La tempête de Shakespeare à Wendake : entretien avec Robert Lepage

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Du 1er au 30 juillet 2011, la Nation huronne-wendat présente un Shakespeare signé Lepage. Dans un amphithéâtre extérieur à la facture architecturale hybride élisabéthaine et grecque – que jalouse Lepage –, le touriste, le huron ou le québécois est invité à une rencontre inédite. Effectivement. D’abord, la pièce ne prendra pas la route par la suite, à l’instar des autres projets d’Ex-Machina. C’est donc une pièce exclusive. Ensuite, comme le mentionne Lepage en entretient avec les médias de Québec : « Chant innu, acrobatie, vidéo, etc., se mêleront au jeu dramatique». Un amalgame de disciplines ponctuera cette pièce où Lepage entend poser des questions à Shakeapeare. Le Grand Chef Konrad Sioui est fier de pouvoir présenter chez lui cette rencontre unique à laquelle le spectateur est appelé à la découverte de l’autre.

Les détails de cette production d’Ex-Machina, en collaboration avec la Nation huronne-wendat, ont été recueillis lors d’un entretient à l’Hotel-Musée Premières Nations avec les deux protagonistes de cette rencontre, Robert Lepage et le Grand Chef Konrad Sioui. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, le Grand Chef affichait un contentement qui laissait deviner toute la portée symbolique que peut représenter une mise en scène shakespearienne signée Lepage dans sa communauté. Comme nous le relatait Lepage lors du tête-à-tête avec les médias, cette rencontre n’est pas le fruit d’un hasard, le dramaturge est un voisin de Wendake depuis maintenant 5 ou 6 ans, il habite une demeure familiale sise à l’abord du village. Sa fascination pour cette communauté autochtone remonte ainsi à l’enfance, alors que lui et sa sœur fréquentaient la communauté huronne. Lepage dira : « aujourd’hui, les gens font le tour du monde à la recherche d’une nouvelle spiritualité alors que chez nous, à côté, nos voisins ont depuis jadis des mythes fondateurs aussi puissants que n’importe quelle mythologie orientale ou occidentale».

La tempête : synopsis

Pièce dont la thématique repose sur la réconciliation, Prospero, ancien duc de Milan qui a été déchu par son frère Antonio, vivra en exil avec sa fille Miranda sur une île inconnue. Lepage insiste pour nous rappeler qu’étymologiquement, Wendake veut dire « île ». Comme quoi il n’y a point de hasard. D’ailleurs, la forme circulaire de l’amphithéâtre évoque également une île. Le duc qui pâtit de sa dégradation usera de ses livres de magie pour commander aux éléments une tempête qui entrainera le naufrage du bateau d’Antonio l’usurpateur et du roi de Naples, Alonso. Échoués sur l’île, ils subissent diverses épreuves punitives ou initiatiques commandées par Prospero, et en sortent transformés.

Pour former ce tableau, Lepage a eu recours à une véritable rencontre ; rencontre culturelle où autochtones et non-autochtones seront du rendez-vous. La pièce se veut également un rendez-vous entre les générations et plusieurs formes d’expression sont usées auxquelles le public est convié de participer.

Afin de justifier le choix de produire cette pièce à Wendake, Lepage insistera pour nous rappeler un fait historique à Québec. Effectivement, l’acteur britannique Edmund Kean (1787-1833), considéré de son temps comme le plus grand acteur, de passage à Québec au 19e siècle, se fera entraîner à Wendake par le Grand Chef du moment et déclamera du Shakespeare pour le plus grand bonheur de la communauté. D’ailleurs, un célèbre tableau du peintre de Québec Joseph Légaré (1795-1855) dont le titre éloquent est «Edmund Kean récitant devant les Hurons», témoigne du passage inopiné du grand acteur britannique dans la communauté huronne-wendat. Lepage tiendra à souligner que bien avant lui, les Hurons s’étaient fait offrir du Shakespeare de haut calibre…

Cette mise en scène de Lepage est présentée tout le mois de juillet à Wendake. Les billets sont en vente sur le réseau Billetech. Le spectacle est présenté à 21 h 30 du mardi au samedi, en plus des dimanches 3 et 10 juillet. Le Grand Chef tient quant à lui à rajouter « qu’à Wendake, il ne pleut jamais!». Un rendez-vous à ne pas manquer cet été.

Michaël Lachance, collaborateur à Québec pour patwhite.com

lachance.michael@videotron.ca

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