Les sept branches de la rivière Ota : une odyssée poétique

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Les sept branches de la rivière Ota : une odyssée poétique

Par Myriam Roy

C’est un grand voyage de sept heures, débutant au cœur d’une Hiroshima brisée par la Seconde Guerre mondiale, qui a bercé un public fébrile pour l’inauguration du Diamant, ce bijou de théâtre né des mains de Robert Lepage. Divisé en sept tableaux d’une beauté poétique, Les sept branches de la rivière Ota, chef d’œuvre né il y a 24 ans, avait déjà fait brûler les planches à l’époque dans une version écourtée.

Le samedi 7 septembre dernier, Les sept branches a pu briller à nouveau, dans une salle comble de 600 spectateurs et dans sa pleine longueur. On peut penser qu’il soit lassant de passer sept heures au théâtre. Pourtant, dès les premières minutes, l’auditoire était silencieux et conquis. Il est resté accroché jusqu’à la dernière goutte de jeu.

Dans un magique équilibre entre le dramatique et le comique, les grandes tensions sont pansées par des touches d’humour et de légèreté jouées avec tact. Les scènes sont liées par un fil conducteur : Hanako. Enfant aveuglée par la bombe, elle est le noyau fort et fragile qui lie tous les personnages, de près ou de loin.

Des protagonistes pétillants, tous interreliés par la mémoire de la Guerre et de ses désastres, s’entrecroisent dans une destinée qui s’étend sur 50 ans. Une histoire de déchirures mais surtout de résilience, dont les thèmes récurrents sont la mort par le suicide ou par la maladie, le deuil puis la renaissance.

L’esthétique du décor est particulièrement impressionnante. Qu’on pense aux éclairages, aux projections vidéo, aux jeux d’ombre ou de miroirs, la beauté et l’ingénierie du paysage scénique est l’un des grands charmes de l’œuvre. Le tout est supporté par une trame musicale et des arrangements sonores, en grande partie jouée en direct par un percussionniste.

Le génie de Lepage brille dans les moindres détails. La plus grande force de la pièce réside dans la rareté de ses dialogues. Ce sont les silences, les images, les longs moments de jeu muet qui disent tout. Rien n’est laissé au hasard et chaque détail est révélateur de punchs.

Malgré le rythme lent de la pièce, celle-ci s’est déroulée comme un charme. L’immersion dans ce monde émouvant et captivant était absolument magique. L’espace et le temps en sont venus à se figer, laissant les cœurs profiter pleinement d’un véritable hommage à l’Humanité dans toute sa laideur et sa beauté.

La performance juste, sensible et à point des comédiens et le brio de Lepage ont d’ailleurs été récompensés par une longue ovation de plusieurs minutes.

Les sept branches de la rivière Ota est présentée en salle au théâtre Le Diamant jusqu’au 15 septembre.

https://www.lediamant.ca/fr

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