L’héritage Jack Kerouac : la mémoire du défunt n’a pas tré-passé

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Jack Kerouac. Bilan sur le « cinquantième anniversaire de la publication du manuscrit On the road » et « Lowell celebrates Kerouac ». Est-ce la fin de l’errance par épuisement ou la continuité de l’errance sans fin? Quel est l’avenir de l’héritage? Que peut-on en recenser? L’éloge de la démesure égale à l’instant? L’écoute et la parole donnée aux oubliés de ce monde?

Aux exclus? Aux marginalisés? La traversée du territoire comme éveil et
ralliement autant que de mon espace psychique? Le culte de la jeunesse
exacerbée qui elle seule s’exprime et vit dans le vrai? Oui encore tout
cela, mais surtout pas cela. Par un retour du balancier, toute la sagesse du monde pour reprendre le beau mot de Hans Jonas- fut-elle de notre temps
éternellement jeune (c’est moi qui l’écrit)- ne peut remplacer le regard
neuf d’un nouveau-né. La jeunesse et le culte de la jeunesse passent.
Kerouac va plus loin : passer en ne sachant plus jeunir.

On le sait, l’écriture pour Kerouac fut un acte inséparable de la vie, donc de la mort, et la route pour lui a été la vigilance de l’écriture à venir où l’aspiration à l’infini aventure sa limite, humaine disons-le, sans jamais la dénier. La tendresse blessée des excès. La confrontation de chacun à ses propres limites ouvre la voie des vrais possibles car la vie y est assumée.

La vie est antérieure à la pensée- ou la pensée comme création- au sens où
nous sommes redevables, pour nous constituer, au lieu ( lieu multiple pour
certains) de notre naissance, plus tard à des lieux fréquentés, dans
l’ouverture à l’autre et l’héritage commun. La pensée avant de se donner à
réfléchir ( car se répétant et se falsifiant si aisément), avant d’atteindre à sa possibilité ne peut venir à sa réalité qu’en se commettant.

S’il y a un messianisme de la foi en œuvre chez Kerouac, celui-ci évite
l’angélisme des bonnes intentions. La radicalité de l’expérience n’est pas
feinte, comme détournée par une caution émancipatrice. Son écriture ne fait pas abstraction du temps primordial de l’incarnation.

La Modernité dont nous sommes issus, qui vise le Progrès et l’émancipation, ne doit pas atteindre sa visée, mais sa transformation. Ainsi à Lowell je n’ai pas fait retour à une pensée, mais à un lieu qui éclaire les conditions de formation à venir de cette pensée. La pensée y pose la question du trouble de son origine. Je retrouve à Lowell cette palpitation vivante si près de Jack Kerouac et si caractéristique de son écriture. Près du jazz qu’il a tant aimé. Cinquante ans après la publication de « On the road », l’inscription exigeante dans la trame inséparable du rouleau (36m) avec la route qu’il signifie, éveille ma mémoire à un Kerouac qui demeure vivant et vigilance dans la spontanéité. Relisons le nouveau jour de son œuvre. Prêtons l’oreille à Guilbeault : « Visions de Kerouac ».

J.-S.BOISVERT

jeansebb@hotmail.com
www.myspace.com /jsboisvert

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