New York a son Musée du sexe

Catégories:

Il a un conseil scientifique composé d'universitaires, des conservateurs et des experts renommés, mais le dernier-né des musées new-yorkais fait sensation par son sujet: le sexe.

Après cinq ans d'une gestation controversée, le "Museum of Sex" ouvre ses portes samedi sur la Cinquième avenue, avec pour ambition de "préserver et présenter l'histoire, l'évolution et la signification culturelle de la sexualité humaine".
Le projet est né dans la tête d'un jeune entrepreneur new-yorkais, enrichi par la revente de la société de logiciels qu'il avait créée. Daniel Gluck, 34 ans, a réuni une vingtaine d'investisseurs privés (la plupart veulent rester anonymes) pour créer ce musée dédié à ce qu'il appelle "la force qui mène l'humanité".

Il assure que s'il "y a d'autres musées du sexe, notamment en Europe, qui ont parfois quelques objets, nous sommes les premiers au monde à avoir abordé le sujet de façon académique, en faisant appel à des professeurs de grandes universités, des historiens primés pour monter les expositions".

Ses promoteurs assurent vouloir éviter le mauvais goût ou la récupération: ils ont édicté dans les statuts une interdiction d'obtenir le moindre dollar de l'industrie pornographique. Le sexe comme sujet d'étude historique et sociologique, pas pour émoustiller le chaland.

L'exposition inaugurale est baptisée: "NYC Sex: comment New York City a transformé le sexe en Amérique". Elle présente "les sous-cultures sexuelles du passé et du présent de la ville et explore les façons dont elles ont influencé le développement des attitudes modernes par rapport au sexe et à la sexualité".

Considéré depuis des décennies comme un lieu de débauche et de perdition aux yeux de l'Amérique profonde, "Gotham City" a vu éclore les premières maisons de passe, peu après la fondation de la ville, puis les premiers cabarets avec danseuses légères, avant les premiers éditeurs de revues licencieuses, les premiers films pornographiques et les premières échoppes de matériel sado-masochiste.

L'exposition, qui occupe deux des cinq étages d'un ancien magasin situé sur cette artère touristique, présente de nombreuses photos, des couvertures de livres ou de revues, des objets et des dessins qui racontent l'histoire sexuelle de la ville. On voit sur un cliché datant des années 20 le Secrétaire de la "Ligue pour la suppression du vice" jeter dans des fours des exemplaires de revues légères; sur de petits films d'amateurs des femmes en cuir administrer des fessées à des blondes à moitié nues, sur un écran géant des scènes beaucoup plus crues, comme cet homme et ces deux femmes en trio dans une automobile de 1915.

Plusieurs "Tijuana Bibles" sont exposées: ces petites bandes dessinées de huit pages, produites et distribuées sous le manteau, mettaient en scène les vedettes du Hollywood des années trente.

On y voit ainsi Laurel et Hardy rendre vigoureusement hommage à deux jeunes femmes sur un canapé, Clark Gable avec le pantalon sur les chevilles, en compagnie d'une admiratrice dans une cabine de train, Mae West dans une position sans équivoque en compagnie de Popeye.

L'exposition retrace aussi les balbutiements du sado-masochisme aux Etats-Unis: importé d'Allemagne et de France à la fin des années 30 par des intellectuels fuyant le nazisme, il est né dans une boutique de déguisements de Hell's Kitchen, un quartier de Manhattan. Là, un certain Charles Guyette accepte de fournir à des amateurs des costumes très spéciaux, dont des spécimens sont exposés, puis édite et distribue des photos.

"Ce musée est un hommage à la liberté américaine", plaide Daniel Gluck. "Dans ce pays, la presse et la politique sont peut-être puritaines, mais notre société ne peut être qualifiée de puritaine. Nous avons inventé le porno et en avons fait une industrie d'un milliard de dollars".

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Instagram icon