Maurice Béjart n'est plus

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Le chorégraphe français Maurice Béjart, maître du ballet moderne dont il a étendu l'audience en suscitant parfois de vives controverses (pensons à Messe pour le temps présent : du pur génie), est mort jeudi à Lausanne, en Suisse, a annoncé sa compagnie, le Béjart Ballet Lausanne. Il était âgé de 80 ans.

Personnellement, je dois avouer que ça me touche beaucoup car la trame sonore de Messe pour un temps présent (Pierre Henry, Michel Colombier) était un classique des années 1960 que je faisais jouer souvent à la radio, et qui était encore pertinent 40 ans plus tard. Il faut le faire!

L'ancien danseur, qui dirigea aussi des opéras et des films, avait été hospitalisé plusieurs fois ces derniers mois, victime d'épuisement, de problèmes rénaux et cardiaques. « Il est mort ce matin à l'hôpital de Lausanne », a déclaré Roxanne Aybek, porte-parole de sa compagnie.

Celle-ci a rendu hommage à un homme qui a « profondément révolutionné la danse du XXe siècle » en une cinquantaine d'années et à un « créateur exceptionnellement prolifique ».

« Beaucoup de danseurs perdent un père, un maître, une source d'inspiration. Nous tous perdons un grand ami, un créateur d'une fécondité exceptionnelle, un artiste visionnaire et humaniste. »

En 1987, Béjart avait quitté la Belgique pour la Suisse avec la plupart des danseurs de son Ballet du XXe siècle, qui oeuvrait depuis 27 ans au Théâtre Royal de la Monnaie (TRM) de Bruxelles. Lausanne fournissait selon lui de meilleures conditions de travail et de gestion financière à sa troupe internationale, qu'il a dirigée jusqu'à son décès.

Ses 35 danseurs répètent actuellement un nouveau spectacle, « Le Tour du monde en 80 minutes », dont la première est prévue le 20 décembre à Lausanne avant sa présentation en janvier à Paris.

« Avec Maurice Béjart, nous perdons l'un des plus grands chorégraphes de notre temps, l'un des plus célèbres et des plus admirés », note la ministre française de la Culture, Christine Albanel, dans un communiqué. Elle souligne son « rôle essentiel pour faire aimer la danse contemporaine au plus grand nombre, sans jamais céder à la facilité ».

Premier Serviteur de la danse

Le président Nicolas Sarkozy a salué « l'un des plus grands noms de l'histoire de la danse. Je regretterai non seulement l'homme, le danseur, mais aussi le chorégraphe. Symphonie pour un homme seul et l'Oiseau de feu allaient révéler son talent de chorégraphe; son Sacre du Printemps, créé en 1959, fut l'un des plus grands chocs chorégraphiques du XXe siècle », ajoute le chef de l'Etat.

Pour le Premier ministre François Fillon, Béjart avait ouvert les portes de la modernité à la grande école française de ballet, lui offrant un rayonnement international.

« Son engagement pour la culture universelle était sans faille et sa volonté d'ouverture au monde l'a entraîné dans de fabuleuses aventures où l'apprentissage se faisait surtout au contact des autres », a dit le leader socialiste François Hollande.

« C'est un géant de l'histoire de la scène qui nous quitte, un magicien qui aura donné la passion de la danse moderne à des millions de spectateurs dans le monde », estime de son côté l'ex-ministre de la Culture Jack Lang. « Il était en même temps profondément un humaniste et en cette période d'intolérance, le message de métissage culturel et philosophique qui était le sien est plus actuel que jamais. »

Béjart, fils du philosophe Gaston Berger et lui-même diplômé de philosophie, naît le 1er janvier 1927 à Marseille. Il éprouve très tôt l'attrait de la scène, du théâtre et de la danse. Sa formation de danseur lui viendra de Mmes Egorova et Rousanne à Paris ainsi que de Rolant Petit et, à Londres, de Vera Volkova.

Sa première apparition sur scène a lieu en 1945 à Marseille. Puis il découvre en Suède l'expressionnisme chorégraphique et les ressources qu'offre à cet égard l'oeuvre d'Igor Stravinski.

Un vaste répertoire

Comme chorégraphe, il monte "Le Sacre du printemps" et revient souvent au compositeur russe tout en marquant les esprits avec le "Boléro" de Ravel. Son répertoire ira de Beethoven à la musique concrète de Pierre Henry et Pierre Schaeffer en passant par Pierre Boulez. Il intègre au passage des tendances d'époque qui lui vaudront un public grandissant.

"Un chorégraphe n'est pas le maître de la danse mais son premier serviteur", déclarera-t-il en 1995 dans son discours d'entrée à l'Académie des Beaux Arts.

Il estime avoir réalisé son premier grand spectacle chorégraphique en 1955 à Paris avec la "Symphonie pour un homme seul" (musique de P. Henry et P. Schaeffer), qui rompt avec le ballet traditionnel même s'il affirme que la vraie tradition "consiste à vivre et à créer au rythme de son temps".

Avec le critique Jacques Laurent, Béjart avait fondé en 1954 les Ballets de l'Etoile. Mais le tournant de sa carrière sera sa nomination à la direction de la danse au TRM de Bruxelles, où il forme son Ballet du XXe siècle. La liberté et l'influence que lui confère ce poste lui permettront de réaliser une partie essentielle de son oeuvre chorégraphique.

Après avoir été accusé de plagier les rénovateurs américains de la chorégraphie, il se verra reprocher ses innovations et son traitement iconoclaste des oeuvres classiques (par exemple, en 1962, les "Contes d'Hoffman" d'Offenbach). Il sera pour ce motif arrêté, menotté et expulsé du Portugal en 1968.

Béjart, converti en 1973 à l'islam après une visite en Iran, s'appuiera sur les compositions de Duke Ellington comme sur celles de Wagner et s'inspirera des musiques mexicaine ou hindoue. La 9e symphonie de Beethoven sera son auxiliaire pour un ballet comprenant des artistes de 29 nationalités.

Mais ses critiques les plus sévères reconnaissaient en lui l'un des principaux architectes du ballet contemporain, sans contester qu'il a fait bouger la tradition.

Source: Reuters

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