Lancement de «Nu», recueil de 16 nouvelles érotiques dirigées par Stéphane Dompierre

Catégories:
crédit photo : GHYSLAIN LAVOIE L1VISUEL
crédit photo : GHYSLAIN LAVOIE L1VISUEL
crédit photo : GHYSLAIN LAVOIE L1VISUEL
crédit photo : GHYSLAIN LAVOIE L1VISUEL

Seize auteurs de registres différents et de grand talent, un écrivain bien connu célébrant sa décennie de publication en «s'imposant» la lecture et la direction de bonnes histoires de fesses, un recueil joli comme tout, aussi doux qu'une bonne soirée de batifolage à deux (ou à plusieurs, qui sait…?): c'est ce qu'a pensé nous offrir Stéphane Dompierre en regroupant certaines de ses plumes préférées entre les pages d'un même recueil de nouvelles érotiques savamment intitulé NU.

Un groupe d'auteurs à faire rougir

Directeur et instigateur de ce projet qui fait rougir, Stéphane Dompierre avoue s'être fait plaisir en réunissant sous une même couverture (ha ha!) quinze de ses bons amis écrivains.

«Je fête mes dix ans de publication cette année et je me suis aperçu que je n'allais rien publier. Je trouvais cela dommage. C'est là que j'ai eu l'idée, de fil en aiguille, de bâtir un recueil. Pour moi, le défi littéraire était l'érotisme, puis je me suis demandé Qui ais-je envie de voir écrire cela? Je me suis gâté en fait, j'y suis allé sur le coup de l'inspiration.»

Pas question, par contre, de laisser certains de ces comparses auteurs prendre les chemins très sombres qu'ils empruntent parfois. «J'avais donné une ligne directrice aux auteurs: je voulais quelque chose de ludique, un recueil où les gens, en le reposant, auraient encore envie d'avoir de la sexualité. Je ne voulais pas qu'on parle de viol ou d'inceste, je voulais qu'on soit dans quelque chose de sain.»

«Étrangement, il y a beaucoup plus de gars qui ont refusé de participer au projet que de filles. J'ai l'impression que pour les filles, la littérature érotique, elles y ont déjà pensé, elles savent déjà ce qu'elles pourraient apporter au genre, alors que les gars savent peut-être moins se positionner par rapport à cela.»»

Le défi, selon l'auteur devenu directeur, était beaucoup de ramener ces images pornographiques - qui remplacent souvent le concept d'érotisme de notre époque -, à une littérature érotique. «Ce fut un véritable travail littéraire et une belle expérience pour chaque auteur, de redéfinir un peu la façon dont il écrit. Tous les auteurs, je pense, ont ainsi dû se repositionner par rapport à leur façon d'écrire.»

Quant à sa propre nouvelle, l'auteur s'est permis de pondre la plus «dérangeante du recueil.»

«Ma nouvelle, c'est l'amour au temps du sexe. C'est une relation possiblement amoureuse dans un monde hyper sexué. La genèse de ça fut mon passage devant une discothèque où les jeunes dansaient et où il y avait des films de cul qui jouaient sur grand écran. Je trouvais ça particulier. Un peu plus loin, dans un bar de chansonnier, il y avait un musicien et encore une fois, des films de cul sur grand écran. J'ai trouvé cela bizarre et je me suis demandé: Ok, c'est cela que les gens veulent?… Je suis parti de cela pour bâtir une société hyper technologique et aussi hyper sexuée.»

La nouvelle érotique et le chemin pour y parvenir

Patrick Senécal décrit sa nouvelle en trois mots: «Ludique, excessive et marathon.»

«Je voulais écrire une nouvelle de la même façon dont j'écris d'habitude une histoire; je voulais qu'il y ait un suspens, un mystère. Ici, au lieu de trouver des indices de meurtre, ce sont des indices sexuels que le personnage cherche afin de retrouver son amante originale. Et oui, il y a un punch à la fin! C'est donc une construction semblable à celle que j'utilise habituellement, mais avec des points de repère qui sont des baises et différents fantasmes. Je me suis beaucoup amusé avec ça», affirme celui qui n'est pourtant pas friand de littérature érotique.

«Je ne suis pas un fan de littérature érotique, alors les ingrédients pour en écrire, je n'en sais rien. Par contre, personnellement, je dois sentir qu'il y a une histoire indépendante, que l'histoire n'est pas un prétexte à ce qu'il y ait des scènes de sexe. Il faut que le sexe fasse partie de la dramaturgie de l'histoire, de l'essence même de ce qui est raconté. C'est comme dans l'horreur; s'il n'y a que des meurtres, cela ne m'intéresse pas. Il faut qu'il y ait une vraie histoire et que la violence fasse partie de l'histoire. Pour moi l'érotisme, c'est la même chose.»

Geneviève Janelle (dont l'hilarante nouvelle est – encore une fois – mon gros coup de coeur) résume son oeuvre ainsi:

«C'est l'histoire d'un couple légèrement snob du Mile End qui se retrouve dans un tout-inclus à Punta Cana et qui n'assume pas tout à fait le fait de s'y retrouver. Ils vivront toutes sortes de choses qui feront peut-être en sorte qu'ils réviseront leur position face aux tout-inclus...»

Sa recette pour écrire une bonne nouvelle érotique? «Je pense qu'il faut aller toucher aux secteurs de fantasmes des gens. Il y a des gens qui vont triper complètement sur l'une ou l'une autre de nos nouvelles parce qu'elle ira toucher leur propre monde fantasmagorique. J'imagine que c'est différent pour chacun, donc il n'y a pas de recette toute faite pour écrire de la littérature érotique.»

«Ma nouvelle, c'est une lettre qu'une femme écrit à son mari pour s'excuser de quelque chose, mais pauvre elle, ce n'est pas vraiment de sa faute ce qu'elle a fait avant-hier, elle était sous l'influence de sa nouvelle thérapie avec sa coach de vie! Bon, on va se le dire, sa coach de vie, c'est une lesbienne sodomite», lance Roxanne Bouchard en riant.

«C'est un peu un subterfuge de passer par l'humour, par une sexualité et par un langage qui ne sont pas les miens pour raconter mon histoire sans avoir peur que l'on m'identifie à travers elle, avoue-t-elle. Dans la vie, je suis très pudique et je trouve que notre intimité, on l'a sacrifié sur l'autel de Facebook. Le respect de l'intimité devient de plus en plus sacré et de plus en plus important. Ici, je garde mon intimité et ma façon de voir les choses.»

Véronique Marcotte croit pour sa part que les meilleurs ingrédients pour livrer une bonne nouvelle érotique sont «beaucoup d'imagination, une capacité à se renouveler, à se mettre en danger, et un respect envers sa propre signature; donc ne pas se travestir parce que soudainement, on écrit de la littérature érotique.»

Sa nouvelle plus-que-coquine, «c'est l'histoire d'une fille qui a un amant journaliste super connu, mais qui est très vieux, qui décide de renouveler sa vie sexuelle en tombant en amour sexuel avec un chef cuisinier qui passe à la télé. C'est dramatique, ma nouvelle se termine très mal, mais il y a de la lumière, il y a de la bonne baise, il y a des blagues. J'ai respecté la consigne de mon ami Stéphane qui était de ne pas être trop dark.»

Matthieu Simard - qui confie écrire beaucoup mieux lorsqu'il se retrouve sous pression - a pondu une histoire de «porn-star qui pense qu'elle est tannée de son métier et qui décide de chercher l'amour sans rien connaître là-dedans.»

«Au lieu de partir d'un monde ordinaire et d'aller vers l'érotisme, je suis parti de la pornographie pour descendre à l'érotisme. Ma nouvelle commence avec un trip à trois assez hard. D'ailleurs Stéphane Dompierre m'a dit qu'il n'aurait jamais pu mettre ma nouvelle au début du recueil, car cela aurait donné le mauvais ton», explique-t-il le sourire en coin.

Pour Guillaume Vigneault (que l'on se fait une joie de relire enfin!), tout est parti d'une image.

«J'avais cette image en tête; une image un peu voyeur, ou exhibitionniste selon le point de vue. La fenêtre de la chambre d'un hôtel du centre-ville, quelque chose d'anonyme. J'ai accepté la proposition de Stéphane Dompierre, question de me mettre moi-même au défi. Je n'avais que cette image en tête, une image que je trouvais, je dois le dire, particulièrement érotique.»

«Une chambre d'hôtel, une fenêtre, la notion que l'on voit à travers ou non. Ensuite, c'est redevenu plus intime, je crois que ma pudeur naturelle a pris le dessus et je suis plus allé dans l'imaginaire érotique que dans le sexe comme tel. L'érotisme, c'est beaucoup dans la tête je pense. Je pense avoir écrit une nouvelle érotique assez pudique au fond, mais inquisitrice dans l'esprit des gens. Peut-être parce que les auteurs masculins ont plus tendance à faire une incursion dans la psyché féminine.»

«La bonne recette pour écrire une nouvelle érotique: tout dépend des palais et des humeurs, ajoute-t-il. Personnellement, j'aime l'allusion, j'aime ce qui est sous le texte, ce qui n'est pas dit. C'est un peu ce que j'ai fait d'ailleurs.»

NU, le recueil de nouvelles érotiques dirigé par Stéphane Dompierre et regroupant 16 auteurs québécois, est maintenant disponible en librairie.

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Instagram icon