Magistral Patrice Robitaille dans la peau de Cyrano de Bergerac !

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Parfois, je m’enflamme et m’émeus, un peu trop facilement peut-être, mais toujours franchement. On me reproche d’aimer trop, trop souvent et de dénicher les bons coups en tout. L'autre soir par contre, je sais pertinemment que mon enchantement fut le même que celui des centaines de spectateurs, bouleversés et émus, dissimulés dans la pénombre du TNM. Hier soir, Patrice Robitaille a réussi l’impensable: s’approprier chacun des traits du Cyrano de Bergerac, les faisant sien, à tout jamais. Patrice Robitaille magistralement transformé en acteur aussi grand, que ce célèbre nez!

Le poids du monde sur les épaules

Cyrano de Bergerac, c’est l’une des plus belles histoires d’amour qui ne verra jamais le jour. L’un des plus délicieux mensonges, l’une des plus douces trahisons. En bête éprise de sa belle, Patrice Robitaille rayonne. Car c’est sur ses épaules que reposent tous les malheurs de Cyrano et ainsi, l’oeuvre tout entière d’Edmond Rostand.

Sur les planches, l’acteur n’est plus acteur, il se transforme. Il est tour à tour comique, singulier, arrogant, poignant… L’esprit vif de Cyrano devient le sien, les traits du poète s’y fondent pour former ce visage abîmé par la vie, la sottise, l’amour, le temps… La scène du balcon où Cyrano déclare secrètement son amour à sa cousine est émouvante. La tirade du nez, drôle et exquise. Et la scène finale nous laisse tout simplement le souffle court, troublés. Patrice Robitaille comme on ne l’a jamais vu, devenu malheureux génie fou et tout à la fois acteur de la trempe des grands.

On a su d’ailleurs bien entourer ce talent. Magalie Lépine-Blondeau est parfaite en Roxane aux yeux brillants. Gabriel Sabourin fait un comte de Guiche juste assez détestable. Normand Lévesque est hilarant en Ragueneau pâtissier-poète et François-Xavier Dufour devient un si beau Christian. Les cadets de Gascogne, les comtes et la horde de religieuses, tous évoluent dans un but ultime: donner toute la lumière à Robitaille et son double.

De l’amour et des bombes

Entre les canons qui détonnent au cœur de tranchées brumeuses, les échafauds de bois auxquels on grimpe, s’appuie et s’assoit, entre ce grand drap rouge que l’on suspend en guise de théâtre, cet immense kiosque de pâtisseries et cette forêt endormie que l’on projette, la mise en scène de Serge Denoncourt est efficace et dépourvue d’artifice. Les scènes sont des tableaux, les acteurs des personnages que l’on aurait envie de peindre ou, à tout le moins, de prendre en photos.

Ils portent des costumes aux portées lourdes de sens (les plumes et ensembles multicolores des «virils» marquis, les robes blanches puis sombres de la douce Roxane, les touches de rouge sur les habits de Cyrano, l’unique armure portée par le détestable comte de Guiche lors du combat…) et surviennent parfois directement de la salle, prenant ainsi à témoin les spectateurs venus pourtant d’une autre époque.

Au centre, toujours, Cyrano de Bergerac, sublime malgré sa laideur, vif, allumé, époustouflant. Et un Patrice Robitaille qui a tenu sa promesse de tout donner pour le rôle et la performance de sa vie.

La pièce Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Serge Denoncourt est présenté jusqu'au 16 août 2014 au Théâtre du Nouveau Monde dans le cadre du festival Juste pour rire.

Informations et réservations: www.tnm.qc.ca