Marie Chouinard, la concrétisation de la danse contemporaine à Montréal

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Le public montréalais s’est réuni en grand nombre mardi dernier à la salle Maisonneuve pour accueillir sous les ovations l’un des emblèmes de la danse contemporaine québécoise et internationale : Marie Chouinard. D’abord danseuse puis chorégraphe et fondatrice de la compagnie du même nom (http://patwhite.com/node/11625), Marie Chouinard possède tous les talents pour mettre de l’avant un art de plus en plus représenté à Montréal. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que la créatrice présente ses œuvres dans le cadre de Danse Danse, étant donné qu’elle était la première à l’inaugurer en 1998!

C’est donc avec beaucoup d’impatience que le public attendait d’assister à la représentation d’Étude No1 et Les Trous du ciel, créées respectivement en 2001 et 1991.

Dans Étude No1, Marie Chouinard met en scène la danseuse Lucie Mongrain, membre de la compagnie depuis 1998 et pour qui ce solo musclé a été créé à Vienne au Festival ImPulsTanz. Car oui, la chorégraphie d’Étude No1 est loin d’être reposante! En l’espace de 35 minutes, la danseuse nous montre les limites du corps, conjuguant avec brio des mouvements tantôt saccadés, tantôt ondulants. Le visage de l’interprète ne laisse aucune trace d’un tel physique, mettant l’emphase sur l’équilibre du corps mis à rude épreuve.

Dans un décor composé uniquement d’une petite estrade de bois bleue, l’artiste, habillée s’un simple body de la même couleur et coiffée à l’aide d’un cône argenté, repousse les limites de son territoire. Marie Chouinard amène l’expérience encore plus loin en demandant à Lucie Mongrain d’effectuer des numéros de claquettes, tout en composant avec la gestuelle complexe que lui demande la chorégraphie.
À ne pas oublier non plus, la contribution de Louis Dufort, compositeur électroacoustique québécois et collaborateur depuis 1998. Celui-ci utilise tous les aspects de la scène et des mouvements de la danseuse pour parvenir à créer une atmosphère sonore unique, composée de sons de billes, de talons cognés contre le bois, de respirations et d’autres bruits qui transforment parfois l’espace en melting pot de sons électroniques.

Au final, on ne recherche pas une histoire en tant que telle dans ce premier tableau. On apprécie tout simplement le savant mélange d’une chorégraphie mettant en scène une danseuse à la technique spectaculaire et d’une atmosphère électronique pour le moins irréelle!

Après une courte pause, le public revient pour Les Trous du ciel avec un grand changement de registre. D’un duo, on passe à un groupe de quatorze danseurs. D’une musique électronique, on évolue vers des silences ponctués de sons primitifs exprimés par les danseurs. D’un body bleu, on se change pour enfiler un body jaune poussin avec deux boules cousues au niveau du sexe et des fesses. Même le décor est épuré avec la présence d’un unique cratère situé en devant de scène.

Au niveau de la chorégraphie, on remarque quelques éléments similaires à Étude No1, l’artiste jouant sur les mouvements désarticulés et rigides, tout comme la pièce précédente. Par contre, d’un point de vue scénographique, la pièce se révèle être un véritable bijou d’ingéniosité et d’images fortes.

Le public peut voir défiler des tableaux s’inspirant tantôt d’animaux sauvages, de passages préhistoriques, de danses tribales. On revient à un état primitif, que ce soit au niveau des sons, provenant uniquement des danseurs, que des gestes, brutes et pourtant si complexes du point de vue de l’équilibre. Les danseurs sont autant amenés à travailler ensemble qu’en solos, même si l’élément principal de la création est relié à la cohésion du groupe. Le public a vraiment l’impression d’espionner le quotidien d’une meute, d’une tribu, inspirée de cette communauté qui danse sous les étoiles, communément appelées « trous du ciel » par les Inuit.

Amateurs de moments forts, vous ne pourrez plus oublier ce court moment où sortant du cratère disposé sur scène, la danseuse Carole Prieur, recouverte de peinture bleue, entreprend une danse lascive, intrigante, laissant l’audience sans voix. Un superbe travail qui transporte le public et opère si facilement qu’en sortant de la salle Maisonneuve, on manque encore de mots…

Au final, autant j’ai été époustouflé par la technique d’Étude No1, autant je me suis laissé envouter l’histoire racontée par Les Trous du ciel.
Avis aux amateurs de danse ou aux novices, les deuxièmes et troisièmes volets seront composés d’ORPHÉE ET EURYDICE le 7 avril 2011 et boDY_rEMIX/les_vARIATION_gOLBERG les 9, 10 avril 2011.

À ne pas manquer!

Pour en apprendre plus le programme Danse Danse de cette semaine : http://www.dansedanse.net/DDA_1112/fr/index.php
Pour en apprendre plus sur la Compagnie Marie Chouinard : http://www.mariechouinard.com/

Étude No1

Les Trous du ciel

À lire encore : http://patwhite.com/node/11473