît des mutations profondes depuis une quinzaine d’années. En effet, on constate maintenant que près de 80 % des citoyens en Occident obtiennent leur information uniquement par la télévision. En ce qui a trait à l’information internationale, l’audiovisuel a supplanté l’écrit et cela provoque des bouleversements majeurs pour les agences écrites. La baisse du lectorat en Occident est mise en relief par les récents succès des chaînes de nouvelles continues telles que CNN et BBC World. De plus, les agences de presse mondiales doivent affronter la concurrence renouvelée de trois agences de presse régionales (DPA, ANSA, EFE) bien établies dont l’ambition est de devenir mondiale à leur tour.

Confrontées aujourd’hui à un triple défi technologique, économique et politique, AP, AFP, UPI et Reuters doivent s’adapter à un nouvel environnement, qui est à la fois géopolitique et économique. Géopolitique, parce que le monde a changé de visage la fin des années 80, avec la chute du mur de Berlin et des régimes communistes de l’URSS et des pays satellites de l’Europe de l’Est. Économique, parce que la globalisation des marchés entraîne un développement technologique ultra-rapide ainsi qu’une demande accrue de nouvelles en provenance des agences de presse.

D’autres facteurs généraux expliquent en partie la crise des agences de presse internationales.

7.1 UN SYSTEME INTERNATIONAL DES MÉDIAS EN
MUTATION

7.1.1 La montée de l'audiovisuel comme source
première d’information internationale

La montée de l'audiovisuel en tant que source d’information principale pour les nouvelles internationales est un fait marquant des décennies 1980 et 1990. On remarque un léger déclin d’influence des agences de presse lié à la multiplication des canaux de télévision consacrés exclusivement aux nouvelles. Certains pensent que puisque les chaînes d’informations continues ont aussi besoin des agences, elles leur seraient plus utiles que nuisibles.

CNN est le premier exemple de cette crise qui touche l’écrit en Occident depuis une quinzaine d’années.

La crise des agences de presse est directement reliée au déclin de l’écrit en général, surtout en Occident. Les États-Unis sont passés de 1748 à 1533 quotidiens entre 1970 et 1996. Les revenus publicitaires des journaux ne cessent de péricliter et la hausse de 40 % du coût du papier en 1995 a alimenté la crise. La tonne de papier se vendait 800 dollars US au début de 1996 mais le prix a chûté à 500 dollars US au printemps 1997. En fait, la crise arrive en même temps que l’érosion et le déclin des valeurs et des institutions de la presse écrite. Lors du Congrès mondial de la Fédération internationale des éditeurs de journaux tenu à Berlin en mai 1993, la tendance mondiale à la baisse du lectorat et de l’achat d’espaces publicitaires a été constatée par les participants. “En 1992 par exemple, la baisse des tirages s’est accentuée dans tous les pays industrialisés : -2,6 % aux États-Unis, -1,2 % au Japon et -9,5 % en Australie.”

La chute du lectorat a été également forte au Canada et en Angleterre. Au Canada, les 105 quotidiens ont connu une baisse moyenne de 2,3 % en 1996. La Presse de Montréal, The Ottawa Citizen ont perdu chacun 6,8 % de lecteurs. “The print media are now running scared. Study after study indicates that the public increasingly relies on television, not newspapers, for its information.” En Russie, le lectorat a dégringolé de 68% depuis 1989. Aux États-Unis les ventes quotidiennes de journaux ont baissé de 506 158 en 1994 et de 1,1 million en 1995. Des journaux ont encore récemment fermé dans des villes comme Houston, Baltimore, Milwaukee et New York. La baisse de la circulation des journaux américains est moins importante depuis le début de 1996. Les chiffres de l'Audit Board of Circulation montre que huit des treize plus grands quotidiens des États-Unis ont connu des pertes quotidiennes de circulation plus faibles entre le 1er octobre 1995 et le 31 mars 1996 que l'année précédente. The New York Times a perdu 2,7 % de circulation pour cette période et The Los Angeles Times 4,7 %. Cependant, The Wall Street Journal, USA Today et New York News ont respectivement augmenté leur tirage de 1, 3 et 4,5 %.

Les chaînes de télévision pourraient bientôt voler le marché publicitaire des journaux, si les nouveaux services disponibles, à court terme sur le câble, donnent les résultats prévus.

Les coûts d'imprimerie, qui représentent 20 % des coûts d'un quotidien, ont fait chûter la circulation hebdomadaire de sept des dix plus grands quotidiens aux États-Unis dans les six premiers mois de 1995. Si on exclut The Chicago Tribune, The Houston Chronicle et The Dallas Morning News, tous les autres ont connu une baisse. C'est le cas du New York Times, du Los Angeles Times et du Washington Post. The Wall Street Journal a vu sa circulation baisser de 1 % à 1,76 million de copies mais celle du USA Today a grimpé de 1,52 million de copies en 1997 à 2,3 millions en juillet 2004.

La baisse généralisée du lectorat demeure surprenante pour certains. En effet, avec une population qui croît et qui est de plus en plus scolarisée qu’avant, c’est un phénomène étonnant. Les études ne disent pas si la tendance à la baisse du lectorat s’étend aux magazines et aux livres mais de nombreux faits sont évoquées : journaux à la carte, journaux sur support informatique, etc. Chose sûre, la consommation de journaux en Occident ne cesse de diminuer malgré une hausse de lecteurs potentiels. Pour ce bien très périssable qu’est l’information internationale quotidienne, le citoyen s’en remet presqu’à 80 % à la télévision (qui elle s’alimente directement auprès des agences). Dans ce contexte, la popularité de CNN s’explique facilement. Une étude de la firme Goldman Sachs rendue publique à l'été 1995 montre que le taux de pénétration moyen des journaux dans les 73 pays recensés n'est que de 154 quotidiens pour 1000 adultes. Encore là, 137 pays n'avaient pas été analysés lors de l'enquête.

Il y a cependant diverses sources de revenus pour les agences de presse et la presse écrite en général, selon cette même étude.

Les empires de presse doivent se livrer "à de nouvelles offensives de concentration de manière à réduire leurs coûts de production, à exploiter plus efficacement à la fois la valeur de leur salle de rédaction et leur capacité à livrer des consommateurs potentiels à leurs annonceurs."

Goldman Sachs note que les rendements financiers dégagés par les diffuseurs d'information (ou les agenciers) sont plus élevés que ceux produits par les journaux. L'étude identifie des produits de diversification qui sont plus prometteurs :

1) L'audiotex (information livrée par téléphone plutôt que sur
papier)
2) Les alliances avec les chaînes de télévision pour la production
d'émissions d'information
3) Les services on-line
4) L'exploitation de créneaux spécialisés

L'étude soutient que les tentatives de journaux informatisés où le lecteur (le consommateur) fait son choix d'information et l'utilisation du télécopieur pour développer quelques services spécialisés "laissent certains éditeurs perplexes...et se sont avérées décevantes au chapitre de la rentabilité."

"Pour assurer leur survie à long terme, les empires de presse devront de plus en plus conclure des alliances avec d'autres médias et mettre sur le marché des produits d'information dérivé" conclut l'étude."

7.1.2 This is CNN!

"On est pris trop au sérieux" déclare le vice-président de CNN, M. Eason Jordan. "Nous ne tenions pas compte de CNN à l'époque" dira Peter Jennings, le présentateur vedettes d'ABC News. Quel contraste!

Cable News Network (CNN) est une chaîne de nouvelles américaine diffusant 24 heures sur 24 à partir d’Atlanta. Fondée en 1980 par le milliardaire Ted Turner, CNN est devenue, auprès des élites mondiales, la source d’information principale en matière de nouvelles internationales. Grâce à huit satellites de télédiffusion, CNN rejoint plus de 110 millions d’auditeurs “avertis” dans plus de 140 pays et territoires. Les images de CNN et de CNN International sont reprises par les télédiffuseurs locaux. En 2004, CNN avait des revenus de 750 millions $ US.

CNN est abonnée à Reuters Television, APTV, Eurovision, Intervision et à l'Asian Broadcasting Union. Elle a des ententes d’échanges d’images avec 150 réseaux de télé au monde, dont la Société Radio-Canada (SRC) et son concurrent Al Jazira. CNN est membre du groupe Turner Broadcasting System Inc. (TBS), un empire médiatique de 8,5 milliards $ US qui a fusionné avec Time Warner Inc. en septembre 1996 pour créer la plus grande compagnie mondiale dans le domaine du divertissement. Time Warner a par la suite fusionné avec America On Line (AOL), dans le cadre d'une méga-transaction. Time Warner prévoyait déclarer des revenus de 42 milliards de dollars US en 2004, avec un bénéfice net de 3,5 milliards$.

Pour la première fois dans l’histoire du monde, les gouvernements de la planète comme les gens en général sont reliés par un réseau mondial de nouvelles 24 heures sur 24. CNN diffuse sur le câble aux États-Unis et au Canada et par satellite ailleurs dans le monde. La majorité de ses auditeurs sont soit au travail (journalistes, politiciens, hommes d’affaires, lobbyistes, courtiers en valeurs mobilières etc.), à la maison ou dans les hôtels (touristes, clientèle d’affaires, etc.). CNN a 28 bureaux de nouvelles dans le monde. CNN a été la première organisation de nouvelles américaines en 28 ans à reçevoir un permis pour ouvrir un bureau à Cuba. Par mesure de comparaison, la crise du Golfe en 1990 lui a coûté 25 millions $ US: 300 personnes travaillaient à la couverture. En 2003-2004, lors de la guerre en Irak, le budget de couverture a été de XXX. CNN a neuf bureaux aux États-Unis et 24 à l’étranger. La plupart des programmes originent d’Atlanta mais des segments locaux sont aussi produits à Londres, Miami et Hong Kong. En 2004, CNN diffusait en anglais, russe, chinois et espagnol.

CNN offre les services suivants :

- "CNN" qui diffuse pour le Canada et les États-Unis;
- "CNN International" qui diffuse dans plus de 140 pays;
- "CNN Internacional" qui diffuse en espagnol dans tout le monde
- "CNN Headline News", un canal de manchettes
- "Noticiero CNN" pour l’auditoire espagnol;
- "CNN Radio" (500 abonnés dans 8 pays);
- "CNN Television" (envoi d’images à 350 stations de télé dans
125 pays).
- CNN at Work (informations télé sur des ordinateurs PC)
- CNN on Line (informations par modem)
- CNNfn (chaîne de nouvelles financières diffusant 12 heures par
jour
- CNN-SI (chaîne de nouvelles sportives lancée avec le magazine
Sports Illustrated)
- CNN Interactive (site Web, http://www.cnn.com)

Le succès de CNN repose sur la diffusion en direct d’événements marquants, grâce à la technologie des satellites. CNN s’est fait un nom en 1981, entre autres, avec la diffusion en direct de la tentative d’assassinat du président américain Ronald Reagan et également lors de l’explosion de la navette Challenger en 1985. Depuis 1985, CNN est véritablement présente à l'international.

La puissance de CNN a été mise en évidence de façon particulière lors de la guerre du Golfe en 1991. CNN avait alors débrouillé ses ondes afin que toute la planète puisse regarder la guerre se dérouler devant leurs yeux. Le livre de Robert Wiener En direct de Bagdad (Robert Laffont, 1992) raconte en détail les efforts mis par CNN lors de cette guerre et nous permet d’entrer dans les coulisses de cette organisation. CNN s’est fait aussi connaître par ses couvertures en direct de l’effondrement mondial des marchés financiers en octobre 1987, de la crise roumaine en 1989, de la chute du mur de Berlin, de la tentative de coup d’État contre Gorbatchev en août 1991, des audiences publiques pour la nomination du juge Clarence Thomas, la carnage de Waco au Texas, l’explosion au World Trade Center de New York, l’affaire O.J. Simpson, l’affaire Lorena Bobbit, l'explosion à Oklahoma City, l'assassinat du président Rabin à Jérusalem, l'écrasement de l'avion de la TWA 800 à New York en juillet 1996, les débats sur l’Accord de Libre-Échange Nord Américain (ALÉNA) et l'affaire Monica Lewinsky. Ce ne sont ici que des exemples parmi d’autres qui ont frappé l’imagination du public.

Le "village CNN" a réalisé des percées majeures depuis 1990. En Inde, par exemple, où le gouvernement a permis accès aux chaînes câblées en mai 1992. En Russie, où CNN diffuse deux heures par jour, à partir de Moscou, avec l’aide de Ostankino Television. CNN est maintenant diffusé à travers l’Allemagne avec l’achat en novembre 1992 de 27,5% des actions de NTV, le premier canal allemand d’information. CNN est diffusée en France maintenant grâce au satellite Astra. CNN diffuse aussi en ex-Tchécoslovaquie depuis 1990; en Roumanie depuis l’été 1993 (grâce à Channel 31) et au Vietnam depuis 1989 avec VTV. Depuis le 1er janvier 1996, CNN est diffusé aussi 24 heures sur 24 en espagnol (CNN Internacional) grâce à ses dizaines de correspondants hispaniques dans le monde. De plus, elle a tenté de percer encore davantage les marchés financiers en lancant le 1er janvier 1996 un service de nouvelles financières et économiques appelé CNNfn. 12 heures de nouvelles financières sont accessibles par satellite, par câble et par modem (CNN Interactive sur le réseau Internet et par le réseau de AT&T). Enfin, les autorités de Cuba ont uniquement autorisé CNN à ouvrir un bureau à La Havane en 1997, suite au feu vert donné par Washington à 10 médias américains voulant ouvrir des bureaux de nouvelles sur l'île de Cuba. Les États-Unis avaient autorisé entre autres CNN, Associated Press, ABC, CBS et NBC à s'implanter en territoire cubain. La décision américaine a été considérée comme étant "unilatérale et sans influence sur la décision des autorités cubaines".

Pour beaucoup d’observateurs, CNN est devenue le leader mondial de l’information en temps réel, en temps de crises, et lors d’événements à grand déploiement. Grâce à sa puissance financière et organisationnelle, le réseau CNN fait triompher l’information. Son utilisation efficace des satellites explique en grande partie son influence sur l’ensemble des médias occidentaux. CNN, c’est le triomphe des images et de la télévision sur les agences de presse, surtout au niveau de la rapidité.

Chose certaine, si l’apparition et le développement des agences d’images et de chaînes de nouvelles continues n’ont pas fait disparaître les agences de presse internationales, comme certains l’ont annoncé, ils en ont largement changé la vocation. Les agences AP, AFP, UPI et Reuters sont de plus en plus dépendantes des chaînes telles CNN et BBC World, les citant abondamment la plupart du temps sans prendre la peine de vérifier la nouvelle. En effet, les rédacteurs des quatre grandes agences s’abreuvent de plus de plus aux chaînes de nouvelles, que ce soit CBC Newsworld et RDI au Canada, BBC en Angleterre, Euronews en Europe ou encore Telemundo en Amérique latine. Une étude attentive des fils de presse des agences en a convaincu plusieurs rapidement. Dans une certaine mesure, les agences sont devenues des courroies de transmission des médias audiovisuels qui diffusent de l’information continue. Les agences citent maintenant CNN constamment. Elles paient des journalistes à temps plein qui écoutent les programmes de CNN.

L’ancien PDG de l’AFP Claude Moisy rappelait récemment dans la revue L’Express que son agence avait été vertement critiquée pendant les premiers jours de la guerre du Golfe. Les clients d’AFP l’accusaient d’être beaucoup plus réticente que Reuters à retransmettre aveuglément toutes les informations de CNN. “On essayait parfois d’avoir une confirmation. Parfois nous avons eu tort d’attendre. Parfois, nous avons été bien contents d’avoir attendu. Cela fait partie du métier. L’utilisation directe des médias qui font de l’information en continu est une facilité dont nous devons nous servir avec prudence et en nous couvrant toujours en citant la source.”

Il ne faut pas oublier cependant “qu’aucune de ces chaînes de nouvelles ne peut se passer des agences de presse. En ce sens, ce n’est pas une nouvelle sorte de concurrence.” Bien que les agences soient des consommatrices de CNN ou de BBC, “il y a un aspect technique au départ. Plutôt que d’être enfermé dans le salon de la Maison-Blanche pour écouter une conférence de presse du président américain, on préfère suivre l'événement du bureau de Washington avec CNN, ce qui permet de transmettre les “bulletins” et “urgents” beaucoup plus rapidement. Tandis que si l’on est coincé dans la salle de la Maison Blanche on ne peut pas en sortir. Dans ce domaine-là, les agences comme les autres médias sont tributaires de la retransmission en direct par un média audiovisuel.”

Selon Robert Fisk, reporter pour le quotidien anglais The Independent en Arabie Saoudite, la retransmission en direct d’événements à la télévision a remplacé le travail des agences de presse écrites. Il a déjà raconté au journal El Pais comment il prit brutalement conscience de ce phénomène au début de la Guerre du Golfe.

“Que pouvais-je dire à mon journal durant les premières minutes de la guerre alors que le début des hostilités avait déjà été retransmis en direct de Bagdad par CNN? Je me rappelle avoir éprouvé une forte sensation quasi physique lorsque je m'aperçus que le bon vieux temps de la presse écrite était terminé.”

Le succès de CNN et des autres réseaux de télévision s’explique par le fait que la télé a deux avantages sur la presse en général :

1) c’est le média le plus adapté à la communication de l’émotion;
2) la communication de cette émotion est immédiate.

Les Américains appellent ça le "television syndrome". “Television poses enormous problems for rational government decision-making. CNN is faster than any intelligence we got” soutient Brent Scowcroft, un ancien National Security Adviser (NSA) aux États-Unis. “Images are what decides public opinion” ajoute Everett Dennis, du Freedom Forum for Media Studies, de l’Université Columbia.

Il faut cependant noter que CNN a un impact limité sur le public en général. Alors que les agences rejoignent environ un milliard de lecteurs sur la planète, CNN n’atteint que 110 millions d’auditeurs dans le monde, dont la majorité aux États-Unis (67 millions). Une des plus grosses cote d’écoute de CNN aux États-Unis depuis la guerre du Golfe ne fut que de 13,6 millions d’auditeurs (lors du débat de 90 minutes sur l’ALÉNA entre Ross Perot et Al Gore le 10 novembre 1993). En fait, 58 % des foyers américains reçoivent CNN mais peu l’écoutent. L'écoute est très forte lors d'événements majeurs comme le procès O.J Simpson mais, quotidiennement, on peut affirmer que CNN est peu écoutée. En effet, l'audience de CNN s'est effondrée de 80 % dès la semaine suivant le verdict d'O.J. Simpson. Ces chiffres proviennent d'une étude publiée par l'agence DDB Needham.

Le public de CNN, à l'exception des États-Unis, est composé de journalistes, de politiciens, de militaires, d'hommes d’affaires et du personnel diplomatique des gouvernements. C’est véritablement l’élite de la planète et non pas monsieur tout-le-monde qui écoute cette chaîne de nouvelles. Par ailleurs, CNN est considérée par beaucoup comme trop ethnocentriste, trop tournée vers les événements américains. Cela explique peut être l'accroissement de l'auditoire de CNN de 50 % en 1995 grâce à l'affaire O.J. Simpson et l'attentat à Oklahoma City. Certains l'accuse d'être une courroie de transmission de la politique étrangère américaine. “CNN serait donc une agence d’images et ne peut être considérée comme une chaîne de télévision” croit le français Dominique Wolton. Contrairement aux agences de presse, CNN n’offrirait même pas une information réellement mondiale, mais plutôt une vision américaine sur le monde. Cette vision explique en partie le ressac où se trouve CNN depuis 1992: la décision de Fox de résilier son contrat avec CNN et les désabonnements massifs des hôtels européens (depuis l’arrivée de BBC World).

CNN est cependant consciente de ce problème et entend réduire le pourcentage de nouvelles américaines sous la barre des 30 % en régionalisant ses services. Il faut aussi noter que Fox a signé en janvier 1995 une entente avec Reuters afin de développer un service de nouvelles nationales aux États-Unis, Fox News, distincts d'ABC, de CBS et de NBC. Les stations affiliées de Fox ont désormais accès à toutes les images de Reuters Television provenant du monde entier et en retour, Reuters obtient un accès aux images provenant des États-Unis. Ces images sont fournies par les stations du réseau Fox, le quatrième plus grand réseau en importance aux États-Unis, mais désormais le numéro un dans le monde des informations continues.

Malgré ces promesses, les critiques sont souvent acerbes envers CNN. En fait, son pouvoir inquiète.

"The power of CNN to dictate the North American news agenda is disturbing. In the past few years, at least since the Persian Gulf War, it seems to have become an arm of the Pentagon, a player in world affairs such as no other network has ever been. During the war against Saddam Hussein it achieved enormous prominence, despite the fact that it rarely showed much news gathering initiative and was content chiefly to parrot Pentagon spokespersons. Sometimes it seems as if world events, whether in Washington or doomed little sinkholes such as Haiti, are operating on CNN's timetable. But what is more disturbing in all this is simply that when CNN decides that Haiti is the story, it seems as if there no other news every other North American news outlet slavishly follows. Thus viewers are subjected to wall-to-wall coverage."

Qui ne se souvient pas de l'arrivée en pleine nuit des soldats américains sur les plages de la Somalie en 1994...devant les caméras de CNN?

7.1.3 BBC World (British Broadcasting Corporation)

La BBC World, autrefois connue sous le nom de BBC World Service Television, est un autre joueur à surveiller dans la course à la domination de circulation des nouvelles internationales. Ses cotes d'écoute sont plus élevées que celles de CNN.

BBC World, diffuse de Londres depuis mars 1991. C’est un canal de nouvelles continues. Le service de nouvelles de BBC diffuse sur quatre continents actuellement (Amérique, Asie, Afrique et Europe) et rejoint 2,7 milliards de personnes, soit 80 % de la population mondiale. La BBC World peut compter sur les 250 correspondants de la BBC répartis à travers le monde et de ses 41 bureaux à l'étranger (presque deux fois plus que CNN), de même que sur sa salle de nouvelles à Londres où travaillent 100 journalistes. BBC News, quin compte 3 700 employés, se développe en fonction des satellites de télédiffusion. Elle diffuse en anglais et en arabe. Depuis septembre 1993, la BBC a diffusé en japonais et en chinois à l’intention de l’Asie du sud-est, mais cette diffusion a pris fin le 17 avril 1994 suite à son insuccès commercial . BBC World est maintenant aussi diffusé sur le câble au Canada, aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. BBC World diffuse au Portugal depuis décembre 1997. La compagnie mère BBC a 25 000 employés, dont 3 000 uniquement pour les nouvelles.

BBC World peut être vu dans plus de 53 millions de foyers dans le monde mais ne devrait pas être rentable avant l'an 2002 ou 2003 a indiqué Wayne Dunsford, directeur général de BBC European Channel Management Limited.

Contrairement à CNN, la pierre angulaire de la BBC repose sur sa tradition d’impartialité dans la couverture de nouvelles mondiales. Bien connu pour son fameux service radio BBC World Service (133 millions d'auditeurs), la BBC a 20 bureaux de nouvelles de plus que CNN. Son service a réussi bien jusqu’à présent à capturer une part du marché autrefois réservé à CNN : les hôtels, l’Asie du sud-est, le Canada, etc. BBC a créé des alliances en 1993 avec ABC News, avec CBC Newsworld et Nissho Iwai (Japon). Il s’agit d’alliances stratégiques où ces réseaux sont dans l’obligation de partager leurs nouvelles, leurs bureaux, leurs coûts d’exploitation et leurs correspondants. BBC a également l’intention d’entrer en Chine, en Asie du sud-est et en Ouzbékistan. La BBC cherche donc à présent à développer son World Service Television, en particulier en Asie et en Europe, où elle est en concurrence directe avec CNN. BBC World s’est associée, àa la fin de 1993, à la chaîne de télé française TF1 et à Europe 1 afin de lancer un “CNN en français.”

Cependant, les compressions budgétaires imposées à la BBC depuis 1995 par les membres du Parlement britannique n'augurent rien de bon pour l'avenir de cette auguste institution. Le budget de la BBC World Service (radio) a été amputé de 20 millions de $ US en avril 1996. La BBC est dirigé par Sir Christopher Bland et ses revenus proviennent d'une taxe annuelle payée par les auditeurs et télespectateurs.

7.1.4 L’explosion des chaînes de nouvelles et des
agences d’images

La popularité des chaînes de nouvelles et le développement constant des agences internationales d’images Reuters Television (ex-Visnews) et Associated Press Television (APTV) représentent un point tournant dans l’élaboration d’un nouveau système de circulation de l’information. L'audiovisuel est devenu un marché de 290 milliards de dollars dans le monde.

À tous les jours, les mêmes images des grands événements internationaux se retrouvent partout par le biais des agences spécialisées dans la vente d'images : Reuters Television et APTV. Ces noms ne représentent rien pour le commun des mortels mais pourtant ces diffuseurs exercent entre eux une concurrence féroce. Ces usines d'images fournissent aux télévisions de la planète des images brutes de deux à trois minutes sur des événements internationaux de grande envergure, accompagnées de textes. Les terrains de compétition des agences d'images sont variés mais Sarajevo en est l'exemple le plus frappant. Depuis cinq ans, les agences y maintiennent des bureaux sur place afin de satisfaire les besoins des télés du monde pour des images fraîches. Les réseaux de télévision en veulent pour leur argent.

Worldwide Television News (WTN) est la plus vieille agence d'images. Fondée en 1953 et alors connue sous le nom UPITN, elle est basée à Londres et alimente mille réseaux de télévision dans 85 pays, dont CNN, douze fois par jour avec des images reçues par ses 119 bureaux répartis dans 102 pays. Achetée par Associated Press pour 50 millions $US en juin 1998, WTN était auparavant contrôlée à 80 % par ABC News (Walt Disney) et avait des ententes avec ITN de Londres et Nine Network d'Australie. L'agence était déclin depuis la fin des années 80, parce qu'elle n'avait pas su répondre à la demande grandissante de clients exigeants. Elle avait cependant toujours eu l'avantage d'offrir à ses membres la possibilité de louer ses équipes de tournage à l'étranger. Malgré tout, elle demeurait toujours très populaire.

Reuters Television, de loin la plus populaire des agences d'images, a elle aussi un avantage : la tradition. Reuters Television n'est en fait que le nouveau nom de Visnews, agence télé fort connue depuis des dizaines d'années. Cette agence, achetée par Reuters en 1993, est devenue depuis Reuters Television. Au plan stratégique, l'arrivée de la télévision chez Reuters représente une grande visibilité pour l'agence : 900 chaines, réseaux de télévision et stations affiliées dans 85 pays. Reuters Television fonctionne à partir de Londres avec quatre "super-bureaux" à Moscou, Singapoure, New York et Washington. Reuters Television supervise 180 caméramen et équipes de tournage dans 70 bureaux. Reuters TV alimente les stations de télévision du monde 24 heures sur 24, et ce, sept jours sur sept. Elle offre des services à la carte et des textes repris des journalistes de l'agence (Reuters News Scripts). Reuters TV est de loin l'agence d'images la plus crédible dans le monde. Ses archives datent de 1896. Les images de Reuters sont utilisées tous les jours par les plus grands réseaux du monde, soit CNN, NBC, CNBC, FOX et BBC World Service Television. Chaque année 15.000 reportages sont alimentés aux réseaux de télé. Reuters a aussi des ententes avec Ostankino 1 en Russie et avec Sky News. Dans le cas de Sky News, un réseau britannique de nouvelles contrôlé par British Sky Broadcasting et qui diffuse dans 40 pays, Reuters produit des émissions à la carte et envoie ses images internationales vers la salle des nouvelles de Sky. Reuters diffuse également certains reportages de Sky News. C'est pourquoi, par exemple, on a commencé à voir des topos de Sky News au Canada sur les ondes de CBC et CTV News depuis 1995.

APTN

Associated Press Television News (APTN) a décidé d'établir le coeur de ses opérations à Londres, considérée comme le centre de l'univers dans le domaine des télécommunications. Son président est Nigel Baker. APTN produit officiellement depuis l'automne 1994 et compte déjà plus de 500 clients dont plusieurs importants tels que CNN, CCTV, CBC, TVA, RAI-TV, ARD-TV, ITN et l'émission Lehrer News Hour du réseau PBS. L'agence a doté 80 des 93 bureaux étrangers de caméras Betacam et Super 8, ce qui lui permet d'obtenir des images rapidement. Les alimentations d'images ont lieu à chaque jour, 24 heures sur 24, et le service APTN Direct offre une couverture en direct lors de grands événements.

En plus de couvrir les événements internationaux du jour et les grands conflits (Afghanistan, Irak, le 11 septembre 2001), APTN diffuse des segments de nouvelles sur Hollywood, les arts et spectacles, de même que les sports. APTN diffuse ainsi 2200 reportages par année, par exemple, pour le secteur culturel. L'agence offre aussi des services de location de ses équipements, de ses équipes de tournage et de ses services satellitaires.

Associated Press est le grand concurrent de Reuters Television, et la guerre est féroce. Chose sûre, avec l'achat de WTN, AP a fortement consolidé sa position en tant qu'agence d'images. AP a en outre annoncé la signature d'un accord pluri-annuel entre sa filiale APTN et ABC News. ABC News est abonné à APTN, et son service vidéo NewsOne fournit en échange des images à APTN.

Les études de marché faites par AP montraient qu'il y avait de la place pour une autre agence de télévision. Choses sûres, Reuters TV est bien établie et APTN aussi. Après les textes, les photos, l'infographie, le Web et la radio, AP s'est lancé dans la télé avec un grand succès. Son arrivée sur le marché a relancé la concurrence. APTV n'hésite devant rien pour ravir des clients à Reuters Television. Avant l'achat de WTN, APTN avait déjà plus de 210 clients. "APTV a une politique de vente très agressive et n'a pas investi dans ce secteur pour être deuxième ou troisième. Nous voulons être les premiers" a dit l'ex- président, Stephen Claypole sur les ondes de Radio-Canada.

La concurrence entre les agences d'images s'est intensifiée depuis le lancement par AP de son service de télévision face à Reuters Television.

Grâce à la disparition de la barrière idéologique communiste, les réseaux de télévision s’imposent maintenant dans des régions autrefois inaccessibles. La formidable explosion d'activités des agences internationales a permis une hausse des revenus des agences Reuters et AP en plus d'amener une amélioration notable de la couverture des événements par les agences de presse. Avec la domination de la télévision, près de dix nouveaux joueurs sont apparus depuis 1980. En plus des CNN, TV5 et BBC World, on retrouve plusieurs nouveaux canaux de nouvelles 24 heures sur 24 et grandes chaînes mondiales :

- Euronews (Europe, propriété à 49 % d'ITN et à 51% de France Télévision, RAI-TV, RTVE et Télévision Suisse Romande)
- CBC Newsworld et RDI (Canada)
- CTV NewsNet et Le Canal Nouvelles (Canada)
- NTV (Allemagne)
- Sky News, BBC News 24 (Angleterre)
- Star Television (Asie)
- CCTV (Chine)
- Channel News Asia (Singapour)
- Telemundo (Amérique latine)
- Globo News Television (Brésil)
- LCI (France)
- Al Jazira (Qatar)
- Al Arabiya (Arabie saoudite)
- ECO Television (Amérique latine)
- ABC News (États-Unis : retardé en raison des coûts élevés)
- MSNBC (États-Unis, Microsoft et NBC News)
- Murdoch News Corporation (aux États-Unis)
- CNBC (première chaîne financière au monde, Europe)
- Fox News (États-Unis, News Corporation de Rupert Murdoch)

L’importance des chaînes spécialisées dans l’information va s’accroître d’ici l’an 2000, et l’arrivée prochaine de l’univers des 500 canaux de télévision changera fondamentalement le fonctionnement des agences. En Asie par exemple, l'émergence de la télévision par satellite offerte par la British Sky Broadcasting (BSkyb) et par la BBC est frappante. En Angleterre, BSkyb devrait aller de l'avant avec Carlton Communications PLC et Granada Group PLC en diffusant 200 chaînes de télévision numérique par satellite à l'automne 1998. Bref, en plus de tisser des réseaux à la grandeur de la planète, les agences doivent également affronter les nouvelles concurrences, locales et internationales que sont les chaînes d'information continue.

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Chapitre à venir sur Al Jazira

30 bureaux et des dizaines de correspondants aux quatre coins du globe.

Les chaînes pan-arabes sont populaires et représentent une alternative et un défi aux chaînes occidentales.

Très haut profil depuis septembre 2001

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Al-Arabiya (Arabie saoudite) aussi populaire depuis peu

Les gouvernements occidentaux ne savent pas s'ils doivent faire confiance ou non à Al-Jazira, mais certains médias occidentaux collaborent avec la chaîne arabe pour s'assurer une couverture exclusive

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Chapitre sur les agences de presse financières (à venir)

Le développement des agences de presse financières: Bloomberg, Dow Jones, Bridge News et Reuters

À cause de l'emprise des marchés financiers dans nos vies, des agences de presse économiques se sont développées et forment maintenant un club à part. La véritable concurrence en information n'est plus vraiment entre Reuters, AP et AFP mais plutôt entre Reuters, Bloomberg, Dow Jones et Bridge News, des fournisseurs d'informations financières.

Bloomberg

Bloomberg L.P. (www.bloomberg.com), en effet, est devenu l'ennemi de Reuters. Fondée par Michael Bloomberg, maintenant maire de New York, qui a 80 % des intérêts et propriété à 20 % de Merrill Lynch, la compagnie basée à New York depuis 1981, et ne livrait au départ que de l'information économique et financièere en temps réel.

En 2004, Bloomberg est désormais une véritable agence de presse internationale qui couvre autant l'information générale, sportive, qu'économique, en plus de se spécialiser en finance. Bloomberg alimente plus de 200 journaux et 75.000 terminaux informatiques (le fameux Bloomberg terminal) utilisés par près de 150.000 professionnels de la finance dans 62 pays. Bloomberg, qui posède aussi un service photo et un service de nouvelles radio et télévisées, possède 89 bureaux dans 50 pays et compte 1100 journalistes sur un total de 4.000 employés. Ses revenus furent de 1,25 milliard $ US en 1997 et ses revenus ont connunune hausse de 30 % pour les six premiers mois de 1998.

Elle est en pleine expansion. La force de Bloomberg repose sur sa forte capacité d'innovation technologique, son marketing agressif, sa vision et aussi, ses bas prix.

Cette agence fournit ses propres terminaux à ses clients et a signé en 1996 des ententes avec l'AFP pour la diffusion conjointe des nouvelles. Les dépêches de l'AFP sont accessibles en français et en anglais sur les écrans de Bloomberg. Depuis juillet 1996, Bloomberg Television opère une chaîne d'informations sur le câble avec l'aide de l'AFP. On retrouve à l'écran de télévision les nouvelles financières et économiques de Bloomberg et les nouvelles météo, nationales et internationales de l'AFP.

Bloomberg permet aussi à ses clients d'effectuer des transactions avec les terminaux de Tradepoint Financial Networks Plc, une entreprise britannique spécialisée dans le commerce électronique. Bloomberg Information Television, une chaîne de télévision financière, diffuse sur le câble, et sur ordinateur PC via l'Internet, dans plus de 100 millions de ménages en Angleterre, en France, au Brésil et aux États-Unis. Bloomberg Information Radio diffuse aussi aux États-Unis.

L'entreprise a une valeur marchande de deux milliards de dollars américains et fait 56% de ses ventes dans les Amériques, surtout au Canada et aux États-Unis. Plus de 32 % des revenus proviennent d'Europe et 12 % de l'Asie/Pacifique. Hoover's estime que les revenus de Bloomberg ont augmenté de 94 millions $ US en 1988 à 760 millions en 1996.

Selon Waters Information Services, Bloomberg contrôlait 41,4 % de la diffusion de l'information sur le marché obligataire, soit tout ce qui concerne les bons du Trésor et les obligations d'épargne. Reuters contrôlait 26,7 %, Dow Jones Markets 18,5 %, Bridge News 5,4 % et les autres fournisseurs huit pour cent. Le succès de Bloomberg représente un défi direct à Reuters, dont les services d'information financière étaient la vache à lait encore au début des années 2000.

Au plan de la diffusion d'informations financières pour les professionnels Reuters était leader en 1997, en termes de revenus, avec 39,7 % du marché. Bloomberg possédait 15,9 %, Dow Jones Markets 15 %, Bridge News 6,4% et les autres fournisseurs 23 %.

En ce qui concerne les nouvelles des entreprises cotées en bourse (equities), IXL du groupe canadien a 112.00 écrans en Amérique du Nord, Reuters a 57.000 (avec son service Quotron) aux USA, Automatic Data Processing (ADP) possède 84.000 écrans sur ce territoire et la vente de Dow Jones Markets à Bridge News lui a donné 90.000 écrans, pour un total de 144.000 (marché obligataire et nouvelles corporatives combinés).

Dow Jones & Co

Dow Jones (www.dowjones.com), qui est associée à Associated Press, distribue ses nouvelles économiques et financières sur plus de 106.000 écrans d'ordinateurs partout sur la planète, selon Waters Information Services. Reuters aurait 435.000 écrans branchés sur son service alors que Automatic Data Processing (ADP) et Bloomberg aurait respectivement 86.000 et 53.000 clients. Dow Jones a une capitalisation boursière équivalente à 3,3 milliards $ US et a un chiffre d'affaires de 2,5 milliards $ US. La capitalisation de Reuters était de 21,5 milliards$ US en 1996, par mesure de comparaison.

Dow Jones avait signé plus tôt une entente avec Castlenet en 1997 afin de concurrencer Bloomberg dans le domaine des outils informatiques analytiques pour les produits financiers dérivés (derivatives). Dow Jones est propriétaire du Wall Street Journal (www.wsj.com) et a plus de 3.700 employés, suite aux coupures effectuées en novembre 1997. 1.300 de ces employés sont journalistes (dont 600 travailent au WSJ). Elle possède également les chaînes de télévision spécialisées dans l'économie, Asia Business News et European Business News, qui ont été fusionnées avec CNBC Asia et Europe à l'automne 1997. Le nouveau service s'appelle CNBC et rejoint neuf millions de ménages à temps plein et 30 millions à temps partiel.

Dow Jones offre les service suivants:

-Wall Street Journal, Wall Street Journal Europe, Wall Street Journal
Asia;
-Dow Jones Newswires (service de nouvelles économiques générales);
-Dow Jones Interactive Publishing (Internet);
-Dow Jones Indexes (Bourse);
-Barron magazine;
-les journaux communautaires Ottaway.

Le service des nouvelles de Dow Jones, Dow Jones Markets (autrefois appelé Telerate, acheté pour 1,6 milliard entre 1985-1989) a éprouvé cependant de sérieux problèmes financiers depuis 1996 à cause d'un manque de modernisation et de la concurrence de Reuters, Bridge News et Bloomberg. L'entreprise a perdu 802 millions de dollars US en 1997 (son premier déficit depuis 1963) . Dow Jones prévoyait perdre 67 millions $ US en 1998 alors qu'elle avait enregistré un profit de 181 millions de dollars en 1996. Au premier trimestre de 1997, Dow Jones Markets a vu son bénéfice chuter de 83,8 % à 7,5 millions $ US et les pertes ont été de 922,5 millions $US au dernier trimestre de 1997. Plus de 170 millions de dollars ont été investis dans Dow Jones Markets en 1997 mais les actionnaires ont bloqué un projet d'investissements de 650 millions $ US et décidé de vendre la filiale, en plus de mettre à pied 200 employés. Le service Dow Jones Markets a été vendu en mars 1998 pour 510 millions $ US à Bridge Informations Systems et a le groupe a déclaré une charge de près de 100 millions $ US en juin 1998 pour le deuxième trimestre de l'année, suite à cette vente.

Bridge Informations Systems Inc

Le nouveau service acheté de Dow Jones, conservera le nom "Telerate" pour des raisons légales. Cela permettra à Bridge de devenir le numéro deux mondial de l'information économique et financière. Avec les écrans de Dow Jones (90.000) et les siens (75.000), Bridge diffuse maintenant ses infos à plus de 165.000 clients sur la planète et a des revenus de plus de 1,3 milliard de dollars US. Tom Wendel, président de Bridge News, veut que son groupe d'information soit numéro un d'ici quelques années.

Bridge, une entreprise américaine, est propriété de Welsh, Carson, Anderson et Stowe, de Lehman Brothers Holdings Inc., Goldman Sachs & Co, Citicorp et Liberty Brokerage.

Bridge devient, avec l'achat de Dow Jones Market, le distributeur non-exclusif des fils de presse de Dow Jones (Dow Jones Newswires) dans le monde. Les 3.500 employés de Dow Jones Markets deviennent tous salariés de Bridge, anciennnement connu sous le nom de Knight-Ridder Financial News mais près de 1.000 mises à pied sont prévues en 1998, ce qui donnerait 4.000 employés à Bridge mais près de 500 journalistes financiers devraient être engagés avant juin 1999.

Bridge devrait être cotée à la bourse de New York d'ici quelque temps et entend développer ses services Internet et de nouvelles européennes et asiatiques.

Le cas des agences de presse régionales, dites internationales : DPA, EFE et ANSA

La concurrence, qui frappe les agences de presse de plein fouet depuis le début des années 80, ne provient pas uniquement de médias audiovisuels. En effet, trois agences de presse régionales (DPA, EFE et ANSA) créent une forte compétition depuis la fin des années 70. Le monde des agences de presse, publié en 1978 par la Commission internationale d’étude sur les problèmes de la communication, suggérait que les quatre agences AP, AFP, UPI et Reuters exerçaient un monopole sur l’information mondiale. Cependant, l’étude laissait entrevoir l'émergence de cinq agences régionales ayant des potentiels internationaux: la Deutsche Press Agentur (DPA) d’Allemagne, l’Agenzia Nationale de Stampa (ANSA) d’Italie, l’EFE d’Espagne, TASS de l’ex-URSS et TANJUG de l’ex-Yougoslavie.

Jeremy Tunstall de la City University of London affirme :

“We may well see a expansion of this category of more-than-national but less-than-international news agencies. These stronger national agencies will, of course, tend to appear in the countries with the strongest national media, where international agencies previously had their best paying clients. This latter is another reason why the revenue of the present four international news agencies may be under increasing threat.”

Aujourd’hui TANJUG et ITAR-TASS sont des agences marginalisées. Seules DPA, ANSA et EFE créent une certaine concurrence aux quatre grandes agences internationales. Ces trois agences ont conquis des parts de marché significatives depuis 1980; elles ont développé leurs réseaux de correspondants dans le monde, leurs services et la qualité de transmission de leurs nouvelles. L'agence Chine Nouvelle (XinHua) mérite aussi une certaine réflexion.

Deutsche Press Agentur (DPA)

La Deutsche Press Agentur (DPA) est une agence allemande fondée en 1949 par les médias locaux de ce pays. Basée à Hambourg, elle a des ramifications internationales. Elle fonctionne de manière indépendante par rapport à l’État, aux partis politiques et aux groupes d’intérêts en Allemagne. Les actionnaires de cete agence sont 200 médias allemands.

En 1978, DPA desservait 78 pays et avait 199 abonnés à l’extérieur de l’Allemagne. L'agence couvrait l'actualité de 80 pays avec des correspondants ou des pigistes. Elle diffusait 115 000 mots par jour et avait 800 employés. Au total, DPA possédait un réseau mondial de 105 correspondants.

Selon les chiffres transmis par l’agence, la DPA a plus de 80 bureaux dans le monde dans 75 pays. Plus de 60 agences de presse nationales échangeaient leurs nouvelles avec la DPA en 1993, qui diffusait alors plus de 335 000 mots par jour en quatre différentes langues (allemand, anglais, arabe, espagnol). Aux États-Unis et au Canada, les dépêches de DPA sont transmises par Scripps-Howard. Le prestigieux The Globe & Mail de Toronto diffuse à l'occasion les dépêches de l'agence. Au total, la DPA a 2500 abonnés dans 100 pays. Elle a des clients en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique du Nord et en Amérique latine.

Depuis 1990, DPA diffuse ses nouvelles directement par satellite. Elle offre 19 services différents en allemand et six services en quatre langues. Le capital-actions de DPA se situe autour de 11 millions de marks.

“DPA is the leading news agency in Germany and belongs to the group of four major international news agencies. Europe has gained in importance as an area of news coverage since the political changes in the late 80’s/early 90’s. DPA is located in the heart of Europe and its traditional strenght lies in offering extremely reliable East-West coverage.”

La Deutsche Press Agentur GmbH est incontestablement celle qui est la mieux en mesure de prendre la place laissée vacante par UPI depuis le milieu des années 80. “DPA is expanding in the Northern Hemisphere and could become a player on an international scale” reconnaît d’emblée Steve Geimann, ex-directeur exécutif d'UPI. Lionel Fleury, ex-PDG d’AFP, soutient, pour sa part, que la montée de l’agence DPA représente un problème parce qu’elle a l’avantage de bénéficier du marché intérieur de presse le plus riche au monde, en plus de profiter des tirages importants des journaux locaux.

Agenzia Nationale Di Stampa (ANSA)

L’agence Agenzia Nationale Di Stampa (ANSA) fut fondée à Rome en 1945. D’origine italienne, ANSA tente de se tisser une place dans le club sélect des agences de presse internationales. ANSA est une coopérative composée de 46 maisons d’éditions italiennes, publiant plus de 50 quotidiens en Italie. L’indépendance éditoriale d’ANSA est garantie par la constitution italienne. L'ANSA a 854 employés dans le monde, selon ses propres chiffres. L'ANSA possède 18 bureaux en Italie et 89 à l’étranger dont 26 en Europe, 15 en Afrique, 20 en Asie, 5 en Amérique du Nord, 22 en Amérique latine et 1 en Océanie.

ANSA reçoit les dépêches de 52 agences de presse nationales dans le monde. Elle diffuse plus de 300 000 mots par jour, selon les chiffres de 1993. Cependant, un autre document indique 750 000 mots/jour. Les nouvelles sont diffusées dans quatre langues (l'italien, le français, l'anglais et l'espagnol). L'ANSA offre quinze services de nouvelles différents à l’intention de ses 957 abonnés (628 en Italie et 329 à travers le monde). Elle prétend être la cinquième plus importante agence au monde.

Cependant en 1978, ANSA desservait 69 pays et avait 1600 abonnés. L'agence couvrait 69 pays avec ses correspondants ou ses pigistes. L’agence diffusait 300 000 mots par jour et avait 568 employés. L’agence possédait 295 pigistes dans le monde et 45 correspondants. Elle semble cependant davantage vouée à une expansion nationale plutôt qu'internationale.

Agence EFE

Enfin, l’agence espagnole EFE. Il existe peu d’informations à son sujet. Cependant, selon son rapport annuel de 1992, l’agence possède 1235 clients (663 dans le monde et 571 en Espagne). Elle dessert plus de 40 pays, surtout répartis en Amérique latine et en Espagne. On considère qu’elle est l’agence numéro un en Amérique latine. Les faits que j'ai pu observer au Mexique et à Cuba confirment cet état de chose. Même le Miami Herald est maintenant abonné au service anglais et espagnol de EFE. L'agence, qui emploie 1000 personnes, couvre l'actualité de 70 pays du monde. Elle diffuse environ 500 000 mots par jour, et offre à ses clients un service de nouvelles télévisées (EFE-TV), et les radios (EFE-RADIO). Elle offre également un service graphique, un service économique (EFECOM) et des banques de données (EFEDATA). Son PDG est Alfonso Palomares.

L'agence EFE prétend être une des cinq plus grandes agences du monde. Elle dit rejoindre 300 millions de consommateurs d’information et elle diffuse 22 % des nouvelles publiées dans les journaux latino-américains. Suivent respectivement AP, Reuters, AFP, UPI, ANSA et DPA.

Lionel Fleury soutient cependant qu’EFE est en perte de vitesse.

“L’agence EFE ne me paraît pas sur une trajectoire d’agence de presse internationale. Elle a beaucoup de problèmes financiers. Elle a fait de gros efforts de couverture, en Amérique latine notamment, pour le 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique et pour l’Exposition de Séville. Tout le monde sait actuellement qu’il y a une crise financière assez importante dans l’agence espagnole et que le gouvernement espagnol a tendance à la soutenir moins qu’au cours des deux dernières années, par exemple. “

Elle reconnaît, dans son rapport annuel de 1992, que les résultats financiers sont à la baisse. Les causes sont :

1) le gel des subventions de l’État espagnol;
2) la crise économique mondiale;
3) le désordre du système de l’information internationale.

Steve Geimann, ex-directeur d'UPI, va dans la même veine et ajoute que le problème d’EFE, c’est sa couverture “espagnole” des nouvelles. “EFE is well deployed throughout Latin America but its Spanish focus limits its ability to become a global agency.” En effet, l'EFE est subventionnée en grande partie par Madrid. Elle a donc des liens directs avec l’État espagnol.

Dans une entrevue, qu’il m’accordait à Montréal en octobre 1993, Michael Palmer soutenait, avec raison, que le développement des agences de presse régionales n’est pas nouveau comme phénomène. Certes, mais il a évolué de manière significative depuis 1980 (surtout pour l’agence DPA).

La force des trois agences DPA, EFE et ANSA est cependant relative parce qu’elles ont des ressources limitées au-delà de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Italie.

Quant à l'agence Chine Nouvelle, elle diffuse en mandarin, en anglais et en français, en plus de posséder un site Web en anglais. Bien que la couverture politique de l'agence s'aligne sur celle du gouvernement, la couverture de la finance, des nouvelles sensationnelles et des arts et spectacles s'est considérablement dévelopée

CHAPITRE VIII

LE DÉCLIN DES AGENCES DE PRESSE ET L'ÉMERGENCE
D'UN NOUVEL ENVIRONNEMENT EN INFORMATION

8.1 Le développement technologique : une donnée
incontournable pour les agences de presse

La technologie est indissociable de l’évolution des agences de presse depuis le début des années 80. Le commerce des nouvelles doit donc se faire de la manière la plus rapide et fiable possible. Or, la vitesse de transmission est demeurée la principale préoccupation technique des agences. La vitesse est une des priorités majeures qu’ont les médias envers les agences.

Depuis le début des années 80, “les satellites et l’informatisation des transmissions ont multiplié les capacités de communication et réduit les coûts de fonctionnement des agences au prix d’investissements considérables” . Parallèlement, l’informatique offre aux agences des possibilités infinies et c'est le facteur qui a changé le plus la vie des agences au cours des dernières années.

Pour survivre et traverser la crise qui les secoue, les agences doivent aussi, pour demeurer concurrentielles, relever les défis de la technologie et du marché des médias. “Les agences sont ainsi entrées dans une véritable compétition technologique nécessitant à la fois des moyens considérables et une réflexion profonde sur leur devenir inévitablement influencé par ces transformations.”

L’apparition de nouvelles technologies de l’information comme Internet force les agences à explorer de nouvelles voies pour l’écoulement de leurs nouvelles.

“Nouvelles techniques, nouveaux médias. L’apparition de la télématique, les expériences menées dans le monde entier, la prolifération de banques de données reliées entre elles par des réseaux de plus en plus denses (comme Internet), l’invention quotidienne de nouveaux services qui pénètrent au domicile des particuliers, tout cela appelle également de nouvelles réponses de la part des agences.”

Les agences de presse internationales ont donc mis sur pied des banques de données et des nouveaux services dits "en-ligne" qui permettent aux clients de sélectionner les informations voulues et souvent très spécialisées. Il en est de même pour les journaux. Déjà plus de trente quotidiens ont un site Web sur Internet. Alors que "l'actualité brûlante en direct était jadis le privilège des journalistes branchés sur les télescripteurs des salles de rédaction" , le citoyen peut aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire, être informé de tous les développements de l'actualité mondiale en se branchant sur le fil de presse des agences de presse par le biais des services commerciaux tels Microsoft Network, Compuserve (12 millions d'abonnés), Prodigy ou encore America Online (AOL, 10 millions d'abonnés en novembre 1997). Compuserve a été vendu à Worldcomm en 1997, qui l'a ensuite revendu à AOL. Il ne suffit que d'un ordinateur, un modem et une ligne téléphonique. Il n'y a donc plus uniquement les courtiers de Wall Street ou les rédacteurs en chef des journaux qui ont le privilège d'avoir accès aux nouvelles en temps réel. C'est nouveau et ça pourrait permettre aux agences et aux médias de protéger leur rôle traditionnel de fournisseurs d'information et de publicité. Les services commerciaux "en-ligne" devraient rejoindre le tiers des ménages américains soit 35,2 millions d'abonnés d'ici l'an 2000, selon les estimations de la firme de recherche Jupiter Communications. La banque d'investissements Morgan Stanley prévoit elle que 150 millions de personnes seront branchés sur l'Internet aux États-Unis en l'an 2000 alors que plus de 300 millions d'ordinateurs personnels seront sur le marché. En 1995, 9,6 millions de personnes étaient abonnées aux services en ligne. Les revenus générés furent de 2,2 milliards $ US en 1995 et devraient atteindre 14,2 milliards $ US en l'an 2000. America Online (AOL) a recueilli, à elle seule, près des deux tiers des nouveaux branchés. L'agence Louis Harris and Associates, soutient cependant le nombre d'utilisateurs des réseaux en ligne était de 41 millions aux États-Unis à la fin de septembre 1996.

De plus, les nouveaux sites Web pullulent. CNN est présent sur Internet avec son site CNN Interactive (http://www.cnn.com).

NBC et Microsoft Corporation ont développé MSNBC Online (http ://www.msnbc.com). Un projet de 200 millions $ US qui regroupe des services interactifs, des textes, des graphiques, des images de NBC News, des photos et une banque d'extraits sonores. Le site est en fonction depuis le 15 juillet 1996. Le but de ces services est de changer la façon dont les gens interagissent avec les nouvelles.

United Press International offre ses nouvelles sur Delphi ainsi que sur le Microsoft Network (MSN) de Bill Gates.

AP, quant à elle, est présente sur Internet avec THE WIRE (http://www.ap.org), un site Web intranet qui permet de retrouver toutes les nouvelles, photos, graphiques, images vidéo et audio 24 heures sur 24. Le site est accesible au public depuis l'automne 1996 par le biais des sites Web de plus de 100 journaux membres de l'Associated Press. AP donne aussi accès à son service "AP-on-Line" et "AP en français" sur Compuserve et America on Line. Ces services présentent les nouvelles importantes du jour, avec un délai de plusieurs heures par rapport aux médias.

Reuters (http://www.reuters.com) a pour sa part mis sur pied une filiale, Reuters NewMedia Inc., afin de développer de nouveaux segments de marché et assurer une présence "en ligne". Les infos de Reuters sont maintenant accessibles sur les serveurs commerciaux Delphi, CompuServe, America-on-Line, MSNBC, AT&T/Interchange ainsi que sur le réseau MCI. Reuters NewMedia a aussi développé un service sur Internet (http://www.yahoo.com) où les 10 plus importantes nouvelles de l'heure dans cinq domaines différents sont disponibles. Les informations sont mises à jour à chaque heure. Reuters NewMedia distribue aussi les nouvelles sur le domaine des arts et du spectacle. Le service, appelé Reuters-Variety Entertainment, est un service d'informations artistiques offert par Reuters et le magazine Variety via ordinateur personnel aux dirigeants, agents, investisseurs, observateurs et médias.

L'AFP distribue ses articles sur Minitel et sur Calvacom en France, sur Informart au Canada, ClariNews aux États-Unis, Lexis-Nexis, Dialog, DataTimes, Innovative Telematics et Newsnet. L'activité Minitel rapporte plus de 10 millions de francs par année mais sera transféré entièrement sur Internet d'ici l'an 2000. "France-Presse On-line", le site Internet de l'agence française (http://www.afp.com) est payant et présente les grands titres du jour, les graphiques importants et la photo-choc du jour. Le service télématique de l'AFP a commencé aussi en 1995 à réunir sur cédérom "tous les documents de synthèse élaborés par son service de documentation. Plusieurs critères (mots-clés, sujet, date, etc) permettent la recherche des infos classées en six rubriques. Disponible en Macintosh ou PC, l'abonnement est annuel (6800 FF ou 1750 $ US) et inclut un disque tous les trois mois."

Pour les agences, ces transformations se traduisent par de nouveaux investissements qui sont sans comparaison avec les coûts fixes qui accompagnaient leurs activités traditionnelles. Cette infrastructure est plus fragile et les coûts sont plus élevés. Les équipements sont rapidement dépassés par de nouvelles technologies.

Le développement technologique des dernières années a bouleversé les agences de presse et expliquerait en partie leur crise. “Le développement de l’informatique et les bouleversements des télécommunications ont non seulement changé fondamentalement le fonctionnement des agences, mais l’ensemble du système de circulation de l’information.”

8.2 L'information devient le grand pouvoir des années
90

Depuis les années 60, un processus de mondialisation des marchés s’est développé. Entre 1980 et 1995, les exportations de marchandises sont passées de 2.000 milliards $ US à 4.900 milliards $ US. Le commerce mondial a triplé et les droits de douanes ont été réduits à moins de 5 %. Les échanges se développent trois fois plus vite que la production mondiale. Cette globalisation économique a facilité l’interdépendance entre les peuples et les marchés financiers tout en permettant de mettre les communications au coeur des préoccupations mondiales.

Ce phénomène d’explosion des communications et des échanges financiers a entraîné une demande accrue pour les nouvelles internationales en temps réel. Les entreprises, les élites, les milieux financiers et politiques, pour être compétitifs, “ont un besoin croissant d’informations tout simplement parce que gérer, décider, gouverner, c’est être informé le plus rapidement possible et d’une façon fiable.” L'information est devenue un bien commercial que tous veulent s'approprier. L'information est devenue le grand pouvoir dans la société, au même titre que l'argent et la politique.

En effet, le marché mondial de l'information financière en temps réel s'est accru de 28 % entre 1993 et 1995, avec un chiffre d'affaires de 5,3 milliards $ US en 1995 contre 4,1 milliards $ US en 1993, selon une étude du cabinet spécialisé Market Data Industry.

Le nombre d'écrans d'informations financières, soit le nombre d'ordinateurs ayant accès à ces services, a augmenté de 6 % (de 720.000 à 762.000) pendant la même période.

La plupart des fournisseurs d'informations financières comptent sur une croissance des services basés sur la technologie d'Internet. Ils privilégient les intranets, réseaux privés liés à Internet mais protégés des piratages.

Cette demande accrue d'informations a amené la création de nouvelles agences de presse financières comme Bloomberg et la croissance d'autres comme Bridge News qui existait déja sous le nom de Knight-Ridder Financial News. Des services de presse généraux et financiers par des grands quotidiens et des grandes chaînes de journaux du monde ont aussi fait une dure concurrence aux agences de presse internationales, dont AP et UPI.

On assiste aussi à la multiplication des services électroniques des médias. En 1996, plus de 12 % des journaux américains (175 quotidiens) avaient une présence "en ligne", le double comparé à 1995 (noter que seulement 20 % de ces quotidiens font des profits!). Au Canada, plus de 30 quotidiens possédaient un site sur le Web, en mai 1996.

Les agences, en crise depuis une quinzaine d’années, doivent maintenant se redéployer. Elles font face dorénavant à un problème majeur : la surabondance d’informations. “Il se produit une grande mutation avec la multiplication des canaux par lesquels l’information est véhiculée. Des flots d’informations circulent non seulement par l’écrit, mais aussi par la télévision, le télécopieur, l’ordinateur, etc.” La société a de la difficulté à bien gérer le volume croissant d’informations provenant des médias, des banques de données et des autres fournisseurs d’informations. Cela donne ainsi une longueur d'avance aux agences, dans la mesure où elles expliquent et filtrent cet amas de nouvelles. “We may have reached a point where technology has outpaced the individual’s ability to process and absorb all the information that is now available.”

La demande accrue d’informations par les consommateurs a créé un problème pour les agences dans la mesure où pour y répondre, celles-ci ont dû investir des sommes astronomiques dans l’ouverture de nouveaux bureaux, dans l’embauche de nouveaux employés, dans l’agrandissement de leurs réseaux de communications et dans la nouvelle technologie. Le défi représenté par cette soif soudaine des consommateurs est économique avant tout. Les agences ont dû développer des logiciels de plus en plus puissants et investir en recherche et développement afin de réussir à mieux gérer et diffuser les tonnes d’informations leur parvenant à tous les jours. Les investissements ont été massifs au plan de la technologie afin de répondre à la demande de transmission rapide des nouvelles. Cela s’est fait au prix d’investissements considérables qui ont nui à la santé financière d'UPI et AFP.

Le développement anarchique et imprévisible du réseau mondial Internet donne aussi des sueurs froides aux agences. Est-ce que les consommateurs vont vraiment aller chercher leurs informations à ce nouveau média? Est-ce que sera payant? Leur pari est que oui. Les nouvelles de AP et Reuters sont maintenant disponibles en temps presque réel sur Internet. AFP a aussi un site Web dynamique où les usagers doivent s'abonner et payer pour lire les dépêches de l'agence. The Wall Street Journal, qui avait 600.000 abonnés à son son site Web en a tout de même conservé plus de 70.000 après avoir décidé de facturé 6 $ par mois aux usagers pour lire son journal électronique et accéder à ses archives. Il y a donc de l'argent à faire sur le Net. C'est la première fois dans l'histoire des agences et des grands quotidiens que les citoyens peuvent lire les dépêches en entier, consulter les banques de nouvelles et sélectionner les nouvelles par mots-clés sans passer par le filtre des médias traditionnels.

La nouvelle donne géopolitique

Les agences de presse internationales ont été fortement influencées par l’évolution géopolitique qui s’est opérée depuis 1980. La chute des régimes communistes en Europe de l’Est et en URSS entre 1989 et 1991 a entraîné la disparition de l’agence TASS, en tant que premier fournisseur d’informations mondiales des pays socialistes et du tiers monde.

Le déclin hégémonique des États-Unis sur le plan du commerce mondial et des communications , suite à la montée des blocs économiques régionaux comme celui de l’Union européenne et de l’Asie du sud-est, a entraîné dans son sillage l'United Press International (bilan de faillite en 1985 et 1992) et le repli sur soi d’Associated Press.

Cependant, la puissance des États-Unis est toujours réelle, l'utilisation de l’anglais s'étend donc partout:

"L’évolution de l’anglais se révèle impressionnante, non seulement dans ses résultats, mais aussi dans son parallélisme avec la puissance économique américaine et avec le développement des moyens modernes de communication et de diffusion. Le latin a cessé autre fois d’être la langue unique d’un Empire trop grand, à cause de la faiblesse des moyens de communication. L’inverse se produit de nos jours : les satellites, la radio et la télévision facilitent la propagation de l’anglais.”

Le déclin de la langue française et de l’influence de la France au plan politique a causé, en partie, la crise à l’Agence France-Presse.

Quant à Reuters, elle a réussi à compenser le déclin de l’influence britannique par le développement d’un réseau de télécommunications électroniques ultra puissant en provenance de Londres.

Par ailleurs, le départ des États-Unis et de la Grande-Bretagne de l’UNESCO, respectivement en 1984 et 1985, a changé le lieu et le ton du débat politique et idéologique du Nouvel Ordre Mondial de l'Information et de la Communication entre les pays occidentaux et ceux en voie de développement. Il est important de faire remarquer que les enjeux des années 80 ont eux aussi évolué et que "le village CNN" emmène avec lui de nouveaux problèmes structurels et structurants de l'information.

La disparition de l’URSS et la chute de la plupart des régimes communistes a fait disparaître en grande partie les aspects idéologiques de l’information internationale et a permis aux quatre agences de développer des marchés qui étaient jusqu'alors plutôt fermés. En Chine cependant, le gouvernement impose depuis janvier 1996 un décret du gouvernement interdisant aux utilisateurs chinois de s'approvisionner auprès des agences de presse étrangères. Reuters, Bloomberg et Dow Jones devaient passer par l'agence Chine-Nouvelles (Xinhua). C'est elle qui assure la distribution des nouvelles autorisées de ces agences et fixe le tarif des abonnements. Divers sites Web des grands médias internationaux sont aussi bloqués par les autorités chinoises depuis septembre 1996. La Chine a tenté donc toujours de contrôler la "libre" circulation de l'information. Une entente a été signée par les parties à l'automne 1997 grâce à l'aide des États-Unis et les agences ont désormais plus de liberté dans leur distribution de nouvelles.

L’émergence de l’Europe comme entité politique et économique semble indiquer par ailleurs que le leadership dans le club des agences de presse sera d'allégeance européenne dans les années 90. Alors qu’en 1980, les agences américaines AP et UPI dominaient le circuit de l’information internationale, aujourd’hui c’est plutôt Reuters, AFP et DPA qui dominent le marché depuis le début de la décennie.

Les indicateurs économiques de l’UNESCO montrent clairement que depuis 1975, le champ des médias et des communications n’est plus contrôlé exclusivement par les Américains. La tendance actuelle indique que la situation des années 90 n’est pas superposable à celle des années 70.

Selon Ignacio Ramonet, nous serions donc entrés dans "une phase de domination massive de la Triade (États-Unis, Union Européenne, Japon), un phénomène qui sera renforcé par l’implantation de l’autoroute électronique d’ici l’an 2000."

La décision du Congrès américain de permettre les fusions entre les télévisions et les grands groupes de télécommunications et la série d'importantes alliances entre des géants multimédia, L'achat de Capital Cities/ABC pour 19 milliards $ US par Walt Disney Co. en 1995; CBS par Westinghouse, Time Warner avec Turner Broadcasting, en septembre 1996 et l'échec de la fusion de British Telecom et MCI Communications à l'automne 1997 (20 milliards $ US) ne font que préfigurer cette tendance inéluctable des grands ensembles.

Chapitre IX

L'avenir passe par le multimédia

9.1 Rappel des grandes lignes

Divers facteurs de la crise vécue par les quatre agences ressortent.

Il y a d'abord des facteurs spécifiques aux agences.

La propriété ou la structure de l’agence a un impact significatif sur la manière dont la crise l’affecte. Pour AP, les principaux clients sont aussi les propriétaires de l’agence. Ils forment une immense coopérative de 1535 journaux qui absorbe les pertes de l’agence. Dans le cas de l’AFP, 49 % des revenus proviennent des abonnements de l’État français et des services publics et 10 à 14 %. Chez Reuters, la division “agence de presse” n’est qu’une petite proportion du chiffre d’affaires du holding (221 millions $ US sur un total de 4,8 milliards $ US). Reste UPI, la seule des quatre agences à être une entreprise à but lucratif; personne ne passe l’éponge lorsqu’elle doit combler un déficit.

Les déséquilibres financiers des agences ont aussi été assez importants pour remettre en question l'existence de deux agences: UPI est en faillite et AFP était fortement déficitaire mais a corrigé la situation. De plus, sans sa diversification et le support du Reuters Group Plc, le statut de l’agence Reuters serait plutôt précaire aujourd’hui. AP est une coopérative, donc s’en tire mieux que les trois autres. Elle est en période de rationalisation de ses effectifs et de son budget.

Il faut aussi noter que l’histoire de chacune des agences a eu une influence directe sur le degré de gravité de la crise.

À l'AFP, le taux élevé de syndicalisation à l’AFP et l'aspect “politique” de l’agence jouent en sa défaveur et ont fomenté une crise interne majeure. À UPI, les mauvaises relations de travail et la gestion pitoyable de ses propriétaires au cours des années 80 l’ont conduite à sa perte. Pour l'AP, la structure coopérative de l'agence, l’attachement des médias américains à son endroit et son statut d’institution sociale aux États-Unis lui ont facilité la tâche à certains égards. Enfin, la transformation de l’agence d'information Reuters en un groupe d’informations financières et mondiales a changé la vocation de l'entreprise.

Des facteurs généraux ont affecté plus globalement les agences d'information.

Le débat international sur le Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication (1969-1989), d’orientation beaucoup plus idéologique et politique que professionnelle, a fait, des agences mondiales, des boucs émissaires faciles. Les agences, comme les médias en général, sont fatalement un enjeu pour les divers pouvoirs et notamment les pouvoirs politiques. Le débat du NOMIC montre, aux yeux des spécialistes des agences que le contrôle de l’information demeure l’un des pouvoirs de domination les plus importants sur la planète.

La montée en flèche des coûts de production a eu un effet dévastateur sur certaines organisations. La cueillette et la mise en forme de l’information internationale au sein d’une agence sont des activités qui reposent sur une main-d’oeuvre spécialisée. Le nombre d’employés des agences a augmenté significativement depuis 1980 chez Reuters et à AP alors qu’il a diminué à UPI et AFP. Les conditions de travail des employés se sont améliorées. Le développement des syndicats dans les années 70 et 80 a fait augmenter les coûts de la collecte, de la mise en forme et de la diffusion des nouvelles.

Par ailleurs, il y a eu stagnation et même diminution du nombre de clients traditionnels des quatre agences dues aux difficiles conditions économiques rencontrées par le monde des médias (récessions mondiales de 1981-1982 et 1991-1995). Le marché des médias se rétrécissant, les agences ont dû réagir et développer de nouveaux produits pour de nouvelles clientèles (hors médias, milieux financiers, etc.). Or, s’il est vrai que le marché des médias a diminué, il ne faut pas oublier que le domaine du multimédia est appelé à se développer phénoménalement d’ici la fin du siècle.

Le marché de l’information est devenu plus sophistiqué, plus rapide et complexe. Le marché de la presse écrite représente aujourd’hui un marché parmi tant d’autres. Le développement de CNN et BBC World est un autre exemple de la transformation de ce marché. Un marché décisif du point de vue politique et du prestige, mais un marché en déclin du point de vue commercial et financier, écrivait Jean-Louis Missika. Le marché traditionnel des agences et des journaux se rétrécit suite aux baisses de tirage, des concentrations de la presse ou des faillites qui sont nombreuses dans ce secteur. Les coupures budgétaires des quotidiens mettent aussi en évidence un autre symptôme de l’évolution en cours, une tendance nette à réduire le nombre de leurs abonnements aux services d’agences. Seuls les grands journaux nationaux peuvent se permettre encore de comparer les informations rapportées par les quatre agences.

Le Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication a cédé la place à un nouveau désordre mondial de l’information. “Aujourd’hui, le désordre l’emporte sur l’harmonie dans l’organisation de notre système international de distribution de l’information. Ce désordre est avivé par la compétition farouche que se livrent non seulement les agences, mais l’ensemble des médias, pour assurer leur place sur un marché bouleversé, pour utiliser les nouvelles techniques et être présents dans l’avenir.”

La libéralisation économique a permis l’explosion des communications et des échanges financiers. Ce phénomène a également entraîné une demande accrue pour la transmission de nouvelles internationales en temps réel. Près de 1 000 milliards de dollars américains circulent chaque jour quasi-instantanément sur les réseaux électroniques d'information.

Les coûts de la transmission des nouvelles ont baissé à cause de la satellisation et de l’informatisation des réseaux de télécommunications des quatre agences. Encore dans les années 70, les nouvelles d’AP, d'AFP, d'UPI et de Reuters étaient diffusées par câbles terrestres, à des coûts plus élevés qu’aujourd’hui. La diffusion directe des dépêches du terminal central des agences de presse aux ordinateurs des médias et des usagers d'Internet, par le biais des satellites, a fait chuter les coûts d’opération de chacune des agences. Cela s’est fait, cependant, au prix d’investissements massifs qui ont nui à la santé financière d'UPI et d'AFP. Les déficits de l'agence Reuters comblés par le groupe Reuters et ceux d’AP épongés par les journaux américains, ces deux agences s’en sont bien tirées malgré tout. Ces investissements technologiques ont servi à répondre à la demande grandissante d’informations rapides de la part des médias et des autres clients.

Au plan géopolitique, la dislocation de l’URSS et de l’empire communiste a entraîné la disparition de l’agence TASS, longtemps la source principale d’informations internationales pour les pays en voie de développement et les pays socialistes. Le déclin hégémonique des États-Unis sur le plan du commerce mondial coïncide avec un certain repli d'Associated Press à l’étranger et la quasi-faillite d'United Press International. Au contraire, l’influence de la nouvelle Europe entraîne dans son sillage l’Agence France-Presse et Reuters, les nouveaux leaders au sein du club des agences de presse internationales. En même temps, une autre agence européenne, Deutsche Press Agentur, réussit à se tailler une petite place.

9.2 Oui, il y a encore un avenir pour les agences

Il y a eu une crise de l’activité “traditionnelle” des agences, causée par la diffusion des nouvelles internationales. Les agences ont dû redéfinir leur rôle de “grossiste en nouvelles”. Cette crise des agences survient en même temps que celle des valeurs et institutions des médias en général.

On constate également que le concept d’agence de presse traditionnelle est aujourd’hui dépassé. Les agences, dont le rôle premier était de diffuser des nouvelles générales se voient dans l’obligation de diffuser de “l’information”, au sens large du terme. Pour survivre financièrement, les agences ont dû diversifier leurs produits et leurs clientèles. On se doit donc dorénavant de parler d’agences d’information plutôt que d’agences de presse.

La conclusion, c’est qu’il n’existe plus maintenant que trois agences d'information véritablement internationales : l'Associated Press, l'Agence France-Presse et Reuters. United Press International n’est plus qu’un dinosaure moribond, suite à ses nombreux déboires financiers. Cela montre que ces entreprises peuvent mourir. La place laissée par UPI pourrait être éventuellement comblée par l’agence allemande DPA. AP est la première agence de presse au monde, suivie respectivement de Reuters et AFP. Reuters est une exception en soi.

Il est possible de dire que :

1) UPI, avec sa quasi-fermeture en janvier 1997, n’a plus le
statut d'agence de presse internationale et a été rétrogradé
au rang de simple agence nationale;

2) Reuters n’est plus une agence de presse à certains égards, à
cause de sa marginalisation au sein de l’ensemble du groupe
Reuters;

3) AFP et AP demeurent les deux seules “vraies” agences de
presse internationales, dans le sens où leur premier objectif est
la collecte et la diffusion de nouvelles étrangères pour les médias
en général.

Le tableau qui suit permet de comparer toutes les agences sur les principaux points.

Agence Abonnés Bureaux Employés Pays Budget Mots/jour
_______________________________________________________________
AP 15 000 242 4100 121 560 M$ US 20 millions
_______________________________________________________________
AFP 12 500 114 2000 165 210M $ US 600 000
_______________________________________________________________
UPI n.d. 8 110 10 15M $ US n.d.
_______________________________________________________________
REUTERS 360 000 212 16 120 161 5MM $ US 2 millions
_______________________________________________________________
DPA 2500 107 1886 75 115M $ US 335 000
_______________________________________________________________
ANSA 957 109 854 77 95M $US 300 000
_______________________________________________________________
EFE 1235 77 2000 70 8M $US 500 000
_______________________________________________________________
BLOOMBERG 70 000 60 3 500 65 760M $ US n.d.
_______________________________________________________________
DOW JONES 250 000 n.d. 3 700 n.d. 2,5 MM $US n.d.
_______________________________________________________________
ITAR-TASS n.d 134 4000 n.d. n.d. 150 000
_______________________________________________________________
Sources : Patrick White, agences, Hoover's, Henri Pigeat

Finalement, il est important de noter les limites de cette analyse. La crise des agences de presse internationales est relative. Cette crise a fortement affecté surtout deux agences (UPI et AFP) au plan des finances et de la redéfinition des rôles. L’agence AP n’a pas été profondément modifiée bien que le marché américain soit en déclin et que la forçant à réduire l’étendue de son réseau de correspondants. Enfin, bien qu’il existe une crise morale au sein de Reuters, l’activité “agence de presse” est toujours en pleine expansion et le miracle économique du groupe Reuters lui permet un constant soutien financier.

Chacune des agences a donc été affectée de manière différente par les bouleversements des quinze dernières années. Reuters et AP ont bien tiré leur épingle du jeu mais AFP s’est réveillée juste à temps afin d’éviter sa fermeture au milieu des années 80.

Les agences ont dû relever des défis économique et technologique en se transformant parallèlement à l’évolution des techniques et des médias. Elles ont dû s’adapter et vont devoir continuer à le faire.

Malgré l’attrait de l'audiovisuel et des nouvelles technologies d’information, les agences d’information AP, Reuters et AFP demeurent au centre du système d’information qui alimente la société internationale et elles évoluent dans un marché concurrentiel à l’échelle mondiale. Une chose est claire : elles vont continuer à survivre. Les ressources physiques et financières des agences de même que leur expérience leur permet de demeurer en tête du peloton afin de faire face aux défis. Les agences rejoignent aussi maintenant les consommateurs directement, via les journaux, les sites Web et les chaînes de télévisions câblées.

Les agences vont continuer d’exister, et ce, pour diverses raisons. Les attentats du 11 septembre ont augmenté l'intérêt du public envers les nouvelles internationales. Les agences jouent maintenant un rôle complémentaire, un rôle d’analyse et d’explication alors qu’auparavant elles avaient un rôle dominant dans le système de communication internationale. Ce rôle, les radios et les télévisions ne peuvent le jouer, faute de temps et de moyens. Les agences sont très utiles pour les autres médias.

Les exemples des récentes guerres civiles au Rwanda et en ex-Yougoslavie sont frappants. Les seules images à nous être parvenues de ces deux pays, ici en Amérique du Nord, à part quelques rares exceptions, sont celles des agences Reuters Television, APTV et WTN. Sauf en Europe et particulièrement en France et en Angleterre, les réseaux de télévision n’ont fait que rediffuser à maintes reprises les mêmes images d'agence sans rien expliquer : des corps flottant sur la rivière qui relie le Rwanda et la Tanzanie; des tirs de mortiers au loin tombant sur Sarajevo, .... Dans des cas comme ceux-ci, les agences d'images sont et seront toujours un filon pour les médias. Dans le cas des nouvelles d’extrême importance, les agences joueront toujours le rôle d’alerte pour l’ensemble des médias du monde. Les autres journalistes ne peuvent tout simplement pas s'en passer.

Il y a donc de l’espoir pour AP, AFP et Reuters. Elles doivent cependant se démarquer et prendre conscience de l’avantage qu’elles ont sur les radios et les télés : l’analyse et l’explication. Leur force aussi: la rapidité, le souci du détail, la véracité des informations et l'étendue de leur couverture. La spécialisation dans le secteur des nouvelles financières est évidemment une des portes de sortie pour AP et AFP. Il faut cependant demeurer collé aux développements informatiques et technologiques pour ne pas manquer le bateau.

L'autre solution afin de conserver et développer un statut international, c’est que les agences d’information continuent à investir dans la recherche et le développement. L’avenir des agences passe par la diversification économique de ses produits ou de ses clientèles.

Cet avenir peut leur sourire dans la mesure où elles prennent bien conscience que d’autres phénomènes sont déjà en émergence à l’intérieur du système international de la communication :

1) Internet;
2) L’intelligence artificielle;
3) Le multimédia.

Les agences doivent commencer à faire des essais sur l’inteligence artificielle (c’est déjà le cas pour Associated Press) afin de maximiser le potentiel commercial que représente la masse d’informations qu’elles reçoivent. Ces informations pourraient être revendues sous forme de “newsletters” pour les compagnies ou encore de nouvelles à la carte (nouvelles personnalisées) directement envoyées dans l’ordinateur du client.

Le phénomène Internet fait vivre une véritable révolution aux agences. En effet, selon le président de Hewlett Packard, alors qu’il était interrogé sur les ondes de NBC Nightly News With Tom Brokaw le 29 décembre 1993, 50 % des foyers américains auront accès directement par modem aux agences de presse, à leurs journaux et revues d’ici l’an 2000. Cela a déjà été concrétisé par les revues Time et Newsweek ainsi que par les agences AP, Reuters, AFP et Dow Jones. Aujourd'hui, "12 % des journaux américains ont une présence sur le World Wide Web." En fait, plus de 1500 journaux dans le monde possèdent déjà leur site Web. Les plus prestigieux comme The Wall Street Journal, USA Today, The New York Times, The Washington Post utilisent déjà leurs éditions électroniques pour prendre le pas sur leurs équivalents de papier dans la course à l'information. La BBC et CNN ont fait de même, et les agences leur permettent d'alimenter leur site 24 heures sur 24.

L’autoroute électronique, si elle est bien utilisée par les agences de nouvelles, pourrait s’avérer une mine d’or : le marché est immense et se chiffre potentiellement dans les centaines de millions de dollars à l’échelle nord-américaine. Le site Internet du New York Times (http://www.nytimes.com), où l'on retrouve les principales nouvelles du quotidien, reçoit la visite de près de 200 000 à 300 000 personnes tous les jours et celui de CNN plus de 3 millions. Fait intéressant à noter, les utilisateurs de l'Internet ont plus tendance à lire les journaux que le public en général. Une étude du Pew research Centre for the Press and the People a trouvé que 55 % des utilisateurs de l'Internet avaient lu les journaux de la veille contre 50 % pour le grand public. Près de 36 millions d'utilisateurs de l'Internet en 1998 utilisaient le service pour y lire les nouvelles, comparé à 11 % en 1996, soutient ce centre. On ne croit donc pas que les versions "en-ligne" des journaux menacent de voler la clientèle des versions papier. Par exemple 35% des abonnés du site Web du Wall Street Journal sont lecteurs du quotidien et l'audience en-ligne est plus jeune: 40 ans en moyenne contre 52 ans..

La folie des dot.com à la fin des années 1990, a amené les grands médias à mettre sur pied des sites Web d'information, et ce phénomène a été facilité par la réduction du coût des connections Internet, et aussi la rapidité du Net avec les connections haute vitesse.

Le responsable des nouveaux produits média de Reuters (Reuters NewMedia), Andrew Nibley, croit que la tendance des journaux à publier plus rapidement des nouvelles et scoops sur leurs sites Web ne remet pas en cause le rôle des agences de presse. "Nous ne sommes pas concurrents" souligne-t-il. Selon lui, les journaux effectuent un travail d'investigation et d'approfondissement dans leurs versions électroniques, ce que les journalistes d'agences "n'ont pas le temps de faire. L'internaute qui découvre un événement grâce à une dépêche d'agence aura tendance à aller consulter le quotidien dans lequel il a confiance pour y lire une analyse ou une remise en perspective".

Enfin, le domaine du multimédia (son, image, voix, texte, câble et ordinateur) permettra aux travailleurs de recevoir et partager des données avec des collègues à l’autre bout du monde alors que les consommateurs pourront commander leurs films et cédéroms par lignes téléphoniques, magasiner à distance ou encore consulter des banques de données.

Un défi cependant. Un bon nombre de sites Web ont poussé comme des champignons depuis la fin des années 1990, mais n'ont pas eu besoin des fils de presse des agences. Les grands médias et les gouvernements mettent par exemple en ligne leurs propres informations. La présence des nouvelles d'agences sur les grands sites comme Yahoo! et MSN! banalisent aussi le contenu. Les organisations de résistance, les ONGs, les groupes altermondialistes ont également connu un nouveau souffle depuis les émeutes du Sommet de l'OMC àa Seattle en 1999, développant ainsi leurs propres sites Web et blogs. Les consommateurs ont ainsi plus de choix qu'à la fin des années 1990, surtout en ce qui à trait à l'information alternative et social. La force des agences, cependant: l'impartialité et la crédibilité.

À cet égard, les agences se doivent de développer de nouveaux services et commercialiser, par exemple, leurs archives photographiques et leurs informations (sur Internet ou sur cédérom comme le fait CNN) afin que les consommateurs puissent profiter de ce monde du multimédia. La valeur ajoutée des médias en ligne sur Internet va venir de ce qu'ils vont apporter à l'information brute des agences. Bien que certains disent que la révolution du multimédia pourrait mener à l'anarchie, je crois tout simplement que cette révolution est incontournable. Le réseau informatique Internet, avec ses 150 millions d'abonnés de par le monde, est devenu le nec plus ultra dans le domaine des communications. Internet est devenu un nouveau type de média, au même titre que la presse, la télévision et la radio. On prévoit que près d'un demi-milliard de personnes seront branchées sur "le réseau des réseaux" d'ici l'an 2000. Aux États-Unis, 35 millions d'adultes avaient déjà accès à l'Internet à la fin de septembre 1996 selon un sondage de la firme Louis Harris and Associates.

L'Associated Press a été la première à tenter l'expérience en mai 1995 lorsqu'elle a décidé d'offrir son service de nouvelles en anglais sur Internet. Les nouvelles étaient mises à jour à toutes les cinq minutes. AP a arrêté l'expérience à cause du piratage informatique et du non-respect des droits d'auteur. Elle offre maintenant ce service uniquement à ses membres. L'AFP et Reuters font des essais sur le World Wide Web depuis le début de 1996. Reuters fait déjà du profit sur l'Internet. AFP offre un résumé des principales nouvelles du jour et offre un service de sélection de ses nouvelles aux usagers du Net. Ces nouvelles doivent être payées grâce à un système sécurisé de transaction électronique. L'internaute peut aussi sélectionner divers mots-clés et les articles de l'AFP sur ces sujets lui sont transmis par courrier électronique, moyennant un paiement mensuel. Reuters présente de son côté les principales nouvelles du jour sur l'Internet par le biais du populaire site Yahoo, une fenêtre Internet qui permet d'effectuer des recherches précises sur le réseau des réseaux. Yahoo reçoit 600 000 "visiteurs" sur le World Wide Web, chaque jour. Les nouvelles de Reuters sont aussi vendues à Compuserve et divers autres services en-ligne. IT Consultancy prévoit par ailleurs que plus de trois millions de compagnies feront du commerce électronique d'ici 2003 et estime que les revenus provenant du protocole téléphonique Internet croîtront à environ 2,5 milliards $ US.

Mais il suffit de réféchir : les problèmes de sécurité de l'information et de droit de propriété intellectuelle ne font que commencer à surgir sur l'autoroute électronique. Une commission de l'UNESCO s'est penchée sur le sujet à la fin de décembre 1996 et deux nouveaux traités internationaux sur les droits d'auteur à Internet ont été votés. Désormais, la consultation de documents sur le Web et leurs éventuelles copies sur un ordinateur personnel ne constitueront plus des violations du copyright.

On prévoit que cela prendra 10 ans avant que 40 % des consommateurs s'accrochent vraiment au potentiel d'Internet. Aujourd'hui, Internet ne rejoint encore qu'environ 11 % des foyers américains et 1 % des foyers en Europe. Le battage publicitaire (media hype) cache le fait que le phénomène Internet n'est pas un média de masse, loin de là. Certains croient que l'Internet représente une grande menace pour la télévision mais les problèmes techniques du réseau sont fréquents. On commence déjà à surnommer le World Wide Web le "World Wide Wait". Avec l'arrivée de la télévision digitale par satellite, la convergence semble entre l'ordinateur et la télévision pointe déjà à l'horizon.

Le développement rapide d'Internet a été bien anticipé par les agences, qui l'utilisent beaucoup plus. Il s'agit d'une voie d'avenir pour les agences, et les mieux placées pourront en tirer avantage même dans un monde "post dot com". Comme elles l'ont fait avec le virage informatique et les transmissions satellite dans les années 1980, les agences ont les moyens de tirer avantage des nouvelles technologies.

La poursuite de la réflexion face aux nouvelles technologies et la diversification économique sont donc la voie de l’avenir pour AP, AFP et Reuters. Le potentiel qui s’offre à elles est extraordinairement prometteur. L'Internet est loin d'avoir atteint son plein potentiel mais il est exclu de prévoir la disparation des moyens d'informations que nous connaissons aujourd'hui. Nous aurons toujours des journaux, nous aurons toujours la télévision et la radio mais nous deviendrons davantage des consommateurs électroniques dans l'avenir. Les jeunes, eux, le sont déjà. Ferons-nous face à un conflit virtuel des générations?

Quelques médias branchés

Voici quelques sites offerts par certains médias internationaux et sur lesquels il est possible de trouver des informations en provenance de différents pays. Cette liste n'est évidemment pas exhaustive; en naviguant sur le Net vous trouverez sans doute beaucoup díautres sites intéressants sur lesquels on retrouve des informations internationales.

Les agences de presse

REUTERS : http://www.reuters.com

Le site Web de Reuters offre de nombreuses informations sur les produits et les services offerts par l'agence de presse. C'est un site idéal pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur l'agence de presse. Ce ne sont pas toutes les nouvelles de Reuters qui sont accessibles mais les manchettes s'y trouvent.

AGENCE FRANCE-PRESSE : http://www.afp.com

Le site de l'AFP, tout comme celui de Reuters, offre une multitude díinformations sur les activités de líagence de presse française. L'AFP offre des versions de son site en plusieurs langues. Il est également possible d'obtenir des informations par pays. Des frais de 2 FF sont cependant exigés pour avoir accès aux dépêches complètes.

ASSOCIATED PRESS : http://www.ap.org
Au lieu d'offrir son propre site Web, l'agence Associated Press a plutôt opté pour un service Internet quíelle offre aux médias membres de líagence. Le service est donc disponible sur les sites de certains médias américains. The Wire offre tous les produits généralement offerts par AP: textes, photos, graphiques, bandes audio et vidéo. Le site est présentement en période d'essai. Il est possible de le visiter, pour un temps limité.

BLOOMBERG PERSONAL : http://www.bloomberg.com
Un site incontournable pour les experts en finance mais aussi pour ceux qui s'intéressent aux informations économiques et financières. Bloomberg Personal offre notamment les manchettes économiques et les activités des différents marchés mondiaux.

UNITED PRESS INTERNATIONAL: http://www.upi.com

La presse écrite

NEW YORK TIMES : http:/www.nytimes.com
En entrant sur le site du New York Times, la première page du quotidien apparaît avec les principales nouvelles du jour. Il est possible de sélectionner les nouvelles selon différentes sections : politique, économie, arts/loisirs, multimédia, etc. Des frais de 35 $ par mois sont exigés. Il est possible de visiter le site avant de s'abonner.

LE MONDE : http://www.lemonde.fr
La première page du quotidien français est accessible gratuitement pour les internautes. Le Monde offre díautres services tels que des dossiers sur différents sujets et un service d'archives. Certains des services nécessitent le mode de paiement Globe ID.

LE MONDE DIPLOMATIQUE : http://www.ina.fr/CP/MondeDiplo
Les nouvelles du Monde diplomatique sont offertes gratuitement aux internautes. Seuls quelques articles du numéro en cours sont disponibles uniquement à la fin du mois. Les articles sont classés par sujet, par pays et par numéro.

LIBÉRATION : http://www.liberation.fr
Les nouvelles du jour et les principaux articles parus dans líhebdomadaire français sont disponibles gratuitement sur le Net. Libération est une bonne source pour les nouvelles multimédia et pour des informations sur les sites Web en français. Des vidéoclips et des photos prises par les journalistes sont également accessibles.

FINANCIAL TIMES : http://www.ft.com
Le Financial Times offre des nouvelles économiques en provenance des cinq continents. La section Technologie est particulièrement intéressante. Le site est accessible gratuitement mais il faut cependant compléter un formulaire d'abonnement.

WASHINGTON POST : http://www.washingtonpost.com
Les nouvelles publiées dans la version traditionnelle du mÈdia et plus encore : une météo interactive, les articles des correspondants du journal classés par région, la possibilité de communiquer avec les différents journalistes, etc. Ce site est l'un des favoris des internautes. Il est accessible gratuitement.

THE ECONOMIST : http://www.economist.com
Le site de l'hebdomadaire The Economist offre une sélection limitée des articles publiés dans la version imprimée en cours. On y retrouve également un supplément hebdomadaire contenant des résumés de livres et des nouvelles multimédia. Les sondages réalisés par l'hebdomadaire britannique sont aussi disponibles. Le site est présentement en développement, d'autres informations ainsi que des services supplémentaires seront bientôt accessibles. On peut s'abonner à un service de courrier électronique qui résume l'actualité politique et économique de la semaine.

ASIAWEEK : http://pathfinder.com/Asiaweek
Des "features" et des nouvelles économiques sur l'Asie tirées de la version imprimée à Hong Kong. Le service est gratuit.

WALL STREET JOURNAL : http://www.wsj.com
Le Wall Street Journal offre un site intéressant et apprécié des internautes. Moyennant des frais mensuels de 6 $ US, plusieurs services sont offerts aux abonnés, dont l'accès à des milliers de banques de données. En sélectionnant certains critères par exemple, les abonnés du service en ligne du Wall Street Journal reçoivent uniquement les nouvelles qui les intéressent. Le WSJ offre un service d'alerte par le biais du courrier électronique.

La presse électronique

CNN : http://cnn.com
Les nouvelles sont mises à jour à toutes les trente minutes sur le site de CNN. Il est possible de télécharger des photos, des bandes audio ou des vidéos. Les manchettes et des articles de fond sont disponibles. Certains articles permettent d'accéder à d'autres sites Web pour obtenir plus d'informations sur un sujet donné. En matière d'information internationale, c'est sans doute l'un des sites les plus intéressants. Le service est gratuit.

BBC : http://www.bbc.co.uk
Les émissions radiophoniques et télévisées de la chaîne britannique sont présentées. On peut obtenir des informations sur le Service mondial, sur la présence de BBC dans le monde et sur les différents produits et services qu'elle offre.

MSNBC : http://www.msnbc.com
Service offfert par NBC News et Microsoft Network. Les manchettes de la journée sont classées par section. Les internautes peuvent demander un service d'alerte pour être informés de l'arrivée de nouvelles importantes. Différents services sont accessibles dont le "chat" à 17h00 qui permet d'échanger sur les événements de la journée.

Services de nouvelles internationales:

Pathfinder : http://pathfinder.com
Le site de Time Warner offre les dernières nouvelles de Time, Fortune, People et autre magazines, mises à jour régulièrement.

Future Net World News : http://www.futurenet.co.uk
Ce magazine en ligne très populaire en Europe présente les principales nouvelles de la scène internationale et britannique.

Yahoo: http://www.yahoo.com
Le site présente les nouvelles en anglais de Reuters mises à jour à chaque demi-heure. On y retrouve les grands titres de la journée classés par catégories (World News, U.S. News, Technology, Sports, Entertainment, etc).

BIBLIOGRAPHIE

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d'information

AGENCE FRANCE-PRESSE, "Presse américaine : les tirages toujours en baisse", La Presse (Montréal), 2 novembre 1994, p. B-7.

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BARNETSON, William, The Economics of Newspapers and News Agencies, Édimbourg, Scottish Academic Press, 1974, 12 p.

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