Marc Fournier, le Yves Jacob de District 31 – Une carrière solide bâtie sur le long terme

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Marc Fournier, comédien

Le comédien Marc Fournier a commencé à s’intéresser sérieusement à l’interprétation à l’âge de 30 ans. Cet intérêt tardif pour le jeu ne l’a pas empêché de percer dans le métier et de se créer une place intéressante au sein du milieu des séries télé québécoises. À présent qu’il a sculpté son nom de comédien au fil des productions, Marc Fournier jouit désormais d’un rôle fort intéressant que vous avez sûrement remarqué dans District 31 soit Yves Jacob, le policier mal-aimé qui, dans la nouvelle saison, est révélé comme étant un agent double.

Plus concrètement, qui est Marc Fournier? Comment s’est-il rendu là et qu’est-ce qui le passionne outre les plateaux de tournage? Aujourd’hui, nous vous partageons les facettes cachées de l’homme derrière ses rôles à la télévision.

Entrevue avec Marc Fournier

Le parcours et le métier

Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours professionnel?

En fait, si je me rapporte à mon primaire ou à mon secondaire, j’ai toujours aimé les arts en général. J’adorais le lipsync. On faisait des shows de lipsync dans ma cour. Dans les années 80, c’était bien à la mode de faire du lipsync alors on montait des spectacles. Au secondaire, j’ai été mis en contact avec le théâtre alors j’ai commencé à en faire. À l’école en secondaire 5, il y avait une grosse comédie musicale qui était produite chaque année et je m’étais inscrit là-dedans pis j’avais décroché le rôle principal de la comédie musicale. Ça mélangeait mon amour de la musique, du théâtre… C’est un peu là que les premiers atomes crochus se sont développés. Après ça, fin secondaire, début cégep, il y a une troupe de théâtre amateur qui s’est mise sur pied à Trois-Rivières. J’ai participé beaucoup à des productions avec cette troupe-là. On faisait à peu près trois productions par année, puis avec les années, même si tu fais du théâtre amateur, ça devenait de plus en plus des productions d’envergure. C’est devenu quelque chose avec lequel j’étais en contact fin secondaire et cégep. Parallèlement, je faisais de la musique avec un band. Au fil du temps, on a gagné des concours, cégep en spectacle.  

Comme c’était quelque chose qui m’intéressait pis que j’avais une offre pour le faire. Sous les conseils de professeur, j’ai décidé d’entrer à l’université en droit. J’ai fait mon bac en droit tout en jouant de la musique. En 2000, je suis retourné à Trois-Rivières faire une pièce de théâtre et là, ça m’a appelé. Après avoir lâché le droit pour jouer de la musique, travailler dans des restaurants, travailler sur la construction, je m’étais jamais vraiment pris en main. Après la pièce de théâtre, j’ai demandé à ma blonde : « écoute, je laisse tomber mes autres jobs tranquillement pis je veux devenir comédien. » J’avais 30 ans, je venais d’avoir un enfant… C’était un peu tard!

Ma blonde m’a dit « Regarde, essaye, mais si ça marche pas, va falloir s’en reparler ». À force de faire des ateliers, de me former pour essayer de rattraper le même genre de niveau que ceux qui avaient fait les écoles de théâtre… À la longue, j’ai placé mes pions et 20 ans plus tard, on en est là!

C’est fou quand même que tu étudiais en droit à la base. Ça n’a pas vraiment rapport avec l’interprétation!

Oui et non. Moi, je fais certains parallèles, c’est-à-dire tout le côté recherches, études… En droit, il y a le conflit ou l’apparence du conflit, mais t’essayes de comprendre le point de vue de chacun, la psychologie qui a mené à poser tel acte. Mine de rien, dans mon travail de comédien, des fois, je sens que ma façon d’analyser les choses qui me vient de mon bac en droit me sert aussi. Le bien, le mal… Une histoire est toujours composée de conflits, sinon c’est plate. Il y a quand même beaucoup de psychologie qui rentre là-dedans.

Quelles sont les plus grandes difficultés que tu rencontres avec ton métier d’acteur?

Je vais parler de difficultés relatives parce que, en comparaison à bien d’autres métiers ou professions, on a la vie facile. Je n’ai pas la vie de personne entre les mains. Infirmiers, infirmières, docteurs, docteures, professeurs, professeures… Tu as quand même l’avenir ou la vie de quelqu’un dans les mains. T’as du monde qui travaille sur des chantiers de construction en plein hiver à -25c.

Peut-être que la difficulté avec laquelle on a le plus à gérer c’est qu’on a beau être des travailleurs autonomes, des entrepreneurs… d’une certaine façon, on a peu de pouvoir décisionnel sur ce sur quoi on va travailler ou non. Il y a parfois pleins de projets sur lesquels j’aimerais travailler, mais bon. Il y a plein d’excellents comédiens au Québec, on est plusieurs à travailler pour avoir la même pointe de tarte alors des fois tu es choisi, des fois tu l’es pas pis des fois tu as été choisi pis le lendemain tu ne l’es plus. C’est peut-être cette incertitude-là qu’il faut être capable de gérer dans ce métier-là. Si t’es insécure et que tu te remets en question chaque fois qu’on te dit non… C’est invivable. Il faut être capable de se trouver de quoi remplir ta vie, d’être plein tout le temps malgré ces moments-là ou t’es pas en train de faire ce que t’aimes faire. Je dirais que c’est la principale chose. De pas nécessairement pouvoir avoir beaucoup de contrôle sur ce quand est-ce que tu fais ce pour quoi tu penses avoir été mis sur la terre et les moments où tu peux le faire!

District 31 et le fameux Yves Jacob

Qu’est-ce que District 31 a changé dans ta vie sur le plan personnel et professionnel?

Côté professionnel, c’est certain que, à un moment donné quand on a un break – qu’on se retrouve avec un rôle intéressant dans une série qui a de l’impact dans le public, c’est certain que ça donne une poussée. On se retrouve catapulté dans une gang qui risque d’être appelée à être demandé dans d’autres projets. Ça te donne une certaine crédibilité face à ta capacité de travailler, de tenir un rôle. Le fait que ce soit une série qui est populaire, ça donne de la visibilité. Visibilité = on pense plus à toi et tout ça. Donc, au niveau professionnel, c’est certain que ça a un certain impact et on espère que l’impact va se transformer en offre de contrat toujours plus intéressant. Pas nécessairement au niveau financier, mais pour des rôles toujours plus intéressants à jouer.

Yves Jacob de la série District 31

Au niveau personnel, quand tu fais deux trois apparitions dans une série ou que tu as un petit rôle dans un film, tu peux jouir d’un certain anonymat dans ta vie de tous les jours. Là, avec District, c’est certain que c’est difficile – bon, avec le masque, ça aide un peu de ces temps-ci! C’est un peu plus difficile de passer inaperçu. Ça reste toujours sympathique. J’ai jamais eu de mauvaises expériences avec des gens qui viennent me parler de District, mais ça te donne un autre rapport à ta vie publique. Heureusement, vu que ça s’est bâti très tranquillement (sur 20 ans), que je vis ça maintenant et que j’ai 47 ans avec une certaine sagesse, je te dirais que ça change des choses, mais ça peut être très éphémère. Je sais que l’amour est pas dirigé nécessairement vers Marc Fournier, mais vers le personnage que j’interprète. J’ai aussi beaucoup d’amour à la maison avec ma femme, mes enfants. Alors j’ai pas besoin d’aller en chercher avec le public.

Je suis content que ça m’arrive maintenant parce que je peux prendre ça avec un grain de sel. De temps en temps, je vais travailler chez mon beau-père qui est agriculteur et je vais pelleter du fumier de poulet alors ça me garde les pieds sur terre, ben comme il faut! Alors je suis content de vivre une reconnaissance, mais je reste très zen par rapport à ça. J’essaye que ça change pas ma vie ou mon rapport à mes amis.

Peux-tu nous parler davantage de ton personnage Yves Jacob? Au départ, il ne devait être présent que pour deux épisodes et pourtant, il est l’un des personnages les plus intrigants du moment.

Ce que je savais du personnage quand j’ai commencé, c’est que c’était un enquêteur aux stupéfiants, crimes organisés pis tout ça et qu’il avait des problèmes d’alcool. Yves Jacob, c’était un alcoolique qui s’est fait envoyé aux affaires internes qui est un peu la police de la police au niveau déontologie, c’est-à-dire chaque fois qu’un policier sort de ses règles déontologiques, il y a un organisme qui s’appelle les affaires internes qui vient enquêter sur ce policier-là pour savoir si ce policier doit être suspendu, s’il doit avoir des mesures pour l’aider à rentrer dans le bon chemin, à bien faire son travail.

Ça, c’est la job à laquelle il a été envoyé parce qu’un moment donné, sur une job de filature, il était saoul, il s’est endormi et la personne qu’il devait surveiller s’est fait tuer dans sa face et il ne l’a pas vu aller. Ça, c’est la bête noire d’Yves Jacob pis c’est ce qui part ce personnage-là. À partir de là, je me suis inventé un peu une histoire parce qu’on n’avait pas grand-chose. Je me suis dit que ce gars-là, il a eu des problèmes d’alcool et a réussi à continuer à faire son travail quand même pis je savais qu’il était sobre maintenant pis qu’il avait fait des démarches pour ne plus avoir des problèmes d’alcool. Je me suis dit : ce gars-là, faut qu’il soit plus droit que droit. En même temps, je suis tout petit, je mesure 5’8 et la plupart du staff du 31 mesure quasiment tous 6 pieds alors je me suis imaginé que c’était comme un petit caniche : quand il te mord à la cheville, il te lâche pas. Alors, j’ai bâti ça.

Yves Jacob de la série District 31

C’est un personnage qui est dans une drôle de position parce qu’il est jamais le bienvenu nulle part. Pour des policiers, se faire dire qu’ils font pas bien leur job, c’est confrontant souvent le monde aux affaire internes. Quand il est arrivé dans l’histoire, il fallait qu’il se fasse une carapace. À travers les années, cette carapace-là a beaucoup teinté Jacob parce qu’il faut qu’il soit imperméable aux attaques qu’il reçoit s’il veut son travail. Il y a eu des périodes où avec le temps, à force de côtoyer les enquêteurs du 31, il y a un certain respect qui s’est installé entre les enquêteurs et Jacob parce qu’ils voyaient que ce n’était pas une tête folle. Il essayait de bien faire son travail bien qu’il était écœuré d’être aux affaires internes. Il a demandé souvent à ses supérieurs de se faire transférer, mais sa requête n’a jamais été acceptée.

Et là, ça nous amène à la saison actuelle où Yves Jacob a été mandaté par son supérieur de s’infiltrer le service des enquêtes indépendantes pendant qu’il y a un autre organisme qui enquête sur les policiers, un organisme politique qui vient enquêter sur des événements où il y a eu morts d’hommes lors d’interventions policières. Moi, j’ai été infiltrer cet organisme-là pour savoir qu’est-ce qui se passait et là, ça me donne un rôle d’agent double parce que je fais semblant d’être ami avec une gang et avec une autre gang. Je me retrouve encore une fois tout seul. C’est un loup solitaire qui sait qu’il joue sur une piste dangereuse en jouant sur les deux côtés de la médaille. Il est prêt à tout perdre finalement.

L’homme et ses loisirs

Quel serait l’un de tes rêves que tu aimerais accomplir?

Je pense que mon plus grand rêve ce serait d’avoir la chance de voir mes enfants s’accomplir. Au-delà du métier pis tout ça, j’ai décidé de mettre des enfants au monde. C’était un choix pis j’espère faire partie de ceux qui vont leur permettre d’avoir une vie agréable plus tard.

C’est super comme rêve! Je m’attendais à quelque chose du genre « partir en voyage » ou je ne sais quoi, mais c’est encore mieux comme rêve.

Non, j’ai voyagé beaucoup donc maintenant, j’ai ma femme et j’espère vieillir avec elle et voir mes enfants. Ça pourrait être ça! Mais je pourrais te dire aussi de tourner avec Martin Scorsese! Mais plus sérieusement, continuer à faire mon métier, voir mes enfants s’accomplir, que le monde devienne un peu plus tolérant envers l’autre. Je viens de la génération X et il y a un temps où on essayait de diminuer les différences pis les sources de conflit. On mélangeait tout et je trouve ça difficile aujourd’hui de voir le monde aussi compartimenté. C’est une autre affaire. J’espère qu’un moment donné on va se rendre compte qu’on est tous pareils.

Quels sont tes loisirs en dehors des tournages?

Je me suis remis beaucoup à la musique. Avant la pandémie je m’étais mis à faire muay-thaï qui est un art martial thaïlandais pis là, ben je peux plus aller au gym alors j’essaie d’en faire dans mon salon, mais c’est pas pareil! J’aime beaucoup les arts martiaux, j’en ai pas mal toujours fait dans ma vie et j’essaye de continuer même si je suis rendu à puncher sur des coussins de divan plutôt que sur un punching bag!

Avec le père de ma blonde en Mauricie, on a une shop à bois. Alors je travaille. On a tous les instruments pour faire un plancher, une table, des étagères, toutes sortes d’affaires. Je travaille le pin. C’est un gros trip que j’ai depuis deux ans avec mon beau-père. On fait plein de projets ensemble comme ça en Mauricie. Je trouve ça le fun de travailler le bois, de voir d’un arbre qui est rendu à ne plus être utile pour une forêt, qu’on coupe, qu’on fait des planches avec des morceaux de bois pour voir un meuble qui vit dans la maison d’une autre personne. Je trouve ça magnifique comme évolution. On essaie de le faire en respectant la nature évidemment, mais ouais, c’est un beau passe-temps que je vais probablement garder pendant longtemps.

Quels sont tes projets à venir?

Pour l’instant, je pense surtout à District 31. Il y a d’autres projets auxquels j’étais attaché, mais qui ont malheureusement été mis sur pause au printemps dernier à cause de la pandémie. Les projets futurs vont dépendre des possibilités de tournage sur ces projets-là dépendamment ce qui va arriver avec la COVID. Peut-être profiter de ce moment-là qui m’est offert pour avoir accès à d’autres projets qui vont probablement s’ouvrir. Là, c’est pas mal le temps où les décisions vont commencer à se prendre alors on espère des auditions, on espère des appels. Malgré tout ça, y’a des projets que j’essaie de mettre en branle, il y a une idée de série documentaire qui m’est venue en début de pandémie. J’ai commencé à écrire, j’ai parlé à certaines personnes pour essayer de développer ces projets-là. Je reste pas inactif. J’ai toujours des choses à faire. Je me suis remis à jouer plus de guitare parce que ça faisait longtemps. Donc on reste ouvert aux opportunités pis on essaye de faire bouger les choses pis de pouvoir s’amuser en continuant à vivre. C’est ça qui remplit mon temps.

Pour en savoir plus sur Marc Fournier, cliquez ici : https://uda.ca/utilisateurs/182125.
Pour visionner District 31, cliquez ici : https://ici.tou.tv/district-31.
Crédit photo : Karljessy

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