Melissa Auf der Maur, interview à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Out Of Our Mind

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Le deuxième album solo de l’ex-bassiste des Smashing Pumpkins et de Hole, longuement attendu, est officiellement disponible au Canada depuis le 6 avril. Projet pluriel, qui comporte à la fois un album de 12 titres, un court métrage de 28 minutes et une bande dessinée, il a donné lieu à de multiples collaborations. Des producteurs de renom comme Jordon Zadorozny (Sam Roberts), Chris Goss (QOTSA, UNKLE), Alan Moulder (Depeche Mode, Smashing Pumpkins) et Mike Frazer (Franz Ferdinand, AC/DC) y croisent des grands du rock comme Glenn Danzig (fondateur des Misfits) ou des cinéastes en devenir comme Tony Stone.

Il s’est passé beaucoup de temps depuis votre premier projet solo sorti en 2004. Comment expliquez-vous cette longue maturation ?

Cela a pris exactement cinq ans. Pour mon premier album j’ai tourné pendant un an (180 concerts) jusqu’en décembre 2004. Ce fut la fin d’un chapitre de dix ans avec Hole et les Smasching Pumpkins. En 2005 j’ai décidé d’expérimenter et de découvrir de nouvelles pistes. Je me suis promise d’être plus personnelle, d’amener ma passion des arts visuels et conceptuels dans ma musique. Je me suis mise à écrire, influencée par mes lectures et le cinéma. Out ouf Our Mind est un projet multiple qui coïncide avec la création de ma propre maison de disque.

Cette prise d’indépendance apparaît au moment du déclin de l’industrie musicale due notamment à l’arrivée des nouvelles technologies liées à Internet. Ce fut une sorte de libération pour vous…

Tout à fait, j’ai d’ailleurs moi-même été victime de ces bouleversements puisque Capitol-EMI a mis fin à mon contrat alors que la première version de l’album était presque finie. C’est à ce moment que j’ai commencé mes premières explorations comme artiste indépendante. Pendant un an j’ai mis la musique de côté pour expérimenter des collaborations avec des artistes de différents horizons.
J’ai pris un an afin de me consacrer à la réalisation du film. Cette immersion dans l’univers filmographique a eu une forte incidence sur la mise au point de mon projet musical. Une fois arrivée à ce point, je n’ai pas voulu passer la production à quelqu’un d’autre. C’est là que j’ai pris le difficile rôle de femme d’affaire : sortir du rêve et de la création et devenir plus réaliste.

Vous faites donc partie de ces artistes qui pensent que l’effondrement de l’industrie musicale est une aubaine pour la créativité et la renaissance des arts ?

La technologie qui a déconstruit cette industrie, c’est elle qui nous donne le pouvoir d’être indépendant à la fois pour le business mais aussi pour la création. Pour moi on est au commencement d’une période incroyable dans les arts.

Votre immersion dans la nature pendant un an dans le Vermont pour la réalisation du film semble avoir eu une forte incidence sur votre philosophie personnelle. Comment est-ce que cela se ressent dans votre musique ?

Peut-être dans les thèmes abordés, les paroles, mais c’est surtout dans la relation que j’entretiens à mon instrument, la basse qui a évolué. C’est un peu ésotérique, mais j’ai expérimenté une relation plus profonde avec les racines de la terre. En tournant dans les bois j’ai ressenti un contact spirituel et magique avec les arbres.

Quelles étaient vos principales influences : filmiques, musicales… pendant cette période ?

J’ai lu beaucoup de biographies d’acteurs hollywoodiens des années vingt et trente. Deux biographies de Katharine Hepburn qui restituent bien la folie du Los Angeles de cette période. Un moment complètement fou pour l’imagination. J’ai aussi vu beaucoup de ses films ainsi que ceux avec Spencer Tracy. Beaucoup de livres sur l’interprétation des rêves et des symboles.

Comment s’est passé votre duo avec Glen Danzig (The Misfits) pour le morceau « Father’s Grave » qui est pour moi l’un des plus réussi de l’album ?

Oh ce fut comme dans un conte de fées. Tout le monde me disait que c’était impossible car il n’a jamais chanté avec d’autres personnes et pourtant il a réalisé un de mes rêves d’adolescence en acceptant. Cela fait plus de quinze ans que je me demandais comment inviter Glen Danzig dans mon monde. Cette chanson est une offrande à l’une de mes idoles de jeunesse. Il est pour moi comme un viking dans le monde moderne.

J’ai donc écrit une chanson qui parle d’un fossoyeur avec des habilités de guerrier face à la tristesse d’une femme qui vient de perdre son père. C’est la première fois que j’écrivais une chanson de blues funeral. Ensuite j’ai trouvé son adresse sur le site de son fan club puis je lui ai envoyé mon projet par lettre. Pas de manager ni contrat, juste une chanson et deux personnes.

Montréal, votre ville natale a-t’elle toujours une grande influence sur vous ?

Oh oui, j’ai d’ailleurs trouvé des partenaires dans cette ville (http://www.phi-montreal.com/). J’attendais une façon de retourner à Montréal avec mon art. C’est incroyablement important pour moi.

Et que pensez-vous de la scène musicale montréalaise ?

J’ai vu Radio Radio la semaine dernière qui m’a bien plu.

Que pensez-vous des Besnard Lakes qui viennent de sortir un très bon album ?

Je les adore, ils sont super gentils et j’espère pouvoir les voir très bientôt sur scène.

Quels sont vos projets futurs ?

Pour 2010 je veux m’ouvrir et réussir à fonder une structure multimédia qui englobe les arts musicaux et visuels. Toutes les portes sont ouvertes.

Rechanterez-vous en français un jour comme sur le duo avec Nicolas Sirkis (d’Indochine) ?

Oui pourquoi-pas, j’ai une version française de The One qui figure sur l’album qui sortira sûrement cette année.

Propos recueillis par Mathieu Germain

Melissa Auf der Maur jouera le 24 juillet au parc Jean-Drapeau dans le cadre de Heavy Montréal.
MELISSA AUF DER MAUR/ OUT OF OUR MINDS/EMI
http://www.xmadmx.com/

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