L'événement « Nous ? »: Douze heures de réflexion sur l'état de la démocratie québécoise

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Quel est l'état de la démocratie au Québec et du « nous » ?

Samedi, 75 personnes sont montées sur la scène du Monument-National pour partager leurs réflexions sur le sujet, lors de l'événement « Nous ? ». L’exercice s'est fait dans un marathon de prise de parole citoyenne de douze heures, de midi à minuit. Un par un, des gens de tous horizons ont pris le micro pour réciter des textes qu'ils avaient écrits pour l'événement. L'objectif était de « permettre à un maximum de personnes de s'exprimer sur un sujet aussi difficile qu'est la démocratie », expliquait Brigitte Haentjens, une des organisatrices.

Un des moments forts, à l'image de l'événement, est « l'orateur impromptu ». En fin de soirée un membre du public est monté sur scène entre deux discours pour livrer un texte qu'il avait composé quelques minutes plus tôt sur son téléphone. Dans les toilettes du Monument-National, disait-il. Comme quoi son geste était spontané. La réaction initiale de l'organisateur Pierre-Laval Pineault face à cet orateur non invité a été de l'interrompre. Mais rapidement, celui-ci s’est rendu compte de la pertinence et du courage de son geste. Il l’a laissé poursuivre.

« Je crois qu'en exemple mon geste est légitime et d'une importance vitale. J'estime que mon geste est celui que chaque citoyen québécois devrait faire». « Si je veux que vous reteniez quelque chose [...], c'est de ne pas attendre qu'on vous donne la parole », a-t-il dit avec énergie. Vers la fin de sa prise de parole, plusieurs des autres orateurs sont montés sur scène avec lui pour l'applaudir. Le public l'ovationnait.

Définitivement un moment marquant!

Selon le journaliste Marc Ouimet du journal Ensemble, l'orateur est Benjamin Huppé.

Les orateurs ont livré des textes percutants et brillants. Certains se sont penchés sur l'état de notre société. « Il faut réapprendre à dire que nous vivons dans des sociétés et non dans des économies », Dominic Champagne.

Où encore sur différents sujets sociaux: « La privatisation du territoire et la privatisation de la place publique », Martin Fringon.
« Le gouvernement [Harper] impose une dictature de la pensée », Lorraine Pintal.
« Pourquoi le Québec ne tisse pas plus de liens avec l'autre Amérique », André Ricard.

L'idée des organisateurs était de construire une sorte de récit collectif. « J'aime que les gens s'expriment. Mais c'est important qu'ils s'expriment les uns après les autres », expliquait Mme Haentjens. L’atmosphère était comme « dans un moulin » disait-elle. Un clin d’œil au fait que le public entrait et sortait sans cesse. Certains sont restés plusieurs heures, tandis que d'autres seulement quelques instants. Plus la journée s'écoulait et plus le public assis dans la salle du Monument-National et au café du premier étage était important.

Certaines personnalités ont aussi monté sur scène, sans pour autant s'imposer. Gabriel Nadeau-Dubois, un des leaders du mouvement étudiant, a livré un discours enflammé qui s'est terminé par une levée d'applaudissements du public. Il a évidemment parlé de la situation que vivent les étudiants. Mais aussi, il a fait un parallèle entre l'état de l'éducation au Québec et comment le gouvernement Charest est en train de transformer la société québécoise.

« Cette lutte-là, ce n’est pas seulement une lutte étudiante. En fait, ça ne doit pas être seulement une lutte étudiante. [...] les gens qui veulent augmenter les frais de scolarité, qui vont augmenter peut-être les frais de scolarité, les gens qui ont décidé d’imposer une taxe santé, qui ont mis sur pied le Plan Nord, mis à pied les travailleurs d’Aveos, les [...] travailleurs de Rio Tinto Alcan à Alma [...] tous ces gens- là sont les mêmes ». « Et (je souhaite) que notre grève serve de tremplin à une contestation beaucoup plus large », disait-il.

Le chanteur Yann Perreau avait composé spécialement une chanson pour l'événement. « Qu'avez-vous fait de mon pays qui n'existe pas ? Qu'avez-vous fait de mon pays qui n'existe plus ? », chantait-il.

Si la question de l'état de la démocratie québécoise ne peut trouver réponse en une demi-journée. L'événement a ouvert la porte à une réflexion beaucoup plus large. Comment voulons « nous » la société québécoise de demain ? Et comment allons « nous » la construire ?




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Discours de Gabriel Nadeau-Dubois : http://www.pigeondissident.com/?p=1198
Le site web de Nous? http://www.nouspointdinterrogation.com/
Pour voir des extrait de l'événement : http://www.youtube.com/user/Nous7Avril2012



Photo: Catherine Caron, une des oratrices présente à Nous?. (crédit: David-Olivier Gascon)