Louise Bourgeois investit le Centre Pompidou

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«Le passé de m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est de créer, d’inventer. Pour vivre au présent, il faut être en mesure d’oublier le passé». D’entrée de jeu, Louise Bourgeois plonge le visiteur dans l’ambivalence de sa création, dont les œuvres largement inspirées de son enfance et du conflit avec la figure paternelle tirent pourtant leur origine d’une époque révolue.

Née à Paris en 1911, l’artiste s’établit à New York dès 1938 et conçoit ses premières œuvres dans les années 1940, autour du thème de la maternité et de la femme-maison. Le symbole de la mère protectrice revient à maintes reprises dans l’évolution de Louise Bourgeois, notamment à travers les sculptures emblématiques d’araignées, symbole d’intelligence, de patience et d’utilité.

La figure paternelle est au contraire mise à mal, par des représentations violentes et sexuellement explicites. L’artiste critique ouvertement un père aux mœurs légères, qui introduisit entre autres dans la maison familiale une de ses maitresses, une jeune Anglaise engagée à titre de nourrice et professeure de langue.

L’exposition s’ouvre d’ailleurs sur une maquette de la maison d’enfance à Choisy-le-Roi, menacée par une guillotine. Ce processus de sublimation aboutit en 1974 à la création fétiche de l’œuvre intitulée The Destruction of the Father. «En revivant dans ses œuvres les traumatismes de son enfance, Louise Bourgeois donne forme aux mythes fondateurs, notamment au complexe d’Œdipe», affirme les commissaires Marie-Laure Bernadac et Jonas Storvse.

L’exposition rassemble dans trois espaces du Centre Georges Pompidou près de deux cents œuvres, peintures, sculptures, gravures et dessins de 1938 à 2007. Le parcours transpose les obsessions et pulsions récurrentes, dans une déclinaison de matériaux qui varient en fonction des époques. Au début des années 1960, l’artiste abandonne ainsi le bois, qu’elle considère désormais trop rigide et périssable, au profit du plâtre et du latex, plus souples et malléables.

Les pièces tardives de Louise Bourgeois recoupent la fascination pour le sexe et les cycles de la vie et de la mort, envisagés néanmoins avec une pointe d’humour et d’ironie. Elle y transpose sa propre expérience de la maternité dans une pulsion de création inassouvie, qui à 96 ans en fait une icône toujours active de l’art moderne et contemporain.

Louise Bourgeois
Centre Georges Pompidou
Galerie 2, Niveau 6
Billet Musée &Expositions – 12 €
Entrée principale par la piazza, place Georges Pompidou (rue Saint-Martin)
www.centrepompidou.fr

Texte de : Étienne Langlois, 02/06/08

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