Littérature sous surveillance

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21 juin 2010 - 10:45
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«  Être plagié, c'est comme être enlevé par des Martiens – c'est arrivé à peu de gens, mais nombreux sont ceux qui ont besoin de les croire », (Page 189) écrit Marie Darrieusseq.

Accusée de plagiat par deux fois, Marie Darrieusseq contre-attaque et nous écrit un essai s'intitulant Rapport de police, Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction. L'auteure de Truismes avait publié un roman en 1998, Naissance de fantômes, avec lequel elle fut accusée par l'écrivaine Marie Ndiaye de la singer. En 2007, avec Tom est mort, elle fut accusée de « plagiat psychique » par l'écrivaine Camille Laurens qui l'incrimina de lui avoir volé sa douleur, celle de la perte d'un enfant. Le récit intitulé Philippe de Laurens témoigne de la perte d'un enfant. Dans le cas de Tom est mort, il s'agit d'une fiction. Pour Darrieusseq, s'en était trop.

Darrieusseq répond avec aplomb, brio et élégance à ses accusatrices. Il y a eu un bon nombre d'accusations de plagiat dans l'histoire littéraire. Darrieusseq nous en fait un panorama : de Zola à Celan, de Daphné Du Maurier à Danilo Kis. On apprend également que cette calomnie est utilisée comme arme politique sous le régime soviétique, entre autres. Accuser un écrivain de plagiat est l'arme même de la censure, mais c'est aussi un assassinat. Elle cite l'exemple de l'auteur russe Maïakovski, rival de Gorki et protégé de Staline, qui se suicide suite à des harcèlements incessants faisant mourir avec lui, le futurisme en 1930.

Ainsi, les accusations de plagiat pleuvent et font les choux gras des journaux, mais bien souvent, elles ne mènent nulle part, sinon à réduire au silence des écrivains.

Darrieusseq pose une question importante : D'où vient la littérature ? En lisant Rapport de police, on se rend compte qu'il y a bien plus de plagiomnies ( mot-valise pour désigner l’accusation calomnieuse de plagiat) que de véritable plagiat, car l'auto-engendrement littéraire n'existe pas. Je m'explique : rien n'est pur en littérature. Les écrivains qui se plaisent à dire qu'ils sont des non-lecteurs, de peur d'être influencés, mentent à travers leurs dents. Tout écrivain s'est forgé à partir de lectures. Il faut lire pour écrire. Les écrivains ne peuvent y échapper. Ils se doivent d'éviter les anachronismes et les bêtes clichés. Imiter le style des maîtres, n'est-ce pas tenté de se défaire de leur emprise afin d'inventer sa propre langue ?

Darrieusseq ne dit pas que des plagiats en bonne et due forme n'existent pas. Bien sûr qu'il y en a. Par contre, la rage d'un auteur à se croire plagier est somme toute la quête à s'affirmer en tant qu'auteur fondateur en littérature. Ni plus ni moins.

Rapport de police est un essai important non seulement pour les écrivains à venir qui pourraient subir cette calomnie, mais aussi pour les amoureux de la lecture, puisqu’il est aussi un hommage à la lecture.

Rapport de police, Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction
Marie Darrieusseq
Édition P.O.L.
320 pages

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