Lettre au directeur général, Monsieur Wayne Clarkson et Monsieur Michel Roy, Président de Telefilm Canada

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Réalisatrices Équitables

Alors que les femmes ont pris place dans la plupart des sphères de pouvoir de la société canadienne, que ce soit à la Cour suprême, au gouvernement, dans les affaires, la santé ou l’éducation et même dans l’exploration de l’espace, il semble qu’il reste un lieu très difficile à pénétrer et c’est la réalisation de longs métrages au Canada.

La dernière ronde de décision de Téléfilm Canada (février 2009) indique que ce sont des hommes qui réaliseront les 7 longs métrages retenus et aucune femme.

On constate ici une situation aberrante pour les réalisatrices qui sont pourtant des multiplicatrices qui devraient pouvoir, tout comme leurs confrères, transmettre leurs valeurs et leur imaginaire aux auditoires canadiens.

Dans les institutions comme Téléfilm Canada, on nous répond souvent que les femmes ne présentent pas de projets. Rappelons d’abord que ces projets sont surtout présentés par des producteurs. Si les producteurs qui sont des gens d’affaires opérant dans une industrie hautement compétitive constatent d’après les statistiques qu’ils n’ont que 13 %[1] des chances que leur projet soit accepté s’il est réalisé par une femme, pensez-vous honnêtement qu’ils vont être tentés de le faire? Et les réalisatrices, voyant aussi les résultats, peuvent-elles se sentir à leur place à Téléfilm dans de telles conditions?

Le public canadien est également en droit de s’attendre à une plus grande diversité de points de vue. L’équité entre les hommes et les femmes est la deuxième valeur que les Canadiens considèrent la plus importante et la première valeur pour la population du Québec[2].

L’image que projettent les choix de Téléfilm Canada donne à penser que les réalisatrices ne sont pas bienvenues à Téléfilm et pire encore, si rien n’est fait pour corriger cette situation, que les autorités de Téléfilm avalisent cette situation d’inéquité.

Nous savons que vous pouvez changer les choses. Vous l’avez fait à plusieurs reprises, notamment en créant une « initiative » pour inciter les autochtones à produire des longs métrages. Cela a donné des résultats concluants puisque vous avez soutenu 4 longs métrages autochtones en 2007-2008, selon votre rapport annuel. Nous applaudissons à cette volonté de faire place aux exclus par des mesures concrètes qui donnent de tels résultats.

Or les femmes représentent près de 51% de la population canadienne. Et les jeunes femmes — qui représentent 45 % des cohortes étudiantes en cinéma et 68 % en télévision — sont en droit de s’attendre, en 2009, à ce que l’État et ses institutions leur fassent une place juste et équitable dans le

milieu audiovisuel et qu’elles pourront, tout comme leurs confrères, exprimer leurs valeurs et leur imaginaire en long métrage comme dans tout autre genre audiovisuel.

Il est temps également pour le public d’avoir accès à une vraie diversité des genres dans les émissions et les films offerts dans les médias et qui sont, soulignons-le, presque entièrement financés par l’État.

Voilà pourquoi nous souhaitons l’implantation de politiques et de mesures de changement qui pourront contribuer à améliorer la présence des imaginaires et des préoccupations des réalisatrices sur nos écrans.

Nous vous remercions à l’avance de vous pencher sur cet important enjeu dès maintenant.

Veuillez agréer, monsieur Roy, monsieur Clarkson, l’expression de nos sentiments respectueux.

Lucette Lupien

[1] Durant la période 2002-2007, les réalisatrices ont réalisé 13 % des projets dans lesquels Téléfilm a investi. Source : Téléfilm Canada.

[2] Au Québec, les deux valeurs fondamentales sont l’égalité (75%) et le système de santé universel (65 %). Dans le reste du Canada, les trois valeurs fondamentales demeurent le système de santé universel (86 %), l'égalité (77 %) et la Charte (73 %). Le Devoir, 4 mai 2007, La santé, l'égalité des sexes et la Charte, les trois priorités des Canadiens ; Bryan Myles.

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