«Les Sorcières de Salem» – La faute aux femmes

Catégories

Début de l'événement

Image

Un an et demi après l’annonce de sa supposée première présentation, Les Sorcières de Salem, oeuvre adaptée librement par Sarah Berthiaume et mise en scène par Édith Patenaude, monte sur les planches du Théâtre Denise-Pelletier afin d’offrir un éclairage d’un autre genre à cette pièce iconique : une réappropriation de cette sombre histoire par et pour les femmes.  

Arthur Miller, en l’écrivant en 1953, voulait dépeindre l’horreur de la peur rouge qui a eu des conséquences dévastatrices sur des milliers de vies aux États-Unis. Salem, petite ville anodine aux portes de Boston, en est alors devenue l’épicentre.

Aujourd’hui, Les Sorcières de Salem inspirent d’autres réflexions. Au Théâtre Denise-Pelletier, on y parle de l’assujettissement des femmes, d’une revanche et d’un contrepouvoir contemporain qui chamboule tout sur son passage. On réfléchit également au pouvoir des mots et à la valeur de la parole, d’autant plus avec le mouvement MeToo qui résonne encore.

Qui a tort, qui a raison ? Les témoignages d’une femme ont-ils moins d’importance, moins d’influence, que celui des hommes ? Cette parole féminine, étouffée pendant des décennies : à qui fait-elle peur ?

Cette création de près de 2 h, jouée avec brio par Anna Beaupré Moulounda, Adrien Bletton, Luc Bourgeois, Maude Boutin St-Pierre, Éveline Gélinas, Mathieu Gosselin, Catherine Larochelle, Emmanuelle Lussier-Martinez, Étienne Pilon, Sébastien Rajotte, Anna Sanchez et Elisabeth Smith, est un véritable bijou.

Les textes sont actuels, transposés dans notre réalité. Le jeu de chacune et chacun est juste, touchant, obsédant. On en vient à détester Abigail Williams à l’origine de cette sombre histoire, et à aduler John Proctor, l’une des victimes collatérales de ce sinistre procès. Après tout, c’était l’objectif initial de cette histoire non ? Heureusement, Tituba, esclave à l’époque, nous sort de notre torpeur pour nous rappeler la réalité, celle d’aujourd’hui, découlant de 1001 histoires comme celles-ci. Et si la révolution avait lieu ici, maintenant !  

Personnellement, je n’étais pas allé au Théâtre Denise-Pelletier depuis des lustres. Et je dois avouer que j’y retournerai dès que possible. Avec une majorité de jeunes présents parmi le public, toutes les réactions étaient permises : un vent de fraicheur malgré une pièce lourde de sens. 

Les Sorcières de Salem est présentée jusqu’au 27 novembre 2021. Une rencontre avec les interprètes et l’équipe de production aura lieu le samedi 13 novembre après la représentation.

Plus de renseignements : https://www.denise-pelletier.qc.ca/pieces/les-sorcieres-de-salem/

Crédit photo : Gunther Gamper