Nathalie Bondil en toute intimité

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Nathalie Bondil

Tout avec style, Nathalie Bondil me reçoit dans son grand bureau, un espace qui aspire au calme. Nous commençons, j’installe l’enregistreur et je prends vite conscience que la personne en face de moi sera d’une grande inspiration.

Comment est arrivé votre goût pour l’art et les musées ?
« Je suis pas issue d’une famille amateur d’art ou collectionneuse. C’est avant tout la curiosité pour le monde, le goût pour les voyages. Je suis quelqu’un qui est très porté par l’émotion visuelle, tout ce qui est esthétique. Je me souviens étant plus jeune admirer les paysages et les anciennes civilisations, ce qui m’a amené vers l’histoire, puis vers les musées et finalement pour tomber sur l’art. »

Vous souvenez-vous de votre première émotion esthétique ?
« En fait, ce n’était même pas dans un musées. C’est de mes excursions dans le désert marocain où je passais mon temps à prendre des photographies. C’est de cadrer la beauté qui m’a beaucoup frappé. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui voyageaient beaucoup et qui m’emmenaient avec eux. Je n’ai vraiment jamais rêvé de travailler dans un musée. J’aurai pu être archéologue, exploratrice. Finalement, le musée en tant que tel, c’est plutôt la synthèse de tous ces intérêts. »

Pourquoi avoir quitté Paris pour Montréal sachant que le Musée du Louvre vous faisait de l’œil ?
« Je dirais plutôt une grosse proposition, ce qui a été très flatteur. Je suis née en Espagne, j’ai vécu au Maroc et j’ai travaillé à New-York avant de m’installer à Montréal. Finalement, c’est paradoxal. Je me demanderais plutôt pourquoi j'y suis resté malgré le froid ? C’est que je suis tombée en amour avec Montréal ! J’ai choisi de vivre dans un environnement où je peux totalement m’épanouir. En France, les musées fonctionnent plus de manière hiérarchique et étatique. Ici, je jouis totalement de liberté contrôlée dans mon travail, qui me permet d’être le trait d’union avec la communauté dans la mission sociale du musée. J’ai découvert une autre façon de travailler dans un musée comme lieu de vie et lieu d’échange. »

Que vous inspire alors Montréal ?
« C’est une inspiration du quotidien ! Montréal me grandit, c’est une passion ! Il fait froid mais je suis une vraie montréalaise de cœur. Toutes mes valeurs de vie et de société je les ai construites ici. Je n’imaginerais pas un instant vivre autrement. »

2007, vous arrivez à la tête du MBAM, comment sentez-vous l’évolution du musée ?
« Si je me souviens : à la course avec des lendemains tardifs. J’ai voulu encrer le musée et l’éclater dans la ville. C’était ouvrir les portes pour que la communauté s’approprie le musée et que l’on puisse multiplier les axes d’approches vers les collections. Le but c’était de plonger comme un arbre ses racines au plus profond vers les communautés, les collectionneurs et les amateurs pour les fédérer afin de nous aider à grandir et diversifier la programmation avec la mode, l’art contemporain et la gratuité… Je suis assez fière de voir que nos contenus s’exportent à l’international, ce qui montre notre excellence. Nous avons voulu chercher des valeurs qui vont au-delà des champs disciplinaires afin de créer des liens à chaque fois auprès de nos visiteurs. »

Comment percevez-vous l’impact des actions menées par le Musée auprès des visiteurs ?
« C’est la règle de l’équilibre entre l’enracinement vers les communautés et être innovant vers l’international. Les chiffres sont révélateurs, nous avons plus de 87 000 membres et la fréquentation ne cesse d’augmenter. Je ne prendrais pas tout le crédit et il faut continuer nos efforts pour offrir à nos visiteurs la meilleure des expériences. »

Avec l’ère du numérique, l’expérience de la visite a changée. Comment percevez-vous ce changement ?
« C’est plutôt très positif ! Je pense que les extensions numériques permettent aux visiteurs d’être acteurs surtout au moyen des réseaux sociaux. Je ne crois pas que l’expérience numérique remplace la confrontation directe avec l’œuvre de l’art live. Je suis contre d’intégrer des écrans dans des dispositifs d’expositions, il existe tellement d’autre façon de concentrer le regard du visiteur sur l’œuvre afin de vivre une émotion, c’est ce rapport là qu’il faut cristalliser. Par exemple, l’expérience de l’audio-guide musical crée une nouvelle spécialité qui permet de se concentrer sur les œuvres. »

Que souhaitez-vous pour l’évolution du musée d’ici les 10 prochaines années?
« Qu’il continue de se transformer dans sa mission sociétale comme un maillon de la vie culturelle. Aussi de favoriser les partenariats et l’éducation envers les nouvelles générations. »

Nathalie Bondil est une femme d’enthousiasme qui cultive l’humilité et qui sait passionner son auditoire. Quand on sort de ce type d’entrevue, on ne peut qu’être inspiré et couvrir vite dans les salles du Musée.

Crédit photo : Huriel Salaun