Montréal Complètement Cirque : « Léo », complètement original!

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Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures pour trouver des idées qui chamboulent un numéro de cirque. Tobias Wegner, artiste récompensé en 2008 lors de la compétition Jeunes Talents Cirques Europe, l’a bien compris. Son concept est pourtant simple : à droite de la scène, il est là, il joue, dans un espace délimité par trois murs. L’ajout qui fait toute la différence : une projection de l’artiste en temps et en taille réels, placée à gauche de la scène et décalée de 90 degrés. L’objectif de cette image renversante : être capable de jouer avec la gravité comme vous n’y auriez jamais pensé.

Mise en scène par Daniel Brière (Nouveau Théâtre Expérimental) et interprétée par Tobias Wegner lui-même, « Léo » est une création originale sous bien des points. Tout d’abord, l’idée de l’image projetée à 90 degrés pousse le public à considérer les mouvements de l’artiste d’une tout autre manière. L’original se trouve à droite; la copie est placée à gauche et pourtant, après une vingtaine de minutes à fixer la scène, l’audience rit toujours à gorge déployée des trompe-l'œil créés par l’artiste. Ensuite, Tobias Wegner ne travaille pas que sur une seule facette de cette découverte. Il la prend, la tord, l’étire, se retrouve à dessiner l’intérieur d’une maison sur les murs qui servent de décors, soudainement inondé d’eau pour enfin se jeter à la mer en compagnie de baleines et d’autres découvertes aquatiques. Finalement, il utilise les capacités de la projection vidéo pour se dédoubler, ralentir ses mouvements, les décupler, un peu à l’image d’un monteur vidéo qui tenterait d’élaborer des chorégraphies à partir de mouvements complexes.

Oui, « Léo » est originale sous beaucoup de points. Malheureusement, elle est aussi longue à certains moments et souvent décousue. L’idée créée par monsieur Wagner vaut de l’or. Pourtant, son utilisation pourrait être améliorée sous bien des points.

Dans cette création, l’artiste et le metteur en scène ont mis bout à bout trois concepts différents sans véritable fil conducteur. Pourquoi ne pas avoir élaboré trois créations différentes, trois « Léo » misant chacun sur le trompe-l'œil des mouvements – le trompe-l'œil des décors – la chorégraphie 90 degrés? Le public s’est tordu de rire aux premières ébauches du gymnaste qui réalise le saut au cheval d’arçon, et personnellement, j’aurais bien passé une heure à rire sur du Michael Jackson, du Jackie Chan et autres parodies comiques jouant sur l’équilibre, la souplesse et la gravité. Idem pour le décor de la maison. Initialement, l’idée est brillante! Pourtant, plus on avance et plus on se demande dans quel univers l’on veut nous emmener. Enfin, la dernière partie chorégraphique arrive de manière inattendue, sans aucun lien notable. Au lieu de servir l’idée initiale, ces revirements à 90 degrés ne font que la noyer à travers différentes idées qui s’agencent mal les unes aux autres.

Dommage, l’idée de la projection est brillante! D’ailleurs, rien que pour cette création renversante, le déplacement au Théâtre d’Outremont vaut la peine. Avis donc aux amateurs de cirque original, « Léo » sera une source d’inspiration.

Présenté jusqu’au 10 juillet au Théâtre d’Outremont.

Plus de renseignements sur : http://montrealcompletementcirque.com/fr/spectacles/26/leo

Crédit photo : Circle of Eleven