XXL ou XXS? Réponse de Corps ATYPIK

Début de l'événement: 

12 mars 2011 - 09:35
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Gros ou maigre, petit ou grand. Qui vous a dit que vous ne pouviez pas vous réaliser dans la danse contemporaine?

Corps Atypik, c’est un événement réunissant une vingtaine d’artistes et quatre diffuseurs autour d’une thématique incontournable : le rapport au corps et aux formes dans la danse. Beaucoup d’artistes hors-normes sont constamment dévalorisés lorsqu’ils décident de réaliser des activités où l’esthétique prime d’abord. Que ce soit la corpulence, la mobilité réduite, la dysfonction intellectuelle, la taille ou l’âge, des créateurs de génie sont quotidiennement brimés, décidant souvent de se reconvertir dans une activité où l’apparence n’est pas un critère considéré. Il en reste certains qui décident d’aller jusqu’au bout de leurs choix et d’ouvrir les yeux d’un public bombardé de stéréotypes…

Au cours des derniers jours, j’ai eu la chance d’assister à deux représentations : De la tête au ciel à l’Usine C, mettant en scène deux jeunes femmes de petite taille et un « géant »; Leçons, le making-of + Les Gros à l’Espace Tangente, sur les thématiques respectives de la dysfonction intellectuelle et de la corpulence.

Qu’est-ce que la différence? Pour illustrer cette question, les artistes ont recourt à diverses techniques. Certains décident de renforcer les clichés, d’autres décident de mettre à nu le sujet en utilisant une thématique reliée. Il y en a enfin qui ne parlent pas de la différence mais qui adaptent l’œuvre aux difficultés éprouvées par les interprètes. Bref, le portrait du rapport au corps est un sujet aux représentations multiples. Et c’est ce que le public a pu retrouver à travers les trois créations proposées à l’Usine C et à l’Espace Tangente.

Dans De la tête au ciel, la thématique de la petite taille est abordée sous divers angles. Les deux artistes (Nancy Duguay et Valérie Tourangeau) se retrouvent dans plusieurs situations en compagnie d’un homme de grande taille (Marc Boivin). Diane Leduc à la réalisation et Catherine Tardif à la chorégraphie, cette création ouvre la voie vers une danse nouvelle à la limite du théâtre. Les deux jeunes femmes vivent dans un monde adapté aux grands duquel elles sont exclues. Souvent considérées comme des enfants, les personnes de petite taille ont du mal à vivre leur quotidien comme bon leur semble. Et c’est dans cette thématique que les danseuses évoluent sur scène. Au-delà de la gestuelle, on apprécie l’interprétation des artistes. Ce n’est pas la danse qui est vécue, mais la vie qui est dansée. Au final, même si la chorégraphie présente quelques longueurs, le message passe avec fluidité : la différence, c’est nous qui l’inventons, pour le meilleur ou pour le pire de ces personnes au courage exceptionnel.

Pour Leçons, le making-of, on retrouve des artistes dans une création vidéo de 20 minutes, réalisée par Yannick-Alexis Roy et chorégraphiée par Menka Nagrani, le tout en compagnie de nombreux artistes atteints de dysfonctions intellectuelles. Si vous voulez en apprendre plus sur cette troupe, je vous conseille de lire l’article suivant datant de l’année dernière (Cabaret des Muses) (http://patwhite.com/node/10491).

En ce qui concerne la création Les Gros, le spectacle joue sur différents tableaux sentimentaux. Passant du rire aux larmes, le public se retrouve confronté à deux artistes corpulents (Pascal Desparois et Émilie Poirier) contre quatre autres d’apparence « normale » ou rachitique (Caroline Charbonneau, Gabriel Doucet, Harmonie Fortin-Léveillé, Georges-Nicolas Tremblay). La thématique du poids est abordée de front. La nudité est omniprésente, mettant à l’épreuve un corps qui ne plait pas, qui ne plait plus, que l’on aimerait changer pour un autre dans le miroir. La chorégraphie de Pascal Desparois et d’Émilie Poirier est simple, explicite, et les nouveaux dans le domaine de la danse contemporaine y trouveront une grande source d’inspiration. Par contre, si vous connaissez cet art depuis un certain temps, vous trouverez que la pièce est plaisante, mais bourrée de clichés. Du point de vue de la danse et de la technique, l’ensemble est cohérent, très bien interprété par le groupe. L’ambiance est belle, on a envie de se joindre aux artistes pour aller danser sur scène. Le problème, c’est de savoir si la sensibilisation est véritablement là. Renforcer les stéréotypes ou les détruire, c’est une question qui reste sur la bouche de certaines personnes en sortant de l’Espace Tangente...

Au final, je ne pense pas être le seul à avoir un certain regret quant à la mise en forme des différents spectacles. Émilie Poirier expliquait avec justesse lors d’une conversation avec le public que ce n’était qu’un début et que l’œuvre présentée prenait son sens dans la sensibilisation sur le rapport au corps. Maintenant que cette première étape est passée, on peut maintenant évoluer (OUF!).

Sensibiliser, c’est bien. Mais pour habituer l’audience montréalaise, ça prendra bien plus que cela! Imaginons dans quelques mois des créations contemporaines mettant en scène des personnes de tous genres… Utopique? Pas tant que ça vu la réponse du public!

Donc, ce n’est pas à l’année prochaine, mais à très bientôt!

Jusqu’au 12 mars! (Les Gros en supplementaire dimanche)

Plus de renseignements sur : http://www.usine-c.com/fr/10-de-la-tete-au-ciel.html
http://www.tangente.qc.ca/fr/presse_pdf/Communique13_Tangente%20Les%20Gr...

De la tête au ciel

CONCEPTION, DIRECTION ARTISTIQUE ET RÉALISATION Diane Leduc
CHORÉGRAPHIE
Catherine Tardif
MUSIQUE
Jérôme Minière + Michel F.Côté
COSTUMES
Angelo Barsetti
CONCEPTION DES ÉCLAIRAGES
Lucie Bazzo
DÉCORS
Raynald Langelier

Les Gros

Chorégraphes I PASCAL DESPAROIS et EMILIE POIRIER
Interprétation I CAROLINE CHARBONNEAU, PASCAL DESPAROIS, GABRIEL DOUCET, HARMONIE FORTIN-LÉVEILLÉ, EMILIE POIRIER et
GEORGES-NICOLAS TREMBLAY
Répétitrice I MARIE-JOËLLE HADD
Compositeur et conseiller artistique I JEAN-FRANÇOIS BOISVENUE Éclairagiste I SIMON DERASPE Scénographe I JULIE-ANGE BRETON

Leçons, le mak ing-of – 20 min.

Réalisation I YANNICK ALEXIS ROY
Chorégraphie I MENKA NAGRANI
Interprétation I MARC BARAKAT, CLAUDE-MICHEL BOGINA, EDON DESCOLLINES, RICHARD GAULIN, CARL HENNEBERT FAULKNER, MARIESOLEIL
PILLETTE. GENEVIÈVE MORIN-DUPONT, ÉRIC VINCENT CARRIÉ

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