Le chant de Sainte Carmen de la Main

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23 mai 2013 - 20:00
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« La Main a les droit d’exister, faut juste l’aider à s’en rendre compte », affirme la nouvelle sauveuse, Carmen. Si les personnages colorés et excentriques imaginés par Michel Tremblay revendiquent - à l’instar de la Main qui les a vu naître - le droit d’exister, ils le font avec brio, sur les planches du TNM depuis le 30 avril dernier. De la douleur, de l’incompréhension, du gros fun noir et surtout, et malgré tout, de l’espoir : c’est ce que nous offre, tout en chansons, Carmen devenue sainte et sa horde de fidèles.

Le monde de Tremblay, lorsqu’il est savamment mis en scène, arrive à prendre une dimension aussi réelle que le réel même. Le génie de René Richard Cyr, une seconde fois, a fait renaître les personnages de Tremblay dans toute leur exubérance, leurs défauts et leur folie. Cette fois, ce ne sont pas des femmes au foyer excitées de coller de timbres et de jouer au bingo que l’on retrouve, mais bien ces travestis, prostituées, drag queens et autres rebelles sympathiques parcourant la Main comme on parcoure un chemin tracé d’avance, qui a plu jadis, mais qui aujourd’hui, n’offre plus rien de nouveau, plus d’espoir.

Cette faune insolite, elle formera le chœur d’une tragédie grec on ne peut plus moderne (oui, c’est bien Ève Landry, la Jeanne d’Unité 9 que l’on retrouve ici en prostituée) et évoluera autour des Carmen (magnifique Maude Guérin!), Bec-de-lièvre (Éveline Gélinas si touchante), Maurice (un Normand D’amour toujours aussi convaincant), Gloria (une France Castel au sommet de son art) et le malveillant Tooth Pick (Benoît McGinnis qui, peu présent tout au long de la pièce, s’approprie en quelques secondes farouchement la scène au moment de livrer le monologue final).

« J’ai commencé avec des paroles des autres pis des musiques des autres, mais peut-être que j’pourrais finir avec des paroles de moé pis des musiques de moé », se permet d’espérer haut et fort une Carmen de retour sur la Main, fraîchement débarquée de Nashville. Son rêve ? Chanter, avec ses mots à elle, l’espoir et la fierté qui sont toujours possibles pour les curieux résidents de la Main, les laissés-pour-compte. Au détriment de sa propre sécurité, au détriment de tout ce qui forme sa vie, Carmen offrira son ultime concert devant une foule en un instant changée à jamais.

Saint Carmen de la Main est une histoire de dignité et de courage. Un cri d’espoir qui s’élève et devient mélodie. Et qui de mieux que le talentueux Daniel Bélanger pour faire chanter Carmen et ses nouveaux alliés de façon aussi juste ?

L’univers de Michel Tremblay, les paroles et la mise en scène de René Richard Cyr, la musique de Daniel Bélanger et le talent de Maude Guérin se fondent les uns dans les autres et s’emboîtent parfaitement, tel un casse-tête grandeur nature aux images colorées et improbables et aux reflets joyeux.

Le chant de Sainte Carmen de la Main est présenté au Théâtre du Nouveau Monde dans le cadre du 25e anniversaire des Francophonies de Montréal. Nouvelles supplémentaires les 13, 14, 15 et 20, 21 et 22 juin et en tournée au Québec en 2014.

www.saintecarmen.ca

www.tnm.qc.ca

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