«Nigrida», le nouveau roman de Mikhaïl W. Ramseier

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«Les personnages de tout auteur tirent une partie de leur profil de personnes observées dans la réalité.» Voici ce que pense Mikhaïl W. Ramseir, auteur du roman Nigrida. Celui qui apprécie le style romanesque pour la liberté qu’il procure, offre aux lecteurs un univers intrigant depuis son ile des Caraïbes où il a décidé de vivre son futur au présent.

Nigrida raconte l’histoire d’Edmond, un vieux colonial qui, chaque jour, se retrouve dans un bistrot de Tananarive à Madagascar. Il écrit, seul à sa table, ce qui semble être une correspondance qu’il n’envoie jamais. Lorsqu’il disparaît en laissant derrière lui toute cette paperasse, trois hommes réunis par le hasard entreprennent de résoudre l’énigme entourant cet homme mystérieux. Hippolyte, Norge et Thierry partent à la découverte d’un monde de piraterie, de secrets et de crimes.

«Mon vieil Edmond est un type que j’ai vraiment connu. Enfin… Disons que je l’ai plutôt observé. C’était en 1988 à Tananarive. Et c’était exactement comme dans mon livre. Ce vieux, avec sa dégaine et ses papiers, était assis chaque jour à une table de bistrot, de l’ouverture à la fermeture. Des tonnes de feuilles sur la table, raconte Mikhaïl. Comme Hippolyte au début du roman, je regardais ce vieux et me demandais ce qu’il fichait là. Qu’est-ce que pouvait bien être sa vie. Je n’ai jamais rien su de lui, ni son nom ni rien d’autre, mais je trouvais qu’il avait une tête à s’appeler Edmond». Le personnage est resté dans un recoin de l’esprit de l’auteur jusqu’à ce qu’il, après avoir terminé Otchi Tchornya, et alors qu’il fouillait dans ses archives à la recherche d’une idée de départ pour son prochain roman, tombe sur la page de note qu’il avait prise sur son Edmond.

L’auteur Genevois, par le biais de ses personnages, démontre son penchant pour une vie au jour le jour. «Je fonctionne pareil dans la construction d’un roman : je pose les points essentiels et je regarde comment ça évolue. Il faut être vigilant, ne pas rater les occasions qui se présentent, et surtout faire ce qu’il faut pour obtenir ce qu’on veut.» Sa philosophie se rapproche de celle du Dalaï-Lama : face à un problème, il n’y a que deux possibilités. Soit il y a une solution, soit il n’y en a pas. «Dans nos sociétés sur-sécurisées, on a trop souvent tendance à l’oublier : la vie est une jungle, les autres sont des prédateurs, la mort et la maladie nous guettent tapis dans l’ombre. C’est la grande « merditude » des choses», philosophe-t-il.

Parmi les sujets intéressant Mikhaïl, il y a la piraterie. «Les pirates, les trésors, qui n’en a pas rêvé ? Les pirates se sont dressés face aux oppresseurs – les États européens qui pressurisaient le peuple plus qu’à n’importe quelle autre époque – et se sont organisés en marge. Vivre libre, au grand air, sans avoir de compte à rendre à personne, qui n’en voudrait pas? Évidemment, il y a beaucoup à dire, sur la piraterie, en particulier qu’elle n’est pas celle que l’on croit et qu’il est urgent de faire tomber les clichés.»

L’énigme dans Nigrida, quoi que bien ficelée et logique, n’offre pas vraiment l’opportunité au lecteur d’essayer de la résoudre lui-même. Les réponses arrivent rapidement. L’auteur a exploité l’histoire de la piraterie dans ce roman, sans toutefois en révéler beaucoup. Le lecteur reste sur sa faim de connaître cet univers entamé dans Nigrida. Ramseier a effleuré certains sujets qui auraient pu porter plus à réflexion et le livre aurait facilement pu compter une centaine de pages de plus sans rebuter le lecteur.

Les intrigues à résoudre par les personnages, les départs sans date de retour prévue, les plages et la chaleur évoqués dans ce roman font rêver le lecteur et le sortent de son quotidien. Pour ceux voulant sortir de leur réalité et suivre les raisonnements des personnages sans avoir l’envie de décrypter eux-mêmes l’énigme, ce livre vous fera agréablement passer le temps.

Le prochain roman de Ramseier est en attente d’approbation chez Coups de tête, éditeur de Nigrida, et l’histoire se passera dans l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Il est également en pleine écriture d’un autre livre, qui sera le premier d’une trilogie. « Ce sera quelque chose d’un peu romantico-gothique, mystico-politique », souligne l’auteur.

Mikhaïl W. Ramseier a d’abord été journaliste. Il a écrit de la poésie, édité des anti-guides de Moscou et Saint-Pétersbourg et a publié des essais historiques sur les pirates et les Cosaques.